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entreprenant l’un et l’autre le tour de la terre, mais sous des latitudes différentes, et allant l’un à l’ouest, l’autre à l’est, voudraient se surveiller et se rejoindre avant l'achèvement de leur exploration. Et ici la leçon de Leibniz {leçon d'un caractère opposé à celui des précédentes leçons, puisque lui-même est tombé dans ce défaut), c’est que, pour faire réellement droit aux exigences et critiques et réalistes, il n’y a pas de pote intermédiaire (via media), ni même, ou encore moins, de poie mixte (via communis). Ce sont là deux grandes explorations à pousser chacune jusqu’au bout, deux questions, sans doute solidaires, mais qu'il faut étudier chacune dans sa pureté et son intégralité, afin de recueillir d’abord et de préciser toutes les données et conditions d’un autre problème encore supérieur et plus compréhensif, le problème de l'union intelligible et réelle à la fois de la pensée et de l'être. S'acharner à résoudre une telle question en son universalité concrète ou bien par des généralités et en maniant des abstractions, ou bien point par point, à chaque moment de l'itinéraire philosophique, c’est forcément méconnaître une grande partie des éléments nécessaires à combler l’entre-deux, c'est recourir à des compromis hâtifs et à des extrapolations illégitimes par d’incessants « passages à la limite » qui laissent place à des approximations arbitraires ou à des complaisances verbales.
Chose encore plus grave : s'il est vrai que naturellement il subsiste toujours une inadéquation et comme une incommensurabilité entre la connaissance humaine et la réalité pleine où elle aspire, n’y a-t-il pas un inconvénient majeur, un vice radical à se contenter trop vite, comme si la solution escomptée était atteinte? Une telle procédure, un tel simplisme induisent la philosophie en une trompeuse sécurité, en une fausse suffisance. Par là on lui masque, on lui ferme l'accès de sa tâche la plus haute et la plus salutaire : elle se repose
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sur les systèmes théoriques qu’elle construit, alors pourtant que l'histoire lui apprend qu'ils sont toujours courts par quelque endroit et qu'il conviendrait de prendre acte et lecon de cette preuve de ses. lacunes et de ses limites; elle se repose sur les succès partiels que, dans l’ordre pratique, elle obtient en éclairant et en élevant l’action humaine par la pensée, alors pourtant que ces réussites restent toujours imparfaites, inadéquates et fragmentaires. Limites et inadéquations qui doivent empècher la philosophie d’être « séparée », close, exclusive d’une recherche des conditions requises. pour une adéquation plus complète. Émery a pu édifier maints lecteurs en réunissant les textes religieux de Leibniz; mais aucun n'est authentiquement inspiré d'un esprit religieux, encore moins d'un esprit chrétien; car ïls ont pour objet, non d'ouvrir, mais de fermer les questions que doit poser, mais que doit ne pas résoudre" une philosophie allant jusqu’au bout de som pouvoir et de son devoir.
Mais Leibniz ne paraît pas même avoir soupçonné les carences multiples dont à pâti son hypothèse du Virculum. Il n'a vu nettement ni ce qui est à Her, ni ce qui lie, nt la cause où la résultante de ce lien, ni tous les ingrédients et tout l’entre-deux des éléments esthétiques, ascétiques même ou mystiques qui peuvent entrer dans la « composition » d’une substantialité qu'il ne suffit pas de concevoir abstraïtement sans intériorité ni richesse spirituelle. Aussi, malgré tant d'efforts pour faire de son Virculum un sur-être, un vivifiant, un uniens quid, Leibniz n’a guère enfanté qu'un
mort-né, moins encore, un mot neutre, une sorte d'agraie,
1. Le cardinal Deschamps est un, des rares esprits qui (sans déprécier aucunement le rôle de la raison et la portée de la philosophie, en montrant au contraire leur extrême importance et leur sublime grandeur) a envisagé méthodiquement les « limites » et les « requêtes » normales de la philosophie « même la plus développée » dans l’état de fait où aucune autre destinée la surnaturelle n’est ouverte à l’homme.
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quelque chose d’extrinsèque. et de dépendant à la fois; alors qu'il lui eût fallu une transcendance immanente à tout ce 4 qu’elle attire, anime et associe du dedans, une sorte débauche de bonté et de perfection. En cela, il retombe encore sous le joug de eonecptions qu’il avait cependant voulu et cru dépasser, mais toujours en demeurant à mi-chemin de la libération. Oui, ill avait cherché à introduire dans la pensée aristotélicienne ow dans la pensée cartésienne un sens plus vif, plus imémeur des réalités subjectives, de l'effort, de l'aetivité spirituelle : eh bien, mon; il ne parvient pas à voir dans les . « essences » et les « natures » autre chose que des virtualités et des prédestinatioms qui, pour sembler douées d’une spon- tanéité plus interne, n'en restent pas moins des choses à actualiser, nullement des principes originaux d'agir : €'ést toujours du: naturisme;, du déterminisme; et même quand il tâche de s'élever à un hyper-métaphysique comme le Vinculum, c'est encore et: toujours du physicisme : de même ,Tue la nature: du feu est de brûler, la nature du Vinculum est de lier. En sommes-nous beaucoup plus avancés? Et avons-nous la moindre lueur sur cet opaque Vircuwlum qui ne peut devoir 4 son: efficacité, sa réalité même qu'à ce qu’il apporte d’intimement pertectionnant? À plus forte raison par l'effet de cette carence Leibniz, qui pourtant aspirait à solidariser la … connaissance et l'existence, n’a-il pu réussir à discerner l'étendue, la corrélation, l'unité du triple problème du penser, de l'agir et de Zêtre. Si l’on peut espérer voir des ombres du Vinculum se dégager une rénovation et une extension de la philosophie, c'est à ce rond-point et non ailleurs qu’il . faut se placer. On me pardonnera done d'indiquer, pour finir ; * quelques avenues à explorer du regard. Et si l'on à bien voulu me suivre jusqu'ici, on comprendra vite comment ma 3 longue ‘thèse sur l'Action est devenue comme le prolongement ele complément de ma petite thèse latine, comment aussi
l'étude de l’action a ouvert de plus lointaines perspectives.
Donc entre la pensée et l'être, il m'avait semblé qu’en fait l’abime est franchi par l’action. Elle forme l'unité vivante d'un composé incarnant la pensée même dans les membres et faisant participer la multiplicité d'un organisme matériel à la valeur spirituelle d’inténtions transcendantes. Elle semble le Vinculum en exercice : oui, de même que « le calcul de l'infini réussit », selon l'expression de Leibniz, notre action réussit, semble-t-il, à relier les vues de l'esprit et les élans de la volonté à la nature que la science, l’art, l’ascèse paraissent atteindre miris et occultis modis : « l’action ajoute une perfection », comme le remarquaïit Aristote, alors même que « nous ne pouvons jamais analyser tous les éléments de l'agir », otouyeia roÙ moueiv xat roù npdrrev, et Bacon, de son côté, remarquait que nous ne pouvons faire plus que mettre les « causes » en présence, sans pénétrer dans la nuit de leur efficience : Natura cetera intus transigit.
Et je m'étonnais dès lors que Leibniz n’eût point, par analogie ou extension du calcul infinitésimal, concrétisé son Vinculum dans l’action, puisque c’est elle qui insère, dans les choses même physiques et dans notre « composé humain », des idées incarnées et des fins réalisées. Mais toutelois cette médiation, cette domination de l’action n’est que partielle, approximative, finalement défaillante; et, même dans l'ordre subalterne où elle réussit fragmentairement, elle demeure mystérieuse; elle est toujours simplement approximative, inadéquate; et nous n'avons conscience de cette insuffisance, principe d'inquiétude et de progrès, qu'en posant au moins implicitement le problème d’une équation possible et d'une satisfaction totale.
L'étude de nos actions! ce ne pouvait donc être qu'une étape, qu'une vue partielle, qu'une colline masquant la montagne ct son triple sommet. Sans doute il n'était pas inutile de dépasser
Ge... Sat déni HA
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les formules finalistes prises pour des solutions réelles, les descriptions littéraires ou moralisantes pour entrer dans le vif et le concret d'une philosophie pratiquante, aux prises avec les réalités de tout ordre. Mais enfin, il m'avait fallu d’abord, par un artifice qui n’a pas été remarqué, restreindre le problème total de l’agir à celui déjà si ample de nos actions et de notre destinée {seul le P. Beaudoin m'avait spontaném ent signalé cette descente dans la tranchée). En son intégralité, la question à poser est d’une tout autre envergure. Car enfin dans tout ce que, autour de nous, en nous, par nous, nous appelons des actions, y en a-t-il qui méritent pleinement ce nom? Ne sont-elles pas en réalité des prolongements, des combinaisons de passivités lointaines et multiples qui, ignorantes des sources profondes, ne font que traduire ou l'empire secret des forces dela nature; oule mystère d'une prémotion et d'une prédestination; ou le règne absolu d’une Cause première ; ou les modalités d'une Substance unique ? Comprend-on dès lors qu'après l'exercice scolaire d'une thèse en Sorbonne,
je me sentais, pour rééditer honnêtement /’Action, obligé
d'affronter le problème infiniment plus vaste et plus radical de l'Agir ? Comprend-on que, pour savoir s’il est concevable, s'il est réalisable qu'à côté de l'Acte Pur il y ait de véritables agents, d'autres questions connexes s'imposent, celle du penser, celle de l’étre véritables; sont-ils possibles, et comment le sont-ils, à côté de Dieu et en Dieu tout ensemble, sans que ce soient des semblants d'êtres ou d’esprits? Y a-t-il des expériences qui paraissent réaliser cette conciliation de la dépendance et de l'autonomie, cette union sans confusion, cette passivité active ou cet agir personnel dans l'adhésion parfaite et transfigurante? Et s’il n’y a pas en nous plusieurs « formes » ni diversité de destinées facultatives, quelle est donc cette unité suprême et universellement obligatoire ?
D'où le besoin, la légitimité d'une étude que nous voyons de
plus en plus se constituer .sur le terrain rationnel et «expérimental à la fois. De divers côtés on a abordé le problème «du surnaturel «et Je problème des états mystiques, sous l'aspect même où la recherche philosophique peut utilement «et pru-
- demment les envisager ; états dont ‘on discerne ‘de mieux «en