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rig. 8. — Les soixante-Jeux fiuales en « e» du bordereau, comparées à un nombre égal de finales en « e » ex^nite? dun mcine autogiaplie de Dreyfus (pièce U;.
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en partie à leur forme, bien différente de celle des « e » de Dreyfus et dont je reparlerai en étudiant Tintensité des mouvements et leur adaptation (pages 183 et 191).
Sur les soixante-deux « e » finaux que contient le bordereau, il n'en est pas un seul qui se termine par le plein, comme presque tous ceux de Dreyfus, chez lequel la forme normale est une rareté : presque toujours, il arrête 1' « e » au trait descendant et, s'il conserve le délié de l'école, il le fait très court, à part quelques exceptions très rares des autographes de 1890, dans des passages écrits avec une lenteur relative, tandis que dans le bordereau la finale est d'autant plus régulièrement longue que la rapidité s'accroît, comme on peut le constater en comparant les lignes 19 à 29, beaucoup plus rapides, au reste du bordereau.
Dans la figure 8, j'ai rapproché des soixante-deux finales en « e » du bordereau un nombre égal de finales en « e » extraites d'une même lettre de Dreyfus. Je les ai prises dans un autographe unique pour mieux montrer la constance de la forme propre à Dreyfus. Ce rapprochement est concluant.
VI. En résumé, à part la ressemblance grossière et sans signification qu'offre la dimension moyenne du corps des deux écritures, on ne découvre, en étudiant l'amplitude des mouvements, qu'oppositions et différences. Et ces difierences sont capitales, parce qu'il n'y a guère là de signes qui frappent l'œil du profane et qu'il songe à dissimuler s'il se cache.
B. — Direction des mouvements.
I. La direction des traits n'est point autant qu'on pourrait le croire imposée par les conventions qui assignent un certain sens à certaines formes.
La forme des lettres n'est pas si étroitement arrêtée que la main soit jamais privée de la liberté de choisir entre plusieurs directions : ici, elle peut, dans sa marche, s'élever ou s'abaisser à son gré, ou demeurer au même niveau; ailleurs, il lui est loisible de tourner à droite ou à gauche, ou de revenir sur elle-même.
Les recherches de la science ont établi que tout homme a. dans ses gestes, des directions préférées. L'un est nettement dextrogyre, il aime à se diriger vers la droite, l'autre est slnistvogyre, il préfère la gauche. Celui-ci est centrifuge, ses gestes fuient le centre^ ils s'écartent du corps, celui-là est centripète, ses mouvements se ramènent à lui.
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II. L'écriture de Dreyfus est remarquablement centrifuge : il affectionne les traits ascendants, qui éloignent la main du corps. Il est de ses autographes, ainsi la pièce III, qui doivent une
Fig. 9. — Départs ascendants des mots chez Dreyfus.
physionomie spéciale à l'exagération des déliés au départ des mots {flg. 9). La plupart de ses barres de « t » se dirigent vers le haut,
Dreyfus 3^orJiereâ,u
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Fig. 10. — Barres de «t» et «r » ascendants chez Dreyfus; « r » finaux caractéristiques du bordereau.
parfois sur une longueur exceptionnelle^ et ses « r » finaux sont souvent uniquement formés d'un grand trait ascendant {fig, 10). L'effet le plus cm'ieux de cette tendance ascensionnelle a été
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l'i'^> UNE ERREUR JUDICIAIRE
Signalé en traitant de lamplitude. A chaque instant le délié, qui monte, est plus long que le plein suivant, qui descend, alors que les règles de récriture ordonneraient le retour à la ligne. Puis, volontairement ou par un mouvement instinctif, guidée par Toeil qui réclame la ligne, la main redescend, pour ne pas se jeterjdans la ligne supérieure. De nouveau elle repart, et redescend encore, conservant entre les lignes une distance moyenne. Ainsi se forment des lignes sinueuses, dont je donne quelques exemples dans la figure 11 ; c'est un phénomène général chez Dreyfus.
■ l . 11. — Tendance centrifuge produisant des lignes sinueuses, dans l'écriture
de Di'ejfus.
L'écriture du bordereau n'est nullement centrifuge. Le mouvement ascensionnel ne s'affirme nulle part.
Au contraire, les courbes centripètes sont plus fréquentes que chez Dreyfus : les « n », les « m » sont fréquemment arrondis au sommet, les « z » le sont toujours, quelquefois les finales, formation qu'on rencontre en bien peu d'écritures. L'on trouve même, au mot «sont» (ligne 20), un délié de courbure centripète. Dans l'écriture de Dreyfus, les courbes dextrogyres centripètes sont absentes, à part quelques majuscules, quelques M et le P et l'R, qu'il est difficile de former sans une courbure supérieure dirigée vers la droite.
Mais il faut ajouter que, dans le bordereau, les courbes centripètes n'ont jamais d'aisance-, elles semblent l'effet d'une contrainte que l'écrivain s'impose et ne nous révèlent donc pas les tendances naturelles de sa main.
Ce qui est plus significatif, c'est le caractère dextrogyre, —dirigé
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vers la droite, — de l'écriture anonyme. Elle est beaucoup plus dextrogyre que celle de Dreyfus. Les courbes tournant à gauche sont rares et très rabougries. Ordinairement, des traits droits les remplacent, ou même des courbes de sens contraire : la hampe des « j » et des « z » est une simple barre pourvue d'un crochet plus ou moins marqué regardant la lettre suivante, les«f», dépourvus de tout retour à gauche, sont légèrement arqués, et les grandes « s » tournent à droite, de même que quelques petites « s ». La parenthèse en forme de « c » s'arrondit avec aisance, la parenthèse opposée est deux fois plus exiguë (lignes 8 et 9).
Dreyfus, lui, ne redoute par les courbes de gauche. Les boucles de ses « g » et de ses « j » sont remarquables par leur aisance et leur ampleur. Les « q » et les « g » commencent souvent par une boucle semblable à un « e », les « a » eux-mêmes revêtent une forme spéciale que l'écrivain du bordereau ignore complètement {fig. 12).
yu^y:ï^Jh%^ ^y%^^ 6 25".
Y']'^. VJ. — Forme différente et caractéristique des «a» dans les deux écritures.
J'ai fait un dépouillement soigneux des innombrables « a » des pièces de comparaison et j'ai trouvé qu'après les lettres « c, f, g, h, m, n, p », pour ne citer que les principales, la panse de T « a » est toujours, absolument toujours, dirigée vers la gauche, de manière à surmonter le délié précédent, qui coupe 1' « a » comme en deux parties. C'est aussi là, peut-être^ un effet de la tendance ascensionnelle des mouvements de Dreyfus.
Cette forme est étrangère au bordereau, dont les « a » sont curieux aussi, mais à un tout autre titre. Lorsqu'ils sont précédés d'une autre lettre, la panse en est extraordinairement rabougrie et la courbe qui suit la panse tend à s'infléchir en sens contraire ^ T « a »
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prend Tapparence d'un « n » aux jambages divergents et cette formation s'accentue avec la vitesse. Qu'on compare, dans la figure 12, les « a » de « ma » et « prendrai » aux « n » du mot « en », tels qu'on les voit aux lignes 30 et 20 du bordereau.
Il est intéressant aussi de comparer le petit mot « de », si fréquent.
Dans le bordereau, c'est toujours, sans exception, sur huit fois que le mot « de » paraît, le « d » perfectionné de l'écriture courante, dont la direction est déterminée par un début franchement dextrogyre.
I\,}itH.li,iS.t,i dx. ^ ^ ^ ^ ^ Q^ A A f.ilhy
r3,3.ÎLi,^.x,5.3i2. ^ ^ ^ ^ ^ A À £4, Sk lk.\8\L
Fig. 13. — Comparaison des « de ».
Dreyfus écrit très rarement ainsi *, le dépouillement des pièces de comparaison ne m'a donné que huit fois cette forme, contre cinquante-neuf « de » présentant le « d » typographique, qui, généralement, commence par une courbe sinistrogyre.
Ainsi, nous avons d'un côté un graphisme très centrifuge et moyennement dextrogyre, de l'autre un graphisme peu centrifuge et très dextrogyre.
III. Direction des lignes, — On chercherait en vain dans le bordereau cette sinuosité caractéristique dont j'ai décrit la cause chez Dreyfus.
La sinuosité des lignes 12 à 18 dans nos ftic-simile n'est qu'une apparence trompeuse née de la déchirure et du recollage imparfait que l'on sait. Je n'ai pas réussi à retrouver la disposition primitive des lignes 11 à 14, trop malmenées, et dont le début par deux fois ascendant dans nos fac-similé pourrait bien être l'eiTet du recollage, car il est en contradiction avec le mouvement des autres lignes du manuscrit. Mais je n'ai pas eu de peine à restaurer les lignes 15 à
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18; il a suffi de recoller autrement les deux frag-ments, après les avoir séparés. Or, j'ai trouvé une direction rectiligne {fig. 14).
Fig. 14. — Direction des lignes 15 à 18, restaurées.
I Si Ton rencontre dans le bordereau quelques rares sinuosités, comme peut-être aux mots « renseignements » et « campagne »^ dont rétat primitif est douteux, et comme, en tout cas, au mot « vous », elles proviennent d'une descente de la main, ou bien elles
éZl^ Aic^y^ ^>/oco ^Uoftui l^,ZS,
Fig. 15. — Les quelques sinuosités du bordereau (comp. fig, 11).
résultent de ce qu'un point, un accent ou une barre de « t » a forcé la main de s'élever, comme on le voit clairement à la figure 15.
Quant à la direction générale des lignes j si l'on fait abstraction des lignes lia 18;, dont la déchirure est certaine, et des lettres « es rensei » de la ligne 3, dont la déchirure est probable, on constate que douze lignes sur dix-hùit sont creusées^ le centre est plus bas que les bords et cet infléchissement atteint ou dépasse la hauteur d'une petite minuscule. Des six autres lignes complètes, il en est trois, les lignes 25, 26 et 28, qui présentent nne ébauche de ereusure : les premières lettres descendent, les dernières remontent. La tendance dominante de l'auteur du bordereau est donc bien l'infléchissement des lignes.
J'ai cherché sans succès, dans tous les autographes de Dreyfus,
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une ligne creusée. On en trouve, au contraire, qui sont nettement bombées {fig, 16).
Bordereau
Fig. 16'. — Lignes creusées du bordereau et lignes bombées de Dreyfus.
IV. De \:i pente de Vécvitiire^ il n'y a rien à tirer. C'est un élément accessoire dans la comparaison des écritures -, il est rare qu'elle soit assez constante et qu'elle s'écarte assez de la normale pour qu'elle permette de distinguer sûrement deux personnalités. Ici, des deux côtés, nous ne trouvons rien que de normal, avec trop de variations chez Dreyfus, selon les autographes, pour qu'il soit utile d'établir une moyenne.