CARAVANE DE PORTEURS
L'Arabe commence alors par distribuer des cadeaux aux chefs, négocie avec eux en n'épargnant ni les ruses, ni les flatteries ; il sème la discorde parmi ces roitelets et une fois le feu aux poudres, le reste n'est pour lui que l'affaire de quelques heures !
La victoire remportée, il s'agit de rendre la position stable : on nomme des surveillants de tout grade pour épier, pour dévaliser et pour.... tracasser les vaincus.
LA TRAITE DES NOIRS
Tout le monde doit obéir au vainqueur ; il force les indigènes à pourvoir sa famille du nécessaire, à le passer sur leurs pirogues dès qu'il l'exige, à faire pour lui toute espèce de corvées sans salaire et de cette façon il réussit à réunir sous sa domination des contrées entières, grandes comme la France, bien peuplées et défendues et cela avec une petite armée de cent cinquante à deux cents hommes !
PONT INDIGENE.
Une fois toute la contrée soumise, on y fait régner une paix relative ; les esclaves — hommes, femmes et enfants, — ne sont plus inquiétés aussi longtemps qu'ils sont en bonne santé, obéissants et lucratifs et aussi longtemps qu'ils consentent à satisfaire toutes les passions des conquérants.
Mais si un ordre n'est pas exécuté immédiatement, les punitions, — mauvais traitements, coups et mutilations, la mort parfois — ne tardent pas.
Si un esclave meurt à la suite de ces mauvais traitements ou autrement, on le jette à l'eau sans compliments ; s'il est malade, on tâche d'abord, eu égard à sa valeur commerciale, de le guérir, mais si le rétablissement tarde trop on s'en débarrasse tout simplement.
Mais, nous demandera peut-être l'un ou l'autre lecteur, n'est-ce pas par esprit de religion et non par cruauté ou esprit de lucre, que l'Arabe agit ainsi ? N'est-ce pas pour propager la doctrine de Mahomet parmi ces peuples, et les rendre heureux malgré eux ?
A ceci nous répondrons : le conquérant ne se soucie nullement de tout cela ; il ne convertit pas, il triomphe ; il ne persuade pas, il force ; il ne cherche pas de prosélytes, mais comme les nègres sont imitateurs de leur nature, il arrive presque toujours qu'ils adoptent bientôt les manières, les vêtements, la langue, les formes cultuelles extérieures, bref toute la façon de vivre des conquérants et passent ainsi sans la moindre conviction, sans idée préconçue, à la religion musulmane.
Comme nous verrons plus loin, on ne laisse dans la contrée que les esclaves, dont on a immédiatement besoin pour la fortification des places, pour le transport, pour la culture, etc. ; les autres sont destinés à l'exportation et ne revoient jamais leur patrie ni leur famille, à laquelle ils furent si impitoyablement arrachés !
Les voyageurs qui ont traversé le Centre Africain, furent souvent témoins d'un spectacle, qui défie toute description.
Sur les chemins peu fréquentés, serpentant à travers les hautes herbes, en une pitoyable procession, des centaines de malheureux avançaient péniblement, attachés deux par deux avec de solides cordes ou avec des chaînes aux gros anneaux de fer.
D'autres étaient attachés deux par deux à la longue corde au moyen d'un joug, qui leur prenait les épaules et semblable à celui qu'on impose aux bœufs.
A la tête de cette triste compagnie de noirs, et à droite et à gauche chevauchaient quelques cavaliers, tenant d'une main une longue pipe et de l'autre une espèce de fouet à lanières de cuir, qui ne descendait que trop souvent sur les épaules meurtries des malheureux confiés à leur garde.
Il n'y avait pas à se plaindre, ni à implorer, ni à traîner ; au moindre soupir, à la plus légère plainte, le terrible fouet frappait impitoyablement le dos des malheureux, qui, liés les uns aux autres, ne pouvaient se défendre. Quand un des esclaves,
LA TRAITE DES NOIRS
harassé de fatigue, devenait malade, atteint de fièvre, il n'en devait pas moins marcher, car coûte que coûte, il fallait atteindre la côte où le bétail humain devait être embarqué.
Il arrivait aussi qu'un ou même plusieurs nègres, terrassés par les souffrances, le chagrin ou la nostalgie mouraient en route; alors on les détachait du groupe en jurant, on jetait leur cadavre au bord du chemin en proie aux animaux sauvages.
Quelle scène terrible, surtout quand on songe que parmi ces malheureux, il y en avait tant qui, à côté d'eux, devaient voir