XIV LETTRE D'ENVOI AU R. P. AUGUSTE VALENSIN
A-t-il estimé que pour admettre cette hypothèse il lui eût fallu renier sa doctrine antécédente ? — Nullement ; il a même déclaré plusieurs fois et expressément le contraire. Enfin a-t-il réellement entrevu des raisons d'adhésion, des perspectives nouvelles, un moyen d'élargir encore ses horizons toujours reculés, et de résoudre des difficultés en face desquelles son correspondant et surtout ses récentes méditations l’avaient mis dans l'embarras? — C’est sur ce point que nos conclusions devront être nuancées sinon flottantes. Et comme il ne s’agit pas ici pour moi d’un problème simplement historique, il ne nous sera sans doute pas défendu de montrer, à la lumière de l’histoire postérieure à Leibniz, la réalité du problème qu'il avait sans doute aperçu, et que peut-être il entrevoyait la possibilité de résoudre autrement que ne devait le faire l’idéalisme ou le criticisme. De là l'extrême intérêt de son hypothèse, même alors qu'en fait elle n’a pas été comprise, et n’a pu dès lors influer sur le développement historique des doctrines ultérieures. Mais n'est-il pas temps encore de la rendre féconde, et son heure n'est-elle pas venue? On ne prescrit pas contre la vérité et, dans l’ordre métaphysique, les difficultés de fond restent toujours actuelles.
Peu après la soutenance de mes thèses, Émile Boirac présentait les siennes : la thèse latine s’intitulait De spatio apud Leibnitium (1894). De passage à Paris, j'allai entendre la discussion. Dissimulé parmi la nombreuse assistance, j’éprouvai une joie sans doute un peu coupable en entendant Brochard reprocher au candidat de ne pas s’être plongé dans la correspondance avec Des Bosses et de n'avoir pas tenu compte des résultats obtenus par l’étude ardue