CHAPITRE Il s
L'hiver 1889-1890. — Apparition de l'épidémie. — Les malades à Tauves. — Les malades dans les villages de la commune de Tauves. — Les malades dans les villages du canton. — Analyse des observations.
L'hiver 1889-1890. — Cet hiver n’a présenté pendant les mois de décembre, janvier, février et mars, aucun phénomène météorologique saillant, sauf une abondante chute de pluie et de neige, le 25 mars 1890 (17 FES l'udomètre). La moyenne de la température de ces quatre mois a été de + 2°,6, contre + 2°,1 en 1888-1889. L'eau tombée pendant le même temps a mesuré à l’udomètre 292 »/,,2, contre 284 "/,,2 en 1888-1889.
Apparition de l'épidémie. —- En mars et avril, les habitants de Tauves eurent à s'occuper de l'exploitation d’une coupe de bois communal, appartenant à leur section. Ce fut, pour la population valide, l'occasion de nombreuses allées et venues, et, pour beaucoup, une cause non douteuse de surmenage, tant à raison de la distance à parcourir, que du travail pénible nécessité par l'exploitation elle-même. Quoi qu’il en soit, la situation sanitaire du pays était satisfaisante lorsque, subitement, dès les premiers jours d'avril, un certain nombre de per-
PHOOURES sonnes accusèrent à la fois des malaises semblables: lassitude inexpliquée, courbature, céphalalgie, épistaxis, etc. Du 15 au 30 avril, suivant le degré de résistance de chacun, vingt individus, habitant le bourg de Tauves, furent obligés de prendre le lit, et M. le D' Guérin constata chez tous les symptômes évidents de la fièvre typhoïde.
L'intense foyer de contagion qui se créa d'emblée à Tauves devint bientôt menaçant pour la sécurité des villages voisins, dans lesquels on ne tarda pas à voir apparaître, mais fort heureusement en petit nombre, quelques cas isolés et quelques foyers épidémiques secondaires, qui restèrent d’ailleurs bien circonscrits.
Le graphique de la page ci-contre sur lequel j'ai pointé les 51 cas de fièvre typhoïde qui se sont produits dans le courant de l’année 1890, permet d'embrasser d’un seul coup d'œil la marche de l'épidémie dans le canton de - Tauves, et sa distribution géographique. Il donne, par là même, l'explication de l’ordre que j'ai adopté, pour classer en trois groupes les observations qui feront l’objet des trois paragraphes suivants :
Pour éviter des redites, avant d'aborder le compte rendu des enquêtes individuelles, je constaterai une fois pour toutes : 1° Que de 1887 à 1890 il ne s’est produit, ni à Tauves, ni dans le canton, aucun cas de fièvre typhoïde. 2° Que les investigations les plus minutieuses n’ont pu démontrer le fait de l'importation typhique à Tauves, par un individu soit contaminé, soit venant d’un pays contaminé. 3° Que tous les malades de Tauves, formant lè noyau compact de l'épidémie, se servaient de
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la même eau de boisson et que cette eau provenait des fontaines de la Halle.
La zone centrale représente la ville de Tauves (0bs. I à XXXIII).
La zone intermédiaire se rapporte aux villages avoisinant immédiatement Tauves (grouper de villages de la commune de Tauves (obs. XXXIV à XLII).
La zone exlerne concerne les communes des cantons (0bs. XLII à Li). / LE
Chacun des secteurs correspond à un mois de l’année.
Les cas mortels sont marqués d'une croix.
OBSERVATIONS Les malades à Tauves (Obs. I à XXXII).
13 a0re
Os. I. — Louis G..., 19 ans, domestique de ferme. Premiers malaises avant Pâques (6 avril). — Le 13 avril, Louis G... quittait ses maîtres, pour se rendre chez sa sœur, M'e G..., habitant à Tauves, où il s’alitait. Je l’ai vu, pour la première fois, le 30 avril. — Température : 39°,8 ; agitation extrême, délire marqué, surtout la nuit ; douleur à da pression et gargouillement dans la fosse iliaque droite ; lèvres et dents fuligineuses ; nuage sensible d'albumine dans l'urine. — 3 mai, température du matin : 39°; délire et agitation augmentés ; pouls au-dessus de 108, petit, dicrote; otite droite suppurée. — Le 7, rétention d'urine, le 8, coma. — Louis G..., succombait dans la nuit du 9 au 10 mai, après avoir présenté, dans les derniers jours de sa maladie, des symptômes non équivoques de myocardite typhique.
Ce malade était entré, au mois d'octobre 1889, chez le sieur M..., fermier, habitant le bourg de Tauves. Il m'a donc été facile de reconstituer l'emploi de son temps ; j'ai pu m'assurer que Louis G... n'avait pas quitté Tauves de l'hiver, et que par conséquent il ne fallait pas, en ce qui le concernait, chercher hors du milieu dans quel il avait vécu l’origine de la contagion.
Il couchait dans une étable, avec un camarade à peu
près de son âge qui n’a pas été malade — habitation humide — atmosphère viciée par la présence d'une douzaine d'animaux. Quelques jours avant d’éprouver les premiers malaises (céphalalgie, lassitude, frissons), Louis G... était allé travailler aux chemins du bois communal d'Auzolles, Sa santé jusqu'alors n'avait rien laissé à désirer et son alimentation était surisante.
La famille M... au service de laquelle était le sieur G. comprend quatre personnes qui se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions hygiéniques que lui et qui ont échappé à la fièvre typhoïde.
17 avril.
O8s. IL. — Marie B..., femme G..., mère du précédent, 50 ans, habitant à Tauves, chez sa fillle M'° G..., avait été malade pendant une partie du mois de mars. Elle se plaignait alors d’un affaiblissement général, accompagné de douleurs vagues, de | céphalalgie, d'inappétence, mais sans fièvre ni troubles intestinaux. Cette indisposition, mise par elle sur le compte de l'influenza, ne l’avait pas arrêtée un seul jour. Elle s’en considérait comme bien rétablie, lorsqu’à la date du 17 avril, à la suite de l’émotion que lui avait causée la maladie de son fils Louis, et de trois nuits passées à son chevet, Marie B:.., prise d’une fièvre intense, fut obligée de s’aliter.
La maladie a duré quatre à cinq septénaires, lassitude extrême, anorexie complète, fièvre continue, oscillant entre 38°. et 39°,5, céphalalgie persistante; météorisme et diarrhée modérés. La convalescence a traîné longtemps. \
Chez cette malade, la continuité de la fièvre a été le plus net élément de diagnostic de la dothiénentérie, dont le début a été exceptionnellement brusque.