‹ Une énigme historiqueChapitre 7 sur 36 · LETTRE D'ENVOI AU R. P. AUGUSTE VALENSIN XI · texte numérisé non relu

LETTRE D'ENVOI AU R. P. AUGUSTE VALENSIN XI

l'édition Gerhardt que j'avais pour la première fois en mains, la correspondance récemment complétée et enrichie de notes et brouillons préparatoires de Leibniz. Je fis une leçon qui me valut de Boutroux (faveur exceptionnelle de binage) l’autorisation de reprendre ce même sujet pour mon travail écrit. Car j'avais aperçu de nouveaux aspects et quelques questions préalables à résoudre; si bien qu’en somme mon mémoire, quoique étendu, resta inachevé et se borna à peu près à l'étude de la sincérité de Leibniz, sincérité qui à propos du Vénculum m'apparut incontestable, en dépit de ses habitudes de souplesse ou même parfois de dissimulation et d’ironie. Mais je ne laissai pas d'indiquer les raisons intrinsèques qui confirmaient les preuves extrinsèques de l’importance réelle que Leibniz avait attribuée à ce qu'il appeile lui-même 77eum Vinculum (II, 507, 511). Plus que je ne l'aurais cru, Émile Boutroux approuva mes conclusions. Mais dans les appréciations improvisées qui suivaient immédiatement les leçons d'élèves, les impressions orales, que son extrême bienveillance à l’égard des personnes le portait à rendre favorables à l'excès, ne concordaient pas toujours avec les notes écrites qu'il remettait au Directeur de l’École pour les classements trimestriels : Fustel de Coulanges, accompagné du sous-directeur Vidal de la Blache, venait lui-même nous faire la lecture solennelle de ces notes avec des commentaires appropriés à chacun des élèves. J'étais donc resté en suspens sur le degré de l'approbation accordée par mon maître — aussi énigmatique parfois que l’ésotérique Leibniz — à mes premiers essais d’interprétation du Veirculum : aussi ma joie fut-elle grande

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quand j'entendis le Directeur lire un jugement plus chaleureux encore que n'avaient été les encouragements premiers; et c'est ce qui, avec le conseil même de Boutroux, me décida à faire inscrire sans retard en Sorbonne ce rare sujet pour une de mes thèses de doctorat.

Dix ans passèrent sans que j'aie perdu de vue mon dessein : non seulement j'aimais à ruminer à part moila signification de l’obscur problème; mais je profitai de plusieurs voyages en Allemagne pour enquêter dans les bibliothèques universitaires ou pour correspondre avec des archivistes, notamment avec ceux de Hanovre, de Leipzig, de Cologne, de Düsseldorf qui me fournirent quelques textes inédits et des renseignements sur la personne de Des Bosses. Le bibliothécaire de Leipzig, à qui j'avais demandé de rechercher le texte complet d’un fragment de Leibniz cité par le théologien Pfaff comme extrait du Journal de Leipzig que je ne réussissais pas à trouver, m'indiqua qu'il devait s’agir d’un recueil dont ‘le vrai titreest Acta Eruditorum, et c’est là en effet que je rencontrai les témoignages surprenants dont nous aurons à faire état plus loin.

Toutefois, c’est seulement après la lente et fatigante rédaction de l’Action, que je composai, trop rapidement peut-être, mon thème latin, pour lequel d’ailleurs la correspondance que j’étudiais fournissaït la terminologie un peu barbare parfois et Les formules toutes préparées. Chargé de lire le manuscrit, Victor Brochard s’en acquitta avec une promptitude méritoire, et son rapport’ permit l'impression immédiate au

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