PRÉFACE XXI
unifier^ pour les civiliser : un rapide coup d'œil sur la vallée du Saint-Laurent révélait à Ampère que VÉglise du dix-septième siècle avait accompli, là-bas^ une œuvre non moins grandiose.
Les origines religieuses de la civilisation canadienne, M. Gabriel H anotauXj de son côté, les constatait, sur place, lorsque, passant V Atlantique peu de temps avant la Grande Guerre, il se mettait en quête, outre-mer, de la « France vivante ». Il concluait à son retour: « Le développement du catholicisme dans l'Amérique du Nord est un phénomène d'une importance historique magistrale. Il trouve ses origines et ses principaux appuis, du moins au début, dans le Canada français. L'histoire du Canada, c est, en trois mots, V exploration, la lutte, Vévangélisation. La politique n'y a guère commis que des fautes'^^. »
Ces lignes furent remarquées, là-bas ; et dès que la Grande Guerre mit en péril le sol français et les destinées universelles de la civilisation latine, une des voix les plus éloquentes du Canada catholique, celle de M. Edouard Montpetit, s'empara de ce jugement historique de M. Hanotaux, pour encourager ses coreligionnaires à venir défendre la France. « Ce qui caractérise la civilisation française, expliquait M. Montpetit, et ce qui fait rayonner la France sur le monde, c'est l'expression de Vidée, de Vidée force déterminante des choses, qui se
cristallise dans la réalité^ qui anime^ rénove ou bouleverse^ sans se reposer jamais de son travail d'enfantement. La France Va recueillie, défendue, conservée, répandue, et c'est une idée qu'elle apportait à l'Amérique lorsqu'elle y fit germer le catholicisme'^^, n Et dans les confé-rences qu'au lendemain de la guerre M. l'abbé Lionel Groulx donnait à l'Université Laval de Montréal 5a/' la naissance d'une race, resplendissait l'image d' « une Nouvelle-France se levant du fond des solitudes d' Amérique au dix-septième siècle, comme une terre d'élection pour r Eglise », et d'une « Eglise trouvant la voie libre devant elle et modelant amoureusement, de ses mains divines, l'âme d'un peuple dont tous les membres lui appartenaient ~''y>.
Si l'on regarde de près la primitive histoire canadienne, on constate que l'idée religieuse exerça son influence, non point seulement, à Québec, sur la formation d'un peuple, mais à Paris, tout en même temps, sur les développements de l'esprit public, jusqu'alors médiocrement propice à toute politique coloniale. Dans les premières semaines de 192i, avant même de publier à la Revue des Deux Mondes les articles qui sont l'origine de ce livre, j'avais