ENGAGÉ DANS LE COULOIR
Les Congolais sont des chasseurs passionnés, non seulement parce qu'ils trouvent un agréable passe-temps dans la chasse, mais surtout parce qu'ils peuvent ainsi se procurer à bon marché une abondante et saine nourriture et se délivrer d'une foule d'ennemis dangereux.
Après avoir parlé des espèces animales séjournant au Congo, il convient de dire un mot de la chasse dans cette contrée.
Jadis, et même de nos jours encore chez quelques tribus naines, le nègre n'avait pour toute arme que son arc, qu'il fabriquait lui-même aussi bien et aussi solidement que possible, et des flèches fines et longues à la pointe très aiguë, consistant en éclats de bambou, dont l'extrémité était empoisonnée au moyen du suc de l'euphorbe ; il avait aussi des javelots à la pointe de silex, assez lourds pour attaquer et tuer de grands animaux, même des éléphants.
Plus tard il se servit d'armes mieux appropriées, mais différant quant à la forme ; çà et là on voit, de nos jours, des nègres qui vont à la chasse, armés d'un fusil ; seulement les chasseurs doivent toujours s'approcher assez près du gibier, ce qui demande beaucoup de patience et de temps.
C'est pourquoi beaucoup de tribus se servent de pièges. Des villages entiers se réunissent au jour convenu, et font l'office de traqueurs, portant au cou une sonnette dont le bruit fait fuir les animaux ; le gibier est ainsi poussé vers des enclos de pieux ou vers des fosses creusées exprès ou de solides filets, où les animaux vont se livrer eux-mêmes ; il arrive aussi qu'un vaste incendie des prairies, consumant les herbes sèches, fait le travail des traqueurs et chasse le gibier vers les pièges.
Pour s'emparer des petits animaux, les Congolais sont aussi experts que nos braconniers les plus expérimentés. Voici une hyène tachetée tuée au piège à feu.
Ce piège est un simple couloir étroit formé de deux rangées de pieux ; ce couloir est ouvert sur l'une de ses faces étroites ; de grosses pierres lui servent de toit ; dans ce couloir un morceau de viande est disposé en appât ; à cet appât est fixée une corde attachée, d'autre part, à la gâchette d'un fusil que l'on voit à l'arrière du piège ; la gueule du fusil est à l'intérieur du piège; quand un animal touche à l'appât, il fait partir le coup du fusil qui l'abat sur place
Un piège singulier, dont on fait usage, consiste en un pieu flexible, enfoncé profondément
dans le sol ; à l'extrémité supérieure, à deux, trois mètres de hauteur, est attachée une solide corde C,
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LE REGNE ANIMAL
dont l'autre bout porte un lacet caché au dessus de la fosse A; si un animal met le pied sur le feuillage qui recouvre le puits, le lacet se ferme, la bête roule dans la fosse et en même temps un petit caillou p se dégage et permet à une lourde fourche M de glisser le long de la corde. Cette fourche vient emboiter le membre de l'animal capturé, l'empêchant ainsi de ronger la corde et de se sauver.
S'il s'agit de grands animaux, de bêtes redoutables, par exemple d'éléphants, de léopards, de panthères, etc., le nègre emploie d'autres moyens pour s'en emparer.
Au-dessus du sentier que l'animal suit d'ordinaire, il tend une corde de lianes entre deux arbres, remplacés au besoin par des pieux ; à cette corde est attaché un tronc d'arbre, qui porte une pointe très aiguë, tandis que d'autres lianes sont disposées de telle façon que l'animal ne peut passer sans faire tomber ce poids énorme sur sa tête.
D'autres fois les animaux viennent tout simplement se précipiter dans de grandes et profondes fosses au fond desquelles se trouve une pointe en fer très effilée et très solide, sur laquelle le gibier vient s'empaler ; car les fosses sont si bien recouvertes de feuillage, de branches et d'herbes, qu'un œil exercé ne peut rien soupçonner dessous.
Il est évident que l'homme lui-même doit être excessivement prudent pour ne pas tomber dans les fosses qu'il prépare ainsi pour les animaux.
Voyons maintenant comment on procède pour la chasse à l'éléphant.
Quand la nouvelle arrive que ces pachydermes se trouvent dans le voisinage, tous les hommes valides du village et des