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LE € VINCULUM SUBSTANTIALE » 123
proche, il est remonté d'étage en étage, etle Vineulum qui paraissait au début servir à « subtantialiser » l'ordre matériel est devenu de plus en plus l’armature spirituelle de l’ordre total, jusqu'à s'appliquer par excellence à ce panis pious et vitalis, Vinculum vineulorum, « panis supersubstantialis » (Matth., vi, 11), principe et terme faute desquels il n’y a rien de solide, de tenu. Assurément, il y a longtemps que l'on a exposé, même sous les formes paradoxales que nous rappelions à propos d'Aristote, de Ravaisson, de Lachelier ou de Bergson, les thèses de la finalité qui semblent un défi à la chronologie et à la logique rudimentaire; mais autre chose est de les énoncer comme une vue, comme une interprétation, comme un rêve de l'esprit, autre chose est de les réaliser ên concreto, de comprendre que la causalité efliciente elle-même serait inintelligible et irréelle sans cette finalité même, et d'aller jusqu’au bout des « exigences » et des applications. Le Vinculum est un pas en ce sens, rien qu'un pas, mais sur un terrain ferme et dont il faut prendre possession. C’est à déterminer plus explicitement ces rapports indélébiles que la philosophie doit, semble-t-il, s'attacher afin de permettre à la réflexion savante de rester d'accord avec la
spontanéité de l'intelligence et la responsabilité de la volonté
en acte. En apparence, nous sommes maîtres d'organiser nos pensées sans que nous ayons à répondre de nos illusions et de nos erreurs, même lorsque leurs conséquences peuvent devenir funestes. Mais ce n’est là en effet qu'une apparence. Car ces fautes intellectuelles procèdent souvent de déviations morales et d’insuflisances volontaires. On a qualifié x d’essentiel inapercu » ce par quoi l’on pense, l’on vit et l’on agit, ce sur quoi l’on sera jugé. Tout inaperçu qu’il est, cet essentiel est toujours présent, adhérant, opérant au plus intime, au plus inaliénable de l'être que nous sommes; et la connaissance « indistincte » que nous en avons, si enveloppée qu'elle de-
meure d'ordinaire, n'en est pas moins une connaissance, — connaissance « claire » pour la prospection qui sert à orienter nos intentions finales, connaissance « éclairable » même pour la réflexion qui sert à préciser, à justifier, à confirmer et à parfaire ce drame spirituel, en face de « l'Unique nécessaire » où se trouve l'unique solution. C’est pourquoi il importe de ne pas laisser le problème que nous avons en vue se cantonner artificiellement et contre-nature dans l'ordre dialectique des idées, où il est bien vrai qu'il se pose aussi mais sans s’y enclore. Et, si Leibniz lui-même a finalement échoué à tirer de son intuition du Vinculum tout le parti qu'elle comportait, c’est qu'il n'a pas mis ce sens vraiment moral et pleinement spirituel dans son « architecture ». Malgré les mots traditionnels qu’il emploie et l'effort qu'il tente pour en retrouver ou en vivifier l'esprit, il a gardé plus de paille que de grain, il eût pu dire aussi de ses explications d’ingénieur-métaphysicien : Omnia ista videntur mihi paleae; il a traité les choses de l'âme, de la vie, de l’agir avec des symboles abstraits qui sont une contrefaçon des réalités singulières et universelles à la fois; il a fabriqué une philosophie des enveloppes sans contenu, et, en dépit de ses déclarations et intentions contraires, il est resté dans le domaine des essences et des substances entitatives qui ne sont, par elles-mêmes, que des choses sans intimité et sans valeur. C’est ainsi que, tels qu'il les a présentés, son Virculum substantiale et son Unio metaphysica ne pourront jamais aboutir à être ce qu'il faudrait qu'ils fussent, un pinculum dilectionis et une unio poluntatum. — Unum corpus multi sptritus esse debemus : ces paroles, dont pourtant il a formulé l'équivalent verbal sont demeurées, par l'effet de ses habitudes d'esprit et de ses déficiences spirituelles, des formules comme celles que manient les algébristes; elles n’ont pu, pour lui, contenir une vive réalité!