PNEU
Marie B.. avait fait, dans le courant de mars, un voyage à Issoire; on pouvait donc se demander si elle n’en avait pas rapporté la fièvre typhoïde. Je me suis renseigné à cet égard auprès du médecin des épidémies de l'arrondissement et, grâce aux renseignements qu'il a bien voulu me donner, j'ai pu m’assurer qu’il n'y avait eu à Issoire, en 1889 et 1890, aucun cas de dothiénentérie.
Il fallait conclure de là, pour Marie B..., à une contagion d’origine locale, soit qu’elle ait puisé le germe infectieu a dans le même miliew‘que son fils, soit qu’elle lait reçu de lui. Dans ce dernier cas, la courte durée de l’incubation s’expliquerait pas un état so de réceptivité, dû à sa maladie antérieure. |
18 avril.
OBs. III. — Lucien O..., 9 ans, alité le 18 avril ; durée de la maladie un mois; forme adynamique ; rien de particulier à noter.
Il n’y à pas eu d’autre malade dans la maison, qu'il habite, avec ses père et mère, dans des conditions hygiéniques bonnes à tous égards : maison bien aérée, fosse d’aisances dans le jardin.
19 avril.
* OBs. IV. — François B..., 19 ans, boucher, alité le {9 avril, accusait un malaise général depuis la fin de mars. Manque de sommeil, céphalalgie, anorexie. Au lendemain d’un voyage fait à une foire desenvirons, !l était pris d’un violent accès de fièvre accompagné d’épistaxis. Après une période d’ascension rapide, Ja température s’établissaitentre 39° et 40°. Le 23 avril, diarrhée
SA
fétide et abondante; garwouillement et douleur à la pression dans la fosse iliaque droite. Langue rouge, desquamée, adynamie prononcée, quelques taches lenticulaires sur la paroi abdominale. Le 5 mai, début des oscillations descendantes : 37°,5le matin, 369,8 le soir. Le 15, défervescence bien nette. Retour à la santé, fin mai, après cinq semaines de maladie.
Ce malade, obligé par les nécessités de sa profession à des voyages fréquents, devait être plus exposé qu’un autre au danger d’un contage typhoïdique. François B... a-t-il pris le germe de sa maladie dans les foires où il est allé, dans le courant de mars et d'avril 1890? L’a-t-1l rapportée des marchés de Paris ou de Clermont-Ferrand ? La chose serait possible, et on pourrait même la tenir pour très vraisemblable, si François B... avait été le seul typhique à Tauves, et si les circonstances qui ont fait de cette localité un foyer épidémique ne suffisaient pas amplement, ici, pour
expliquer l’origine de la contagion. La famille B... est
composée de quatre personnes : les père et mère, une
* jeune fille de 17 ans et François; ce dernier seul à été
atteint. Cependant, les conditions hygiéniques dans lesquelles tous se trouvaient également n'étaient pas sans laisser beaucoup à désirer. Une écurie et un petit local servant d’abattoir aux B... occupent le rez-de-chaussée
de la maison ; la chambre à coucher, qui est immédiate-
ment au-dessus, est séparée de ce rez-de-chaussée par un plancher simple, barrière bien insuffisante contre les
émanations malsaines. |
COPAEe a
19 avril.
OBs. V. — Antoine M..., 16 ans, cultivateur, s'est alité le même jour que le précédent, 19 avril. Comme François B.. il était mal en train, depuis le commencement du mois, se plaignait d’un accablement inexplicable et avait de fréquentes épistaxis. Lorsque je l'ai vu pour la première fois, le 28 avril, Antoine M... présentait tous les symptômes d'unefièvre typhoïde
grave, à forme ataxo-adynamique. Le ? mai la température,
prise le matin, atteignait 40°,3, les mouvements respiratoires “s'élevaient à 54; vu l’accélération du pouls, il était devenu extrêmementdifficile d'en compter les pulsations. La percussion et l’auscultation révélaient les signes physiques d’une pneumonie congestive intense. Le 6 mai, les bruits du cœur n'étaient plus distincts et avaient fait place à une ondulation vague. Antoine M... cyanosé, respirant de plus en plus difficilement, succombait dans la journée.
Ici, il n'est même pas possible d'émettre l'hypothèse d'une contagion prise en dehors de Tauves. Antoine M..., n'avait pas quitté la localité depuis trois mois. Il avait été travailler plusieurs fois, dans le courant de mars, au bois communal d’Auzolle, où il s’est rencontré certainement avec Louis G... (Obs. I). A-til pris de celui-ci le germe contagieux ? La concomitance des prodromes, chez l’un et chez l’autre, démontre évidemment qu'ils doivent le principe de leur mal à une même cause. L’évolution rapide de la fièvre typhoïde, chez Antoine M... son intensité, son funeste dénouement, reconnaissent certainement, pour causes adjuvantes, des conditions hygiéniques très défectueuses. D'une part, une alimentaüon insuflisante et, dans tous les cas, de médiocre quali-
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té ; d'autre part, l'encombrement. J’ai compté quatre lits dans la chambre où ce malade était couché ; ces quatre lits recevaient cinq personnes, et la chambre, mesurant | une surface de 4 mètres sur 5, n'avait pas plus de 2",40 d'élévation !
Malgré leur contact journalier avec le malade, aucune des personnes de son entourage, dont une jeune fille de 18 ans, n’a été contagionnée.
20 avril.
O8s.VI.— Michel P...,20 ans, cultivateur. Le 17 avril, se plaignait de fatigue et de mal de tète, ce qui ne l’a pas empêchéde se rendre, le 18, au bois communal d’Auzolles, pour le tirage de la coupe, et même d'y retourner le lendemain. Ses malaises ayant augmenté à la suite de ces deux journées d’un.travail pénible, Michel P... prenait le lit, le 20, avec une forte fièvre. Je l’ai vu le 28 avril. Prostration excessive, délire continuel, pouls petit, irrégulier, fréquent, carphologie, tremblement des lèvres et de la langue, bouche et pharynx d’une sécheresse extrême. Diarrhée fétide, relächement du sphincter anal, dyspnée prononcée; les deux poumons sont remplis de râles sonores, mêlés à des râles sous-crépitants. Température du matin : 38°,1; soir : 38°,8. Décès le 30 avril.
Ce malade était le camarade de Louis G... (Obs. I) et d'Antoine M... (Obs. V) avec lesquels il avait travaillé au bois d'Auzolles. Comme eux, Michel P... n'avait pas quitté Tauves de l'hiver. La simultanéité de l'invasion, chez ces trois individus exclut l'hypothèse d’une transmission de l’un à l’autre. C’est évidemment ailleurs qu'il faut chercher la relation de cause à effet.