‹ Une enquête [microform]: l'attrait catholique et l'attrait protestantChapitre 8 sur 13 · CHAPITRE VIII L'ATTRAIT DU MOINDRE EFFORT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII L'ATTRAIT DU MOINDRE EFFORT

Plusieurs de nos correspondants insistent sur cette explication de l'attrait catholique.

« C'est une religion facile, où un autre se charge de notre responsabilité morale, et dans laquelle il est facile de se mettre en règle avec Dieu, pendant sa vie et avant sa mort. On demande de la fréquentation aux offices plus que des convictions. »

« Le catholicisme est une religion de mineurs, le protestantisme une religion de majeurs : c'est ainsi que j'entendis un jour un pasteur définir la position réciproque du catholicisme et du protestantisme.

Rappelons le propos si caractéristique du célèbre Brunetière : « Ce que je crois, allez le demander à Rome. » Citons ce propos, récemment entendu dans un grand restaurant : « Je me suis placé entre les mains de mon prêtre, et il est responsable de mon salut. »

Sur ce sujet un très intéressant mémoire nous a été envoyé par un jeune et distingué intellectuel. Selon lui, le protestantisme est la religion d'une élite. De là sa valeur et la crise qu'il traverse, la crise ^des élites : « le protestantisme, religion d'une élite traverse la crise infligée par la rigueur des temps à toutes les élites ».

Le Mémoire dit : « Cultivée en sol profond, la religion protestante ne pousse ses racines que dans la personnalité intérieure. »

« Le catholicisme n'est pas, comme on le dit parfois injustement, exclusivement superficiel. Mais il conserve une importance et une valeur aux actes et aux rites. Il n'exige pas pour vivre une vie spiritaelle intense. Il peut plaire à des enfants éclairés, et il peut en même temps satisfaire la masse qui nourrit sa piété de sentiments et de gestes. »

Sans nous arrêter à un ou deux termes, qui auraient peut-être besoin de quelque explication, nous admettons l'affirmation générale, conforme à des affirmations déjà citées.

Cela justifie-t-il l'expression : le protestantisme est la religion d'une élite ? — Oui et non.

Certainement le protestant, comme tout chrétien,

fait partie d'une élite, d'une élite religieuse, d'une élite morale, mais pas nécessairement d'une élite intellectuelle, ni sociale (de classe).

Il faut bien distinguer. Le christianisme et le protestantisme, à leur origine, ont été la religion des petits, des ouvriers, des ignorants, des pauvres. Saint Paul dit aux premiers chrétiens : « Il n'y a parmi vous ni beaucoup de sages selon la chair...» « Nous sommes comme les balayures du monde... » Et Notre-Seigneur lui-même a dit : « Je te loue, ô Père, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux petits enfants. »

Ainsi les chrétiens et les protestants n'appartiennent pas nécessairement à ce qu'on appelle l'élite (intellectuelle, sociale), et cependant, ils constituent l'élite (morale, sociale et finalement intellectuelle).

Sans avoir le temps d'expliquer cet apparent paradoxe, qui est une vérité de bon sens et de fait, je me borne à dire : le protestantisme (comme le christianisme) s'adresse à tous les hommes, quels qu'ils soient, aux petits, aux humbles, pour les élever tous à la dignité supérieure de protestants et de chrétiens. — Les chrétiens, les protestants, ne deviennent pas chrétiens, protestants, parce qu'ils appartiennent à l'élite. Mais ils constituent l'élite parce qu'ils sont devenus chrétiens, protestants.

A l'origine du protestantisme en France, on a appelé les premiers protestants « les fouleurs et les cardeurs de laines de Meaux ».

Ils constituèrent la magnifique élite des martyrs. Et partout dans le monde, ces « gueux », comme on les appelait en Hollande, ont fait l'honneur, la force, la gloire des nations, l'élite !

Le devoir strict de tout homme est de devenir protestant, c'est-à-dire chrétien. Et s'il y a des hommes qui ne veulent pas devenir protestants, c'est-à-dire chrétiens, ce n'est pas parce qu'ils ne le peuvent pas (n'appartenant pas à l'élite), c'est qu'ils ne le veulent pas (pour constituer l'élite).

Je lis dans le rapport : « Il est peut-être des consciences que ces exigences effrayent ou irritent, et qui se sentent plus à l'aise dans le catholicisme, qui ne lie pas indissolublement morale et religion, se montre plus indulgent à la faiblesse humaine, et offre par la confession un apaisement périodique aux âmes repentantes. Les actes, les offrandes, les privations, moyens que l'Église met à la dispesition 'des fidèles pour se racheter de leurs fautes, coûtent moins à la plupart des hommes que le constant effort sur soi-même pour résister aux assauts de la nature et la soumission aux ordres de la conscience. »

Nous voilà d'accord.

Mais je dois encore noter un passage de l'intéressant et suggestif Mémoire :

« Chaque protestant doit, dans la probité de sa conscience éclairée, se créer sa propre religion. Sur la base qui lui est fournie par la Bible, il édifie la maison qui lui convient. »

Ici encore il pourrait se produire de graves malentendus.

Est-ce que chaque chrétien, à l'origine, a dû se « créer sa religion ? » Est-ce que chaque fouleur de laine de Meaux a dû se « bâtir » la maison, c'est-àdire la religion, qui lui convenait ?

Alors,, en effet, il n'y. aurait de religion et de protestantisme que pour l'élite (au sens du mot que nous n'acceptons pas), et il y aurait autant de religions, de maisons religieuses, qu'il y a d'intellectuels.

Mais évidemment ce n'est pas dans ce sens que ces mots doivent être entendus.

La religion chrétienne a été faite par Dieu. Elle a été révélée par Christ. Elle est expliquée dans la Bible.

Ce que chacun doit faire, ce n'est pas de se « créer » sa religion, c'est d'accepter, de s'assimiler la religion créée par Dieu.

Ne cherchons pas à créer le soleil. Ouvrons les

yeux pour le voir, et que Dieu préserve nos yeux de toute maladie.

Le plus humble des humains, le dernier des sauvages, n'a pas plus à créer sa religion que son soleil. Il peut voir le soleil s'il le veut : il peut entrer dans la maison, qui a été bâtie pour lui, comme pour tous les hommes. Et ce n'est pas à lui de dire que la maison bâtie par Dieu ne lui « convient » pas. Le salut est le salut, et il n'y en a pas d'autre.

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