‹ Une erreur judiciaire: l'affaire DreyfusChapitre 54 sur 69 · SECOND RAPPORT · texte numérisé non relu

SECOND RAPPORT

Depuis que j'ai écrit mon rapport sur récriture de Dreyfus et un spécimen d'écriture à lui attribué, en date du 9 avril 1897, j'ai reçu de M. X... la lettre originale écrite parle capitaine Dreyfus du dépôt de Saint-Martin-de-Ré, contenant quatre pages d'écriture, dont deux seulement se trouvent sur le fac-similé dont je me suis servi en préparant mon rapport précédent. Je désigne cette nouvelle écriture par les lettres et chiffres D3 et D4, pour les fins de ce second rapport.

J'ai aussi reçu en même temps, du même M. X..., une lettre originale écrite sur deux côtés d'un papier deuil, adressée à : « Mon cher Sam », de la prison du Cherche-Midi, le 25 décembre 1894. Je désigne cette lettre par /S (1).

La comparaison du fac-similé de D avec la lettre originale montre le caractère incertain et peu satisfaisant delà reproduction. Prenez, par exemple, page 2, ligne 10 : « que lorsque j'aurai mon honneur ». Le fac-similé met un point après « j », deux petits points sur !'« i » de « aitrai » et un accent sur V« o » de « honneur », ce dont on ne trouve pas trace dans l'écriture originale.

L'étude des lettres originales D et S me confirme absolument dans mon opinion exprimée précédemment, à savoir que, au mieux de mon jugement et en ma conscience, le capitaine Dreyfus n'est pas l'auteur du document anonyme. L'habitude de laisser un espace au début des alinéas, sur laquelle j'ai attiré l'attention auparavant, se trouve dans les nouveaux exemples. Voir D3, lignes 3, 12, 17, 18, 19, 25; S, lignes 2, 9, 16, 19 et page 2, lignes 2 et 3. La rencontre de trois lignes successivement en retrait en D 5, lignes 17, 18, 19, est remarquable et indique à quel point l'auteur éprouve le besoin de commencer en retrait les nouveaux alinéas, même s'ils ne consistent qu'en quelques mots. La tendance du capi-

(1) Voir page 265.

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taine Dreyfus d'obliquer légèrement vers la gauche, quand il va d'une ligne à l'autre, se manifeste dans D 5, pages 3 et 4 et dans Sj page 2.

Des six majuscules : A, C, J, L, M et S, qui se trouvent dans le document anonyme, plusieurs se rencontrent dans ces nouveaux spécimens, savoir : A, avec la partie supérieure non reliée au second corps de la lettre, dans D 5, ligne 22, tandis que, d'autre part, TA du document anonyme, ligne 26, est fermé par le haut. A, avec une ligne de départ intérieure partant de gauche en dehors du dos arrondi de la lettre, est tout à fait différent de TA de l'écrivain anonyme. Dans Sj ligne 14, nous avons l'A ouvert d'en haut, et une ligne intérieure, présentant donc dans un seul et même exemple deux caractéristiques indépendantes de l'écriture de Dreyfus, dont aucune ne se voit dans l'écriture anonyme.

L'idiotisme en question, consistant à faire des lettres arrondies avec point de départ à l'intérieur, est une habitude inconsciente de Dreyfus, car il emploie le même procédé en formant la majuscule Q dans D3, ligne 8; D4, lignes 12, 13, 22-, S, ligne 16. Cela

se trouve aussi dans P, ligne 2 : f^J^iA^^^ c^ \ Yi^noi 25 :

-^4^.,^; ligne 31 : ^- ligne 37 'Miaa.^A-^ Cela arrive même dans le cas de la minuscule « q », en P, ligne 5 : y/^'^ ligne 13 : Ji^-, ligne 21 : f/-^. et «g» dans P, ligne 22 :

(iu^^ùM^yyiy^^ , où la formation est absolument différente de

celle employée par l'écrivain anonyme.

L'A de la signature de aS, page 2, ligne 5, de la forme d'une majuscule ordinaire, est unique. Il n'y en a pas d'autres exemples dans aucun des écrits que j'aie vus en connexion avec la présente enquête.

La majuscule C paraît deux fois dans S, page 2, lignes 3 et 6. La première ressemble un peu au C de la ligne 15 de l'écriture anonyme, si ce n'est qu'elle offre une très grande barre descendante incluse dans la boucle du haut-, la seconde diffère entièrement. ^ La majuscule I ou J se trouve dans D 5, lignes 3 et 15 : Justice , et IL Dans aucun des exemples, le J ou TI n'a une queue aussi

longue que le J de la lettre anonyme, ligne 30 : ^ , où la

queue est apparemment tracée par deux applications de la plume.

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L'AFFAIRE DREYFUS -i-7

Le mot « Je » se trouve dans D 4, lignes 3, 19, 25-, aux lignes 3 et 25, la queue du J ne descend pas au-dessous du niveau idéal de récriture; dans la ligne 19, elle descend seulement un peu plus bas-, tandis que dans le J anonyme, ligne 30 (voir ci-dessus); la queue dépasse beaucoup le niveau idéal et n'est pas réunie à r«e» qui suit, alors que Dreyfus, en pareil cas, unit toujours.

La majuscule L, sur laquelle j'ai déjà attiré rattention dans mon rapport précédent (Anonyme, ligne 18), ne présentait aucune ressemblance avec celle de B, ligne 32 du fac-similé, et ne ressemble pas davantage aux L des nouveaux exemples du D 4, lignes 4, 7 et 8, dont chacun commence par une barre descendant à gauche, décrivant une courbe et se portant vers la droite pour former Vapex de la lettre.

La majuscule M, déjà examinée dans le document anonyme, lignes 3 et 12, nous a paru entièrement différente de la majuscule M employée par DreyfuS; laquelle est simplement une forme agrandie de la minuscule « m », tracée une fois avec une longue haste ascendanie initiale. Il n'y a pas moins de six exemples dans S de la forme agrandie de la minuscule <^ m » avec une longue haste ascendante initiale, savoir : page 1, lignes 1, 2, 12, 19, page 2, lignes 2 et 6.

La majuscule S se trouve dans D 5, ligne 4, et S, lignes 1 et 9. Ces spécimens s'accordent avec TS dans D, ligne 19, mais ils ne ressemblent pas aux S de la lettre anonyme, lignes 1, 23, qui commencent avec une barre ascendante à gauche.

Une très courte étude des quatre majuscules : A, L, M et S, dans récriture véritable du capitaine Dreyfus, contrastant avec l'apparence de ces majuscules dans la lettre anonyme, ne peut manquer de convaincre un juge impartial de l'impossibilité de l'opinion qui attribue le document anonyme à l'accusé.

Quant aux minuscules initiales, Dreyfus s'est servi du « d » arrondi par le haut, dans D 3 ei D 4, trois fois, voir : D 3, lignes 7, 9, 13-, mais du « d» régulier avec une grande barre droite, il n'y a pas moins de trente exemples sur les deux pages. Dans S, nous avons une fois le « d » arrondi du haut, page 2, ligne 3, et neuf fois le « d » droit. Là où l'écrivain anonyme se sert dix-sept fois du « d » arrondi du haut, sur quoi j'ai attiré l'attention dans mon rapport précédent, il trace un grand œillet ouvert en haut de la lettre. Mais quand Dreyfus fait un « d » arrondi du haut, le bout est petit et la boucle est pleine, ne laissant pas de blanc à l'intérieur.

Les remarques que j'ai faites dans mon rapport précédent, concernant les grandes dimensions du « c » au commencement des mots d'une phrase, concordent dans D 3 et D 4; par exemple :

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<< chéri y>j D 3y dernière ligne; « cette », Z)4, ligne 16; et dans S, ligne Ij « cher », ligne 17, « crie » et page 2, ligne 1, « circonstances ».

Parmi les chiffres, le 4 et le 5, à la fin de S^ dans Tindication de la date, n'offrent aucune ressemblance avec les 4 et 5 du document anonyme, lignes 12 et 13.

Walter de GRAY BIRCH.

20 avril 1897.

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