RAPPORT SUR L'ÉCRITURE DU CAPITAINE DREYFUS
ET TN SPÉCIMEN d'ÉCRITUIIE A LUI ATTRIBUÉ
Par M. Walter de Gray-Birch
J'ai été employé au département des IVIanuscrits du British Muséum pendant plus de trente-deux ans, durant lesquels je me suis appliqué à la comparaison des écritures-, j'ai été et suis encore souvent consulté comme expert dans des discussions sur Tauthenticité d'écritures et j'ai porté témoignage et formulé mon opinion pour la trésorerie de Sa Majesté et pour des particuliers devant les tribunaux civils et criminels. Je suis docteur en droit ( L. L. D.) de Glasgow et membre de la Société des Arts (F. S. A.) de Londres).
Le lundi 5 avril, M. X... m'a remis une feuille imprimée portant des fac-similé de trois documents, savoir :
1° Le texte d'un document attribué au capitaine Dreyfus (1),
2° Une lettre authentique du capitaine Dreyfus écrite du dépôt de Saint-Martin-de-Ré, datée du 21 janvier 1895, que je désigne par la lettre D (2)-,
3° Une lettre authentique du même, commençant par : « Mon cher Paul, quand tu te plaignais à moi », sans date, mais attribuée à Vannée 1890-, je la désigne par la lettre P (3).
Comme la lettre attribuée à Dreyfus e>t supposée avoir été écrite vers le mois de septembre 189 4, la lettre D a plus de valeur que P pour servir de terme de comparaison* mais j'ai analys 3 D aussi bien que P et comparé les résultats avec les détails correspondants dans le document sus-mentionné. Il doit être entendu que le procédé employé pour l'exécution des trois f\ic-simile a produit dos résultats peu satisfiiisants et un examen soigneux des originaux devrait être fait avant d'exprimer une opinion définitive-, cependant, les facsimilé donnent une représentation suffisamment complète des écritures en question.
A la suite d'un examen de ces documents, je suis nettement d'avis, au mieux de mon jugement et en conscience, que le capitaine Dreyfus n'a pas écrit le document à lui attribué et je n'ai ni doute, ni restriction mentale à ce sujet.
Cette opinion repose sur les raisons suivantes :
(1) Voir page hors texte.
(2) Voir page 282.
(3) Voir page 238.
Hosted by
^l:i UNE ElUîECU JUDICIAIRE
1° Différences générales. — Si quelqu'un prend le document anonyme et l'examine pendant un quart d'heure tout seul, et prend ensuite la lettre D, il ne peut manquer de remarquer qu'il lit une écriture différente. L'écriture de la lettre anonyme est, pour ainsi dire, plus entièrement française que celle de la lettre D.
Dreyfus laisse un petit espace au commencement de ses alinéas (voir D, lignes 1, 13, 17, 27, 32, et P, lignes 2, 37, 44).
L'anonyme ne laisse pas d'espaces au commencement des alinéas. Dreyfus a une tendance, quand il va à la ligne, à commencer légèrement plus à gauche, tandis que l'écrivain anonyme commence très irrégulièrement ses lignes et quelques-unes, par exemple 20 et 25, commencent de plus en plus vers la droite à mesure que l'alinéa se continue.
L'écriture du document anonyme est homogène et conséquente avec elle-même. Cela est écrit sans hésitation et naturellement. Je ne vois rien qui vienne à l'appui de l'hypothèse que ce puisse être une écriture déguisée.
2° Différences spécifiques. — La lettre anonyme ne contient que six majuscules : A, C, J, L, M et S.
L'A est un « a » ordinaire ou minuscule agrandi dont on se sert
couramment partout. La lettre se trouve ici ligne 2G : ^' . Elle ne
peut être comparée avec l'A ouvert du haut, dans D, ligne 2 : AUv^
ou l'A avec une ligne de départ intérieure dans D, ligne 8 :
/^ -, ligne 13 : ^^ ; ligne 27 : ^^ • ligne 41 : ^ et
P, ligne 50 : ^.^W^. Le C se trouve ligne 15 : /^ . Il ressemble un peu au C dans D, ligne 5 : ^^^^^^^^ et P, ligne 33 : ^ , mais il diffère de cette lettre dans P, ligne 9 : ^^u^i^^.,^,^^^. \ ligne 43 *. ^cA^g* Mais Dreyfus a inconsciemment une façon particulière de faire la lettre qui suit son C majuscule; chaque fois, il prend un niveau plus élevé que de raison, voir D, ligne 5 :
i/UA^ty^ -, P, ligne 9 : ^^vxa^.^.^ ; ligne 33 : ligne 43 : ^^^^^ . Ceci n'est pas le cas dans l'exemple unique de la majuscule que présente la ettre anonyme : /^. Le J se trouve ligne 30, dans le mot ^ '^[ce J diffère de la
Hosted by
même lettre dans jD, ligne 1 : JOA^A/fl/ • ^ ^^^^ P^^ ^^^^^ ^ ^' ^^ ^ ^^
comme dans D, ligne 29 : 7 ; P, ligne 13 : Je • ligne 35 : >" ; ligne 49 : ^^ .
L'L, ligne 18 : Ce ? ^st tout à fait différent de TL dans D, ligne
32 : (/ qui présente un trait initial descendant, un œillet au
talon de la lettre et la fin comme tombante. En fait, il est impossible de croire que ces L aient été écrits par la même personne.
Les M dans la lettre anonyme, ligne 3 : t/^ÙK^uu^\ ligne 12 :
K^éCi^M^A^**'^ y ne sont pas de même caractère que les petits « m »
agrandis employés comme majuscules par Dreyfus dans yj D,
ligne 3: y^^^^ .; ligne 4 :>^,e^-,P, ligne 1 : j/l/l^rv^'
Dreyfus n'emploie la vraie forme majuscule dans aucune des deux lettres authentiques.
Les S majuscules de la lettre anonyme, ligne 1 : Vf^' ? ligne 23 : A 7 ne sont pas comparables à la majuscule S de Dreyfus
qui se trouve dans Z>, ligne 19 : /^* , où l'extrémité bouclée est
plus prononcée.
Au sujet des minuscules initiales, je remarque que « d » avec le sommet arrondi, où cette lettre présente un œillet considérable, ne se constate pas moins de dix-sept fois dans la lettre anonyme, ligne
5 • Pj. / OZ.^ / €^^^^t.S^\ ligne 7 \ iP^\ ligne 11 : S^ ligne 13 : tA 7 «^ ^ A-<.-^ ; ligne 14 : A *, ligne 15 ^eA/yu4^ , P^p/^^^/tx^: ; ligne 16 : ^^i^ ', ligne 17
^SUA^ -, ligne 23 : Si^v*-^ -, ligne 25 : ih^^ffc^^Ttl^ -
Ge « d » arrondi du haut ne se trouve pas du tout dans les lettres authentiques de Dreyfus D et P. Il emploie le «d» usuel avec une barre verticale, quarante fois dans les deux lettres authentiques,
Hosted by
par exemple : Z), ligne 5 : ^C^x^ , et P, ligne 4 : ^Cd, /U^ . L'écrivain anonyme se sert du «d» à barre verticale, ligne 2 : ' ^ *^; ligne 21 : rAj^^^l^g^^. et chaque fois la boucle est plus ronde à la
base que dans les lettres de Dreyfus.
L'écrivain anonyme emploie un « g » ouvert du haut, ligne 18 :
4/#6i/à^t,fc^^ mais la formation de cette lettre n'est pas la même que dans jD, ligne 34 : J^jt^t^^c^tA^ • P, ligne 22 : ^^t^-t^A-^O^
Parmi les minuscules du document anonyme à la an des mots, la plus remari luable est le « z », ligne 2 :^ ^'^^ • ligne 23 \^^^ \
ligne 27 : ^^^^^^i--^^*y ^ La terminaison en crochet tourne à droite
ligne 2; dans les lignes 23 et 27, bien que la fin de la lettre soit partiellement recouverte par la ligne suivante, il y a preuve suffisante de cette tournure^ tandis que Dreyfus fait une queue plus courte au « z » et le termine par une courbe vers la gauche. Voir J9,
ligne 37 : ^<i'tyft.^^^€ij -^ ligne 38 : ^î^'*'*^^; ligne 40 :
Dreyfus a l'habitude de faire le G très grand au commencement des mots, voir jD, ligne 7 : ^e/^/^ ^pti^vt.^^^ \ ligne 11 :
f^u ,\ ligne 18 : ^^X^, ligne 21 : ^ ; ligne 25 ^^ 'cu^\ ligne 29 :
^? ; ligne 30 : c^^L^i-^r \ ligne 40 : C^^t^^^^^cJi • l^h^t^ \^
ligne 43 : Cuu , et ligne 45 : /yi/^ . Cette particularité ne se trouve pas dans la lettre anonyme, ligne 20 cjur ^ c-^nJi^ .
Parmi les chiffres, le « 5 », ligne 13 : v^, est tout à fait différent du « 5 » en tête de la lettre Z>, première ligne : ^.
Les lettres « tte » dans Z>, ligne 18 : (^^^ , sont formées tout à fait autrement que dans la lettre anonyme, ligne 6 : $£^ .
9 avril 1897. WalteR DE GRAY BIRCH.
Hosted by