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LE « VINCULUM SUBSTANTTALE » 69
trompe-l'œil? Et lidéalisme, à force d'épurer le réel et l’intelligible, ne s’évanouit-il pas en son apparent triomphe qui w’aboutit qu'à l’inintelligibilité et à l'irréalité pures, comme est évanescente une relativité absolue, c'est-à-dire sans termes relativés, sans étalon, sans lien, sans unité? Aristote, parlant de la nécessité de conjurer la débandade des idées, observe que, quand la panique s'empare d'une troupe, an seul soldat qui s'arrête peut suffire à reformer l'armée autour de lui : la tactique à observer ici est toute pareille. Il faut découvrir et faire entrer en jeu un point de résistance inébranlable. Maïs où trouver ce nécessaire appui autour duquel se constituera l'unio metaphysica, le solide Virculum, qui devra être autant au delà de l'idéalisme monadique que celui-ci est lui-même au delà du pseudo-substantialisme physique? Et comment échapper à l'arbitraire de cet dvéyxn otfvæ, alors que la force de la dialectique comme de la vie même nous pousse en avant et nous crie : évdyen LA cThvar, Et voilà pourquoi, et voilà éoïninent tâtonne et balance Leibniz, sans se décider à sauter vers le pur idéalisme, ni à se lier aveuglément à un réalisme dont il ne discerne pas clairement la véritable assise. Tel ce Génie de la Liberté qui, les ailes éployées, reste rivé à la place de la Bastille, sans pouvoir, comme dit la chanson populaire, ni lâcher la colonne pour s'envoler, ni s’en élancer jusqu’en bas! Ou bien la situation malheureuse du philosophe fait encore penser à ces scarabées traversés par l’épingle d'un enfant et qui agitent désespérément les pattes sans réussir à les accrocher à rien, sinon à elles-mêmes ou à la cruelle épingle, en tournant sans fin et sans résultats, comme tourne l’idéalisme sur lui-même sans sortir de la prison de l’immanence inépuisable.
Une allégorie nous aidera sans doute à mieux comprendre Ja lenteur des démarches entreprises pour surmonter la difficulté en cause et le long temps qui-est nécessaire pour que
l'esprit critique acquière sa vision normale et quasi spontanée. Un de mes amis qui louchait de naissance, a été opéré vers sa trentième année, et le docteur Javal qui, pour la première fois, tentait sur un adulte capable de s’observer lui-même le redressement d'un strabisme congénital, a recueilli de curieuses données psychologiques sur ce cas inédit. Il a constaté la difficulté de fusionner dans la conscience les images visuelles qui pourtant, anatomiquement et optiquement, devaient coïncider; puis la difficulté, plus grande encore de faire concorder, même après que la superposition des images des deux champs de la vision distimcte avait été obtenue, les images de ces champs de la vision confuse. D'où l'apparition paradoxale de fausses projections manifestant la tyrannie hallucinatoire d'habitudes psychologiques anciennes, tyrannie telle que là où l'opération chirurgicale avait pour but de procurer l'unité des fonctions binoculaires, il s'était provisoirement produit,
1. Avant l'opération, l'œil dévié où se formaient cependant des images, avait vécu pour ainsi dire à part de la conscience : parce qu'elles auraient été génantes, ces images étaient vaincues par celles de l’œil utilisé et complètement éliminées. Survient l'intervention chirurgicale, le redressement de l’axe visuel : les habitudes anciennes sont troublées, et cette rupture ramène à la conscience les images précédemment exclues; mais, comme elles étaient accoutumées à une vie indépendante, elles tendent à garder cette autonomie, même en redevenant conscientes; d'où cet étrange phénomène et cette logique psychologiquement paradoxale au point de causer un malaise extrême, comme s’il fallait voir deux objets différents et identiques en une même place. Dès lors, tendance à dissocier, sous les exigences de la pensée, ce qui est superposé de fait. Et Pimage, précédemment inconsciente, mais rendue à la conscience (plutôt que de se suicider, pour ainsi dire, en l’autre image habituée à être seule maîtresse) projette en une fausse projection l’objet redoublé, mais comme s’il était à la place où l'aurait vu l'œil dévié en devenant conscient. La tyrannie psychologique du subconscient est provisoirement plus forte et que la réalité physique ou physiologique et que la connaissance savante dont cependant des exercices réitérés et des eflorts persuasifs d’auto-suggestion contre-hallucinatoire finissent par assurer la victoire, d'abord pour le point de la vision distincte, ensuite pour Île champ de la vision confuse quoique celle-ci soit très lente et très difficile à conquérir tout entière.
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par la combinaison de l’automatisme avec la dialectique secrète des interprétations subconscientes, trois images différentes et même plus. Eh bien! au début du redressement de sa pensée critique, Leibniz, en s'apercevant qu'il louchait en quelque façon, n’a pas réussi d'emblée à mettre d'accord ses conceptions récentes et ses vues anciennes, ses découvertes distinctes et ses parti pris confus, ses expressions nouvelles et sa terminologie acquise; et certains illogismes apparents résultent d’une sorte de logique plus complexe où les habitudes invétérées et les intentions rectificatives entrent en conflit tout en croyant s'harmoniser.
Il en résulte qu'il faut accorder quelque indulgence aux historiens qui ont accusé Leibniz d’être un Protée et de « se jouer » avec la souplesse d'un amphibie entre de multiples thèses qu'il ne réussit jamais à solidement agencer comme si, dans son immense édifice, les maïitresses poutres ellesmêmes portaient à faux. Et pourtant le problème qui amène Leibniz à mettre en œuvre toute cette dialectique déconcertante n’est ni fictif pour lui, ni imaginaire pour personne. C'est un problème qui était réellement à poser, — qui a été posé après lui avec une force toujours grandissante et un danger toujours croissant. Ce problème, nous aurons, pour finir, à le dégager de toutes les illusions idéalistes ou réalistes ou criticistes auxquelles Leibniz n'a pas réussi à le soustraire, pour opérer, per Vinculum, la réconciliation terminale du véritable réalisme et du véritable idéalisme, ## Vinculo.