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LE « VINCULUM SUBSTANTIALE » A
tion de leur contenu; il les a juxtaposés comme des faits, mais sans rendre compte de leur trinité, sans même chercher à rendre intelligibles leurs rapports réciproques. Dé leur coexistence, il a cependant escompté une unité qui échappe aux prises de la raison, mais qui n’est pas pour cela au-dessus de cette pensée vivante, aimante et agissante dont avec son âme brûlante et lumineuse ïl a si justement parlé. Mieux
valait en somme sauvegarder la valeur et la dignité propres
de chacun de ces ordres que de tendre à tout réduire à une sorte de « caractéristique universelle » où la charité ellemême, la vie de la grâce et les plus hautes fonctions de l'esprit sont finalement, comme chez Leibniz, toujours plus ou moins ramenées au langage scientifique et aux perspectives de la simple raison calculatrice.
Toutelois ce serait manquer de justice à l'égard de Leibniz, que de ne pas lui savoir gré d'un effort que seul peut-être il a méthodiquement tenté : ehercher à raccorder les deux formes de pensée, les deux sortes d'existence que bien d’autres avant ou après lui ont entrevues, mais sans que
jamais on ait tenté, par une analyse critiqué, de discerner
leur suture et leur complémentarité; et le mérite singulier
__de Leibniz, c’est d'avoir ébauché cette tentative (si déficrente
où même si décevante qu'elle soit condamnée à rester de ce point de vue unique et inférieur), en restant placé du côté même de la science positive et de la métaphysique strictement rationnelle et diseursive. Afin de parvenir à une solution totalement éclairante et apaisante, il eût fallu se placer effectivement dans l’une et l'autre des perspectives (et encore une jois Leibniz est toujours resté unilatéral) ; il eüt fallu peut-être surtout une maturation plus avancée des problèmes soulevés par l'esprit critique (et Leibniz avait eu à frayer le passage dans un fourré qu'on ne pouvait traverser du
premier coup); il eût fallu, davantage encore, un sens des
choses de l’âme, une expérience si l’on peut dire esthétique, cordiale et religieuse des plénitudes de la réalité vivante et. spirituelle (et Leibniz, si prodigieusement riche en d’autres domaines, est pauvre en celui-là).
On voit donc, par les brèves indications qui précèdent et qui répondent au programme strictement limité de ce chapitre, d’une part quelles ont été les causes principales des embarras de Leibniz, d'autre part en quel sens et de quelle façon il restait dans la philosophie générale de Leibniz un trou par en haut, un « besoin », une « exigence », dont nous n'avons pu encore avec lui donner qu'une idée en quelque sorte négative. C’est seulement par ce « vide attirant » que, dépassant déjà un peu les suggestions de Leibniz et devançant nos propres explorations, nous commençons à entrevoir quelle sorte de « plein » correspondrait à ce vide requérant et « exigeant ». Afin de soutenir notre confiance dans notre hasardeux périple, il n’était sans doute pas inutile d'escompter, un peu imaginairement peut-être, ce que le Virculum pour-
rait ou devrait être pour remplir efficacement le rôle que
son inventeur lui demandait de jouer. Grâce à cet escompte, nous pouvons risquer déjà sur la valeur intrinsèque du Vénculum leibnizien un premier jugement motivé, jugement qui ne saurait être une approbation sans réserve, mais qui ne pourrait pas non plus, sans injustice, ne pas demeurer éminemment favorable et encourageant. Bref, ce qui nous fait désormais prendre le Vinculum au sérieux, ce n’est pas tant la solution restée à l’état flou et fuyant, que le problème même dont est née cette hypothèse : hypothèse qui a servi à manifester l’énoncé précis, la portée méconnue, le caractère inévitable et capital du problème même; et c'est ceci qui importe.
Reste à savoir ce que le correspondant de Leibniz et ce que Leibniz lui-même ont finalement pensé du Virculum
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pour leur propre compte, et dans quelle mesure cette hypothèse, considérée en sa teneur première et en son rôle historique, garde encore un intérêt pour nous. C'est ce que nous devons examiner maintenant au chapitre V, avant de montrer dans notre dernier chapitre, que la conception de Leibniz, judicieusement redressée et complétée, pourrait servir à opérer tout un renouvellement de la philosophie.