‹ Une épopée mystique [microform]Chapitre 11 sur 83 · PREFACE XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXXV

sion et un programme dépeuplement^ rédigé par la plume de Champlain. Il le faut citer en son exacte précision: « Dans la Nouvelle-France^ écrivait Champlain^ y a nombre infini de peuplades sauvages. Les uns sont sédentaires amateurs du labourage, qui ont villes et villages fermés de palissades ; les autres errants^ qui vivent de la chasse et pêche de poisson, et n'ont aucune connaissance de Dieu. Mais il y a espérance que les religieux qu^on y a menés et qui commencent à s'y établir, y faisant des séminaires, pourront en peu d^années y faire de beaux progrès pour la conversion de ces peuples. Cest le principal soin de Sa Majesté, laquelle, levant les yeux au ciel plutôt que les porter à la terre, maintiendra, sHl lui plaît, ces entrepreneurs, qui s^ obligent d'y faire passer des ecclésiastiques pour travailler à cette sainte mission, et qui se proposent d'y établir une colonie^ comme étant le seul et unique moyen d'y faire reconnaître le nom du vrai Dieu et d'y établir la religion chrétienne, obligeant les Français qui y passeront de travailler au labourage de laterre, avant toutes choses, afin qu'ils aient sur les lieux le fondement de la nourriture, sans être obligés de la faire apporter de France, et cela étant, le pays fournira avec abondance tout ce que la vie peut souhaiter, soit pour la nécessité ou pour le plaisir '^'^. »

Voilà V idéal que Champlain proposait à la

France ; et cellerçi^ çpn fiante, r^mêUf^^t à Içf, Qoile pour la Nouvelle-France., Depuis le déput. du siècle une questioji se posait : Que ferait-an du Canada ^ Les marQhar^d^ répondaient^ lorsqu'ils parlaient franc : Une terre de chasse qui sera par ailleurs une terre vierge; et si on les eut laissé faire ^ le Canada serait dcr jneuré (( le désert fauve en ^a splendeur austère^ pomme dit Fréchette en sa Première Nuit ^5.

«ï Chacun tend à ce qu'il aini^e^ noteraplus tard la Mère Marie de V Incarnation : les niarchands à gagner de V argent par la traite des castors, et les Révérends Pères et nous à sauver des âmes. »

Un prêtre canadien^ Vabbé Sylvain Çorbeil, dans le drame chrétien sur Chomedey de Mai-r sonneuve qu'il publiait en 1899 y mettait en relief le conflit entre l'esprit missionnaire, mà- \/ gn ifiquement représenté par Maisonneuve , fondateur de Montréal, et l'avide esprit de mercantilisme, qu'il incarnait dans un certain Robert de Maupertal, surveillant de la traite. « Cette puissante et zélée association de Notre- Dame de Montréal , s' écriait Maupertal dans la première scène du drame, ne songe qu'à multiplier ici, au centre même des tribus indiennes, les colons, les vrais colons. Ceaxrci, assurément, vont déborder, et les sauvages leur porteront leurs fourrures. Or, avec les habitants, il n'y a point de spéculations possibles ; avec les sau-

PRÉFACE kxxyfii

Pages, oh/ nous faisons dès profits fabuleux. y> Le dramaturge^ en prêtdtit finalemerit à Maupertal une tentative d'attentat criminel contre Maisonheuvè, symbolisait U acharnement tragique qu'à certaines heures pouvait prendre ce conflit^^. La conception des Révérends Pères, de Marie de V Incarnation et de Maisohneuve, prévalut lentement sur celle des marchands,: et ce fut grand profit pour la dignité humaine, et grand profit pour la fécondité du sol: le fruit éclos de cette prépondérance de Vidée mission- naire sur Vidée mercantile ne fut rien de moins qu'une grande nation, la nation canadienne. . Missiohhàites canadiens et martyrs canadiens %^ furent les pères de cette nation; croyons-en le poète Fréchètte qui, dans sa Légende d'un peuple, invoque pour eux la gratitude de ses compatriotes canadiens :

mon pays, au, coûts des siècles qui vont naître. Puissent tes fiers enfants ne jamais méconnaître Les humbles ouvriers de tes futurs destins.' lis furent lés preifiiëfs défricheurs de la lande : Qu'on réserve toujours la plus fraîche igùirlànde Pour ces vaillants des jours lointains '*^.

Ce qui nous frappe encore, dans ces physiohomies démissionnaires, c'est qu'à cette altitude de pensée qui sans cesse leur fait envisager lès

XXXVIII LES ORIGINES RELIGIEUSES DU CAJîADA,

intérêts généraux de La culture chrétienne ^ ils joignent un réalisme politique qui^ longtemps à V avance^ pressent et prophétise Vinévitable duel entre Angleterre et France^ dans les parages de Terre-Neuve et dans le bassin du Saint-Laurent. Le Franciscain Le Baillif^ déjà, peu après 1620, pronostiquait ce futur conflit ; et le Jésuite Le Jeune, devenu, à Paris ^ le procureur des missions canadiennes après avoir été, au delà des mers, un insigne apôtre, conjurant Louis XIV, en 1661, de venir au secours du Canada toujours menacé par V Iroquois , s'exprimait en ces termes :

« Sauvez-moi, s'écrie Votre Nouvelle-France, je vais perdre la religion catholique ; on va me ravir les fleurs de lys ; je ne serai plus française; je tomberai entre les mains des étrangers quand les Iroquois auront tiré le reste de mon sang qui ne coule quasi plus ; je serai bientôt consommée dans leurs feux ; et le démon va. enlever un grand nombre de nations qui attendaient le salut de votre piété, de votre puissance et de votre générosité.

« Votre Majesté, sauvant les corps et les biens de sa colonie française, et les âmes d'un très grand nombre de nations, les obligera toutes de prier Dieu qu'il vous fasse porter le nom de saint, aussi bien qu'à votre grand aïeul, dont vous imitez le zèle, entreprenant une guerre sainte'^^. »

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