‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 12 sur 13 · CHAPITRE III SÉRIE D'EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III SÉRIE D'EXPÉRIENCES

Le dernier Mémoire que j'ai reçu, eu réponse à mon enquête, n'est pas le document le moins intéressant, ni le moins instructif, et je regrette de ne pouvoir le reproduire tel quel, tout entier. En voici du moins tout l'essentiel.

L'auteur de ce Mémoire est un pasteur de grande ville, en Algérie, ayant 39 ans de ministère. — Il me déclare que, sauf les changements de religion, à propos de mariage, il n'a jamais vu de protestant se faire catholique, et il a vu bien des catholiques se faire protestants.

Il a eu l'occasion de constater V attrait protestant pendant la grande guerre. Gomme dans les autres grandes villes, il y a eu, à X..., des services patriotiques dans les églises des divers cultes.

« Je puis affirmer, écrit-il, que de tous ces services, les plus goûtés du public, ceux qui ont excité le plus d'émotion religieuse, ont été les services célébrés dans le temple, édifice fort modeste. »

A propos de l'un de ces cultes, célébrés en 1915, un autre pasteur qui y avait assisté, écrivait :

« Jamais je n'ai vu une pareille assemblée (les protestant > y étaient les moins nombreux), aussi profondément recueillie, jusqu'aux larmes... semblant dire : « Voilà ce que « je cherchais depuis si longtemps ». — « Certes, je ne re- « grette pas d'être venu, disait un officier en sortant du « temple, c'était merveilleux! Et puis, quelle foi! »

L'attrait protestant se manifeste régulièrement à l'occasion des services de mariage et d'inliuniation. Les services attirent beaucoup de protestants. La plupart de ces personnes admirent notre liturgie. — Prière de ne pas laisser passer, sans le noter, cet intéressant renseignement.

De même dans les services funèbres. « Il est rare qu'on n'entende pas ensuite des gens commenter, presque toujours avec grande sympathie, les paroles qui ont été prononcées... Une phrase, qu'on entend souvent est celle-ci : « C'est mieux que chez nous. »

Détail pittoresque. Notre pasteur a pu constater Vattrait protestant chez les détenus de la prison militaire.

11 y a un an, sur le désir de quelques prisonniers, il demanda et obtint Tautorisation de faire le culte dans la prison. Les protestants furent bientôt plus nombreux que les catholiques. — L'aumônier catholique, qui faute d'auditeurs, avait cessé son culte, voulut le reprendre. Mais il n'a pas eu plus de succès qu'avant, et il a de nouveau abandonné la partie.

Voici enfin une histoire véridique, qui synthétise et dramatise tout ce qui vient d'être dit.

« Il y a environ 20 ans, je présidais une réunion de" l'Union chrétienne, quand on vint m'avertir qu'un ancien militaire, ancien membre de mon Conseil presbytéral, était très malade et désirait vivement ma visite. Il habitait un petit port, à 164 kilomètres. Je sors immédiatement, et prenant à peine le temps de mettre dans ma poche un peu d'argent et ma Bible, je m'embarque tout de suite. Une nuit en mer. J'arrive. Mon ami est décédé, et sa veuve, très catholique, a tout réglé : un prêtre accompagnera mon ami au cimetière; il y aura une grande cérémonie. Le prêtre a invité trois de ses collègues... Ce n'est pas tous les jours que l'Église catholique est à pareille fête. — Je proteste, on résiste ; je tiens bon et je l'emporte (1).

u II fallait attendre le lendemain. Dans la rue on me reg.irdait de travers.

« J'étais parti pour voir un malade, non faire un enseve-

(1) ^^ous nous permettons de constater la différence de conduite de ce pasteur avec celle qui a été signalée dernièrement dans le Christian nisme an xx' siècle, dans l'article intitulé: « Le rapt d'un enfant ».

lisseraent. Mon costume était un costume d'été : pantalon blanc, veston d'alpaga, chapeau de paille, — et ma Bible.

(( Le lendemain, à l'heure fixée, une grande foule se rca nit, toute la population de la petite ville, colonel en tête... Sur le passage on se demande où est le pasteur. Autour de moi, les gens (les officiers surtout) me regardent toujours de travers.

« Quand je m'avançai sur le bord de la tombe, ce que j'obtins, ce fut un succès de curiosité. Je lus les passages bibliques, et après avoir expliqué l'accident de mon costume et rendu un hommage mérité au soldat et au chrétien protestant, je parlai des consolations de l'Évangile.

(( A mesure que je parlais, je sentais une détente se produire. L'attention devenait plus vive, la sympathie se manifestait. La cérémonie terminée, toutes les mains se tendirent vers moi, à commencer par celle du colonel. Et c'est très entouré que je revins à mon hôtel,... où je ne restai pas. Un protestant, qui ne s'était jamais fait connaître, voulut à tout prix me recevoir... Et, comme dans ma hâte je n'avais pas emporté assez d'argent pour mon retour, le receveur des postes, un catholique, se hâta de me prêter tout ce do,nt j'avais besoin,

« Voilà ce qu'a pu faire un homme parlant sans surplis, sans robe, même sans redingote, un homme en veston, en pantalon blanc et en chapeau de paille et n'ayant pour toute ressource que sa Bible. — Mais c'est précisément de cette Bible que lui vint sa joie. Ce sont ces paroles divines qui ont opéré ce revirement d'idées et de sentiments chez cette foule, d'abord presque hostile. C'est elle, cette Bible, qui a exercé cet attrait, l'attrait évangélique, l'attrait protestant. ))

Et après avoir dit qu'il pourrait citer bien des cas

analogues, après avoir encore raconté la conversion d'un catholique au protestantismo, le Mémoire conclut :

(( "Non, l'attrait protestant n'est pas un vain mot, et il remporte incontestablement sur l'attrait catholique. — Les protestants qui dénigrent leur culte et prétendent raméiiorer, le vivifier en y introduisant des éléments empruntés au cuite catholique, ont tort. Tel qu'il est, ou plutôt, faut-il dire, en raison même de sa simplicité, il est on ne peut plus propice à éclairer les esprits, à remuer les consciences, à émouvoir les cœurs. »

Nos lecteurs savent trop bien que cette convie^ tionest la nôtre, pour quie nous ayons besoin d'ajouter un seul mot.

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