PREFACE XVII
« liberté et V absolutisme » ; 'et quelle que fût V émotion que lui inspiraient les infortunes des Hurons^ il se réjouissait pourtant que la victoire iroquoise, en privant les Jésuites de ces précieux auxiliaires sauvages^ leur eût dérobé « le rude canevas sur lequel ils auraient pu tisser, dans les solitudes, la trame de l'Empire chrétien ». « S'il en eût été autrement, disait Parkman, V Angleterre et les libertés eussent rencontré, au lieu d'un adversaire épuisé et affaibli dès son berceau par les luttes et les misères, un champion athlétique des principes de Bichelieu et de Loyola'^''. » Mais en dépit de son parti pris confessionnel, attesté par de pareilles déclarations, Parkman, véritable héros de la recherche historique, à demi aveugle, à demi paralysé, et qui pourtant disciplinait si bien son travail, qu'il sut mener à bonne fin ses douze volumes d'histoire canadienne, ne craignit pas d'attarder ses mauvais yeux, con amore, sur les trois gros volumes où le gouvernement canadien, en 1858, rassemblait les anciennes Relations; et ce protestant, peu suspect de bienveillance pour le rôle historique de la Compagnie de Jésus sur terre européenne ^^, eut l'honneur de graver dans les imaginations anglosaxonnes, par l'éclat et la couleur '.de ses récits, le sentiment de ce qu'avait été l'apostolat catholique pour la Nouvelle-France naissante. « Une grande institution, proclamait-il, se détache
XVliî LES ORIGINES RELIGIEUSES DU CANADA
en plçin relief sur le tableau de V histoire du Canada^ c'est VEglise de Rome. Plus encore que la puissance royale^ elle a modelé le caractère et préparé les destinées de cette colonie. Elle a été sa nourrice et^ pour tout dire, sa mère i^. » Et ailleurs : « Paisibles, bénignes et bienfaisantes fuirent les armes de la conquête française. La France cherchait à soumettre, non par le sabre, mais par la croix ; elle aspirait^ non pas à écraser et à détruire les nations qu'elle envahissait, mais à les convertir, à les civiliser, et à les embrasser dans son sein comme des enfants ^o. »
Outre-mer, Parkman a fait école. On a, peu à peu, jugé insuffisante la réimpression des Relations qu'il avait eue entre lesmains. M. Thwaites, à la fin du dLv-neuvième siècle, donnait de ces précieux documents une édition nouvelle, enrichie de pièces inédites et de notes érudites, joignant au texte français une traduction anglaise et comprenant soixante-treize volumes ; M. Charles W. Colby., annonçant dans l'American historical Review cet événement historique^ déclarait expressément qu'' « écrire sur la vallée du Saint-Laurent ou sur la région de VOuest sans se servir des Relations équivaudrait à écrire V histoire de V Heptarchie anglaise sans se servir du texte de Bède^^ ».
M. John Finley, directeur de renseignement et président de V université de New-York, re-
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cherchant, dans ses cours de Sorbonne^ puis dans son livre : les Français au cœur de FAmérique, les empreintes qu^a laissées la France sur. la civilisation d' outre-Mer^ rangeait les Relations des Jésuites « au nombre de nos plus précieuses chroniques sur l'A mérique » , et rappelait, avec un accent d\idmiration, que ces chroniques étaient « griffonnées par des hommes mal nourris, mal logés, sans cesse menacés, souvent maltraités, obsédés par les insectes lorsqu'ils ne l'étaient point par les sauvages » . Et M. John Finley s'accordait avec M. Thwaites pour ob^ server : « Ce que ces Jésuites écrivaient dans de telles circonstances est simple et réel. On n'y trouve point de fleurs de rhétorique, à peine quelques signes dé légitime fierté, aucun détail inutile au sujet des martyrs, et pas un mot qui puisse faire soupçonner qu'un seul des hommes de cette troupe loyale ait jamais reculé ou hésité^'^. »
Retenons ces deux faits: François-Xavier Garneau, voulant écrire l'histoire politique et sociale du Canada, se trouve, un demi-siècle durant, en présence d'une vie religieuse si intense, et régnant si souverainement sur les destinées du pays, que son souci même d'intégrité historique l'amène à i^essaisir, dans la physio- . nomie du Canada primitif, certains traits caractéristiques d'une cité de Dieu; et l'école historique américaine, éclose en des sphères
confessionnelles qui n^ont rien de commun avec la Société de Jésus, cherche et trouve^ dans ces journaux annuels de V apostolat catholique romain que sont les Relations des Jésuites, Vacte de naissance d'un grand peuple.
C'en est assez, semble-t-il, pour étayer et pour confirmer la pensée maîtresse dont s'inspirait Vahhé Ferland, historien catholique du Canada, quand il écrivait en 1861 : « La religion a exercé une puissante et salutaire influence sur V organisation de la colonie française au Canada; elle a reçu des éléments divers, sortis des différentes provinces de la France ; elle les a fondus ensemble ; elle en a formé un peuple uni et vigoureux'^'^. »
Les origines religieuses de la civilisation canadienne, Jean-Jacques Ampère les constatait, sur place, dans une lettre que de là-bas, en 1851, il adressait à Frédéric Ozanam : « C'est l'Église qui a fait en grande partie le Canada. Elle y a joué, à peu de chose près, le rôle que vous aviez si bien peint dans votre histoire des premiers siècles ^^. » Ozanam, les y eux fixés sur la Seine, sur le Rhin, sur le Danube, s'était fait l'historien des vertus d'élite qu' avait déployées le christianisme pour rassembler les hommes, pour les^