PRÉSIDENT DU TOURING-CLUB DE FRANCE
On sait quelle puissance est devenue cette Association, par la seule volonté de son fondateur, qui pourrait prendre pour devise la marque de fabrique d’un
industriel : Je bois l’obstacle ! J’ai pensé que l’initiative des técéfistes pouvait être fournie en exemple aux artistes.
« Très confus, cher Monsieur, de n’avoir pas répondu plus tôt à vos lettres du 15. J’étais en voyage. Je vous dirai que l’initiative signalée me paraît tout à fait heureuse et intéressante.
» Tout est dans l’homme qui se dévouera à la faire germer.
» Qu’il s’en trouve trois ou quatre comme vous, cher Monsieur, et c’est chose faite.
» A votre disposition si je puis vous être utile en quelque chose.
» Compliments empressés.
» Abel Baillif ».
Pierre Carrier - Bel leti.se
Peintre élégant et facile de danseuses et de pierrots satinés, M. Pierre Carrier-Belleuse connaît les grands succès des ventes. Il pourrait donc fort bien se tenir pour satisfait. Cependant il n’est pas resté indifférent aux projets de réglementations à venir, et a bien voulu s’inscrire parmi les défenseurs du timbre d’Ibels.
a Mon cher Confrère,
» Je reconnais que le principe du timbre semble devoir être la solution pratique et, si vous jugez que ma présence au sein d’une Commission d’organisation puisse être de quelque utilité, j’accepte de vous apporter mon concours.
» Veuillez agréer, mon cher confrère, avec mes compliments, l'assurance de mes sentiments distingués.
» Pierre Carrier-Belleuse ».
Caro-Delvaille
Aux derniers Salons de la Société Nationale , une femme nue assise dans un fauteuil, une femme nue couchée parmi les fleurs, ont révélé un peintre nouveau de la chair, un maître de demain : ses débuts surprenants ont provoqué de l’admiration, de l’enthousiasme pour un talent neuf, hardi, d’une rare plénitude. M. Caro-Delvaille se rallie au projet Ibels :
» Monsieur Ibels,
» J’ai parcouru avec le plus vif intérêt le travail que vous m’avez adressé, touchant les droits de propriété de l’artiste. Je vous félicite d’avoir entrepris cette œuvre si nécessaire et je crois qu’il était impossible de mieux organiser cette nouvelle législation que vous ne l’avez fait. Vous pouvez compter sur mon concours en toutes circonstances.
» Croyez, Monsieur, à l’assurance de ma vive estime.
» Caro-Delvaille. »
Itjjalbert
A Béziers, où il est né, à Pezenas, à Montpellier, par tout le Midi, s’épanouit à la lumière l’œuvre magnifique d’Injalbert, toujours en place dans les provinces
où s’érige sa beauté durable. Et ce n’est pas négligeable, à côté de tant de pièces disparates, exilées par les commandes officielles sur les places indifférentes de telle ou telle préfecture. En harmonie avec la terre, la ville et le ciel, la sculpture, quoique savante et laborieuse, d’injalbert, semble jaillir naturellement des jardins, des terrasses, des fontaines, où le présent et le passé, l’architecture, l’histoire, le caractère, le rêve des cités se résument en quelque gerbe de bronze ou de marbre, s’élançant et se perpétuant en fleurs de pierre.
« Cher Monsieur,
» J’ai pris lecture des différentes lettres de mes collègues et je crains bien que la mienne n’ajoutera rien de nouveau à ce que vous avez publié.
» Certes, je suis partisan de tout ce qui peut être une justice et une juste répartition dans l’avenir aux descendants des maîtres ouvriers dont les œuvres ont acquis et acquerront des plus-values. Et j’adhère à votre initiative bien que les moyens d’en atteindre le but m’échappent.
» J’y adhère, plutôt avec le sentiment de vous applaudir, si vous réussissez dans votre tentative — mais franchement je n’en vois pas le moyen, et je ne suis pas porté à les y voir.
» Notre art étant absorbant par lui-même, en ce qui me concerne éloigne de ma pensée tout ce qui est à côté.
» Eaites donc de ma lettre ce que vous jugerez bon, et considérez mon concours comme celui de quelqu’un qui va à tâtons vers une chose louable, mais très incertaine.
» J’y joins mon désir de vous voir réussir et mes bien sincères salutations.
» Injalbert. ))
Eugène Blet
Le fondeur bien connu, ami des artistes, qui risqua de voir ses vitres brisées en exposant des « Zola » au plus vif de Y affaire, m’adresse la défense du projet des Amis du Luxembourg .
« Monsieur,
» En réponse à quelques objections que je faisais à la lettre que vous avez publiée de lui dans Y Humanité du 24 septembre, M. A. Alexandre me répond ceci :
« Votre discussion me semble tout ce qu’il y a de » plus judicieuse, et j’en suis heureux, puisque je n’ai » présenté ces objections que pour qu’elles fussent » écartées par quelqu’un de compétent. Je suis fort » heureux d’avoir si bien réussi et ne le serai pas » moins si vous envoyez à M. Ajalbert toutes les obser- » vations et rectifications que vous me faites »
» Je tiens donc, Monsieur, à vous les transmettre, puisque vous voulez bien vous occuper d’une question qui fut une des causes premières, à la suite d’un dîner d’amis chez moi, de la formation de notre Société des Amis du Luxembourg.
» J’écrivais à M. A. Alexandre, et avec lui je pensais qu’il serait difficile, sinon impossible, illusoire, d’appliquer le tant pour cent, 10o/o, deM. Ibels aux transactions particulières et aux marchands de tableaux et j’ajoutais : « Tout autre est le projet des Amis du Luxembourg : il ne comprend de réserve, de tant pour cent, aux artistes, à leurs héritiers ou ayants-droit, que dans les grands marchés officiels des ventes publiques et ne réclame, pour le moment du moins, qu’un ou deux pour cent sur les enchères obtenues ».
» Alors, cher Monsieur, il nie semble qu’ainsi établies vos objections tombent une à une ; je suis votre lettre et j’y répond.
» Lorsqu’un tableau sera revendu à perte, écrivez-vous, l’amateur perdra encore 10 °/0 de plus. « Mais de quel amateur parlez-vous ? Du vendeur ou de l’acquéreur ? Le vendeur, lui, perdra nécessairement la différence entre son prix d’achat et son prix de vente, et cela avec ou sans les 10 o/0 du projet Ibels ou le 2 °/0 de notre projet, et il ne perdra rien de plus; quant à l’acheteur, qui est d’avance prévenu et sait à quoi il s’engage, il peut, dans ce cas, profiter d’une bonne affaire, s’il achète en un moment de baisse , ayant des fonds disponibles, une œuvre qui peut valoir davantage, et, de toutes façons, avec le projet des Amis du Luxembourg , il ne paiera pas 2% supplémentaires sur un prix affaibli, ce qui est insignifiant et ne peut constituer une perte.
» Enfin, vous paraissez compter pour peu de chose le produit des 10 o/0 de M. Ibels, et vous considérez encore de moindre importance pour l’artiste le un ou deux pour cent réclamé par nos amis ; mais vous ne parlez que du tableau, d’un tableau qui se vend « une ou trois fois en dix ou vingt ans », et là vous auriez raison si, à mon sens, vous n’envisagiez pas insuffisamment l’ensemble du marché.
» Je m’explique : Depuis 1900, je mets en fait que plus de quatre cents tableaux de Boudin ont passé au feu des enchères de la Salle Drouot et de la Salle Petit en une seule année (1902 je crois) M. Durand Ruel me disait qu’il en était passé plus de deux cents. Il y eut de très belles ventes, celles de MM. Strauss, de Bériot,
Lutz, Feydau, etc ou certains Boudin, Jonkind,
firent de très gros prix. On vendit également plus de cent Jonkind, plus de deux cents Sisley, et combien de Fantin Latour, de Lépine et même de Corot qui, s’ils
voient de moins en moins les enchères, parce que plus rares, font alors de très gros prix, comme dans les dernières ventes Maine, etc.
» Eh bien ! cher Monsieur Alexandre, mettez seulement l’une dans l’autre (pour ne parler que de Boudin) les quatre cents toiles vendues à mille francs, au bas mot, chacune (et je suis au-dessous de la moyenne des prix faits), cela fait quatre cent mille francs; or, à 2 °/o simplement, les héritiers de Boudin auraient, en quatre ans, perçu au moins huit mille francs. Supputez les totaux des prix faits en ces dernières années par Sisley, Lépine, Jonkind (pour ne parler que des morts récents), additionnez les chiffres obtenus par chacun d’eux et comptez ce qu’en une année cela eût produit pour des veuves et des héritiers que nous connaissons bien, vous et moi, auxquels seraient certainement bien venus les deux ou trois mille francs annuels que peut leur rapporter le projet à taux réduit des Amis du Luxembourg .
» Et j’ajoutais et j’ajoute aussi pour vous, Monsieur Ajalbert, qui voulez faire une si belle campagne : Vous connaissez la simplicité de notre projet de loi, soumis à la Chambre des députés ; on peut greffer dessus, faire ensuite mieux et plus, mais il me paraît applicable et très défendable par un écrivain autorisé qui, comme vous, prit toujours la plume en faveur et dans l’intérêt de l’art et des artistes. J’ai à Y Humanité quelques amis qui, comme G. Geffroy, peuvent vous parler de moi ; mais je serais heureux, Monsieur que de votre plein gré vous voulussiez bien reproduire le plus possible de cette réponse. Je vous en remercie sincèrement.
» Dans cet espoir, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de mes bien sympathiques sentiments.
» Votre dévoué,
» Eugène Blot. »
Paul-Moreau Vautljier
Le statuaire de la Parisienne, qui fit tant parler d’elle, en 1900, au-dessus de la porte Binet, qui ouvrait l’exposition, m’écrit :
« Monsieur,
» Je vous adresse mon adhésion complète au projet Ibels. Trop heureux chaque fois que je puis m’associer à la lutte du producteur contre l’exploiteur, qu’il soit marchand, éditeur ou critique, toute cette vermine, parasite et stérile qui se gave des artistes et fait bombance indéfiniment sur leurs cadavres.
» Agréez, Monsieur, avec mes compliments pour votre généreuse initiative, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
» Paul-Moreau Vauthier,
» Statuaire. »
Elisée Reclus
Le doctrinaire de l’anarchie, à laquelle il rêve de soumettre l’Univers, dont il a fait le tour, dans sa géographie, monument incomparable de méthode, de connaissances et de sobre et large facture.
(( Monsieur,
» En arrivant de la campagne, où je viens de passer quelques mois de convalescence, je trouve les coupures des journaux que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir,
» Ces documents me font comprendre que je n’ai pas d’opinion à émettre sur la question proposée. A part le principe, qui reste mon point de départ en toutes ces matières : « La propriété c’est le vol », il serait nécessaire de connaître la vie et les intérêts spéciaux des artistes, ce qui n’a pas été possible, vu mon isolement.
» Très cordialement à vous.
» Elisée Reclus.
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