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-Analyse, discussion et interprétation des faits précédents.
La cinquième partie de la brochure du docteur Navanzi est la plus intéressante et la plus importante pour nous; elle a pour titre : Analyse de mon enquête. Ce n’est pas seulement une analyse, c’est une appréciation et une discussion des faits. — ÎS’ous avons vu comment l’auteur interprète et apprécie les observations delà commission de Bagdad. Ces observations on trait au même groupe de faits sur lesquels a porté l’enquête du docteur Navanzi. Ces faits ont pu être plus ou moins altérés dans les dépositions successives des Arabes; mais ils n’ont pu être complètement dénaturés, sans cela le docteur Navanzi .s’en serait aperçu, et il nous aurait signalé cette particularité. Somme toute, l’enquête de la commission de Bagdad comme celle qui l’a suivie, portent toutes les deux sur le même ordre d’observations. La commission de Bagdad a déclaré qu’elle concluait à l’existence de la peste. La brochure que nous analysons conclut d’une tout autre manière, et ses conclusions sont basées sur les considérations suivantes : « L’analyse des » dépositions des cheiks, ainsi que de celles recueillies auprès ;> des personnes qui ont survécu à la maladie, fait ressortir,
)) malgré tout ce qu’elles préscnlenl d’incomplet et de vague, » malgré leur insuffisance et leur cachet artificiel, une série )) de propositions qui sont de nature à nous éclairer sur l’im- » portante question do la nature de la maladie qui, l'année » dernière, a régné épidémiquemonl chez quelques tribus hahi- )) tant les plaines de Hindié. » On ne demandait pas ici une série do propositions, on demandait les faits qui découlent de l’analyse et du commentaire des observations. Qu’on nous les expose nettement. Au lieu de cela, l’auteur a mieux aimé nous donner les neuf propositions suivantes, dont aucune n’a trait à la discussion des symptômes, à leur appréciation, au diagnostic différencicl de la maladie. Malgré cela, il me semble important d’inscrire ici ces neuf propositions, afin que tous les lecteurs puissent jugei' de leur portée.
«1° Le printemps de l’année 1867 a été signalé par doux » grandes inondations produites par le débordement de l’Eu- » phrate. Ces inondations ayant entièrement submergé les » plaines de Hindié, celles-ci se sont transformées en un vaste •» marais où les eaux, en plusieurs endroits, sont restées sta- » gnantes pendant neuf mois.
» 2° En même temps que l’inondation submergeait les » plaines de Hindié, une épidémie éclatait parmi quelques )) tribus vivant dans ces plaines. »
Je suis obligé de rectifier cette seconde proposition, ou de faire observer du moins qu’à la page 15 de la brochure il est dit qu’à Doum l’épidémie s’ost manifestée avant l’inondation. Quant à la première proposition, elle n’est pas complètement exacte non plus, puisqu’il résulte de plusieurs passages de la brochure que ce n’est pas en 1 867 seulement que les eaux sont restées stagnantes pendant neuf mois, cela est un fait presque constant dans les plaines basses de Hindié.
« 0° Cette épidémie naissait spontanément dans deux en- » droits peu distants l’un de l’autre. Plus tard, une épidémie » analogue éclatait dans deux autres endi'oits.
» 4® Après avoir sévi pendant environ quatre mois, cette » épidémie s'éteignit partout d’elle-même, sans l’interven- » tion de l’art médical, et sans l’action de mesures sanitaires.
» 5“ Des mesures sanitaires ne furent adoptées qu’à la fin de » l’épidémie, c’est-à-dire trois mois et plus après que l’épidé- » mie s’était développée.
» 6° Pendant cet intervalle, tontes les tribus de Hindié » avaient, comme parle passé, continué à communiquer entre » elles, et n’avaient pas cessé d’avoir des rapports fréquents » avec les villes d’alentour où la maladie ne s’est point déve- » loppée.
» 7® La maladie n’a jamais acquis le caractère contagieux. » Plusieurs individus ont impunément soigné des personnes » frappées par l’épidémie ; ils ont, en outre, touché les cada- )) vres de ceux qui sont morts victimes de l’épidémie.
» 8® Des épidémies analogues, au dire des cheiks, ont ravagé » autrefois la contrée de Hindié; elles avaient été, surtout celle » d’il y a trente-sept ans, beaucoup plus violentes que l’épidé- » mie dernière, laquelle n’a sévi que sur un nombre très-res- » treint d’individus. »
Ces épidémies analogues, au dire des cheiks, quel nom portaient-elles en arabe? Le nom de peste, sans doute. On avoue que celle qui a sévi il y a trente-sept ans était la vraie peste orientale (I). Les Arabes, comme la commission de Bagdad, comme nous autres, i-econnaissent donc que c’est la peste qui a sévi en 1 867. Mais on fait observer dans une note (-2) que la peste qui dépeupla Bagdad et ravagea une grande partie de l’Irak-Arabi en 1811 était venue de la Perse. Cela veut-il dire que l’Irak-Arabi n’est pas un sol propice au développement spontané delà peste? Est-ce que, par hasard, les pestes qui prennent naissance en Perse, s’il y en a, sont plus dangereuses que celles qui naissent spontanément dans l’empire turc? Cela
(t) P.ige n de la brucbure.
(2) Page 31 de la brochure.
THOLüZAN.
changfi-t-il quelque chose au diagnostic de la maladie, que ce soit une peste d’origine persane ou une peste d’origine turque?
« 9“ Avant comme après l’extinction de l’épidémie de l’an » passé, il y a eu chez les mêmes tribus plusieurs cas de fièvres » intermittentes simples. 11 est même probable que beaucoup » de ces cas ont passé inaperçus aux yeux des Arabes pendant » le fort de l’épidémie (1). »
On se demande quelle importance peut avoir, aux yeux de l’auteur, l’existence de ces fièvres intermittentes simples au milieu d'une épidémie de fièvres graves avec bubons pour qu’il fasse, dans la neuvième proposition, cette supposition toute gratuite qu’il en a existé beaucoup de cas qui sont restés inaperçus. Cela aurait été fort important à établir et non pas à supposer si ces fièvres intermittentes, au lieu d’être simples, avaient été accompagnées de bubons. On aurait eu ainsi des exemples analogues à ceux auxquels nous faisions allusion ci-dessus, d’après le pathologiste américain Wood, de peste dans laquelle le mouvement fébrile prend les allures de l’intermittence ou de la rémittence. Quant aux fièvres intermittentes simples, qu’il y en ait eu des cas plus ou moins nombreux dans les tribus avant, pendant et après l’épidémie, cela ne change rien au diagnostic. Quand on voit la variole succéder au choléra, le précéder ou régner en même temps que lui, cela veut-il dire que la variole et le choléra soient deux formes du même mal? Quand les fièvres intermittentes ou la suette régnent en même temps que le choléra, cela indique-t-il que ces formes pathologiques si distinctes reconnaissent la même cause? Si toutes les maladies qui sonl susceptibles de coexister à l’état de maladies régnantes ne formaient qu’une même et seule essence morbide, il faudrait rayer du cadre nosologique la moitié des maladies spécifiques qui y sont énumérées.
(1) Celle neuvième proposition est en opposition complète avec le témoignage du chef des Hadgi-OfT (p. 1 5 de la brochure), qui dit que les fièvres intermittentes ne commencèrent à paraître qu'après la comp'ète extinction de cette épidémie.
Voilà les seules observations que suggère la neuvième proposition telle qu’elle est rédigée; mais comme la rédaction de la brochure n’a pas suivi un ordre bien logique, pour comprendre toute la pensée de l’écrivain il t'aiil revenir sur nos pas et citer le passage suivant de la page 29 de la brochure : tt l ne étude attentive de la topographie médicale des plaines » do Hindié et du tableau synoptique des épidémies qui ont » régné dans l’Irak-Arabi met en évidence les points suivants : » l“Toute la contrée comprise sous la dénomination de Hindié » est, en général, marécageuse. Les terrains surtout où les tri- 1) bus de Hadgi-OlV, lladgi-Nasser, etc., ont fixé leurs demeures » ou établi leurs campements d’été constituent un vaste marais » où les eaux venant de l'Euplirale croupissent et restent sta- » gnantes pendant plusieurs mois de l’année. 2“ Toute cette » contrée est sujette à de grandes inondations. 3® Aux influences » morbifiques provenant de ces marais naturels ou artificiel- » lement produits s’ajoutent naturellement les causes pa- » thogéniqnes résultant de la culture du riz. 4® Les fièvres )) paludéennes sont endémiques dans toute la contrée de Hin- » dié. D’ordinaire sporadiques et simples, ces fièvres parfois « revêtent un caractère pernicieux et régnent épidémique- » ment; elles affectent des formes larvées, avec une disposi- » lion prononcée aux engorgements glandulaires (l). »
Jusqu’ici nous ne savions pas que les observations épidémiologiques des médecins de Bagdad, et du docteur Duthicul en particulier, portaient sur les maladies régnantes dans le Hindié,
(l) Je ne vois pas à quoi peul mener l'insistance de la brochure à prouver que le lliéàirc de l’dpidcmie de 1867 était une localité Irès-marécageusc. ftoudin croyait que la |icste appartenait à la grande famille pathologique des fièvres paludéennes, dans lesquelles il rangeait aussi la fièvre jaune et le choléra. Pour prouver que la peste est île la nature des fièvres intermittentes, il montrait que ces fièvres précédaient, suivaient et même accompagnaient souvent les épidémies de peste. Prus a signalé comme cause particulière, dont la constatation éclaire |dus ou moins le diagnostic de la peste, l'habitation sur dos terrains d'alhivion ou marécageux, un air chaud et liumb'e, de mauvaises conditions hygiéniques.
On doit être heureux d’apprendre que ces observations s’étendent jusqu’aux tribus nomades avec lesquelles nous pensions que les médecins avaient peu de relations possibles. Nous savons enfin maintenant que ces Arabes sont spécialement disposés, dans certaines années, à des fièvres pernicieuses qui uffecleiil des formes larvées, avec une disposition particulière aux engorgements glandulaires. Nous enregistrons ce fait, qui est très-important au point de vue pathologique. Nous pensions que la peste avait totalement disparu de la Turquie pendant un quart de siècle, et nous l’annoncions tout à l’heure, sinon comme une assurance, du moins comme une espérance pour l’avenir; nous nous trompions : la peste, au dire de la brochure, règne parfois dans le Hindié sous forme épidémique. 11 est vrai qu’on ne lui donne pas son nom, on l’appelle une fièvre pernicieuse affectant des formes larvées. Nous avons vu cidessus ce qu’il faut entendre par forme larvée dans l’interprétation que nous avons faite des comptes rendus épidémiologiques du docteur Duthicul. Pour ne pas laisser de doute dans l’esprit du lecteur, nous ajouterons qu’il ressort avec évidence du texte de la brochure que l’épidémie de 1867 était semblable à ces épidémies de fièvres pernicieuses qui se montrent parfois chez les Arabes. Nous avons vu que ces Arabes reconnaissent l’analogie de l’épidémie de 1 867 avec la grande épidémie de peste de 1831. Donc, il résulterait des documents officiels publiés par le docteur Navanzi que la peste s’observe parfois dans les plaines de Hindié. C’est presque dire qu’elle y est endémique.
Je n’irais pas aussi loin. Je dirais qu’il est possible que, dans le Hindié, on observe parfois la peste sous forme d’épidémie saisonnière, comme en 1 867 ; mais qu’il n’est pas probable que ce fait soit fréquent, sans cela il n’aurait pas manqué d’attirer plus spécialement l’attention des médecins sanitaires et autres qui habitent Bagdad. Ce n’est que depuis un petit nombre d’années qu’on parle de peste à Bagdad et dans l’Irak-Arabi,
c’est là un fait tout récent. Les premières observations du docteur Duthicul datent de l’année 1856. Dans les années antérieures, il n’a été rien observé de semblable, bien que l’organisation du service sanitaire remonte à 1849, et que, dès cette époque, le docteur Bartoletti (1) ait fait lui-même des éludes très-compétentes sur les maladies de l’Irak-Arabi. Un autre motif vient confirmer cette opinion : ceüe dii^posUion prononcée avx engorgements glandulaires^ les chefs des tribus arabes et les -Arabes eux-mêmes, quand ils ont été interrogés dans les deux enquêtes, l’ont parfaitement accusée, et ils en ont même établi la fréquence dans la fièvre grave de 1867. Si ces engorgements glandulaires étaient un fait de rencontre ordinaire ou fréquente dans ces tribus, les Arabes ne l’auraient pas plus caché pour les années antérieures à 1 867 que pour cette année elle-même. L’enquête a dû nécessairement porter sur un point aussi important; si elle n’en dit rien, c’est, sans doute, que les réponses des Arabes étaient négatives.
Oui, ces engorgements glandulaires, c’est-à-dire ces bubons qui ont tous les caractères des bubons de la peste, ont dû singulièrement préoccuper les médecins sanitaires et ceux qui résident à Bag'dad, et ceux qui ont été envoyés de Constantinople. Les premiers, en se rangeant enfin à l’idée de l’existence de là peste, ont dû sortir enfin, en 1867, de leur perplexité; les seconds, en se refusant à admettre ce diagnostic, ont été obligés de se rejeter dans des « théories », d’invoquer (' l’in- » fluence des marais, des rizières, des causes génésiques ». Ils ont été forcément portés à exagérer e les desiderata qui exis- » tent dans les récits des cheiks, et le manque de symptômes » suffisants pour aider à constituer une entité morbide, une » maladie quelconque régnant sous forme endémique ou épi- » démique ». Us ont été ainsi conduits à penser « que l’ab- » sence absolue des nécropsies et de tout critérium thérapeu-
(1) Aujourd'hui inspecteur général du service sanitaire ottoman.
)) tique réduisent à rien les enquêtes faites sur les lieux» . Pour se faire une idée approximative de la nature et de l’origiue de cette épidémie do 1867, ils ont éprouvé « la nécessité de con- » naître les conditions climatériques et les influences cosmo- » telluriques de celte immense contrée, ainsi que les épidé- » mies qui y ont de tout temps régné, et les maladies qui y » sont, pour ainsi dire, endémiques, entretenues qu'elles sont » par des causes permanentes et inhérentes au pays ».
Tout cela, on le reconnaît à première vue, n’est pas de la clinique, n’est pas de la pathologie; c’est un mélange de données disparates dont il est impossible de rien faire sortir de rationnel. D’un côté vous faites une enquête, d'un autre côté vous en détruisez les résultats en prétendant que les témoignages offrent des lacunes, qu’il n’y a pas de nécropsies, pas de critérium thérapeutique. Mais, avant de commencer cette enquête, vous saviez bien qu’il y aurait des divergences dans les témoignages ; vous saviez encore mieux qu'il n’y avait pas de nécropsies, ni de critérium thérapeutique dans ces tribus arabes. Pourquoi donc avoir fait cette enquête ainsi condamnée d’avance? Plus j’y réfléchis d’ailleurs et moins je vois qu’il faille condamner à néant les résultats de l’enquête. Prenons tel qu’il nous est fourni par la brochure le résumé dessymptômes constants et caractéristiques de l’épidémie; ce sont : « La tîèvre » ardente, la céphalalgie, la transpiration abondante, les paro- » tides, les bubons aux aisselles et aux aines. Quelques rares » malades ont présenté des anthrax, mais aucun n’a eu des » pétéchies. Dans une tribu, les bubons se sont présentés trente » fois sur soixante-dix. La marche de la maladie a été rapide ; » il y a même eu plusieurs cas foudroyants. » Nous voici donc arrivés à ces faits que je cherchais tout à l’heure. Qu’on compare ces quelques lignes si nettes à l’ensemble des neuf propositions citées ci-dessus et si laborieusement établies par l’auteur. Nous sommes arrivés maintenant enfin sur le terrain de la réalité.
Ici j’aurais bien plusieurs observalions à l'aire encore si je ne craignais ilo trop m'appesantir sur des clélails. l’ar exemple, M. .Navanzi dit que, d’après son enquête et celle de la commission de Bagdad, quelques rares malades ont présenté des anthraxet qu’aucun n’a eu des pétéchies (1) ; celte assertion n’est pas conforme à ce qu’on lit (2) dans les pages précédentes. Les symptômes fréquents, d’après les témoignages des cheiks devant la commission de Bagdad, sont : Délire, coma, perle de la parole, etc. La peau se couvrait de charbons, d’anthrax, de pétéchies quelques heures avant la mort. Je sais que le docteur Navanzi n’a pas pu faire répéter aux cheiks, dansson enquête, tous ces symptômes. Il y a là de la faute des cheiks ou de la faute de la commission de Bagdad, car je ne doute pas que le docteur Navanzi n’ait épuisé à ce sujet tous les moyens d’enquête. Mais alors pourquoi, dans l’exposé des symptômes, dire que ce sont les symptômes constants et caractéristiques résultant de la première et de la seconde enquête. Il faut être très-précis sur un si grave sujet; il fallait faire séparément le résumé des symptômes des deux enquêtes. J’ai pris moi-même cette peine à propos de la dernière enquête, la seule dont nous ayons le procès-verbal complet, et voici le résultat auquel je suis arrivé.
Dans l’enquête du docteur Navanzi, il est fait mention d’une manière spéciale de 24 cas, dont 4 guérisons et 20 décès. Dans les 20 décès, la durée de la maladie a été de douze heures une fois, de deux jours une fois, de trois jours cinq fois, de trois à quatre jours quatre fois, de quatre jours trois fois, de cinq jours une fois, de sept jours trois fois, de huit jours une fois, de dix jours une fois. Dans les 4 guérisons, la durée n’est pas mentionnée deux fois, deux fois elle est relatée, et l’on sait que la fièvre a duré dix jours et que les plaies ont mis deux mois à se cicatriser.
Dans les 2 4 cas cités, il y a eu vingt et une fois une seule
(1) Brochure, p. 32.
(2) Brochure, p. 25, note.
tumeur glandulaire, une fois deux tumeurs, dont une abcédée, une fois un charbon et une tumeur, deux fois un charbon seul. Dans les 4 guérisons, il y eut une fois tumeur à l’aine gauche, ouverte le quinzième jour, une fois charbon au bras, deux fois tumeur au cou. Dans les 20 décès, il y eut une fois charbon au sein et tumeur à l’aine, une fois abcès du cou avec tumeur à l’aisselle, une fois charbon au sein. Dans les 17 autres décès, la tumeur a siégé au cou quatre fois, à l’aine cinq fois, à l’aisselle huit fois (1).
Quant aux symptômes généraux, deux fois ils ne sont pas mentionnés dans les quatre guérisons, une fois on indique seulement qu’il y eut de la fièvre et de ta céphalalgie, une fois les symptômes étaient : malaise général, fièvre avec forte chaleur, céphalalgie. Dans les 20 cas qui se sont terminés p ir la mort, quatre fois les symptômes généraux ne sont pas mentionnés, dix fois on a mentionné seulement la fièvre d’une manière vague, deux fois la fièvre chaude, deux fois la fièvre chaude et la céphalalgie, une fois la fièvre chaude avec le délire, une fois l’embarras de la parole.
Indépendamment de ces cas cités tous en particulier, il y a des appréciations générales résultant du témoignage des cheiks. De ces appréciations, qui ont aussi leur valeur, il ressort que la durée de la maladie a été de deux à cinq jours ou de trois à quatre jours; que dans une tribu, sur soixante-dix cas, on a compté trente gros bubons; qu'il y avait une fièvre ardente avec perte de connaissance (2) ; chez plusieurs malades, une transpiration abondante avec refroidissement avant la mort.
Si l’on compare ce résumé analytique, qui est établi d’après
(1) Lei auteurs du Compendium ont analysé, sous le rapport du siège des bubons, 140 observations, qui leur ont fourni les chiffres suivants: 123 fois il n’a existé qu’un seul bubon, 106 fois le bubon a été inguinal, 11 fois axillaire, 6 fois cervical. Pour être bien exact et bien contiplet sur un tel sujet, il faudrait comparer, dans différentes épidémies et à différentes époques d’une même épidémie, la fi équence des différents sièges des bubons.
(2) Page 19, ligne 25 de la brochure.
les résullals de la tleniièi'c enquête, à la description symptomatologique donnée par le docteur Navanzi, et que nous venons de citer, on reconnait à première vue que celle description n’est pas complète, il y manque des phénomènes essentiels qui ont été accusés par les cheiks à l’auteur lui-même. Ces symptômes sont le délire et l’emèarras de la parole, notés chacun une fois sur vingt-quatre cas, la perte de connaissance notée comme symptôme ordinaire de l’épidémie par le chef des Karaktchi, le charbon noté trois fois sur vingt-quatre observations. Tous ces faits méritaient, sans doute, d’être mentionnés dans le tableau général de la maladie, les uns comme faits presque constants, les autres comme phénomènes plus rares. Ce ne sont pas seulement les symptômes qu’on observe constamment dans une épidémie qui la caractérisent; il faut, pour atoir le tableau complet, grouper autour de ces phénomènes d’autres manifestations morbides qui ne se présentent que dans certains cas. Ces manifestations ont aussi leur valeur pour déterminer la nature pathologique de l’affection. 11 y a eu du délire une fois, une fois embarras de la parole, trois fois tumeur charbonneuse dans vingt-quatre cas; cela ne saurait être passé sous silence, surtout quand ce sont-là les symptômes que nous cherchons, comme complément de preuves, pour caractériser la peste. Et la perte de connaissance pendant la fièvre, notée comme symptôme ordinaire, cela ne mérite-l-il pas d’être relevé?
Si l’on compare maintenant les faits tels que je les ai rétablis à ceux qui sont mentionnés dans le rapport de la commis" sion de Bagdad, on ne voit pas une si grande différence entre les témoignages des cheiks dans la première et dans la seconde enquête; et, en fondant ensemble toutes les sources d’information, on peut caractériser de la manière suivante l’épidémie de Hindié : Fièvre ardente, soif vive, fuliginosités, yeux rouges, céphalalgie, délire dans quelques cas, embarras de la parole dans d’autres, coma ou perte de connaissance obsirvé parfois fréquem-
ment, bubons dans un lrès-(jrand iwmbro de cos, tumeurs charbonneuses assez rarement, généralement mort prompte du troisième au cinquième jour, guérison dans un cinquième des cas ou dans une proportion beaucoup moindre encore.
On verra que j’ai éliminé de ce tableau quelques traits qui me paraissent trop forcés dans te rapport de la commission de Bagdad, traits symptomatologiques auxquels du moins les cheiks, qui mentionnent avoir plusieurs fois touché les cadavres, ne font aucune allusion dans la seconde enquête : « La » peau se couvrait de charbons, d’anthrax, de pétéchies quel- » ques heures avant la mort. » Cela a pu être observé sans doute, mais non pas dans la généralité des cas. Je ne mentionne pas non plus les hémorrhagies et les vomissements ; si ces symptômes avaient été aussi fréquents que les autres, ils auraient frappé les cheiks arabes, et je ne vois pas pourquoi ils auraient gardé à ce sujet un silence obstiné.
YI
j%nal;fsc et discussion des conclusions adoptées À Constantinople.
On peut remarquer, d’après tout ce que nous venons de dire, que s’il n’j a pas eu parti pris de voir les faits dénoncés dans l’enquête sous un certain aspect, du moins l’auteur a négligé de les résumer pour le public et pour lui-même d’une manière tout à fait nette et précise. Peut-être que si le docteur Navanzi avait fait ce travail, et si ses appréciations comme pathologiste n’avaient pas été gênées, comme j’en ai déjà fait la remarque, par des considérations administratives, les conclusions de son enquête auraient été tout autres. J’ai trop de foi dans sa rectitude d’esprit, son instruction et son expérience, pour supposer qu’il eût alors écrit les propositions suivantes : « Les symptômes qui ont constamment figuré dans » l’épidémie de Hindié ne peuvent, en réalité, appartenir qu’à » la seule famille des maladies comprises sous la dénomination » de fièvres paludéennes pernicieuses... La peste comme le typhus » des camps se distinguent avant tout et surtout par leur carac- )) 1ère contagieux et par leur tendance envahissante... La peste 1) attaque simultanément un grand nombre d’individus... Dès » qu’elle est importée quelque part, elle tend à sé répandre et
» tà multiplier scs foyers, si l'on n’a pas eu la précaution de la » circonscrire cl de l’étoufler en interceptant toute conimuni- » cation, tout rapport entre les malades et les hommes sains... » Les épidémies de peste sévissent sur toute la population (1) » au milieu de laquelle se trouvent les foyers, et, se propageant » de proche en proche, font des ravages incessants... .laniais » elles ne s’éteignent complètement d’elles-mêmes, moins en- » core instantanément (2). Les cas foudroyants n’arrivent » qu’exceplionnellement dans la peste, et n’appartiennent, » pour ainsi dire, qu’aux fièvres pernicieuses. »
Quoique je me sois déjà beaucoup étendu sur ce sujet, je craindrais de laisser passeï’ ces assertions sans protester contre elles de toutes mes forces. La peste et le typhus des camps se distinguent avant tout et surtout, au dire de tous les pathologistes, par leurs symptômes. Leur caractère contagieux et leur tendance envahissante ne sont qu’accessoirement des signes pathognomoniques; ils peuvent exister dans certaines épidémies
(1) On ne peut pas nier l’effroyable mortalité à laquelle la peste a donné lieu quelquefois. Je veux citer ici seulement quelques faits pour prouver que les effets de cette maladie ne sont pas toujours aussi redoutables. L'armée qui se rendit d’Ëgypte en Syrie, à la fin du siècle passé, sous les ordres du général Bonaparte, comptait environ de 12 à 13000 bommes, 700 hommes seulement moururent de la pest#....
Desgenettes a signalé la salubrité relative du climat d'Egypte pour les troupes, malgré l’existence de la peste pendant la plupart des années de l’occupation française. Malgré la peste, la proportion des malades et des morts fut moindre dans l’armée d’Egypte que dans les autres armées actives de la République....
Le corps d’armée envoyé des Indes en Egypte par l’Angleterre, il y a soixante-huit ans, était composé de 7800 hommes. Dans l’espace d’un an il ne perdit que le dixième de son effectif. De ces 700 décès environ, 150 seulement furent causés par la peste (Galvin-Milroy) . D’un autre côté, à propos de la peste de Moscou, qui enleva 80 000 habitants sur 1 50 000, Mertens fait observer qu’elle sévit presque exclusivement sur la classe la plus infime de la population : « Je ne sache que trois gentilshommes qui aient été attaques de la peste, très-peu de bons bourgeois et seulement 300 étrangers du plus bas étage. Tout le reste était du petit peuple russe.»
(2) Je pourrais citer bien des exemples du contraire, je n’en rappellerai ici qu’un seul. Dans la peste grave qui sévit, en 1799, dans le Maroc, la maladie dura quatre mois dans les villes telles que Maroc et Mogador. Dans les petites villes et les villages, la maladie ne dura ordinairement pas plus de trois à quatre semaines. Personne ne pensera qu’au Maroc, en 1799, on avait pris des mesures pour diminuer l’intensité ou la duree du fléau.
et ne pas ôlre reconnus dans d’autres. Du reste, quand une ma^ladie donnée est contagieuse, direz-vous, pour cela, que c’est le typhus des camps ou la peste? N'examinerez-vous pas d’abord les symptômes?... La peste attaque quelquefois simultanément un grand nombre d’individus, quelquefois un petit nombre; cela fait la difierence des grandes et des petites épidémies, des épidémies très-graves et des épidémies moins graves de peste. Ce dernier caractère n’est donc pas plus valable que celui qu’on veut tirer de la contagion. Quand la peste se déclare quelque part, qu’elle y soit importée ou qu’elle s’y soit développée spontanément, quelquefois, en la circonscriva nt, on peut arriver à en étouffer les ravages; mais quelquefois aussi elle se répand, et elle multiplie ses foyers suivant des processus qui ne sont pas toujours modiûés par les meilleures mesures restrictives (1). Les épidémies de peste se propageant
(1) Auberl, Clôt, Cholet, ont cité des faits qui prouvent que la peste a souvent respecté des localités où l’on n'avait rien fait pour se mettre à l'abri de la contagion. Ils ajoutent que dans les bains, les hôpitaux, des hommes sans cesse en contact avec les pestiférés ont été épargnés. Pariset, partisan de la contagion, dit que la peste n'agit qu'autant qu'elle est favorisée par la constitution épidémique. Bulard lui-même observe que la peste n'est pas toujours cuntagieuse, « l'Orient serait désert, mais elle l'est quelquefois ►. Enfln, Chicoyneau, quoique non-contagionniste, a observé les faits dans leur ensemble et dans leur exactitude, quand il écrit : i Nous avons remarqué, tou- » chant la peste de Provence, généralement prise, que lorsqu’elle a été une fois décla- » rée et qu'elle s’est développée, elle a fait des progrès, s'est soutenue dans un cer-
> tain état, a diminué et cessé d'agir indépendamment de la contagion, en sorte
> qu’on a eu beau prendre des précautions, comme on avait fait à Toulon, à Aix, ù
> Salon et autres lieux, ou n'en prendre aucune, comme à Marseille, où l'on
> s’est trouvé surpris par la violence du mal ; soit qu'on ait fait des quarantaines géné- < raies comme à Toulon, soit qu’on ait commercé et communiqué, comme nous l'avons
> vu, ù Marseille, avant que le mal y ait pris fin, la peste n'a pas laissé de suivre son
> cours, d'augmenter, de Sc soutenir, de diminuer. Ces faits ont été encore bien
> plus sensibles dans le cours de la peste de Marseille que partout ailleurs. Lorsque
• cette maladie eut fait certains progrès et que les habitants de cette ville, saisis de
> terreur, fuyaient, se renfermaient chez eux et mettaient toute leur attention à éviter
• la communication, dans ce temps même le mal fit de plus grands progrès cl prit de
> nouveaux accroissements. Il se soutint de manière qu'on comptait journellement de I 2 à 3000 nouveaux malades, dont plus des deux tiers n'avaient communiqué ni
> directement ni indirectement avec les pestiférés, jii louché, ni manié des hardes in- I fectées. Au contraire, lorsque cette ville devait être entièrement empestée, puisqu’il
de proche en proche, font des ravages non pas incessants, mais limilésdans le temps. Toujours elles seteignent complètement d’elles-mtMiies après un certain laps de temps (1). Cette extinction se fait ordinairement peu à pou; dans quelques cas trèsrares, instantanément (2). Les cas foudroyants s’observent dans les épidémies de peste très-graves; dans l’épidémie de Hindié, du reste, le cas le plus rapide a duré douze heures, la durée moyenne de la maladie était de deux à cinq jours. Dans la peste de Marseille, en 1720, beaucoup de malades succombaient en vingt-quatre ou trente heures (3).
» y avait péri plus de 40 000 personnes, nous vîmes sensiblement diminuer le ma n de jour en jour, quoique les habitants, las de rester enfermés, soit encore pour avoir
> repris courage, s'assemblaient et se promenaient dans les rues et les places publi- » ques et qu'il dut y avoir partout des semences infinies de contagion. Je passerai sous » silence, dit encore Cbicoyneau, un grand nombre d'exemples particuliers, comme
> des enfants qui ontsucé le lait de leurs nourrices ou mères pestiférées, les épreu- » ves réitérées de plusieurs personnes de la profession, les nôtres mêmes, qui sem- » blent mériter quelque attention, puisque outre le traitement journalier de quantités » de malades sans aucune précaution, nous avons fait ouvrir en notre présence plus n de vingt cadavres et nous avons assisté de près à un cours de démonstrations
> d'anatomie et d'opérations de chirurgie que le sieur Soullier a fait sur des cadavres » de pestiférés. » [Lettre de Chicoyneau. Lyon, 1720.) Si ces citations, que je pourrais multiplier, ne prouvent pas que la peste n'est pas contagieuse, elles prouvent du moins qu’elle ne l'est pas toujours, comme semble le craindre l'auteur de la brochure.
(1) La Relation historique de la peste de Marseille (Cologne 1721, page 4.^3) remarque que sur la fin la maladie était moins contagieuse et qu'il y avait moins de risques à approcher des malades. « Je sais bien a, dit l'auteur, i que les médecins feront « mon procès là-dessus ; car, enfin, comment concevoir qu'une même maladie, pro- » duile et entretenue par la même cause, suit moins contagieuse sur la fin de la consti- » tution épidémique que dans ses commencements et dans sa rigueur. C'est de quoi je » m'embarrasse fort peu ; c'est à eux à en trouver la raison, et en attendant qu'ils
> l'aient trouvée, ils agréeront que je m'en tienne à l'expérience, qui, en matière de
» poste, prévaut à tous les raisonnements. » Cette note et la précédente sont citées par M. Littré dans son remarquable article. •
(2) Inutile de rappeler ici que l’épidémie de Hindié ne s’est éteinte qu'après trois ou quatre mois de durée.
(3) Dans le diagnostic de la peste, il faut tenir compte, dit M. Wüillex [Dictionnaire de diagnostic médical, Paris, 1802), de l’évolution aiguë et parfois trèsr. pide de la peste, qui peut entraîner la mort en quelques heures, mais qui se prolonge en moyenne pendant cinq à six jours. Hamont [Gaselle des hôpitaux, 1 844 ) observe que la peste débute quelquefois avec une grande violence et très-brusquement. Dans les pestes de Londres et de Marseille, on a vu des malades tomber subitement
« L'épidémie de Hindié», ajoiite-t-on, «n’a jamais manifesté » un génie envahissant, ne s’est point propagée par contact, et » n’est point sortie d’un giron très-circonscrit, malgré des com- » municalions très-fréquentes avec tous les pays d’alentour. » Je ne sais pas jusqu’à quel point on est autorisé à dire que l’épidémie de Hindié n’a été aucunement contagieuse j voici les faits pour et contre la contagion que je relève dans l’enquête du docteur Navanzi : « Le cheik des Hadgi-Off a touché plusieurs cadavres et a soigné impunément plusieurs malades; mais laûlle de son frère est morte de la maladie; deux jours après, le mari de cette femme a été atteint, puis l’aînée de ses trois enfants (1). — Le nommé Mohammed-Cheik-Adan a été atteint de la maladie, on ne lui a pas demandé s’il avait été en contact avec d’autres malades ; mais, dans sa propre famille, voici ce qui se passe : sa femme, qui le soignait et le touchait, n’a pas été malade ; en revanche, la femme de son beau-frère, qui le soignait aussi, tomba malade le quatrième jour. Le mari de cette femme, qui la soignait, ne contracta pas la maladie (2). — Le Mouhtar des Karaktchi a touché presque tous les malades et leurs cadavres, malgré cela il n’a pas été malade ; mais quatre membres de sa famille sont morts, à savoir : son frère et trois de ses enfants. La mère de ces enfants, qui les soignait incessamment, n’a pas été malade (3). — Hamadi- Hamoun, de la tribu des Karaktchi, avait touché plusieurs malades quand il tomba malade lui-même. Pendant sa maladie, son père, sa femme et ses enfants étaient restés près de lui. Deux de ses enfants seulement ont été atteints (i). — Guiassim-
dans le coma et mourir en quelques heures. Dans la peste de Noja, Morea a vu la mort survenir toujours avant le septième jour ; il y avait des malades qui mouraient le troisième, le deuxième jour ; d'autres mouraient en vingt-quatre ou en peu d'heures. (Storia delta peste di Soja. Napoli, 1837.)
( 1 ) Pages H et 1 5 de la hrochurc.
l2) Pi-ge 18.
Ctt l’iigc 20
M Page 21.
Mohammed, de la tribu des Karaktchi, a vu et soigné de nombreux malades pendant l’épidémie; il ne lui est rien arrivé à lui ainsi qu’à son fils; mais sa femme, sa fille, sa sœur, son neveu, ont succombé pendant l’épidémie (1). — Sayad-Abou- Sahin, de la même tribu, vivait sous le même toit avec six autres personnes de sa famille, dont quatre sont mortes de l’épidémie (2). — Hussein-Sagar, delà même tribu, son oncle, la femme de celui-ci, leur fils et leur fille, sont morts pendant l’épidémie ; il les a soignés et touchés sans avoir été malade (3). — Chez les Hadgi-Nasser, malgré l’introduction dans celte tribu d’une famille composée de quinze personnes, dont quatre sont mortes et une seule a guéri de l’épidémie, la tribu elle-même n’a pas cessé de jouir d’une parfaite santé, bien qu’elle continuât à avoir avec les tribus infectées les rapports les plus suivis et les plus constants (4). »
Ce dernier fait est bien positivement établi. L’épidémie de Hindié n’a eu aucune tendance à sortir du sein des tribus où elle paraît s’être développée spontanément. Mais est-ce à dire que la contagion ou l’infection ne se soient pas exercées dans ces tribus elles-mêmes? C’est ce qui ne saurait être soutenu. Les vingt-quatre faits mentionnés dans la dernière enquête ne sont pas uniformément répartis dans les tribus. On reconnaît d’abord qu’ils se sont tous passés dans un petit nombre de familles, à savoir : trois dans la famille du chef des Hadgi-Off, deux dans celle de Mohammed-Cbeik-Adar, quatre dans celle du mouhlar des Karaktchi, trois dans celle deHamadi-Hamoun, quatre cas ont eu lieu sur six personnes dans la famille de Sayad-Abou-Sahin, quatre dans celle de Haussein-Sagar, quatre dans celle de Guiassim-Mohammed.
Quelle est la signification d’un semblable groupement des
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(2) Page 22.
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faits? Cela ne veut-il pas dire que, bien que la maladie n’ait pas été envahissante, elle a présenté des foyers partiels, foyers qu’on rencontre dans toutes les maladies contagieuses, et qu’on ne peut guère expliquer que par la contagion ou l’infection. Ces petits centres de maladie que nous voyons exister dans toutes les familles atteintes par le fléau sont-ils dos foyers spontanés? Tous les cas observés dans ces sortes de nids à maladie sont-ils des cas spontanés? Qui saurait le dire ; qui saurait se prononcer dans une question aussi obscure? Cette prédilection de la maladie pour un certain nombre de foyers s’explique généralement par l’infection ou la contagion. Nous ne pouvons pas ici, il est vrai, démontrer la vérité de cette explication, mais qui pourrait démontrer sa fausseté? La contagion de la maladie de Hindié dans son foyer originel est donc une question que Ton aurait tort de résoudre dans le sens négatif ou positif. C’est un point à réserver.
On dit, il est vrai, que quelques personnes ont touché les malades et les cadavres sans contracter la maladie. Cela se voit dans les épidémies de peste les plus envahissantes et les mieux caractérisées. Üesgeneltes raconte qu’au début de la maladie, eu Égypte, le nom seul de fièvre pestilentielle éloignait les infirmiers des malades; il ajoute que plus tard, quand la maladie fut mieux connue, les infirmiers ne se refusaient plus à ce service. Larrey dit qu’il n’y avait pas de danger à entrer dans les lieux occupés par les pestiférés, pourvu qu’il y eût un courant d’air dans les salles. Svanz, qui avait le service des pestiférés dans l’armée anglaise débarquée en Égypte en 1801, dit que c’est un fait certain que la ventilation détruit Tinfcction de la peste. Je crois que les huttes de nattes et de roseaux des Arabes du Hindié, ouvertes à tons les vents, réalisent la meilleure de toutes les ventilations. Le contact de milliers de pestiférés, dit Grisolle, est resté sans danger pour ceux qui l’ont exercé à Tair libre’ou dans des lieux bien ventilés. Prus observe qu’un examen strict et attentif des faits contenus dans
TIIOI.nZAS.
les ouvrages scientifiques établit, d’une part, que dans les foyers de l’épidémie le contact immédiat de milliers de pestiférés est demeuré sans danger pour ceux qui s’y sont exposés en plein air ou dans des lieux bien ventilés.
On objecte encore que la maladie n’a pas été envahissante, (( elle n’est pas même sortie d’un giron très-circonscrit, mal- » gré des communications très-fréquentes avec les pays d’alen- » tour (I). )) Qu’est-ce que cela prouve? La peste, même dans ses grandes épidémies, envahit-elle toujours toutes les localités d’après leur ordre de proximité et d’après la fréquence des communications? N’a-t-on pas bien des exemples du contraire? Si cela était, et si cette autre assertion était encore vi’aie, « que » la peste ne s’éteint jamais complètement d’elle-même», cette maladie aurait fait depuis longtemps le tour du monde, elle régnerait presque partout où les hommes sont aujourd’hui réunis en société, et surtout en Mésopotamie, où je ne crois pas que l’hygiène publique ait fait beaucoup de progrès depuis quarante ans.
L’histoire de la peste ne démontre-t-elle pas, au contraire, que cette maladie affecte une prédilection pour certains pays, pour certaines saisons; qu’après s’être montrée pendant un certain nombre d’années, elle disparaît quelquefois pendant de longs intervalles; que dans les pays mêmes dont elle est originaire, là du moins où elle s’est montrée de tout temps avec
(1) On n’a pas noté que les navires de guerre français et anglais qui, au commencement de ce siècle, fréquentaient le littoral de l'Egypte et avaient des communicaions fréquentes avec la terre, aient présenté des cas de peste. La mémo immunité des navires a été remarquée dans d’autres cas, tels que la grande peste do Londres, la peste de Malte, en i 81 3, etc. (Gavin-Milroy).
«Tout ce que j’ai pu savoir au sujet de la flotte, dit Aubert, c’est qu’avant son départ et pendant qu’elle était dans le port d’Alexandrie, plus d'un effet dit suspect a été porté à bord sans que pour cela la contagion s’y soit manifestée. »
Lisez, d’ailleurs, dans les laïmograplies les faits que plusieurs d’entre eux rapportent pour prouver que la peste n’est pas contagieuse. Il y a un très -grand nombre de ces faits, et ils sont fondés sur la non-communication de la maladie, sur sa nonextension à des localités voisines des foyers, malgré la non-interruption des communications.
plus de fréquence, elle règne de préférence dans certaines localités et ne se répand pas dans d’autres? Desgenettes n’a-t-il pas remarqué, en Égypte, qu’en traversant simplement d’une rive du Nil ù l’autre l’infection de la peste cessait? A-t-on, du reste, jamais prétendu que la peste dût enlever toute la population des pays où elle règne?
En parlant des symptômes locaux de la maladie, on fait remarquer que les bubons ont été fréquents, mais seulement dans la proportion de 3 à 7. J’objecterai que, sur les 24 observations publiées, il y a eu 24 fois des bubons ou des charbons. J’ajouterai que, d’après l’enquête elle-même, quand le chef des Hadgi-Off dit qu’il y a eu sur 70 décès 30 bubons, il parle de gros bubons. Cela ne veut-il pas dire que les cas de bubons moins prononcés, moins douloureux, moins enflammés, ont pu passer inaperçus (t)?
Dire après cela que « la grande famille pathologique des » fièvres palustres pernicieuses présente les éléments néces- » saires pour rendre compte de l’étiologie et de la symptoma- » tologie de l’épidémie en question, ainsi que de sa nature, de » sa marche et de son génie épidémique », c’est avancer bien des assertions à la fois. Quand on affirme, par exemple, « que » les fièvres palustres peuvent revêtir toutes les formes possi- » blés, qu’elles peuvent apparaître comme des types ou comme a des exemples de toutes les entités morbides (2) », on émet, pour soutenir la thèse que nous combattons, une proposition qui ne supportera pas l’examen des esprits sérieux.
Enfin les deux dernières propositions des conclusions de la brochure doivent être transcrites ici ; elles indiqueront encore une fois le sens e.xclusif dans lequel a été écrit cet opuscule ; « Or donc, les conditions marécageuses de la contrée, les inon-
(1) Lei auteurs du Compendium disent : i Nous pensons qu'il faut absolument faire de la présence de bubons ou de cbarbons la condition sine qua non de l’existence de la peste.
(2) Page 35 de la brochure.
)) dations extraordinaires et répétées du printemps (1 ), la cul- » ture du riz, qui donne toujours et partout naissance aux » fièvres paludéennes, le génie épidémique, point contagieux )) de la maladie, la marche de celle-ci, son extinction com- )) plète, rapide et spontanée, suffisent pour justifier notre ma- » nière de voir touchant la nature de la maladie, que nous » caractérisons comme une épidémie de fièvres palustres per- » nicieuses à forme typhoïde, accompagnées souvent d'engor- » gement des glandes ou adénites.
)) Ces fièvres, je les ai désignées sous la dénomination de » typhus laimoïde non contagieux, voulant faire comprendre, par » cette formule, que l’épidémie avait, il est vrai, emprunté » quelques symptômes à la peste orientale et au typhus, mais » qu’elle n’appartenait ni à l’une nia l’autre de ces deux ma- » ladies, et qu’elle ne s’est point propagée par contagion. »
On ne sera pas sans doute médiocrement surpris d’apprendre, par ce dernier paragraphe, que l’épidémie de Hindié avait emprunté quelques symptômes à la peste orientale et au typhus. A la peste orientale, on le comprend ; mais au typhus, pourquoi et comment? En fin de compte, vous appelez la maladie un typhus laïmoïde non contagieux; vous renoncez donc à l’idée que vous émettiez dans la phrase précédente, et que vous avez développée dans tout le cours de votre ouvrage. Le typhus Mmoïde non contagieux est-il la même chose que la fièvre palustre pernicieuse à forme typhoïde, compliquée d’adénite? Pourquoi employer le mot typhus quand vous avez à votre disposition l’expression de fièvre grave, qui ne préjuge rien de la question? Si vous aviez dit et soutenu que cette épidémie était une fièvre grave laïmoïde non contagieuse, vous ne seriez pas sorti de la vérité apparente; vous seriez presque d’accord avec les témoignages des Arabes, qui disent au fond que ces épidémies sont la peste sous une forme moins grave et moins généralisée
(d) Nous avoiH vu qu'a Dmim la malailio avait ilolnilé avant l'inondation.
qu’en 1 831 ; vous ne sci iez pas séparé par une longue distance des conclusions de la commission de Bagdad, qui a vu les derniers cas de l’épidémie, et qui a recueilli les témoignages des Arabes avant qu’ils lussent entachés de rélicences par la peur des cordons sanitaires; enfin vous seriez resté dans les saines notions de la pathologie, en dehors desquelles il est impossible qu’il y ait des mesures hygiéniques ou sanitaires efficaces.
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