‹ Une énigme historiqueChapitre 99 sur 100 · Rom. Stud., p. 117. Comp. plus haut, p · texte numérisé non relu

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moque LoliL bonnement de ses lecteurs. Comment! les Turlarcs étaient les amis des Roumains lorsque ceux-ci venaient par le sud et ils devenaient tout d'un coup leurs ennemis s'ils changeaient de direction et entraient par le nord! Mais si la descente des Roumains dans la Valachic était impossible en 1241 , est-ce une raison pour nier qu'elle eut lieu plus tard, lorsque les Tartares se furent retirés après en avoir chassé les Cumans, et que le pays n'était plus soumis à aucun maître? D'ailleurs la date fixée habituellement par la tradition à cette sortie des Roumains du Fogaras n'est pas 1241 ; elle est de 1290. Mais il ne s'agit pas de discuter la date ni le nom du prince, lequel, selon toutes les probabilités, s'appelait en effet Radu Negru. Quant au fait même de Pexode des Roumains quittant la Transylvanie pour établir un état en Valachie, il a au moins pour lui la tradition, tandis que pour l'immigration trans-danubienne des Roumains. Rœsler ne peut même pas invoquer cet argument si faible en apparence.

Cette tradition est confirmée de la façon la plus éclatante par une autre qui a trait à l'origine de l'état moldave. Cette dernière, tout en prenant dans les croyances populaires la forme de la légende, est pourtant un fait historique positif, prouvé par des documents. Voici ce qu'elle raconte : « Le prince Dragos, fils de Bogdan, originaire du Maramurèche, traversa les montagnes en chassant et, rencontrant un bœuf sauvage, se prit à le poursuivre jusqu'à la rivière de la Moldova où il le tua près d'un endroit que l'on nomme encore Boureni (bour ou zimbru en roumain z=. bœuf sauvage). C'est de là que provient la tête de bœuf que l'on voit dans les armes de la Moldavie. Descendant vers la plaine, Dragos et ses compagnons arrivèrent à l'endroit où s'élève aujourd'hui le monastère d'Etzkany ; il y avait là plusieurs ruches appartenant à un certain Etzko, de nation ruthène, qui leur apprit que le pays s'étendait au loin jusqu'au Danube et au Dniester, où commençait la Pologne. Et Dragos nomma la rivière où il avait pris le bœuf Moldova, d'après le nom d'une chienne Molda qui, s'étant fortement échauffée à la chasse de l'animal, but trop d'eau à cette rivière et périt. Dragos voyant que ces endroits étaient très riches en forêts, pâturages et prairies et arrosés de rivières magnifiques, de retour en Maramurèche, lui et ses compagnons y prirent tout leur avoir et sortirent de ce pays pour s'éLablir dans la contrée qui pri t plus tard le nom de Moldavie » '.

1. Chronique de Moldavie, par Nicolas Kostin, dans Letopisetzele tecrei Moldovei publicate penten inlaiasi data, de M. Kogalniceanu. Jasi, 1852, I, p. 90.

Celte tradition qui attribue la fondation de l'état moldave à une colonie roumaine venue du Maramurôche est, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, confirmée par plusieurs diplômes du roi hongrois Ludovic (1342-1382) ; l'un de ces actes, de l'a"nnée 1363, déclare félons et traîtres Bogdan et ses descendants parce que, pleins de méchanceté et du venin de la trahison, comme un instrument aveugle de leur noir égoïsme, poussés par le démon, ils avaient entrepris de quitter le pays hongrois et de fonder un état dans une dépendance de la couronne hongroise; en conséquence, le roi dépouille l'infidèle Bogdan et ses descendants des terres qu'il possédait dans le Maramurèchc ; entre autres, il leur enlève la grande propriété de Kuchnie et les donne au voôvode Balk, fils du voévode Sass de Maramurèche, ainsi qu'à ses frères Dragos, Dragomir et Stefan, parce qu'ils avaient gardé fidélité envers la couronne hongroise, opposé de la résistance à l'entreprise de Bogdan, offert la Moldavie au roi et en général se seraient comportés avec beaucoup de zèle et de fidélité, ce qui les rendait dignes d'une pareille récompense '.

Rœsler est forcé lui-même de reconnaître ce fait : « Le lecteur critique, le seul auquel je m'adresse, sera d'accord avec moi, que la légende de Dragos ou Bogdan ne saurait posséder la valeur d'un témoignage historique, tout aussi peu que la tradition valaque sur Radu

1. Fejer, IX, m, p. 469, anno 1365 : « Ludovicus — strenuo viri Balk filio Saaz Moldavo, wajwodae Maramarusiensi, quod idem adhuc in terra Moldavana régi fideliler adhaeserit, ibique complexa vulnera, amissis servitoribus suis, pro rege sustinendo, terrasque proprias et iura ibidem relinquendo, regem in Hungariam secutus fuerit, ipsi Balgh et per eum Drag, Dragomer et Stephano fratribus uterinis possessionem Kunya vocatam cum appertinentiis — in comitatu Marmarus existentem, quae per iniidelitatem et notam Bogdan wajvodae eiuseme filiorum, qui terram régis Moldavanam occupantes, clandestine in contumeliam régis moliuntur conservare, ad se devolutas, solemni privilegio confert. » — Cf. Thurocz Chronica Ung., III, c. 49 : « Huius (Ludovici) tempore Bogdan waiwoda Olachorum de Marmarusio, coadunatis sibi Olachis eiusdem districtus in terram Moldaviae, coronae régi Hungariae subiectam sed a multo tempore propter vicinitatem Tartarorum habitatoribus destitutam, clandestine recessit, et quamvis per exercitum ipsius régis saepius impugnatus exstitisset, tamen crescente magna numerositate Olachorum inhabitantium illam terram in regnum est dilatata ». Plus tard nous rencontrons encore d'autres défections. Les voévodes ou knèzes roumains quittent la Transylvanie et passent les montagnes en Moldavie : ainsi trois knèzes du district de Hatzeg, Costa, Stanciul et le pope Volcul, s'enfuient en 1435 en Moldavie après avoir dévasté leurs domaines (voir plus haut, p. 114. note 1). D'après deux documents inédits rapportés par M. Hunfalvy, la fuite de Bogdan en Moldavie aurait eu lieu avant 1319. Voir Anspruche, p. 113. Voir encore un document de 1360 dans Fejer, IX, u, p. 139.

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Ncgru. Le seul trait véridique qui concorde avec l'histoire est celui qui rattache les Roumains de la Moldavie au territoire du Maramurèche et qui place l'origine du voévodat sur ce peuple en dehors des limites du pays. » C'est uniquement par système et parti pris que Rœsler commence par dénier toute valeur historique à cette tradition, puisque ensuite il concède que les Roumains de Moldavie sont originaires du Maramurèche et que le fondateur de l'État était venu du dehors du pays. Reste donc la seule question du nom ; mais d'abord celui-ci est indifférent; puis le document hongrois le nomme Bogdan et nous ne voyons aucun motif pour mettre ce nom en doute. Aussi Rœsler revient-il plus bas sur ces paroles et résume de la manière suivante les faits qui résultent de sources positives : « Un voévode du Maramurèche abandonne sa patrie avec un grand nombre de compagnons d'origine roumaine et essaie de fonder une domination indépendante des Hongrois dans un pays plus éloigné, qui portait déjà, en 1359, le nom de Moldavie '. » Pour affaiblir la portée de ce fait indubitable, il y ajoute les considérations suivantes : « Il serait désirable de connaître l'importance du nombre des immigrants du Maramurèche et si ceux-ci trouvèrent déjà en Moldavie un nombre considérable de conationaux, en d'autres termes si la population roumaine actuelle de la Bukovine et de la Moldavie, bien entendu celle d'origine purement roumaine et non les Ruthènes ou les Cumans romanises, doit être rapportée exclusivement à l'immigration du Maramurèche. Nous ne sommes pas en état de donner sur cette question une réponse positive. Nous considérons toutefois comme très probable que déjà dans le courant du xme et xive siècle, la population roumaine avait commencé à affluer aussi du côté du sud, mais nous ne saurions apporter aucune preuve à l'appui de cette assertion. De même, il nous paraît permis de supposer que la migration des Valaques du Maramurèche vers les plaines de la Bukovine et de la Moldavie avait commencé depuis longtemps et que la fondation d'un voïvodat transcarpathin ne s'établit que lorsque, par l'augmentation de la population, celui-ci put trouver une base nationale sur laquelle il pût s'élever. Le soulèvement de Bogdan ne fut donc pas le commencement mais bien la fin de cette émigration 2. »

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