‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE VI LES « CHANDELLES » ET CALVIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LES « CHANDELLES » ET CALVIN

A propos de l'aménagement des temples, de la « devanture » du culte, on m'a posé une question particulière.

Qu'est-ce que Calvin a pensé et dit des cierges ? Ne les a-t-il pas approuvés? — H y a des protestants, paraît-il, selon lesquels Calvin les aurait approuvés.

Il y avait à Londres une Église de réfugiés réformés. Les persécutions de Marie-la-Sanglante les obligèrent à fuir. Un certain nombre se réfugièrent à Wesel. Là, l'intolérance des ultra-luthériens leur rendit la vie pénible. Les ultra-luthériens voulaient leur imposer leurs rites.

Calvin écrivit aux réformés de Wesel une lettre, le 1^' mars 1534 (1). D'après lui les rites, et en par-

(1) Opéra Calvini, t. XV^ pp. 79,, 80.

ticulier les cierges, sont des « fatras », des « superfluités », un résidu des superstitions papales^ dont nous devrions tâcher d'exterminer la mémoire^ en tant qu'en nous est. Mais si nous sommes quelque part, dans une Église, où, malgré nous, ces « fatras », ces « infirmités » existent, il faut les subir plutôt que de se séparer de l'Église, à condition qu'elle soit fidèle quant à la foi.

Citons textuellement.

« Si les pasteurs faisaient leur devoir, ils mettraient peine de retrancher les superfluités, qui ne servent en rien à édifier, même qui plutôt obscurcissent la clarté de l'Évangile. C'est donc un vice à condamner ; quant à eux, ils nourrissent ces mêmes fatras, qui sont comme un résidu des superstitions papales, dont dous devons tâcher d'exterminer la mémoire, en tant qu'en nous est. Mais puisque vous n'êtes qu'un membre particulier de l'Église, non seulement vous pouvez licitement, mais vous devez, supporter et soujjfrir telles infirmités, qu'il n'est pas en vous de corriger. Nous n'estimons pas que d'avoir des chandelles allumées en la Gène et du pain figuré, soient choses indifférentes, de telle façon qu'on y consente et les approuve ; mais elles sont assez indifférentes pour s'accommoder à l'usage qui en sera déjà reçu, quand nous n'avons pas l'autorité pour y remédier. S'il était question de recevoir ici telles cérémonies, nous serions contraints et tenus, selon le lieu auquel Dieu nous a constitués, de résister jusqu'au bout et de maintenir constamment la pureté, dont l'Église qui nous est commise est déjà en possession. Mais quand

nous viendrons en quelque lieu où il y aurait forme de culte différente, il n'y a aucun de nous qui, par dépit d'une chandelle ou d'une chasuble, se voulût séparer du corps de l'Église et, par ce moyen, se priver de l'usage de la Cène. »

Calvin, en dépit de ses détracteurs, n'est pas fanatique : il est ferme.

Il est ferme, pour ce qui concerne la foi, les doctrines essentielles, les doctrines fondamentales, — qu'il distingue soigneusement des doctrines secondaires, et, encore plus, des cérémonies.

« Le principal, dit-il (toujours dans sa lettre aux fidèles de Wesel), est que vous ne fléchissiez pas en la confession de votre foi, et que cous demeuriez en votre entier, quant à la doctrine. »

Mais pas de fanatisme. S'il est impossible de faire autrement, il faut « s'accommoder à quelques cérémonies, qui ne concernent point la substance de la foi » ; — « car il est licite aux enfants de Dieu de s'assujettir à beaucoup de choses qu'ils n'approuvent pas ».

Telle est la pensée de Calvin sur les « chandelles ».

C'est aussi la nôtre (1).

(1) Il n'est pas aussi facile qu'on le pense de corriger le culte protestant. Voici que des récriminations s'élèvent déjà de deuï côtés opposés, contre les améliorations introduites.

Le temple prolestant est envahi par trop de musique. Un de mes

correspondants a assisté à une consécration ; pendant les engagements du candidat, les orgues ont si bien fonctionné, qu'il n'a rien pu entendre. — Toute une série de lettres ont été publiées sur ce sujet. Après le moment dit de recueillement, à la fin du culte, l'orgue donne le signal des conversations, du brouhaha. '— Un autre correspondant pro-" teste contre l'abus des soU, des orchestres...

A l'extrême opposé, les cultes de silenee (si l'on ose s'exprimer ainsi) me sont signalés d'une manière curieuse. Un ancien catholique, devenu protestant, pieux et quaker, retrouve dans le recueillement silencieux au temple ce qu'aime son atavisme catholique, le silence de l'élévation au cours de la grand'messe, le silence des messes basses, le silence de l'adoration du Saint Sacrement... — Est-il bien sûr que la meilleure méthode pour résister à l'attrait catholique le plus catholique soit d'introduire dans le protestantisme ce qui attire vers le catholicisme ? — Sur ce point, la copie sera toujours fragmentaire, plus ou moins pâle, plus ou moins détériorée et risque fort de faire d'autant plus désirer l'original vrai, intégral, vivant.

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