‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 11 sur 13 · L'ATTRAIT PROTESTANT D'APRÈS UN ANCIEN CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

L'ATTRAIT PROTESTANT D'APRÈS UN ANCIEN CATHOLIQUE

Un pasteur de Paris m'écrit :

« Actuellement les deux cinquièmes des rattachés, souscripteurs de notre section de X, sont d'origine catholique. — Le mois dernier j'ai reçu huit catéchumènes d'origine catholique, et quatre prosélytes majeurs d'origine catholique. »

Il y a des catholiques qui deviennent protestants. Nous ne le savons pas, voilà tout.

Un de ces catholiques, convertis au protestantisme, et qui est maintenant dans le Nord de la France, était venu à Paris du Midi, où il avait lu une Bible achetée un jour par son beau-père à un colporteur. Cette lecture lui avait ouvert les yeux et le cœur. Tout récemment il s'est fait inscrire dans

une église protestante et a envo^'^é son abjuration à son ancien curé. Voici comment il s'exprime dans une lettre, adressée au pasteur de Paris, et qu'on veut bien me communiquer. Il commence par parler de ce qu'il entend dire de l'attrait catholique, et il continue :

« Permettez-moi de parler avec tendresse et respect de l'attrait protestant, c'est-à-dire du christianisme authentique.

« Laissons aux idolâtres catholiques la pompe, le côté spectaculaire,leritualisme... Soyons, nous, des frères, sous l'œil bienveillant du Père. Ce qu'il nous faut, ce sont des chants d'espoir et d'enthousiasme, des sermons émouvants, de tendres et touchantes prières improvisées, dans un local propre et clair, où ne règne pas la demi-obscurité propice aux effarements de la bigoterie et de la superstition, et l'odeur de l'encens agréable aux païens.

« L'attrait protestant, c'est la beauté morale de son culte

en esprit et en vérité, de ce culte qui parle au cœur et non aux

sens, qui fait appel aux nobles sentiments du fidèle, et qui

répudie le formalisme et Vautomatisme rituels du paganisme romain. »

Nous avons là le cri du cœur d'un protestant, — non pas d'un protestant qui a assisté à quelque cérémonie catholique, qui a entendu quelque orateur catholique, qui s'est laissé aller à quelques rêveries mystiques sur le catholicisme, qu'il ne connaît pas, nous avons là le cri du cœur d'un protestant, qui est né dans le catholicisme, qui a grandi dans le catho-

licisme, qui a pratiqué et vécu dans le catholicisme, qui connaît, pour les avoir sentis, les vrais principes du catholicisme, et puis qui a lu la Bible, qui est devenu un protestant de la Bible ; un protestant pratiquant le vrai protestantisme avec toute son intelligence, toute sa conscience et tout son cœur. Et ce cri, c'est un cri d'admiration et d'amour pour ce qui est le contraire du prétendu attrait catholique.

Voilà la vérité, la réalité, non pas imaginée, mais vécue.

Oh! les malheureux réformateurs de notre Protestantisme, qui enlèvent au protestantisme ce qui constitue son attrait sur quelques-unes des âmes les plus sérieuses du catholicisme, sur les catholiques simples, tourmentés pg^i' l'angoisse religieuse.

Que nos protestants écoutent les catholiques qui viennent à nous ; qu'ils distinguent entre les apparences superficielles et les profondes réalités.

Le mysticisme! Est-ce que le mysticisme des cierges, des psalmodies latines, des grandes pierres ogivales, est comparable au mysticisme d'un culte où il n'3'^ a rien pour les yeux, où tout est pour l'esprit et pour le cœur ? Quelle cathédrale égale en mysticisme un cœur ému ou une conscience troublée?

Notre liturgie! Qu'elle est belle! Gomme son austérité est grandiose! Ah! si, au lieu de la K.al

lire, ou de la mutiler, on en faisait comprendre toute la sainte majesté!

Et nos chants ! Ils sont parmi les plus beaux qui existent au monde. On m'écrivait que des prêtres les chantaient dans leur cabinet. Ah! si au lieu de changer nos Psaumes, de remplacer tous les fidèles par quelques choristes, voire par un soliste, voire par des violons ou autres instruments, on apprenait aux fidèles à les chanter; — à les chanter d'abord avec leur esprit, de telle façon qu'ils sachent ce qu'ils chantent et que l'on comprenne ce qu'ils chantent, en articulant et non en bredouillant, en vocalisant, en fredonnant ; à les chanter ensuite avec leur cœur, en étant heureux, ou triste, ou excité, ou apaisé, avec des pleurs ou des tressaillements de joie...

Quel culte serait le culte protestant ! De grâce, qu'on ne nous enlève pasl'espoir qu'il le redeviendra un jour, bientôt ; que pour faire briller l'attrait protestant, on ne le voile pas sous des emprunts faits au catholicisme. Que seulement les protestants veuillent être protestants !

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