PREFACE XI
on le vit tomber héroïquement sous la hache des sauvages qui avaient déclaré une guerre mortelle à ses doctrines. Son dévouement^ surtout aux heures critiques de la colonie, était sans bornes^. y>
Ces verdicts étaient d^ autant plus glorieux pour ceux qui en bénéficiaient, d'autant plus honorables, aussi, pour la sincérité de V historien, qu'ils apparaissaient plus éloignés de son attitude primordiale. S' étant mis à V étude pour ressaisir, dans la vallée du Saint-Laurent , des réalités politiques , il s' était trouvé, tout d'abord, en présence de réalités religieuses, et il le disait, et, il rendait justice, finalement, à la « tâche noble et sainte qu'avaient remplie les Jésuites dans les contrées d' outre-mer en soutenant la lutte de l'esprit contre la matière, de la civilisation contre la barbarie ».
Les Relations annuellement publiées par les Jésuites furent, quarante ans durant, de 1632 à 1612, la chronique de ce magnifique effort, une chronique qui périodiquement portait au public français des raisons de confiance dans l'œuvre ' canadienne. Elles avaient été, au dix-septième siècle, chicanées par la malveillance janséniste, chicanées, aussi, avec moins de violence, par certains écrivain.'i franciscains. Il demeurait acquis, pour ceux qui prêtaient aveuglément créance aux polémiques du grand Arnauld^, que les Jésuites construisaient des romans sur
leurs prétendus succès de missionnaires^ et songeaient beaucoup plus , dans le lointain Canada, à la capture des castors qu'' à la pêche des âmes, à r em^ichissement qu'à V apostolat, à Mammon qu'à Dieu. Que les Relations /wsserai des romans, c'est ce qu^avait partiellement insinué le P. Christian Le Clercq, V historiographe franciscain des missions canadiennes, lorsqu'il écrivait : « Plût à Dieu que toutes ces églises des Relations fussent aussi réelles que le pays les reconnaît chimériques! » Et bien vite il ajoutait avec une malicieuse bénignité, qui sous le velours cachait un dard : te J'ai toujours été persuadé que ne se faisant honneur que de leurs travaux et de leurs souffrances, les Jésuites n'ont point de part aux Relations qu'on a imprimées du Canada, apparemment sur de faux mémoires, au moins en ce qui regarde l'avènement de la foi parmi les nations sauvages'^ . »
Les Jésuites mentent, disait en substance le grand Arnauld. Le P. Le Clercq, plus généreux, au moins en apparence, ou peut-être plus subtil, insinuait en substance: Les Relations sont mensongères, et comme les Jésuites ne peuvent mentir, elles ne peuvent être l'œuvre authentique des Jésuites. En vain Marie de V Incarnation, témoin compétent et véridique, se portait-elle garante de la « sincérité des Mémoires de nos Révérends Pères » ; en vain glorifiait-elle leur « vie éminente et apostolique ^ » ; pour les lec-