‹ Une excursion au Congo belgeChapitre 10 sur 58 · CHAR FUNEBRE TRANSPORTANT LA DEPOUILLE MORTELLE D UN CHEF · texte numérisé non relu

CHAR FUNEBRE TRANSPORTANT LA DEPOUILLE MORTELLE D UN CHEF

On ne constate pourtant pas de douleur, même chez les plus proches, car les pleurs et les cris sont l'ouvrage de femmes louées et payées exprès à cet effet.

Il faut savoir que le Congolais se fait une idée toute spéciale de la mort et de ses conséquences. D'après lui elle n'a jamais une cause naturelle, comme une maladie, un accident ou quelque chose de semblable, mais elle est toujours l'effet d'un mauvais sort, jeté par l'un ou l'autre sur sa victime. Aussi c'est l'affaire du féticheur de découvrir ce criminel, qui, naturellement, est le plus souvent innocent, mais qui n'en devra pas moins être châtié, peut-être même payer de sa vie.

La douleur et le deuil à l'occasion du décès d'un proche parent sont du reste inconvenants d'après le nègre, puisque

la mort a comme conséquence immédiate de donner à l'esprit une autre enveloppe et de lui permettre de commencer une seconde et meilleure carrière.

Nous regrettons que le cadre de notre ouvrage ne nous permette pas de parler plus longuement des cérémonies funèbres chez certaines tribus. Nous ajouterons simplement, que le mort, lors de son dernier voyage, est toujours amplement pourvu de tout ce dont il pourrait avoir besoin sur sa route : de mets divers, de boissons et d'armes; et qu'en divers endroits, on tue des femmes, des enfants ou des esclaves pour être enterrés avec lui afin de lui rendre la solitude plus supportable!

Un mot de la danse chez les noirs. Aucun peuple ne tient à la danse autant que les nègres.

On danse à la naissance d'un enfant, aux noces, à la fin de chaque jour, aux Kouangis ou kermesses, et même et surtout aux funérailles. Aux cérémonies funèbres on dépose tout simplement à terre le cercueil avec le mort pour danser autour !

Les instruments de musique consistent en tambours, pipeaux, sonnettes, flûtes, cors, etc., bref en tout ce qui peut faire du bruit ou produire des sons. Le tapage infernal de ces instruments est encore surpassé par les cris et les chants des danseurs, qui semblent parfois atteints de folie.

Ils ne s'en tiennent pas là : ils ont leurs « bals masqués » où chacun rivalise pour produire le masque le plus cocasse, le plus drôle, le plus terrible, s'ornant des plus vives couleurs et simulant les bêtes les plus sauvages.

Page 1