‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 10 sur 13 · LA BIBLE ET SES CONVERSIONS · texte numérisé non relu

LA BIBLE ET SES CONVERSIONS

Dans mon dossier j'ai trouvé une lettre, où j'ai lu les lignes que voici, écrites par une correspondante pieuse, avisée. et bien placée pour être renseignée.

« J'avais l'impression, au début, que votre étude soulignerait peut-être cet attrait du catholicisme, auprès de ceux qui n'y pensaient pas; et que ce serait faire le jeu du clergé. Aussi maintenant, malgré vos justes conclusions, j'aimerais beaucoup vous voir traiter l'attrait du Protestantisme, qui renforcerait chez les huguenots trop tièdes les idées-force qu'il renferme et qui conduisent les âmes à la vérité ».

Cet appel ne saurait me laisser indifférent, et voici quelques documents intéressants, il me semble.

Je me borne, comme toujours, à ceux que mon enquête m'a fournis.

Mlle X, de la meilleure société de X, avait été jusqiie-là très catholique, pratiquante. Mais depuis quelque temps elle éprouvait un certain malaise après avoir accompli les devoirs de sa religion. Elle s'en ouvrit à son confesseur, qui lui répondit qu'elle était trop scrupuleuse. Elle répondit • « Quand je reviens de la messe, je suis moins contente que lorsque j'y vais ; il y a là quelque chose qui ne va pas. »

Dans un voyage en Suisse, elle eut l'occasion d'entendre un pasteur dans une réunion. « Si on nous parlait ainsi dans notre Église, dit-elle, comme nous serions différents! »

Immédiatement Mlle X acheta une Bible. Elle tomba sur un passage obscur de généalogie, ne comprit pas, et en resta là. — Un peu plus tard, reprenant cette Bible, elle tomba sur un passage du Lé vi tique, et elle ne comprit pas davantage. Les parents, persuadés que ce livre est impossible à comprendre, le prirent, et le portèrent au grenier, où il resta plus d'un an. — Enfin, reprise par ses angoisses, Mlle X alla le chercher et se mit à le lire, chapitre après chapitre. Elle comprit.

Et ceci est une leçon pour tant de protestants, savants plus ou moins, qui lisent la Bible par phrases détachées, par mots séparés, j'allais dire par lettre isolée. Ils ne comprennent pas la Bible, et la rejettent. — Rien n'éclaire la Bible^ comme la Bible. « L'analogie de la foi » était une doctrine essentielle de nos pères.

Mlle X, comprenant ce qu'elle lisait, a vu de plus en plus se détacher devant elle les erreurs de l'Église romaine. Elle alla expliquer à son curé qu'elle ne pouvait plus rester catholique. Son curé lui expliqua, à son tour, qu'à côté de la Bible, il y avait la Tradition, que la Tradition avait autant de valeur que... la Bible... En vain.

La demoiselle X a fréquenté d'autres réunions protestantes d'édification. Elle y a conduit sa mère, sa sœur. Ceux qui la connaissent la trouvent transformée. Elle était hautaine, réservée : elle est devenue débordante de vie intérieure. Uns de ses amies très catholique va entrer au couvent. Elle a dit : « Je me rends compte de la vie religieuse des protestants vraiment croyants. Quelle différence avec la vie religieuse catholique! Je comprends par expérience que cette différence vient de l'action directe de la Bible chez les croyants protestants, tandis que les autres n'ont pas de base. Comparée l'une à l'autre, l'attitude des catholiques paraît parfois grotesque. »

Ce qui peut le mieux rendre les protestants capables de résister à l'attrait du catholicisme, c'est la Bible : la lecture de la Bible, la prédication de la Bible, la Bible comprise par l'esprit et sentie dans le cœur. Au lieu de vouloir exorciser le catholicisme €n allumant un cierge, en chantant un chœur savant, ou un solo, en dressant une croix sur un autel, ou

en se taisant ensemble dans un temple... donnons aux protestants une culture biblique, une doctrine biblique, une piété biblique... c'est tout; et le reste n'est rien, est moins que rien.

L'attrait catholique s'exercera sur les protestants dans la mesure où ils ne seront pas bibliques (par modernisne, par ignorance, par indifférence, etc.). Et l'attrait protestant s'exercera sur les catholiques dans la mesure où les protestants seront bibliques. La Bible, saisie par l'intelligence et vécue par le cœur, voilà la force souveraine qui éloigne du catholicisme, et qui rapproche du protestantisme.

Le fait suivant s'est passé dans l'une des plus grandes villes de notre Sud-Ouest;

« Une famille est composée de quatre personnes ; le père veuf a une fillette de 12 ans et son père et sa mère. Le père de la fillette a toujours été très religieux. Il a été professeur d'anglais dans un établissement catholique. Pour lui, la question religieuse a toujours été la grande affaire. Pendant la guerre, officier, il reçut une brochure qui le remua. Puis il continua ses pratiques catholiques, se nourrissant de l'Imitation. Ses pratiques finirent par lui laisser des malaises insupportables, et il finit par acheter une Bible. Il reçut peu à peu les lumières qu'il cherchait, et vit les erreurs du catholicisme. »

Quelque temps après, on donna à la famille un programme des réunion Saillèns. Toute la famille les suivit et fut saisie.

Et voici le témoignage d'une autre dame catholique qui, dans la même ville, a assisté aux mêmes réunions Saillens.

« Je connais Dieu depuis six mois mieux que je n'avais appris à le voir dans la religion catholique, que cependant je pratiquais fidèlement depuis plus de 30 ans. En devenant protestante, je me suis rapprochée de Lui. Les Saintes Écritures m'ont rendu, t espérance. J'ai trouvé en elles la patience et la consolation indispensables aux affligés de cette vie. »

Le même correspondant, à la lettre duquel nous empruntons ces détails, ajoute; « On en découvrira encore d'autres certainement », c'est-à-dire d'autres catholiques qui cherchent sans le savoir et trouvent le protestantisme.

Il ne s'agit pas ici de prouver que le protestantisme est une forme plus fidèle du christianisme que le catholicisme.

Ce qui nous intéresse dans ces renseignements, c'est un premier fait : il y a des catholiques qui deviennent protestants. — Nous répétons que nous regrettons la réserve observée sur ce sujet par nos journaux relis:ieux, car peu à peu il y a des protes-

tants qui, de bonne foi, s'imaginent que des protestants deviennent catholiques, mais que des catholiques ne deviennent pas protestants. C'est une grosse erreur. Nos œuvres d'évangélisation, en particulier, devraient dresser de temps en temps le bilan de leurs conquêtes. Les Américains exagèrent un peu ce genre de statistique. Les protestants> français exagèrent en sens contraire.

Et voici un autre fait intéressant, dans les communications que nous avons citées en partie.

Rien de ce qui, d'après ce qu'on nous dit, attire les protestants vers le catholicisme, n'a retenu ces catholiques. — Et rien de ce qui, d'après les protestants, éloigne les catholiques du protestantisme, n'a éloigné ces catholiques. La beauté des cathédrales ne les a pas hypnotisés. La laideur de nos. temples ne les a pas repoussés. Ils n'ont fait attention ni à ceci ni à cela. — Et le maximum des impressions religieuses, ils l'ont éprouvé en écoutant un homme sans surplis, sans robe, parlant en redingote, pas même dans un temple, mais dans une salle de conférences!

C'est que le sanctuaire, dans lequel l'âme rencontre le plus sûrement, le plus facilement Dieu — ce n'est pas la cathédrale, c'est le cœur. Au lieu

^'orner des autels avec des dentelles, d'allumer des cierges, de répandre de l'encens, mettez dans votre cœur le sentiment de vos péchés ; allumez-y la flamme de votre repentir ; répandez-y l'angoisse de votre salut, et puis — dans la solennité unique de ce sanctuaire — laissez parler la Bible... Et ce sera l'attrait irrésistible, l'attrait protestant.

Qui le dit? qui l'atteste ? des catholiques, des catholiques, qui pendant des dizaines d'années ont fidèlement pratiqué le catholicisme, qui parlent par expérience, qui en savent plus que tous les dilettantes protestants.

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