‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE V L'ATTRAIT CONFUS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V L'ATTRAIT CONFUS

Je ne voudrais pas que le titre de cet article parût déplaisant à qui que ce soit. Mes honorables correspondants m'ont indiqué leurs opinions, plus d'une fois avec une émotion qui m'a touché. Je Teur dois la vérité (ce qui me paraît la vérité), et celle-ci n'a rien d'offensant pour eux. Je parle d'une confusion dont ils sont les victimes encore plus que les auteurs.

Il y a, me dit-on, des protestants, qui « dans le silence de leur cœur se demandent si la voie qu'ils suivent est bien celle qui mène à Dieu, ou si elle ne comporte pas un redressement qui les conduirait plus sûrement au but » .

Angoisse fort respectable.

La première question doit donc être de savoir exactement ce qu'est le protestantisme... De la réponse à cette question tout dépend. Or je m'aperçois qu'aprlorila réponse à cette question est, pour plusieurs, la réponse que fait le catholicisme. Dès lors tout est décidé. Le protestantisme a tort et le catholicisme a raison, a priori.

On apporte d'abord la grande objection catholique : en face de l'unité catholique, l'éparpillement protestant. — Il faudrait savoir ce qu'est cette unité, et ce qu'est cet éparpillement. — Et quand on me dit qu'on ne peut affirmer devant Dieu que c'est la même foi qui est professée par les calvinistes, par les luthériens, parles libéraux,... je; commence par répondre que les calvinistes et les luthériens professent la même foi, sur les points fondamentaux et que les calvinistes et les « libéraux » ne professent pas la même foi sur ces points fondamentaux. — Il y a là une très grande confusion, très regrettable.

Il faut distinguer.

Gela exigerait d'assez longs développements. Mais voici qui heureusement précise :

« Le pire est que cette dissémination de notre foi n'est pas un phénomène accidentel; elle est une tare congénitale de notre protestantisme, puisque, fondé sur le principe du libre examen, il aboutit à permettre autant d'Églises que pourront surgir d'opinions individuelles distinctes. »

Et voilà ce que j'appelle le point précis, le point précis de la confusion initiale.

Le protestantisme repose sur le libre examen.

En un sens, oui; mais dans ce sens, pas plus que le catholicisme. C'est ce qu'ont débattu, il y a longtemps, Claude et Bossuet. L'acceptation de l'autorité de l'Église, ou bien procède du libre examen, ou elle est irrationnelle, aveugle. — Et à propos de cette controverse, ce n'est pas Claude et le protestantisme qui sont dans la plus mauvaise position. Toute autorité est acceptée par un libre consentement, ou il n'y a pas d'autorité du tout, il n'y a que la force et la contrainte. Et nous voilà en dehors de la religion et même de la morale. — Mais passons.

Dans le sens usuel, courant, quand on dit que le protestantisme repose sur le libre examen, on veut dire que le protestantisme n'a aucune autorité, et qu'à chaque instant il se « fait sa religion » indivi-

duellement, selon son goût, ses caprices, son état d'âme, etc..

C'est bien ainsi que le catholicisme définit le protestantisme ; et je le reconnais, c'est ainsi que le définissent beaucoup de protestants.

Je ne suis pas du tout étonné que les extrêmes se touchent. — De tout temps, avant de se contredire, les extrêmes ont commencé par s'entendre... Qu'estce que cela prouve ?

Peut-être, pour savoir ce qu'est le protestantisme, serait-il bon, et même nécessaire, de consulter les fondateurs du protestantisme, les Réformateurs euxmêmes.

Or les Réformateurs n'ont pas invoqué le prétendu principe du libre examen. Et les ultramontains et les ultraprotestants n'ont cessé de les accuser, avec violence, d'avoir contredit le principe du libre examen! — De telle sorte qu'on les accuse en même temps de deux crimes également effroyables : d'avoir nié le libre examen, et de s'être contredits en le violant.

Mais passons encore.

Personne ne saurait vraiment contester que le protestantisme repose sur deux principes célèbres,

dont le premier est V autorité souveraine de la Bible.

Or Tautorité souveraine de la Bible, inspirée par Dieu, est plus grande que l'autorité du pape, même proclamé infaillible.

Et cette autorité de la Bible a été proclamée par toutes les grandes confessions de foi protestantes, même par la dernière en France, celle de 1872.

Tous les protestants ne l'acceptent pas. Qu'est-ce que cela prouve ? Qu'il y a plusieurs protestantismes contradictoires. En effet, mais cela prouve aussi qu'il y a un protestantisme historique^ un^ un seul, et, à côté, beaucoup de protestantismes modernes.

Ces protestantismes modernes corrigent, améliorent, corrompent, détruisent, font ce qu'ils veulent. Il n'y a pas de tribunal d'Inquisition protestante pour leur fermer la bouche, pour les mettre aux cachots, pour les faire monter sur le bûcher. — Mais il n'y a pas davantage de force humaine pour effacer la différence, l'abîme entre le protestantisme historique et tel protestantisme moderne.

L'histoire est là ; elle prononce ; et cela suffit.

La conclusion c'est que, si l'on veut s'entendre, quand on parle du protestantisme, il faut savoir et avertir de quel protestantisme on parle : du protestantisme Aw^o/vç'Me ou d'un protestantisme moderne.

Je suis obligé de m'arrêter ; car peu à peu je serais amené à discuter toutes les questions théologiques. Je me contente de dire que, étant protestant historique, je ne suis pas troublé par les objections catholiques et ultraprotestântes contre la clarté de la Bible. Je crois que les catholiques substitueraient moins l'autorité de l'Église à l'autorité de la Bible, si celle-ci était moins claire ; et que les protestantismes modernes dépenseraient moins d'efforts prodigieux pour démolir l'authenticité, l'historicité de la Bible, si la Bible n'était pas si claire.

Au nom de mon protestantisme historique je ne regrette pas « qu'il n'y ait pas de dogmes imposés ». Je ne crois pas que le dogme de la divinité de Jésus-Christ soit l'œuvre du temps autant que des évangiles. — Je n'admets pas la supériorité pratique du catholicisme; je ne me sens pas attiré par le culte de la Vierge ; je ne demande pas le célibat des prêtres, ni le monachisme.

Que les protestants s'arrangent comme ils pourront avec leurs protestantismes modernes. Je n'ai pas à m'en mêler ici.

Je m'en tiens au protestantisme historique, celui de l'autorité de la Bible ; et mon protestantisme historique me suffit pour n'éprouver en rien l'attrait du catholicisme, au contraire.

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