HUTTES SUR PILOTIS
Habillement et Toilette.
A question de l'habillement constitue pour le Congolais, le moindre des soucis, à tel point que dans certains districts ou s'en passe tout simplement.
C'est là pourtant une exception : en général le nègre porte pour tout vêtement une espèce de petit jupon attaché autour des reins et descendant jusqu'aux genoux ; il arrive aussi que, pour les hommes ce vêtement rudimentaire est passé entre les jambes et attaché par derrière à la ceinture.
Ce pagne est ordinairement fait de coton aussi bariolé, aussi multicolore que possible, orné surtout de lignes rouges et noires et confectionné par les indigènes eux-mêmes.
Il arrive aussi que les femmes portent dix et même jusqu'à quinze ceintures à la fois, superposées et ornées de franges et qui leur forment ainsi autour des reins une espèce de crinoline très lourde.
Chez les peuplades où le tissage est inconnu on se contente d'ordinaire d'un morceau d'écorce souple ou de certaines feuilles ; tandis que les tribus vivant surtout du produit de la chasse, portent des peaux d'animaux.
Quant à la chevelure, c'est une affaire autrement importante : le Congolais s'en occupe avant tout. Chaque tribu a sa façon particulière de se coiffer, mais toujours on emploie à cet effet une espèce d'huile de palme, rance et grasse, d'une odeur très peu balsamique et une poudre rouge, qui s'attache à l'huile et donne au Congolais un aspect souvent très singulier.
veux des morts ou des prisonniers et s'en coniectionnent une espèce de perruque très large, pesant parfois jusqu'à dix kilogrammes et agencée si ingénieusement qu'on s'y tromperait à première vue.
Une coiffure toute spéciale consiste en une sorte de tuyau attaché par derrière dans lequel passe la chevelure ; une
Un voyageur expérimenté reconnaîtra presque toujours à la chevelure, à quelle tribu un nègre appartient, selon que celui-ci a la tête rasée, les cheveux liés en une touffe ou tressés en de multiples cordelets.
Quelques-uns s'ornent la tête de perles; d'autres la couvrent d'une étoffe très bariolée.
D'autres encore tâchent de se procurer les che-
espèce de grand peigne avec deux queues pend de chaque côté de la tête et forme sur le front un froufrou confectionné avec la même étoffe ; ce peigne est orné de dessins et de coquilles en guise de joyaux.
C'est un travail important et long que de confectionner tout cet attirail et surtout de l'attacher solidement sur la tête.
On se plaint chez nous de ce que les demoiselles consacrent un temps trop considérable à leur toilette, mais que serait-ce si elles s'avisaient de suivre la mode congolaise ?
Le tatouage constitue l'occupation la plus fréquente, la plus importante de tout Congolais et même dans certains districts il remplace totalement les vêtements.
Un artiste spécial, expert en la matière, passe des journées entières à orner l'épiderme de ses congénères et au moyen d'un poinçon très effilé il dessine sur la poitrine, sur le dos,
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sur le ventre, sur les cuisses, sur les mollets même, une figure
convenue. Ce traitement est nécessairement assez long, mais
nullement pénible à ce qu'on prétend.
Quand le dessin est achevé et se reconnaît facilement aux
petites gouttelettes de sang, l'artiste prend le suc de certaines
plantes et en frotte toute la figure dessinée; quand tout est fini, lavé et essuyé, le dessin se montre très distinct en petits points bleus ou d'une autre couleur et s'éclaircit de jour en jour.
Il arrive aussi que le pointillage est remplacé par de fines incisions d'une lame aiguë, en lignes continues, ou bien, que le tatoueur connaît si bien sou métier qu'il provoque sur le front, les joues, etc. une espèce d'excroissances, ressemblant soit à de petits pois, soit à des crêtes de coq, soit à des feuilles de palmier, etc.
Il arrive encore, chez
tribus,
que rap-
certames
chaque tatouage pelle l'une ou l'autre circonstance capitale de la vie.
Cette habitude nous paraît très singulière et pourtant elle s'est répandue aussi parmi les peuples civilisés et, il y a quelques années encore, surtout dans le grand monde, il était de mode de se faire tatouer la peau, d'y faire tracer des figures qui sont indélébiles, à moins que le praticien n'enlevât la peau entière.
Enfin les nègres sont aussi de grands amateurs de bijoux
et d'ornements de leur façon ; ainsi ils portent autour des poignets, autour des chevilles et autour du cou, des anneaux métalliques ornés de figures. Ils portent aussi des colliers de
perles, des dents humaines, des dents d'animaux, des plumes, des graines, etc. Nous osons assurer que les femmes blanches n'imiteront pas leurs sœurs noires, qui portent des colliers en cuivre pesant parfois jusqu'à vingt kilogrammes !
Une particularité à noter, c'est que la plupart des tribus se reconnaissent aisément au système dentaire.
Ainsi chez les Bakongos les deux incisives moyennes supérieures sont arrachées ; chez les Batokos, certaines dents sont limées et chez les Baloundas, les incisives supérieures des femmes sont limées et les inférieures arrachées.
En fait de toilette, des coutumes encore plus singulières se rencontrent : les Basokos se transpercent les oreilles de sept à huit trous, par lesquels ils passent des ficelles ou des poils d'éléphant. Les Gobous se rendent affreux en transperçant leurs lèvres, leur nez, leurs oreilles, et en plaçant dans ces ouvertures des rondelles de bois ou d'ivoire, de plus en plus grandes ;
les vSakaros portent des plumes et toutes espèces de petits objets dans ces ouvertures. De tout ce qui précède il faut conclure, que pas plus que nous, les nègres ne sont exempts de coquetterie, mais qu'ils y satisfont à leur manière ; du reste il eu est chez eux comme chez nous : plus on est riche plus on veut le montrer : A charcutier bonne saucisse !
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Mœurs et Coutumes
'EST le moment de dire quelques mots touchant les mœurs et les coutumes des Congolais.
Les idées religieuses du nègre sont très bornées ou pour mieux dire, il n'en possède pas au sens littéral du mot.
Il y en a, il est vrai, quelques-uns, — ceux qui ont conservé quelques traditions de leurs ancêtres, contemporains des missionnaires portugais en ces contrées — qui croient qu'il existe un Etre suprême, le grand Nzambi, mais ils ne lui vouent pas de culte public et ils s'en soucient bien peu, parce que, disent-ils, leur dieu n'a pas le temps de s'occuper de leurs faits et gestes de chaque jour.
D'autres croient à la métempsycose et pensent que l'esprit des hommes passe de préférence dans le corps des léopards, ou des femmes, ou des serpents.
Cependant les Congolais sont excessivement superstitieux et s'abandonnent corps et âme à l'influence de leurs féticheurs ou prêtres idolâtres.
Un fétiche est une figurine en bois ou en métal, ou même quelqu'autre objet, le premier venu, qui est mère portant son enfant.
supposé exécuter la volonté de l'homme, quand celui-ci l'y force ; ainsi on voit des nègres transpercer de clous, battre ou plonger dans l'eau une posture affreuse et contrefaite, représentant un monstre humain et ce pour le forcer à détourner d'eux le mauvais sort !
On trouve de ces fétiches dans chaque habitation et dans certaines huttes, construites exprès, on en trouve une foule,
FETICHES.
invoqués les uns contre ceci, les autres contre cela, mais toujours vendus très cher aux pauvres nègres par leurs féticheurs.
Ces prêtres sont la terreur des populations, car ils savent tout, ils peuvent tout, et font arriver ce qu'on leur demande ; ils sont à la tête de toute cérémonie publique, par exemple aux palabres, aux funérailles, aux échanges du sang, etc. Ils peuvent découvrir celui qui est coupable d'un crime, rendre le temps favorable, etc., etc.
Ajoutons encore que la crainte et le respect des pauvres noirauds sont encore excités par l'extérieur de ces imposteurs, qui se font une coiffure des piquants du hérisson, portent des masques aux barbes de chèvre, etc.
Or, on sait que les nègres de ces contrées sont très sévères pour une foule de petits méfaits, surtout concernant le corn-
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merce et l'industrie, mais qu'ils ne voient aucun mal à voler ni à tuer quelqu'un, surtout si la victime est étrangère à la tribu.
Quand un crime est commis, il faut prier un féticheur
d'en découvrir l'auteur:
celui qui, après une foule de simagrées, est indiqué comme le criminel par le féticheur, doit se soumettre à l'épreuve du feu ou à celle du poison.
Il devra donc se poser un fer rouge sur la chair nue ou boire le suc très vénéneux d'un arbre, appartenant à la famille des euphorbiacées, et qui peut donner la mort ou du moins causer de profonds malaises.
Les tribus congolaises vivent, ou plutôt vivaient jadis en état perpétuel de guerre les unes contre les autres, et ces guerres sont toujours précédées d'une palabre ou réunion publique en plein air ou sous le gigantesque toit conique de huttes spéciales, où les affaires sont discutées et la lutte décidée ou rejetée.
Proclame-t-on la guerre, alors le pays environnant, habité par la tribu, en est immédiatement averti par le son d'un énorme tambour, qu'on peut entendre à deux lieues de distance et dont le ton et la mesure peuvent annoncer des nouvelles diverses.
Si après une guerre ou dans une autre circonstance, on entre
FETICHEUR ET FETICHE.
en négociation avec un chef de tribu et si l'on peut obtenir de lui l'échange du sang, alors la paix est certaine, car un tel
contrat est considéré comme
sacré par les indigènes, et malheur à celui qui l'oublierait !
On fait souvent l'échange du sang entre chefs indigènes, mais parfois aussi entre un chef noir et un blanc. Bon mal gré, il faut se soumettre en ceci à la volonté du chef, si on veut obtenir quelque chose de lui.
L'échange une fois résolu, on met les deux partis en présence. Chaque contractant reçoit une incision dans le bras ou la poitrine. Le féticheur chargé de l'accomplissement de cette cérémonie, cueille sur une feuille quelques gouttelettes de sang de chaque blessure et en frotte réciproquement l'incision de chaque contractant. Eu même temps il prononce avec emphase les paroles suivantes : « Vous, chef, et vous, blanc, retenez bien ce que je vous dirai : Si des yeux, des mains ou des pieds, vous trahissez votre nouveau frère, vous mourrez ; tout ce que vous possédez, vos richesses, vos chèvres, vos moissons, tout vous appartient en commun ! »
MASQUE DE FETIC1IELIR.
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Après la cérémonie on distribue des cadeaux aux frais de celui qui est le plus solvable.
GUERRIERS AZANDES.
Cette cérémonie n'est pas très alléchante pour un blanc ; heureusement il peut se faire représenter, c'est à dire agir par une personne interposée.
Un mot encore concernant la vie en famille.
A la naissance d'un enfant, le féticheur, chargé de ses fétiches, circule autour de la hutte des parents, pour empêcher le mauvais esprit, le Ndoki, de s'emparer de l'enfant ; en d'autres endroits, en guise de baptême, on distribue quelques cruches de malafou ou des friandises.
Le mariage y est le plus simple des contrats. Le mari n'épouse pas sa femme, il la reçoit du père moyennant une certaine somme qu'il peut réclamer en cas de divorce ; les
GUERRIERS MONGEIJMA.
époux sont séparés de biens et rarement la femme suit le mari, mais presque toujours le mari suit la femme. Si l'époux meurt, la femme ou sa famille doit restituer la dot.
Il arrive qu'on rencontre au Congo des femmes singulièrement habillées, ne travaillant jamais, couvertes de bracelets et d'anneaux, de perles et d'écaillés et portant aux cérémonies publiques, des fourrures précieuses. Malheur à celui qui oserait leur déplaire ou les toucher ! Le fétiche le trouverait et lui insufflerait la mort ; car ces femmes sont élues parmi les femmes d'un chef.
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En général cependant, la femme est considérée comme un être inférieur, de minime valeur en comparaison de l'homme ; elle est chargée des travaux les plus pénibles; elle doit labourer la terre, confectionner la poterie, soigner le bétail, etc.
Les funérailles sont très compliquées et propres à chaque tribu ; en général elles sont accompagnées de beaucoup de bruit et de jérémiades, durent longtemps et finissent presque toujours par une buverie générale de toute la tribu.