‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE III L'ATTRAIT ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III L'ATTRAIT ARTISTIQUE

Que le lecteur ne prenne pas ce mot « artistique » dans un sens trop étroit... Dans le domaine religieux, l'art voisine avec le mysticisme, et souvent il est difficile de les distinguer. Du reste, qu'est-ce que le mysticisme ? — Enregistrons les renseignements qui nous sont donnés.

« C'est, je crois, le sens esthétique, qui est le plus souvent touché. »

« Une amie est entrée dans une église le jour de l'armistice. Elle m'a dit ne pas avoir compris la cérémonie, mais avoir entendu de la bien belle musique. »

u L'attrait catholique s'exerce facilement sur les personnes éprises d'art. Il n'est pas étonnant qu'il se soit exercé sur des artistes et sur des littérateurs protestants, nés en pays protestants, et qui, à un certain moment de leur vie, ont fait la connaissance du catholicisme. On peut

supposer ce que la simple visite d'une église catholique offre pour eux d'intérêt. D'une visite à une église catholique, de l'assistance aux cérémonies cultuelles, que de visions d'art, que d'impressions curieuses on rapporte. ».

« Mme X a des accointances anglo-américaines. Elle est très pieuse. Il lui faut des formes artistiques. Un prêtre lui a dit récemment : « Vous êtes trop artiste pour rester protestante. »

« Nous ne croyons pas que des protestants puissent trouver un attrait quelconque à une cérémonie catholique, au point de vue spirituel. — Il faut cependant reconnaître que, pour le développement musical, décoratif, les cérémonies catholiques offrent de l'intérêt. »

A propos d'art, il n'est pas étonnant que plusieurs de nos correspondants nous aient parlé des temples :

(( Au point de vue artistique, il est certain que nos temples sont bien inférieurs à ce qu'ils devraient être : architecture, sonorité, etc. »

« Rien n'y invite au recueillement ni à la prière. On y cause — comme sur la place publique. — J'en faisais la réflexion tout récemment en regardant le bois entassé de chaque côté du poêle, la balayette, les chaufferettes, et en écoutantles conversations... Dans un denosgrands lemples .parisiens, il y a quelques années, je voyais un balai appuyé contre la petite chaire portative de l'école du dimanche, laissée au milieu du temple, et des chapeaux posés sur la table de communion... J'ai vu un pasteur qui, lorsqu'il célèbre la Sainle-Gène, dépose sur la table, en ire le plat et la coupe, un gros mouchoir roulé en boule, avec

lequel il s'éponge le front à Pentecôte et se mouche à Noël. ...J'ai vu... (il est vrai que c'était en temps de guerre et que le pasteur était mobilisé), personne n'avait songé à préparer la table pour la Gène. Le pasteur était en chaire. La concierge s'empressa d'aller chercher un litre et une miche, posa la miche sur le banc à côté d'elle et le tire-bouchon, etc. »

Plusieurs correspondants parlent de V ouverture des temples.

Après avoir cité ces quelques lignes insérées dans un journal: « N'oubliez pas que l'église est ouverte tous les jours de 8 heures du matin jusqu'à la nuit. Soyez de ceux qui profitent de la maison de Dieu pour y trouver des forces dans la prière et le recueillement », une correspondante ajoute :

« Une des attractions, et non des moindres, du catholicisme est la porte de ses temples constamment ouverte aux cœurs en peine. — Combien de fois, moi-même, mère de famille, profondément huguenote, n'ai-je pas profité du silence de la maison de Dieu catholique pour y trouver des forces dans la prière et le recueillement. »

«Le catholique sérieux, qui entre dans son église, y prie. Il n'y entre en général que pour cela. D'ailleurs à prier tout l'invite, tout l'y presse, depuis le prie-Dieu jusqu'à la statue du saint, qui surmonte l'autel et semble attendre qu'on l'invoque. Et la croix? On ne peut l'ignorer, quand on entre dans une église catholique. — Dans les circonstances, si défavorables pour la vie religieuse, où nous vivons en

France, je doute que les recommandations du pasteur,, jointes à son exemple, suffisent à faire des fidèles des hommes et des femmes de prière. »

i° Évidemment on ne saurait trop recommander la bonne tenue des temples aux concierges et, mieux encore, à un groupe d'activité laïque, chargé de ce soin. C'est élémentaire. Et on ne saurait trop regretter une négligence, un sans-gêne, qui ressemblent fort à de la profanation, à de l'indécence.

Mais la dignité, même auguste, n'est pas exclusivement réservée aux sanctuaires, beaux artistiquement. Les catacombes n'étaient pas des cathédrales.

Je me rappelle avoir plusieurs fois assisté, dans mon enfance^ à un culte célébré par mon père dans un village, annexe de son église. Ce village n'avait pas de temple. On se réunissait dans une grande remise, dont le sol en terre durcie était bien balayé, et où, des deux côtés, se trouvaient des charrettes. Le parquet, à l'usage des conseillers presbytéraux, était formé par trois grandes planches blanches, pas rabotées, et momentanément posées sur des chaises. Gela formait les trois côtés d'un carré. Le quatrième était occupé par une « chaire du Désert », authentique. Cette chaire était naturellement constituée par des barres de bois de différentes longueurs, et que les fidèles avaient souvent portées, la nuit, sur

leur dos. Sur ces barres, une fois dressées et agencées, était tendue une étoffe marron, sombre, grossière, fanée, je veux dire sacrée par le temps et la piété d'une autre époque. Dans l'auditoire chacun avait apporté sa chaise. Le silence était grand, le recueillement parfait, et le prêche m'émouvait si bien qu'après 70 ans je me rappelle tout — Or, que de centaines de cultes, célébrés même dans de trèsbeaux locaux, n'ai-je pas oubliés !

Depuis, dans ce village, on a bâti un joli temple : j'ignore si l'auditoire est aussi nombreux.

2<» Je me garderai de critiquer l'ouverture des temples. Quelques personnes affligées disent que c'est pour elles un asile précieux. Pourquoi ne pas les en faire profiter?

Peut-être n'est-ce pas chose partout, ni toujours facile ! Car cette ouverture nécessite une série de dispositions particulières et des précautions... Mais je ne vois pas, en principe, quelle abjection on peut faire.

Toutes les âmes n'ont pas le même tempérament. Plusieurs, aux heures de trouble, se rappellent plutôt la parole du Christ : « Toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, ferme la porte, et prie ton Pèi^e qui est dans le secret. » — Ces âmes auraient peur d'être troublées par. les allants et les venants, par les regards indiscrets des étrangers, ou de&

indifférents, ou du concierge, ou de sa femme, et autres personnes plus ou moins indiscrètes...

Mais il est vrai q.ue certaines personnes n'ont pas de « cabinet », où elles puissent s'enfermer et être seules. Elles n'ont qu'une ou deux pièces, où s'agite toute la famille, ouvertes à tous les voisins. — Que chacun fasse ce qui lui convient le mieux.

3° Le lecteur se tromperait cependant s'il me croyait déshérité par la nature au point d'être insensible à la beauté des sanctuaires. Pour moi l'architecture est le plus spiritualiste des arts, et le plus éloquent des langages est le langage des pierres. Qui célébrera dignement la majesté des grandes églises romanes et gothiques ? Il m'est arrivé plus d'une fois de donner des conférences, même avec projections, sur les sanctuaires religieux. Pendant des années, j'ai profité de mes vacances pour visiter avec soin, et non sans émotion, les cathédrales de la France et de l'Allemagne. En particulier, comme j'avais souvent l'occasion de traverser Cologne, je n'ai jamais manqué de m 'arrêter entre deux trains pour passer une heure ou deux en contemplation sous les voûtes merveilleuses de ce chef-d'œuvre de l'art gothique. L'immensité de ces espaces, dont les bruits ne troublent pas le silence, me fait tout de suite éprouver (c l'horreur sacrée », dont parle le poète latin, et que l'on éprouve aussi quand on est seul sous les

voûtes immenses, infinies, des forêts de la Thuringe, par exemple, avec leur demi-jour et leurs silences hiératiques.

Je demande pardon au lecteur pour cette page d'autobiographie. Elle m'a paru indispensable, afin d'éviter tout malentendu, pour que mes jugements sur l'attrait artistique du catholicisme ne soient, à priori, récusés et tenus pour nuls et non avenus. Incapacité congénitale ! Vice de nature rédhibitoire! — Gela dit, j'ajoute qu'en consultantmes expériences, je ne puis pas dire que, en fait, les cathédrales incitent les fidèles catholiques à prier, si par prier on entend prier, c'est-à-dire parler à Dieu, en pensant à ce que l'on dit. — J'ai vu les gens arriver — en allant au marché ou ailleurs — d'un geste automatique mouiller leurs doigts dans l'eau bénite, d'un autre geste non moins automatique, et tout en regardant autour d'eux, soulever leur prie-Dieu, remuer les lèvres et marmotter un Açe ou un Paler, faire quelques signes de croix, répéter ou non cet exeircice devant un autre autel... — Je ne me rappelle pas avoir vu des fidèles abîmés dans une méditation angoissée.

Et je ne crois pas que les catholiques d'Espagne, ou d'Italie, même de la Galabre prient beaucoup plus que nos simples fidèles.

4*» J'arrête ces indications sommaires, et je donne la parole à deux correspondants.

Après avoir critiqué nos temples, l'tin d'eux ajoute: « En résumé, nous trouvons dans nos temples un enseignement de premier ordre, une réelle édification, et il suffirait de bien peu de chose pour que les <c modérés » y voient un attrait supérieur à celui de Rome. »

Et nous attirons tout spécialement l'attention sur l'indication de notre second correspondant. Il nous paraît avoir une autorité particulière, car il s'agit de quelqu'un qui a été élevé dans le catholicisme, qui est resté longtemps catholique. Puis, pendant des années, il a été indifférent, et enfin, tourmenté par des besoins religieux, il a embrassé le protestantisme. Il est donc capable de faire la comparaison. Il écrit :

« La pompe des cérémonies catholiques — seule chose qui pourrait retenir l'attention de certains protestants, — flatte plus les sens qu'elle ne retient l'esprit, et semble être plutôt un spectacle qu'un culte. Gomme conclusion, il serait infiniment regrettable que le protestantisme copie ou imite le catholicisme romain d'une façon quelconque. N'oublions pas que la sobriété de nos cérémonies et la nudité de nos temples élèvent l'âme vers le Dieu Maître, bien plus que certaines cérémonies catholiques, où domine le matérialisme. »

Nous nous approprions cette conclusion de quelqu'un que les « attraits du catholicisme » ont repoussé vers le protestantisme.

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