Voir plus haut, p. i
Passons à un autre ordre d'idées.
Il est incontestable que les Slavons ont inondé la Dacie dans le courant du vc siècle, ainsi que nous le montre Procopc, dans son De liello gothico. Ces Slavons, qui étaient de la Camille Slovène, disparaissent totalement dans la suite, absorbés par l'élément roumain des contrées du bas-Danube, mais après avoir exercé une profonde influence sur son organisme. La forte proportion d'élément slavon que contient l'idiome roumain et les termes assez nombreux qui désignent les localités, montagnes et rivières, indiquent suffisamment que l'élément slavon, absorbé par les Roumains, a dû être assez considérable et montre implicitement la puissance non moins forte de l'élément absorbant : le roumain.
Cette disparition de l'élément slavon dans le sein du roumain peut être expliquée de deux manières. Dans la théorie rœslérienne, on admet que les Slavons habitaient la Dacie à l'arrivée des Roumains et qu'ils ont disparu sous le flot toujours croissant de l'immigration roumaine. Dans celle do la continuité des Roumains au nord du Danube, on doit considérer les Slavons comme survenant dans un pays habité par les .Roumains et perdant leur nationalité au fur et à mesure qu'ils s'établissaient au milieu de l'ancienne population.
Laquelle de ces deux opinions est la plus probable?
Si nous examinons la manière dont les divers peuples de l'histoire ont perdu leur nationalité en changeant de pays ou de domination, nous constaterons une règle qui possède un caractère tellement général, qu'on pourrait la formuler comme une loi : Le peuple immigrant adopte toujours la nationalité du peuple envahi. Le contraire n'a lieu qu'à la suite d'une conquête et d'une colonisation faites dans le but même de détruire le caractère du peuple soumis, par une nation qui a pleinement conscience de son existence. La supériorité intellectuelle ou l'état de civilisation relatif des deux peuples accélère ou retarde l'accomplissement de cette loi.
Exposons quelques-uns des faits principaux qui viennent à l'appui de ce principe.
Les barbares qui envahirent l'empire romain subirent partout l'influence de l'élément latin, bien que politiquement l'empire leur fût soumis. Ainsi dans les Gaules, en Italie, en Espagne, les Germains, tout en introduisant une dose assez forte d'élément teuton dans les nationalités latines ou latinisées de ces pays, n'en subirent pas moins une influence bien plus puissante que celle qu'ils avaient exercée et
donnèrent partout naissance à des peuples de caractère romanique. Si la Bretagne fait exception à cette règle, c'est que l'élément romain ne fut jamais puissant dans cette contrée et qu'après la retraite des légions en 406 « il ne resta dans le pays que des femmes et des enfants qui bientôt devinrent Cambriens, » ainsi que le rapporte une vieille chronique. Partout cependant les Germains étaient les maîtres ; ce sont eux qui donnèrent leur nom aux Gaules qu'ils firent appeler « France », à la Bretagne qu'ils nommèrent « Angleterre » et à la partie supérieure de l'Italie qui prit le nom de « Lombardie ». Cette suprématie politique ne put pourtant les garantir contre l'influence toute puissante du milieu où ils s'étaient établis.
Les Normands, après avoir pendant longtemps pillé la France, s'y établirent en 911. Quoiqu'ils y fussent arrivés presque en conquérants et eussent donné leur nom au pays qu'ils occupèrent — la Normandie, — ils perdirent dans le courant d'un siècle leur nationalité d'une manière si complète que lorsqu'en 1066 ils conquirent l'Angleterre, ils y introduisirent l'élément français qu'ils avaient adopté, au lieu de leur élément originaire.
Lorsque les Bulgares — race finnoise — vinrent s'établir dans la Moesie, ils devinrent les maîtres de ce pays qui prit le nom de Bulgarie et y fondèrent bientôt un état bulgare (678). Toutefois, deux siècles s'étaient à peine écoulés (862) que les Bulgares avaient complètement oublié leur langue et avaient adopté celle de leurs sujets, la langue Slovène, qui devint synonyme de langue bulgare.
Les Varègues, d'origine Scandinave, s'établissent au milieu des Slaves du nord-est de l'Europe sous le nom de Russes et imposent ce nom aux populations slavones qui acceptent leur domination. Mais ils subissent l'influence du milieu environnant et se slavonisent bientôt, de sorte qu'aujourd'hui on a de la peine à se figurer que les Russes aient jamais pu être autre chose que des Slaves.
Il en est de même des individus qui s'établissent au milieu d'un autre peuple. Quand même ils seraient bien supérieurs en civilisation, ils n'en adoptent pas moins, après quelque temps, la nationalité au milieu de laquelle ils vivent. C'est ainsi que les Français chassés par la révocation de l'édit de Nantes et qui cherchèrent un refuge en Prusse, sont devenus de nos jours d'excellents patriotes allemands •;
1. M. Emile du Bois Reymond, le célèbre physiologiste berlinois, commença ses fameux réquisitoires contre la nation française en 1871 par les mots : « Meine Herren, enlschuldigen Sie meiuen franzœsischen Namen ».
à leur tour, les Allemands établis en Russie par Pierre le Grand sont devenus depuis longtemps des Russes à toute épreuve; il en est de même des Polonais établis en France, etc., etc.
Lorsque au contraire des envahisseurs viennent s'établir au milieu d'un autre pays avec leurs institutions et leur gouvernement qu'ils s'efforcent d'imposer à leurs sujets, en d'autres termes lorsqu'au lieu d'une masse tout simplement passive, destinée à subir l'influence étrangère, ils apparaissent sous la forme d'un corps disposé à imposer la sienne, alors les rôles sont complètement changés; c'est le peuple conquérant qui fait accepter sa manière d'être par le peuple soumis.
Ainsi lorsque les Grecs de l'Asie-Mineure ou de la Grèce s'établirent sur les côtes méridionales de l'Italie et y fondèrent leurs colonies, c'est eux qui dénationalisèrent les Italiotes, et non-seulement le pays prit le nom de Grande Grèce, mais le peuple qui l'habitait adopta en même temps la langue, les institutions et la religion des envahisseurs.
Il en est de même des Grecs introduits par Alexandre le Grand en Egypte et en Syrie. Ils y conservèrent leur nationalité et l'imposèrent même, en partie du moins, à leurs sujets, tandis que le même peuple (quoiqu'à une époque bien différente de son existence), immigré individuellement dans les principautés du Danube, y perdit sa nationalité et adopta celle des Roumains qui lui étaient pourtant soumis politiquement.
L'exemple le plus frappant de cette influence puissante de l'organisation d'un peuple sur la conservation et l'extension de sa nationalité, nous est fourni par les Romains qui l'imposèrent à tant de peuples divers, quoiqu'à l'origine la race romaine proprement dite fût très peu nombreuse. Les Romains ne se contentaient jamais de faire la conquête matérielle d'un peuple; ils voulaient le subjuguer aussi d'une manière intellectuelle et c'était sans aucun doute le moyen le plus sur d'asseoir leur domination sur des bases durables. Ils avaient imaginé tout un système de mesures propres à dénationaliser dans le plus bref délai les peuples qu'ils soumettaient à leur puissance. Les routes magnifiques qui réunissaient les provinces au centre de l'empire, l'institution de colonies puissantes prises en Italie ou dans les autres provinces, mais toujours parmi les citoyens latinisés, l'influence décisive des légions qui stationnaient toujours au même endroit et facilitaient les relations des légionnaires avec les femmes du pays, l'affaiblissement de l'élément mâle indigène par le service militaire accompli, pendant une longue durée aussi, dans les cohortes
auxiliaires des provinces éloignées — toutes ces mesures et bien d'autres encore assuraient bientôt à l'élément romain sa prépondérance sur l'élément indigène et nous avons vu plus haut (p. 31; la rapidité extraordinaire avec laquelle les peuples soumis par Rome embrassaient la nationalité de leurs maîtres. Il est vrai que quelques provinces romaines, et notamment celles où prédominait l'élément grec, se sont soustraites à cette influence; telles sont la Grèce elle-même, l'Egypte, laMœsie et les provinces asiatiques. La cause de ce fait-est facile à donner. Les Romains avaient subi eux-mêmes l'influence de l'esprit et de la civilisation grecque, influence qui grandit même après la réduction de la Grèce en province romaine et qui devint toute-puissante au temps des empereurs. Gomme les Romains avaient pleinement conscience de cette supériorité intellectuelle de la race grecque, ils n'entreprirent pas même de romaniser les provinces de nationalité hellénique. Us n'envoyèrent pas une seule colonie en Grèce ou en Egypte, tandis qu'ils en avaient établi plusieurs en Afrique. Il va sans dire que si les Romains avaient tenté cette entreprise, la lutte aurait été bien plus longue et plus acharnée, parce que, si l'organisation d'une race comme peuple lui donne de la force pour l'attaque, elle lui donne aussi la faculté de résister avec plus de succès* et il est évident que les Grecs, dont la civilisation était si ancienne et si profondément enracinée, se seraient défendus avec bien plus de vigueur contre l'élément envahisseur que ne pouvaient le faire les Celtes, les Ibères, les Daces ou autres peuples presque barbares.
Un autre exemple pour ainsi dire classique de la dénationalisa* tion d'une race par le fait de sa soumission à un peuple organisé est celle des Slaves de la Prusse par l'élément germanique qu'y apportèrent les chevaliers de l'Ordre teutonique.
Le l'ait que les Maures ne réussirent pas en Espagne, malgré leur puissante organisation politique et religieuse, à imposer leur nationalité aux Visigoths romanisés ne saurait rien prouver contre notre thèse, car la différence de religion et la haine mortelle qui en était la suite, les empêchaient d'exercer l'un sur l'autre une influence plus profonde. Il en est de même de l'établissement des Turcs en Europe et de celui des Hongrois en Transylvanie.
Les Normands, en subjuguant les Anglo-Saxons, s'établirent au milieu d'eux comme peuple constitué et prirent même des mesures très sérieuses pour garantir leur nationalité, telles que l'exclusion de la langue anglo-saxonne de l'église et de l'état, la destitution du clergé national et l'expropriation des anciens propriétaires. Gomme ici deux
peuples presque égaux en force étaient mis en IuLle, le résultat l'ut une proportion presque égale des deux éléments dans la constitution du peuple auquel ils donnèrent naissance : les Anglais. On sait en effet que l'élément français apporté par les Normands en Angleterre entre pour près de la moitié dans l'organisme de la langue anglaise. Quelle différence d'influence si nous la comparons à la dénationalisation si complète et si facile des Normands lors de leur établissement en France sous Charles le Simple (911) ! Or, il est évident que comme dans les deux cas nous avons à faire à la même race, la différence dans l'influence ne saurait être attribuée qu'à la différence dans l'organisation.
La colonisation de l'Amérique du nord, de l'Afrique et de l'Australie ne saurait servir à multiplier les exemples, car dans ces régions la prédominance de l'élément européen n'est pas due à la conquête intellectuelle des peuplades indigènes, mais bien à leur extermination physique. Au contraire, celle de l'Amérique du Sud par les Espagnols et les Portugais qui arrivèrent en conquérants et soumirent la race rouge, a donné la prédominance à l'élément européen, et rentre dans la loi exposée par nous.
Cette étude des principaux faits relatifs à notre thèse confirme la justesse des principes posés plus haut, que toute nationalité immigrante perd son caractère distinctif dans le sein du peuple soumis, excepté dans le cas où le conquérant entreprend de propos délibéré de lui faire perdre sa nationalité.
Après avoir établi la vérité de ces principes, revenons à la question roumaine.
Nous avons observé plus haut que dans l'hypothèse rœslérienne les Roumains ne sont pas venus occuper la Dacie en conquérants, auquel cas on devrait les y trouver comme race dominante. Us se seraient donc infiltrés pour ainsi dire goutte à goutte dans le sein des Slaves qui habitaient avant eux la Dacie trajane. Or, si la loi exposée plus haut est juste, comment des Slaves se seraient-ils laissés absorber par les Roumains, lorsque c'est précisément le contraire qui aurait dû avoir lieu? Il en est autrement si l'on admet que ce sont les Slavons qui en venant dans la Dacie au ve siècle y trouvèrent les Roumains et se fixèrent au milieu d'eux. Le fait rentre alors dans la loi générale et n'a plus rien d'extraordinaire.
Les traditions des peuples sur leur origine ou l'époque la plus ancienne de leur histoire ont incontestablement une valeur historique, surtout lorsqu'elles rapportent des faits, et non l'explication de faits existants. Quelles que soient les transformations que la tradition populaire leur ait fait subir, il n'en reste pas moins un fond de vérité, lequel, dégagé de toutes les fables qui l'entourent, reproduit de la manière la plus authentique les événements des temps passés. On ne saurait jamais rejeter complètement la tradition; il s'agit seulement de la soumettre à une analyse et d'en faire sortir le fait brut, matériel, sur lequel elle s'élève. Les traditions auxquelles cette opération peut être appliquée deviennent des auxiliaires très précieux pour l'histoire.
Les traditions roumaines relatives à la fondation des principautés de Valachie et de Moldavie viennent aussi à l'appui de notre thèse, et ces traditions sont d'autant plus dignes de confiance, qu'elles sont identiques pour les deux pays et que l'une d'elles, celle qui se rapporte à la Moldavie, est confirmée par des documents historiques d'une authenticité incontestable. Elles attribuent la fondation de ces deux états, valaque et moldave, à des Roumains venus de la Transylvanie. Par contre, la mémoire du peuple roumain n'a pas conservé le moindre souvenir d'une immigration transdanubienne, ce qui pourtant aurait dû avoir lieu, si les Roumains étaient arrivés dans la Dacie en passant le Danube.
Ces traditions ont été conservées, comme partout ailleurs, par les chroniqueurs du pays et les chants populaires.
« En l'année 1290, racontent les chroniques de la Valachie, le prince Radu Negru qui avait son siège à Fogaras depuis les ancêtres des Roumains qui étaient venus de Rome du temps de l'empereur Trajan( se décida à le transférer de ce côté du plateau carpathin. Il s'arrêta pendant quelque temps à Gâmpu-Lung où il bâtit une belle et spacieuse église. De là, il passa à Arges où il établit sa résidence et y construisit un palais et une cathédrale qui existent encore aujourd'hui. Et il commença à pourvoir son pays de tout ce qui était nécessaire pour assurer son avenir, étendant sa domination jusqu'au Danube et au Sereth ».
Cette tradition est confirmée par plusieurs circonstances très importantes. La première, c'est la succession des capitales de la Valachie qui furent successivement, sans parler de Gâmpu-Lung, Arges, Tergovistea et Bucharest; ces capitales descendent toujours plus bas dans la plaine, en partant de la montagne. La seconde, c'est le nom
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de Munteni, tzara Munteneascâ (montagnards, pays montagneux) donné au peuple et au pays de la Valachic. Ce nom ne saurait s'expliquer autrement qu'en plaçant l'origine de l'état valaque dans les montagnes qui séparent au nord la Valachie de la Transylvanie, seule partie montagneuse de ce pays, tandis que sa plus grande étendue, toute la plaine du Danube, est complètement plate. Enfin la troisième et la plus remarquable provient du titre que portèrent pendant plusieurs siècles les princes de la Valachie et que prennent encore aujourd'hui ses métropolitains. Ce titre était le suivant : « Prince de toute la terre ungro-roumaine et des pays trans-carpathins, ducs d'Amlas et de Forciras » '. Celui que les métropolitains portent encore de nos jours est : « Métropolitain de Y Ungro-Valachie et exarque des montagnes ». Quelle que soit l'origine de ce titre, qu'il ait servi à rappeler la domination magyare sur la Valachie ainsi que le prétendent les historiens hongrois et en dernier lieu M. Hunfalvy, ou bien qu'il ait désigné la domination des Valaques sur une partie delà terre hongroise, ainsi que le soutient avec bien plus de raison M. Hasdeu 2, il est évident que ce titre rallie l'origine de la principauté de Valachie aux montagnes de
1. Hasdeu, Archiva istoricâ a Romaniei, Bucuresti, 1865, I, i, pp. 73, 97, 98, 118, etc.
2. Ce titre n'est porté par les princes de Valachie que dans les documents internes du pays ou bien dans les actes adressés à d'autres souverains que ceux de la Hongrie. Rœsler reconnaît ce fait : « Dass die walachische Woewodschaft zuerst als Provinz der ungarischen Krone Geltung gewann, dass die Herrscher sich nur in Anlehnung an Ungarn erhoben, zeigt die Bezeichnung Ungro-Vlachia als Bezeichnung des Landes, gebraucht in deneigenen Urkunden der walachischen wajwoden » (Rom. Stud., p. 309). Ce même titre est employé par les princes de "Valachie dans leur correspondance avec le patriarche de Constantinople qui le leur donne à son tour : « aùôévxa 7ca(JYjç Oi)^(po6Xy.yjaiq » (Acta pair. Const., I, pp. 383, 386). Par contre, il ne figure jamais dans les monuments latins échangés avec la Hongrie ou ses alliés. Dans tous ces actes les princes valaques s'intitulent : Vayvoda transalpinus ou Valachiae transalpinae (voir Doghiel, Codex diplomaticus, Vilnae, 1758, I, p. 597 : « Gomitis Miricii woiewodae Lransalpini ». Battyanyi, Leges ecclesiasticae Hungariae. Claudiopoli, 1827, III, p. 217 : « Wajwoda transalpinus et banus de Zewrino, nec non dux de Fogaras ». Benkœ, Milcovia. Vienne, 1781, II, p. 288 : « In quibus non modo totius Valachiae transalpinae dominum, sed etiam Omlasii et de Fogaras ducem semet scribit ». Fejer, Codex diplomaticus, t. IX, iv, p. 273 : « Ladislaus wajwoda transalpinus et banus de Zewrino »). M. Hasdeu a donc pleinement raison de faire observer qu'il serait « souverainement comique de supposer que les princes de Valachie se seraient glorifiés continuellement vis-à-vis de leurs sujets, des Slaves et des Grecs de leur position subalterne à l'égard des Hongrois, comme si cette position eût été digne d'envie, et seulement envers leurs maîtres ils auraient caché précisément ce qui manifestait leur soumission » (Ist. crit., I, p. 39).
l'a Transylvanie et Ten fait descendre ainsi que le rapporte la légende de Radu Negru. Pour que le prince valaque puisse s'intituler duc de Fogaras, district situé en Transylvanie, il faut, ou bien qu'un voévode de laVaiachie l'ait conquis parles armes, ce que l'on ne saurait supposer avoir eu lieu dans les premières années de l'existence de la principauté, lorsque nous la voyons s'efforcer de rompre les liens qui L'attachaient à la Hongrie et non y faire des conquêtes, ou bien il faut que les princes de ce pays l'aient possédé antérieurement à la fondation même de la principauté, gardant plus tard sa possession d'après le droit féodal, comme vassaux de la couronne hongroise, ce qui n'aurait plus rien d'extraordinaire. Mais les prétentions mêmes des Hongrois à une suprématie sur laVaiachie, comment seraient-elles explicables, si l'on ne plaçait l'origine de cet état du côté des montagnes transylvaines où les Hongrois exerçaient une domination qui pouvait, jusqu'à un certain point, justifier l'extension de leurs droits sur toute l'étendue de la principauté qui y prit naissance? Si l'état valaque s'était formé sur ]es bords du Danube, ainsi que l'exigerait la théorie rœslérienne, il serait resté en dehors de la sphère d'influence du peuple hongrois et aurait bien plutôt obéi aux Bulgares, lesquels, précisément à l'époque de sa fondation (fin du xme siècle), étaient à l'apogée de leur puissance.
La tradition relative à la fondation de l'état valaque repose donc sur un fait parfaitement véridique, la descente des Roumains du Fogaras.
Rœsler, qui sentait bien l'importance de cette tradition, s'efforce de prouver qu'elle est impossible au point de vue historique. Pour la combattre plus facilement, il admet l'année 1241 (donnée par une chronique) comme date de cette fondation : il montre que précisément à cette époque les Tartares dévastaient la Valachie et que, par conséquent, les Roumains ne purent s'y établir. « Les Roumains ne pouvaient abandonner leur retraite dans le Fogaras, dans le cas où c'en était une, pour aller habiter un pays qui était tout à fait exposé aux Mongoles et dont les Cumans s'étaient à peine enfuis » l. Rœsler ne trouve pourtant aucun obstacle à ce que les Roumains aient, passé le Danube du temps de l'invasion tartare ; il dit, en effet, « que le Mongole, qui dévasta si inhumainement la Hongrie, semble avoir épargné la Valachie et la Moldavie; chez eux (les Roumains) il n'y avait pas d'empire à renverser, pas de trésors à piller. » 2. Le patriote saxon se