COMPARAISONS
Je relèverai a présent les particularités propres à récriture du capitaine Dreyfus.
Observons d'abord la préposition « à ».
Elle se trouve en tout vingt fois dans les comparaisons -, six fois dans A, six fois dans B, deux fois dans C, cinq fois dans D, et une fois dans E.
Sauf une fois, Taccent qu'elle doit avoir est toujours omis.
Cette omission ne se remarque jamais dans l'écrit anonyme. La préposition s'y trouve cinq fois, et chaque fois elle possède l'accent, alors même qu'elle est rendue par une majuscule (vingt-sixième ligne), circonstance dans laquelle cet accessoire aurait pu être négligé.
Dans les divers écrits du capitaine Dreyfus, le « d » minuscule initial est presque toujours fait en anglaise- les exemples du contraire sont fort rares.
Dans l'écrit anonyme, où il y a dix-huit mots commençant par « d », cette lettre est, au contraire, presque constamment faite en coulée : deux fois seulement elle est faite en anglaise.
La partie antérieure des lettres sans hampe («a, c, e, g, i, j, m, ^j ^7 P? q? r? s, u, V, ») placées au commencement des mots, montre, dans les comparaisons, une forte tendance à dépasser en hauteur les autres lettres de même nature.
Cette tendance ne se manifeste pas dans l'écrit anonyme.
Pour la lettre « p » il y a lieu de faire remarquer que dans les comparaisons le jambageMépasse toujours sensiblement en hauteur le détail.
Dans récrit anonyme, ces deux parties sont généralement de hauteur égale.
Notons encore la différence qu'il y a entre les « z ».
Dans les comparaisons, ce caractère a la tête en pointe; le trait final en est sinueux et montre une tendance à se terminer par un crochet rentrant.
C'est tout le contraire qui se voit dans l'écrit anonyme; là, la tèie est arrondie, et le trait final, presque droit, tend à s'achever par un crochet tournant à droite.
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Enfin, le trait qui complète un mot, tel que la barre du « t », lapostrophe, le point ou l'accent placés sur la dernière syllabe, et le trait par lequel le mot suivant commence, sont souvent faits, dans les écrits du capitaine Dreyfus, sans désemparer.
On n'aperçoit rien de semblable dans l'écrit anonyme; les occasions où ce phénomène aurait pu se produire sont cependant nombreuses.
Les différences que ]'ai relevées sont nettement caractérisées et très constantes.
L'écrit anonyme, d'autre part, est visiblement tracé d'une façon très franche, à main courante \ il montre une homogénéité de types parfaite.
Dans ces conditions il est inadmissible que les différences soient l'effet d'un calcul, qu'elles soient voulues.
On ne se défait pas, en écrivant, de ses habitudes^ et on ne les remplace pas par d'autres d'une façon aussi parfaite, aussi constante^ aussi régulière. L'habitude tend toujours à reprendre le dessus, et il en résulte, quand on veut la réprimer, une lutte contre elle, qui se révèle par une absence de naturel, par de la raideur, par des hésitations et par des retouches.
Or, on n'aperçoit rien de pareil dans la pièce de question.
On ne voit pas, d'ailleurs, pourquoi on se serait efforcé de donner à une écriture déguisée un aspect naturel. Une semblable préoccupation se conçoit chez le faussaire, parce que l'absence de naturel suffit pour rendre son œuvre suspecte; mais elle ne s'explique pas chez celui dont le seul souci est de ne pas se trahir.
Enfin, introduire les différences relevées entre les « a » et les « z », mettre des points et des accents là où on les omet habituellement, piquer des points d'une façon inaccoutumée, se borner à créer la différence de longueur que fait voir la comparaison des lettres « q y>, et maintenir en même temps la façon de relier ce
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caractère au suivant, ce ne sont pas des artifices auxquels a recours celui qui cherche à déguiser son écriture. II emploie d'autres moyens bien plus pratiques et plus sûrs. Poussé par la crainte que sa main ne soit reconnue, il multiplie les précautions et accorde à la fantaisie la plus large part.
L'écrit anonyme n a aucun caractère fantaisiste. Je le répète, il est incontestablement tracé d'une façon courante et naturelle.
En conséquence, la conclusion qui s'impose est que les écrits mentionnés au début de ce rapport émanent de deux mains différentes, et que le capitaine Dreyfus n'est pas l'auteur de l'écrit anonyme en question.
Bruxelles, le 5 août 1897.
Ed. de MARNEFFE.
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L'AFI-AIRE DREYFUS 211