‹ Une excursion au Congo belgeChapitre 49 sur 58 · UNE CARAVANE DE TRANSPORT SUR LA ROUTE DE MATADI · texte numérisé non relu

UNE CARAVANE DE TRANSPORT SUR LA ROUTE DE MATADI

maltraiter un père, une mère, un frère, une sœur, une fille, un fils tendrement aimés.

Le plus souvent on transportait au marché ces pauvres indigènes, ou pour employer le terme dont se servaient ces affreux marchands de chair humaine, le bois oVébène, allusion à la peau noire de leurs victimes !

Mais il arrivait aussi fréquemment qu'on les dirigeait directe-

ment vers la côte dans un port non surveillé par quelque autorité, pour les envoyer ensuite au delà des mers.

Que l'on s'imagine, si on le peut, toute l'horreur d'un marché d'esclaves ! Au milieu d'une place déserte entourée de huttes dévastées, au bord de la rivière, placés en rangs serrés, d'après l'âge et le sexe, des centaines de noirs attendent qu'on vienne les voir, les examiner, les acheter !

Quel sera leur sort ? Passeront-ils l'océan, seront-ils à jamais séparés de tout ce qui leur est cher, et sans espoir de revoir les êtres aimés ?

Seront-ils vendus à un marchand arabe, pour travailler à la sueur de leur front et pour recevoir en retour une misérable nourriture et beaucoup de coups ?

Et puis, seront-ils vendus ? Si non, ne seront-ils pas alors les premières victimes de cette malchance ?

Et surtout, terrible incertitude, suivront-ils captifs le même chemin que leurs parents? Où le père, la mère, le frère, la sœur, seront-ils envoyés ? Qui le sait ?

Enfin le marché est ouvert. Les marchands circulent lentement entre les rangs, comme les maquignons à la foire aux chevaux, regardant les noirs dans la bouche, frappant sur leur poitrine ou sur leur dos, les forçant à trotter ou à lever des poids, tout cela pour ne pas être trompés quant à la marchandise !!!

Un des malheureux est-il déclaré non vendable, une paire d'yeux courroucés lui montrent immédiatement quel sera son sort, si la chose en reste là.

Ceci arrive rarement : la meilleure marchandise, les jeunes gens et les mariés au dessous de la trentaine, à la fleur de l'âge sont vendus les premiers et à bons prix ; puis viennent les moins valides, achetés par des marchands moins riches, de façon qu'après quelques heures le marché est désert, tandis que les malheureux sont en route vers des contrées inconnues !

S'ils prennent le chemin de la côte, un vaisseau spécial les attend. Ce navire, appelé négrier, a été témoin de bien des cruautés, de bien des souffrances, de pestilence et de morts atroces.

Ici on embarque des centaines de malheureux dans une place

LA TRAITE DES NOIRS

de moitié trop petite ; en quatre rangées superposées, aussi rapprochées que possible, on entasse les malheureux, attachés par le cou ou les chevilles à des barres de fer, de manière qu'ils puissent à peine se mouvoir, même pour prendre la mauvaise nourriture qu'on leur jette comme à des chiens.

LE SULTAN DJABIR.

Dormir en cet enfer est chose impossible, car son horreur dépasse l'imagination d'un Dante !

Si une tempête survient entretemps, on ne songe pas aux nègres, l'équipage se sauve dans les barques et on abandonne

à leur sort les pauvres victimes de l'esclavage, en proie à l'ouragan et aux requins !

Nous avons devant nous le plan d'un négrier, pris en 1843 et chargé de nègres ; cette fois tous les malheureux furent délivrés.

Est-il étonnant que parmi ces pauvres esclaves, des maladies pestilentielles se déclaraient souvent et les délivraient de leurs tourments atroces ? On trouva même un jour un navire où tous les êtres humains avaient péri, équipage et esclaves, par suite d'une épidémie !

D'une part la sollicitude pour l'humanité moralement et corporellement souffrante, d'autre part la soif de la science ont engagé une pléiade d'explorateurs à risquer la traversée du Centre Africain.

Tous sont d'accord pour constater et pour flétrir la traite avec son cortège affreux de calamités et de crimes, et tous ont demandé la suppression de cet ignominieux trafic.

Nous nommerons parmi les principaux : les Ecossais Mungo- Park et Livingstone ; les Anglais Burton, Speke, Grant, Baker, Cameron et Stanley ; les Allemands Barth, Nachtigal, Wissmann, Schweinfurth, Junker ; les Français Caillé et Trivier; les Portugais Serpa-Pinto et Capello, etc.

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