‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE VII LE DÉGOÛT DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LE DÉGOÛT DU PROTESTANTISME

Sans avoir la prétention — loin de là ! — d'épuiser le sujet que nous avons abordé dans notre avantdernier chapitre intitulé : « Attrait confus » il nous faut compléter un peu les observations que nous avons présentées.

Nous y sommes invité par les communications suivantes de quelques correspondants.

D'après M. X., les huguenots avaient la vérité ; ils étaient grands !... Mais l'Église d'aujourd'hui est misérable... Le protestantisme ne fait que discuter dans l'anarchie la plus complète. On fait de la morale en chaire, peut-être même de la politique. Le protestantisme est fini, il n'y a rien à faire pour le sauver; et le catholicisme avec ses tares, avec ses crimes du passé, avec ses superstitions et ses misères lui est infiniment supérieur.

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« D'un côté une Église au credo immuable, qui répète sur tous les tons et dans toutes les langues, je suis la vérité..., d'un autre côté, un protestantisme, où chaque lustre voit éclore une théologie, une philosophie religieuse nouvelle.

« ...Gomment s'étonner que des âmes pieuses, profondément croyantes, affamées de certitude, de foi positive, soient anxieuses, troublées? — Que le protestantisme, qui n'a plus aujourd'hui une seule faute à commettre, redevienne enfin lui-même, qu'il revienne à sa foi et à ses origines historiques, n

« Il y a une seule foi, dit l'Apôtre, mais dans notre protestantisme chaque Église et chaque fidèle a une foi à lui ; l'un est orthodoxe, l'autre libéral ou rationaliste. »

« L'Église de Rome accepte toutes les Saintes Écritures, mais elle les interprète à sa manière et y ajoute toute sortes de dogmes et de croyances, qui sont contraires à son esprit et à son enseignement (Transsubstantiation, culte de la Vierge, culte des Saints, confession auriculaire). Mais les catholiques sont chrétiens quand même, et des chrétiens pleins de zèle et de piété, et ils ont la foi. »

Notre correspondant conclut î

« La division, les incrédulités et les libres-pensées, qui sont dans notre Église protestante, la tuent. La soumission et l'obéissance font le triomphe et la gloire du catholicisme. »

Un correspondant, d'origine ku^enote, élevé dans l'admiration du protestantisme, dans la répulsion du

catholicisme, a été peu à peu amené à modifier se& idées en face des faits, qu'il indique comme suit :

« J'ai été amené à mettre en parallèle : 1° le catholicisme, trop souvent erroné, mais gardien du dogme et de la foi; 2° un protestantisme rationaliste, rabaissé à la mesure de la raison humaine, destructeur de la foi.

« Où est le salut? Attaché au protestantisme de mes pères, je voudrais qu'il soit dans l'orthodoxie protestante, qui a su enlever au catholicisme tout ce que cette religion avait illégitimement surajouté à l'Évangile. Mais l'orthodoxie existe-t-elle encore? — Bien des pasteurs m'ont déclaré que le dogme avait peu d'importance. Un autre m'a dit qu'à l'école de théologie, la science des modernistes avait donné de rudes assauts à sa foi. J'aimerais à être assuré que la religion de Calvin existe encore, et que je n'assiste pas à la fin lamentable du protestantisme, devant une Église catholique, qui, guidée par des Léon XIII, laisserait tomber en désuétude des absurdités, et attirerait à elle par ses attraits évangéliques, les protestants avides de foi. »

Voilà des accents pathétiques, angoissés et angoissants. Qui pourrait y rester insensiWe ?

Encore une fois ces déclarations soulèvent un monde d'idées contradictoires. Il faudrait reprendre toute l'histoire ; il faudrait examiner la psychologie du catholicisme passé et actuel, distinguer entre l'apparence et la réalité, ramener l'idylle rêvée par certains protestants, à la réalité vécue par l'immense

majorité des catholiques, se demander ce qu'il y a vraiment au-dessous de toute cette unité intellectuelle et morale ; citer cette parole, récemment publiée, d'un converti, ce motif de sa conversion : « l'indulgence du catholicisme aux exigences d'un paganisme légitime ». Et s'il n'y avait que cette indulgence !

Il faudrait étudier de nouveau, et à fond, la question dont nous avons déjà parlé : peut-on dans un système prendre ce qui est bon et laisser ce qui est mauvais ? Le système réduit à certains fragments est- il le système ? celui qui agit ? Peut-on, dans un visage, garder les yeux qui sont beaux, et supprimer le nez et la bouche, qui sont affreux? Est-ce encore le visage? Tout se tient dans un organisme, etc., etc.

Mais nous voulons nous en tenir à l'idée essentielle que nous avons déjà' indiquée.

On souffre en voyant qualifier de protestantes les idées les plus contradictoires. On soufTre en voyant de bons protestants accepter, a priori, l'idée catholique, laquelle est la même que l'idée des ultraprotestants : tout ce que l'on veut est protestant ; il est aussi protestant de croire à l'autorité des Écritures que de la nier...

On souffre de voir reprocher amèrement au protestantisme d'avoir des défauts qu'il n'a pas, qu'il peut seul combattre, et de ne pas avoir les qualités qu'il a, et qu'il peut seul donner et propager.

Non, mille fois non ! — Si l'on veut dire qu'il n'y a pas d'inquisition avec ses juges et ses sbires, pour mener en prison ou au bûcher celui qui [se dit protestant et se fait sa foi, au gré de ses goûts et des caprices, — on dit vrai. Mais l'Histoire a le droit de définir le mot protestant. Il y a un protestantisme historique.

A quoi on répond : mais le protestantisme historique est attaqué, est nié. — Je le regrette. Mais en quoi cela peut-il affaiblir mon admiration pour le protestantisme historique et ma fidélité ?

Est-ce que j'abandonne, ou je nie, toutes les vérités qui sont attaquées ?

Au lieu de les abandonner, je les défends.

Est-ce que tous ceux qui se plaignent à bon droit, qui gémissent avec raison, ont fait tout leur devoir de bon protestant, de protestant historique ? Ontils parlé, ont-ils lutté, se sont-ils groupés, se sontils organisés ?

Les vérités ne périssent jamais par leur faute, elles ne périssent que par la faute de leurs adhérents, de ceux qui se prétendent leurs adhérents.

Alors on veut bien m'accuser à^historicisme^ d'immobilisme.

Qu'est-ce donc que le protestantisme historique ? La religion de Luther, de Zwingle et de Calvin ? Certes non. — Les catholiques, voilà les partisans de l'immobilisme. Leur docteur immobile, c'est saint Thomas. Je ne crois pas à saint Calvin.

Le protestantisme historique n'est que le christianisme historique, auquel les Réformateurs ont ramené le christianisme.

Et si je ne veux pas modifier le protestantisme historique, c'est uniquement {uniquement) parce que je ne veux pas modifier le christianisme de la Bible, des apôtres, le christianisme du Christ.

C'est le moment de reproduire le dernier texte qui nous a été communiqué. Il s'agit du passage d'une lettre de Lacordaire {Lettres, 1916, p. 265, 276).. Le voici :

« Jamais ses enfants (de l'Église), sous aucun prétexte, ne doivent être étrangers à ce qui la touche ; ils doivent y

prendre part selon leur position et leurs forces... Aucun talent, aucun service ne compensent le mal que fait à l'Église une séparation, quelle qu'elle soit, une action en dehors de son sein. J'aimerais mieux me jeter à la mer, avec une meule de moulin au cou, que d'entretenir un foyer d'espérance, d'idées, de bonnes œuvres même, à côté de l'Église. »

Ces lignes sont vraiment d'une importance capitale. Elles montrent le secret de l'unité, de l'autorité, de la puissance de l'Église catholique. Le catholique fait tout dans, par et pour l'Église. — Et l'on nous dit : n'est-ce pas l'idéal ? Quel attrait ! — Oui et noUg Car, si plutôt que de Jaire quoi que ce soit hors de l'Église, un catholique nommé Lacordaire préfère le suicide, plutôt que de laisser faire quoi que ce soit hors de l'Église, d'autres catholiques, nommés Innocent 111, certains conciles, ïorquemada, Thomas d'Aquim, le P. Lépicier préfèrent exterminer ceux qai travaillent hors de l'Église. C'est la théorie même des inquisitions et des persécutions.

D'autre part, il faut remarquer que beaucoup de protestantismes, plus ou moins modernes, ne pensent, dirait-on, à exercer leurs talents, même religieux, que hors de l'Église, et sans l'Église. Nous assistons à une floraison stupéfiante d'associations pour l'évangélisation, pour la vie religieuse, hors de l'Église; ce qui, en fait, finit par être, même involontairement, au détriment de l'Église. Ces associations ont leur directoire central, leurs groupes régionaux, leurs groupes locaux, tout comme de vraies églises. — Et l'on nous dit : N'est-ce pas un terrible danger? n'est-ce pas le contraire de l'idéal, l'explication du morcellement, de la faiblesse, du dépenaillement du protestantisme? — Quelle cause de dégoût! — Soit, mais il faut considérer que c'est un extrême opposé à un autre et que ce second extrême répond, par l'abus delà liberté, à l'abus

de la contrainte. Et la liberté, en matière religieuse, est aussi un idéal vrai.

La conclusion, toujours la même, est qu'il ne faut pas accuser le protestantisme de tous les écarts et méfaits des protestantismes divers et des protestants. Il faut s'éloigner des deux extrêmes, catholique et ultra-protestant, et pour cela rester fidèle au protestantisme, synthèse des contrariétés coupables ou mortelles, fidèle au protestantisme selon saint Paul, celui que nos Réformateurs ont remis en honneur, le protestantisme historique.

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