CHAPITRE II L'ATTRAIT POLITIQUE
De l'attrait mondain à l'attrait politique la distance n'est pas grande. Quelquefois ils se confondent, quelquefois ils se distinguent.
« Je ne crois pas à un attrait bien étendu, et développé au point de devenir effrayant. L'attrait politique, est, je crois, le plus répandu actuellement, »
« Ceux qui regardent du côté de l'Église romaine, je devrais dire du parti catholique, sont mus par esprit politique plus que par sympathie religieuse. — Sans être effrayant, ce mouvement se manifeste actuellement avec une intensité marquée. — Dans ces temps troublés, en face du bolchevisme, bien des gens (je n'en suis pas) sont excusables de voir dans l'Église catholique, en tant que parti catholique, le dernier rempart delà civilisation, l'ultime déjenseur de Vordre, de la propriété, de l'autorité. — Ces personnes, l'immense majorité sinon toutes, n'ont pas la moindre idée de se convertir. — Ceux qui m'ont exprimé un tel
sentiment appartiennent à toutes les classes de la société. Pour moi, je reste convaincu qu'il n'y a en l'occurrence qu'à faire état de la question politique. »
« Dans la crise &oZc/ieuisfe (non seulement politique, mais, artistique, littéraire, etc.) qae nous traversons, de nombreux esprits inquiets cherchent une citadelle de défense. Gomme les partis de droite clament et proclament que hors de l'Église il n'y a point de salut, non point au sens spirituel mais temporel du terme^ que Maurras et V Action française sont aux ordres de Rome (l), il n'est pas étonnant que certains protestants, séduits par les doctrines de l'Action française, songent à aller jusqu'au bout de l'affiliation. »
(( Dans le bouleversement général du monde de l'aprèsguerre, il n'est pas douteux que le catholicisme émerge comme étant la seule puissance ayant conservé intacts les principes d'ordre et de discipline. Et pour cela, il occupe une situation unique. Le protestantisme dans son éparpillement.. n'a ni méthode, ni discipline. Nous restons des isolés, et ceux de nos frères qui veulent faire œuvre civique en sont, réduits à se tourner vers les organisations catholiques, »-
« 11 y a dans les classes bourgeoises cultivées une désapprobation des tendances socialistes dé beaucoup de nos pasteurs et de l'esprit pacifiste, qui semble être devenu un dogme protestant. Tous nous détestons la guerre, et nul ne la désire, mais il y a un certain a pacifisme », qui est incompatible avec l'esprit français, et je dirai même chrétien. »
« Ce que j'admire dans l'Église d'à-côlé, c'est le patriotisme. — Certains pasteurs sont de vrais bolchevistes ;. ...politique internationale antifrançaise. »
(1) Ces lignes m'ont été envoyées avant le récent conflit entre Romeet Maurras.
1" Ce qu'il y a d'intéressant dans les déclarations que l'on vient de lire, c'est qu'elles viennent de protestants qui ne partagent pas l'opinion qu'ils rapportent, et de protestants qui la partagent. Ces protestants, appartenant à des partis politiques et sociaux très différents, habitant les uns le Nord de la France, les autres le Midi, les autres le Sud- Ouest, s'expriment en termes identiques (voir 'les trois textes que nous avons soulignés) ;
2" Nous laissons de côté, pour le moment, la question du protestantisme en soi. Elle n'est pas précisément posée ici. Nos correspondants parlent seulement de certains protestants, de certains pasteurs ;
S*» Nous n'entrerons pas davantage dans l'appréciation des quelques faits particuliers, qui sont signalés (nous n'avons pas en main les éléments nécessaires pour une juste appréciation).
Et nous nous bornons à appeler l'attention sur la vérité, que nous avons déjà plusieurs fois signalée ailleurs, et que nos correspondants paraissent confirmer directement ou indirectement : il ne faut pas mêler la politique proprement dite à la vie de l'Eglise. Les pasteurs ne devraient pas représenter une politique spéciale qui déplaît aux fidèles, et les fidèles ne doivent pas demander à leurs pasteurs
de représenter la politique spéciale qui leur plaît, à eux fidèles.
L'Église catholique le fait. Soit. Et à certains moments, elle peut y trouver un profit temporel, matériel. Mais à quel prix ? Gomment ne voit-on pas la conséquence à laquelle aboutit ce système ? Actuellement le grand défenseur politique du catholicisme royaliste est Gh. Maurras, un athée notoire.
Peut-on imaginer quelque chose de plus nuisible à la religion, de plus utile à l'irréligion (1) ?
Y aura-t-il dans l'Église protestante autant de partis politiques, pasteurs en tête, qu'il y a départis politiques dans l'État ?
La question n'est pas oiseuse. Déjà certains de ces partis sont en formation. Ils trouveront leurs organes.
Ge n'est pas ce mélange de la religion et de la politique que Notre-Seigneur nous a enseigné.
Non, il ne faut pas que le parti qui nous plaît le mieux devienne le parti officiel de notre Église. Les pasteurs sont tenus à la plus extrême prudence : ils sont les pasteurs de tous les fidèles.
Ge qu'il faut, c'est qu'aucun protestant n'adhère, même en dehors de l'Église, à un parti qui ne respecte pas vraiment, pratiquement, les dix commandements de la loi de Dieu et son Sommaire.
(1) Le catholicisme lui-même s'en aperçoit. Ces temps-ci il multiplie les avertissements, papaux et épiscopaux, à ses fidèles.