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Mais voici que j'entends, comme à Port-d’Espagne, le chant perçant et continu de la cigale, qui me met au désespoir de ne pouvoir en capturer au moins quelques individus.
—Entends-tu ce chant, dis-je au nègre de service ? Oui; c’est celui de la cigale.
— Ne pourrais-tu en capturer une? Je te donne 25 cts si tu m'en apportes une.
—J'en attraperai, dit-il.
— Fort bien; nous verrons.
En attendant je me mets à faire l'inspection du terrain avoisinant, jardin, prairie, amandiers, bananiers et autres plantes, Et quelle n’est pas ma joie de trouver vivant, caché sous là haie bordant le jardin, le superbe bulime dont j'avais admiré la coquille chez le P. Forestier.
Mais vivant, il ne doit pas être seul; aussi ne manquai-je
lures de la s et autres ses marais herbacées, sant le sol, nt ça et là.
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pas d’en trouver trois autres tout près, à coquilles vides, mais encore en bon état de conservation; je les porte tout triomphant à la négresse cuisinière en la priant de débarrasser ces coquilles, au moyen de l’eau bouillante, de leur chair et de la terre qui les souille,
Ce bulime est le Bulimus oblongus, Müller, fig. 10, mesurant près de quatre pouces de longueur ; il est d’un blanc jaunâtre légèrement rosé, et compte 5 à6 tours de spire ; la lèvre fortement rebordée est teinte d’un beau rose brillant, de même que toute la partie calleuse de la columelle. Il forme un superbe spécimen dans les collections, et est * coté de 75 cts à $1 chez les marchands. Il
Fig. 10. n’est surpassé en taille que par les B. ovatus et B. cantagallanus du Brézil Le bulime oblong se rencontre dans la plupart des Antilles, et dans presque toute l’Amérique du Sud.
Promenant ensuite mon filet sur les herbes de la prairie, je prends un grand nombre de coléoptères, entre autres des chrysomélides, des diptères, lépidoptères, hémiptères, orthoptères etc.
Parmi les hémiptères, je distingue une Coréiïde, voisine de nos Alidus, c'est le Megalotomus pallescens, de StÂl, et une Proconia très rapprochée de notre undulata, c’est la Proconia obtusa de Fabricius ; je prends aussi une Tettigonide, une Aulacisa, dont j'ignore le nom spécifique, sa coloration la rend tout-à-fait remarquable, de couleur orange sanguin, elle porte 4 grandes taches jaune-pâle, sut circulaires sur ses élytres.
Plusieurs beaux papillons, aux couleurs vives et brillantes, quelques diptères très remarquables, une libellule très voisine de notre Diplaæ rubicundula, Say etc., viennent aussi s'ajouter à mes chasses.
Fig. 10.—Le Bulimus oblongus, Müll., diminué de moitié.
Comme on m'avait dit que les lucioles ou mouches-à-feu étaient très abondantes le soir, il me tardait de voir disparaître le jour pour pouvoir faire encore de nouvelles connaissances. Et en effet, les ombres commençaient à peine à se faire sentir, que déjà l’atmosphère était sillonnée de mille lumières se croisant en tout sens, les unes plus faibles, plus pâles, les autres plus brillantes, beaucoup plus fortes. Il va sans dire que mon filet m'en assure la possession d’un bon nombre, de celles surtout auxquelles je remarquais un éclat bien supérieur à celui que produisent les nôtres. Plus d’une fois, frappées par mon filet, j'en vois s’enfoncer dans l'herbe ; je n’hésite pas alors, malgré l'obscurité, mais guidé par leur lumière, à les poursuivre jusque sur le sol, en écartant le gazon qui les abrite. J'’entretenais bien quelque crainte, en fouillant ainsi dans l’herbe à l’obscurité, de saisir de mes doigts l’un de ces monstrueux myriapodes qu’on paraît tant redouter ici. C’est bien alors que j'aurais été me prêter à leur dangereuse morsure, en les saisissant ainsi de mes doigts ; mais l’entrain des conquêtes l’emportait en moi sur une crainte que je jugeais peu fondée, me disant qu'on devait exagérer sur cet article comme sur beaucoup d’autres, et qu’après tout ces hideuses bestioles ne devaient se rencontrer que dans les bois, et non dans les terrains cultivés, et encore moins dans les cours des maisons.
Je savais qu’il y avait aux Antilles non seulement des Lampyrides porte-flamme, comme. chez nous, mais aussi dec Elatérides de bonne taille qui jouissaient aussi de cette faculté. Si je pouvais au moins en rencontrer une, me disais-je à part moi, et voilà que je tire de l'herbe, après l'avoir poursuivi de sa lumière intermittente, un coléoptère sur le dos duquel je vois briller deux points lumineux, et qu’à ses mouvements de bascule entre mes doigts, je reconnais de suite pour un Elatéride. Iln’y a plus de doute, me disais-je ; je possède ici un Pyrophore, l’insecte tant désiré.
Le portant triomphant à la maison, nous l'examinons tout
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à notre aise. Il mesure tout près d’un pouce de longueur, d’un brun luisant, il a les marges latérales du prothorax rougeâtres, et un gros point lumineux près de la pointe des angles postérieurs. Rien de plus gracieux que de voir ce bel insecte se promener sur la table dans l'obscurité, on dirait une miniature de carosse avec ses fanaux allumés.
Mais cette première victoire m’enhardit à en poursuivre de nouvelles, et j'étais à peine retourné au champ, que j'en poursuivis un autre au vol qui vint s’abattre sur un buisson où un coup de filet m'en assura la possession.
Lorsque le lendemain je fis la revue de mes captures, je reconnus que j'avais trois espèces différents de lucifères, savoir : un Elatéride, Pyrophorus pellucens, Escholtz, et deux Lampyrides ; Pyrectomena vitticollis, Motschoulsky, et Photuris vittipennis, Motsch. Un petit Photinus se trouvait aussi avec eux, bien intéressant quoique ne donnaut pas de lumière, c’est le Photinus dorsalis, Schœner.
San-Fernando, dimanche 22 avril.—L'église étant en réparation, je vais dire la messe à 6h. dans une chapelle au cimetière, M. le curé va faire l'office dans une mission à distance, M. Huart dit la messe au couvent, et le vicaire fait l'office à 94 h. dans la maison d'école.
Nous allons, dans l’après midi, faire visite aux Sœurs qui sont au nombre de cinq, et ont un grand nombre d'élèves. Ce sont des Sœurs de St-Joseph de Cluny.
Le couvent, comme nous les avons vus partout ailleurs dans ces îles, est entouré de jardins où les fleurs sont à profusion, tant dans les parterres que sur les galeries et vérandas, On dispose sur les vérandas des files de Strombes, ces larges coquilles à dedans rose qu’on rencontre parfois dans nos appartements, on remplit de terre l’intérieur de ces coquilles, et on y plante ou sème des fleurs. Rien de plus gracieux que de voir ces touffes de fleurs ou ces massifs de fougères aux frondes si
déliées et si délicates, surgir de ces coquilles, sur le plancher même des galeries ne contenant qu’une poignée de terre. On sait qu'avec la chaleur et l'humidité de l'atmosphère ici, bon nombre de plantes, comme les Orchidées, peuvent poursuivre leur végétation entièrement sevrées du sol. La vanille, par exemple, qui est si recherchée pour son parfum, est dans ce cas.
Comme je témoignais aux Sœurs mon étonnement de ce qu'un grand arbre qui se trouvait près de leur clôture formait une masse compacte de fleurs rouges d’un côté seulement, et de l’autre ne montrait que de la verdure : “ approchez, me direntelles, vous allez comprendre ; ces fleurs ne sont pas le produit de l'arbre, mais bien d’une liane qui a grimpé dans ses branches.” Et de fait, je reconnus que tout près du tronc de l'arbre s'échappait aussi du sol, un filet flexible qui parvenait jusqu'aux tranches et les enlaçait en se partageant en ramifications sans nombre et en se couvrant de fleurs.
Les Sœurs parlaient toutes un fort bon français, mais comme je remarquais que quelques unes laissaient percer un petit accent anglais :
— Vous n'êtes pas françaises, leur demandai-je ?
—Nous trois sommes irlandaises, dit l’une d'elles,
—Mais vous n'avez pas la couleur des filles de la Verte Erin, permettez-moi donc de vous demander s’il en était ainsi lorsque vous êtes arrivées au pays ?
—Oh ! non, dirent-elles en éclatant de rire ; lorsque nous sommes arrivées ici, il y a 5 ans, 6 ans, 8 ans, nous avions les joues roses et brillantes comme les ont d'ordinaire les irlandaises, mais 12 à 15 mois de séjour ici suffisent pour nous faire perdre toutes nos couleurs.
— Je suis heureux de pouvoir confirmer de votre autorité une remarque que j'ai faite en arrivant aux Antilles, c’est que
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toutes les créoles sont pâles, à teint décoloré, ce qui est sans doute l’effet du climat de ces contrées.
Comme je voyais passer deux petites élèves toutes blondes et roses, ces enfants sont-elles nées ici, demandai-je ?
— Oui, elles sont d'ici ; leur père est un irlandais haut en couleurs, mais attendez qu'elles aient atteint 14 on 15 ans, vous les verrez prendre le teint pâle de toutes les autres.
— Mais vous sentez-vous affectées sous le rapport de votre santé ?
—Nous sommes bien portantes, mais un peu moins fortes, moins capables de résister à une fatigue prolongée.
—S$e voir affaiblir dans sa constitution est beaucoup plus grave que de perdre ses couleurs, car, après tout, avec tout le mélange que l’on voit ici, on en vient à compter la couleur jour rien.
Le blanc est, dit-on, la réunion de tontes les couleurs, et le noir leur absence totale ; il semble qu'aux Antilles il n’y a pas d’intermédiaires entre ces deux extrêmes ; on est blanc ou noir, les degrés n'existent que dans l'intensité de ces deux teintes, les combinaisons des nuances qui produisent tant d’effet ailleurs, et nous montrent des reflets si éclatants parfois, semblent être réservés ici aux seules productions végétales, et surtout n'être nullement la part de l'espèce humaine, particulièrement du beau sexe ; Car pour les hommes, la vie généralement plus active, plus mouvementée qu ils mènent, les exercices violents parfois auxquels il leur faut se livrer, activent davantage la circulation du sang chez eux, et les rendent plus réfractaires aux effets de l'atmosphère dans la transpiration.
Je profite du reste du jour pour continuer mes observations et mes chasses dans les environs.
Sur la rue longeant l’église, je trouve un arbre des plus singuliers ; comme le figuier de l'Inde, il a des racines aériennes, mais disposées d’une autre façon ; ce ne sont pas ici des bour-
il | geons qui partent des branches pour s’haplanter dans le sol en e il f formant de nouvelles tiges, mais ce sont plutôt des tiges surnu- p EE méraires qui viennent se souder à la principale, à cinq ou six a | pieds de terre, pour lui tenir lieu de contre-forts. L'arbre peut d avoir de 20 à 25 pieds de haut avec un diamètre de 8 à 9 pou- et F4 d ces. Il porte de gros fruits, mais qui ne sont, me dit-on, d’au- ar Mi Cun usage, et nil: Lundi, 23 avril.—San-Fernando.—Je vais célébrer ce 1 matin la messe au couvent à 6 h.; M. Huart y célèbre aussi M fe. 1 après moi, et nous prenons ensemble le café chez les bonnes sa ! à Sœurs. Je dis le café, car ce n’est pas ce qu'on appellerait av 1 chez nous un déjeûner. Les bonnes Sœurs cependant, con- cu il } naissant un peu mieux nos usages, avaient ajouté deux œufs à su son la tasse de café, mais d’un œuf à-la-coque, à la tranche de jam- pl bon, il y a encore de la distance. re!
Nous nous arrêtons un instant à examiner de nouveau les de fleurs du parterre des Sœurs, Nous remarquons surtout deux ai arbres étrangers, dont on ignore les noms, tout couverts de k : grandes grappes de fleurs oranges du plus bel effet. Ce que nous offrent chez nous en fait de massifs de fleurs les humbles tro! arbustes de nos jardins, comme rosiers, géraniums, œillets, etc, de ce sont des arbres ici de 20 à 25 pieds qui en prennent la place, reb jugez de l’effet par la proportion de la taille et l'étendue du ver massif. ÆEn comparant le brillant coloris de ces fleurs aussi” eûn gracieuses dans leur forme que variées dans leurs teintes, aux San faces pâles, blêmes, jaunes, brunes, sombres, enfumées, noires qu’on a constamment sous les yeux, on pourrait @fois que les hu êtres humains laissent ici à la nature le soir d'a waparer le beau se £ pour ses productions spontanées, en faise x part de ce qu'il y a de moins beau ou même de laid just ent qualifié, ‘ Comme il n'arrive qu’exceptionnellement que des curés à aient des vicaires ici, l’administration ecclésiastique n’a pas encore bn
réglé, d’une manière définitive, les rapports qui doivent existe
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entre les uns et les autres. Les vicaires reçoivent 60 gourdes par mois, outre le casuel, mais il leur faut payer leur pension au curé; deplus ils doivent avoir cheval et voiture, et prétendent avoir, par cela même, droit à l’herbe du pré pour leur bête et à divers services des serviteurs. Cette incertitude pourrait amener en certains cas, des conflicts regrettables entre le pasteur et ses collaborateurs.
M. Osenda nous ayant proposé une visite chez le voisin, M. Rabanit (français) curé de la Pointe-à-Pitre, nous acceptons sa voiture avec empressemcnt, pour nous familiariser davantage avec la campagne, et faire aussi la connaissance de ce brave curé. La distance n’est que de quatre milles, par des chemins superbes, à travers des plaines et des collines toutes couvertes de plantations de canne. En moins d’une heure nous étions rendus. Malheureusement le curé était absent. Après visite de l’église et conversation avec le personnel de la maison, qui n'omettent pas le petit verre de rhum de rigueur, nous prenons la route du retour.
Nous n'avions pas encore fait un mille, que nous rencontrons le curé, monté sur un modeste baudet, 1evenant de l’une de ses muissions. Comme nous résistions à ses sollicitations de rebrousser chemin pour prendre le dîner avec lui, il promit de venir nous faire visite dans l'après-midi. Et en effet, nous
eûmes le plaisir de le voir dans l’après-midi au presbytère de San-Fernando,
Ce brave curé est presque aveugle, ayant une double cata-
racte aux yeux. Il doit passer prochainement en Fraïce pour se faire opérer.
En parcourant encore les haïes à la recherche des bulimes, je trouvai un beau petit œuf, d’au moins trois-quarts de pouce de longueur, à écaille solide. Comme je l'avais dans la main, je
montre à l’un des ouvriers peintres qui travaillaient à l’église, en lui demandant s’il connaissait cela ?
252 UNE EXCURSION AUX CLIMAïS TROPICAUX
— C’est un œuf de serpent, dit-il, et sans plus de céréin0nies il le lance sur un caillou.
Imaginez si je fis des compliments à cette face noire, à ce lourdavd qui, sans autorisation, me privait d’un spécimen très rare dans les collections, car ce n’était rien moins qu’un œuf du Bulimus oblongus. Le Bulimus ovatus du Brésil pond des œufs qui mesurent un pouce de longueur.
Enfin je suis en possession de la fameuse cigale qui avec son chant tient tête aux sifflets des eugins à vapeur. J’en trouve une, en entrant au presbytère, piquée sur le chambranle d’une porte. Elle était morte, mais venait d’être piquée vivante. Tout joyeux je sors sur la galerie, et lance au nègre de service la pièce de 25 cts tel que promis. Il s’en empare avec empressement et fait un petit salut en signe de remerciment, mais se garde bien de déclarer que la capture n’était pas son fait. C’est M. Ackar, (1) élève de M. Maingot, qui d’un coup de fusil, l’a abattue du haut d'un arbre. Malheureusement un grain de plomb lui a enlevé la moitié de l'aile supéricure droite, pour le reste elle est intacte C'est une superbe pièce qui mesure trois bons pouces de longueur, du front à l’extrémité des ailes.
Elle est d’un beau vert olive, plus ou moins testacé sur le prothorax, qui porte trois lignes noires, dont la médiane est potencée à la base, Les ailes transparentes, ont chacune, vers l’extrémité, deux nervules transverses fortement ombrées, ce qui les fait paraître comme marquées de quatre taches, D’après ses dimensions et sa coloration, je ne crois pas faire erreur en la rapportant à la C'icada gigas d'Olivier, qui, lui, avait reçu son type de Ste-Lucie.
Vers les 5 h. M. le curé nous propose de nous conduire à environ trois milles pour visiter une usine à sucre, Cette
(1) M. Ackar est un créole de Grenade qui se destine à l’état ecclésiastique, il est actuellement au collège de Ste-Anne Lapocatière pour terminer ses classiques, et fuire sa théologie,
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SÉOUR A TRINIDAD 253
usine n’est pas la plus considérable de l’île, mais c’est sans contredit la plus parfaite. Son propriétaire, M. Hawkins, a été luimême en Furcpe chercher les machines les plus récentes et les plus perfectionnées pour les diverses opérations de l’industrie du sucre,
Il va sans dire que nous acceptons la proposition avec grand plaisir,
Nous prenons une direction tout opposée à celle que nous avons suivie le matin; mais 11 campagne est à peu près la même, de la canne à sucre presque partout, avec de nombreux cocotiers ou autres palmiers par-ci par-là, comme jalons pour indiquer les routes de division des champs.
Presque tous les travailleurs de l’usjne sont des coolis, très bruns et à moitié nus.
Nous suivons toute la série des opérations pour convertir la canne en sucre.
Ici, les cannes sont jetées pôle-mêle sur uu tablier sans fin qui les entraine entre deux énormes cylindres de fer pour les broyer. Le jus, extrêmement añondant, s'échappe dans un canal par le <ôté, et les résidus Sont entraînés par un autre tablier dans le foyer même qui fait mouvoir le puissant engin, âme de toute la fabrique.
Deux coolis, à Gemi couchés près des bords du second tablier, veillent à reprendre les quelques cannes qui par croisement auraient résisté à la pression des cylindres sans être écrasées. Ils s'emparent de ces cannes et 1.2 lancent sur le premier tablier pour les faire passer de nouveau dans la machine.
Le jus, qu’on appelle alors vésou, sort abondant dans un canal qui le déverse dans d'immenses chaudières où il est bientôt en ébuilition. On nous en fait goûter après cette première opération ; il retient encore une saveur de vert peu agréable,
Plus loin, le même jus passe dans des réservoirs où il subit
une chaleur de 250° Farenheit; puis il est épuré, clariñé, davantage condensé. On nous le fait goûter de nouveau ; c’est un sirop des plus agréables, délicieux. dJ’hésitais un peu devant l’agréable liqueur, redoutant l'effet pour mon estomac.
— Ne craignez rien, dit M. Maingot, pas de breuvage moins malfaisant.
Aussi j'en prends un bol capable de décourager les gamins les plus gourmands.
Ce sirop passe encore dans différentes chaudières et appareils jusqu’à ce qu’il en sorte à la fin cristallisé et propre au commerce.
Ici est une grosse tourelle en cuivre dans laquelle le sirop est soumis à une lente Évaporation. Un jeune nègre bien mis, avec un grand tablier blanc, à l'air tout-à-fait propre, plonge de temps un cylindre ou canne de cuivre creuse, dans le liquide, par un trou sur le côté de la tour; et la retirant avec l’extrémité toute enduite du liquide, il fait passer cette extrémité entre son pouce et son index de la main gauche, et écartant ces deux doigts, il fait une mince toile ou glace du sirop qu’il expose à la lumière pour juger de son degré convenable d’épaississement, et quand il a acquis le point désiré, an moyen d’un levier, il fait passer le liquide dans une seconde tourelle où il est là épuré de nouveau, jusqu’à ce qu'il soit converti en gros grains brillants, qu’il soit en un mot cristallisé,
Enfin dans une chambre voisine la cassonnade arrive tout en poudre, sur un immense parquet en ciment glacé. Là, des coolis nu-pieds, la reçoivent avec des espèces de grattes en bois et l’étendent, la remuent, la brassent pour la faire refroidir et l'assécher avant de la mettre en barils ou en sacs pour l’exportation,
En revenant nous arrêtons à la résidence du propriétaire M. Hawkins, qui est un excellent catholique Irlandais marié à une créole de l’île, la sœur du curé de St-Joseph, M. DeMartini,
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Le chateau situé sur une éminence au milieu des champs, n’est rien moins qu’une résidence princière avec les majestueux palmiers qui lui prêtent leur ombrage, et le point de vue qu'il offre dans toutes les directions.
Les vérandas, les paliers, sont tout couverts de fleurs pour faire suite à celles des arbrisseaux du parterre adjacent à la maison. L’ameublement à l’intérieur répond fort bien à ce qu'annonce | apparence extérieure, c’est un palais d’une richesse tout orient le.
On nous reçoit avec une grâce charmante. La dame qui a l'avantage sur son mari de parler le français, sait surtout faire les honneurs de sa maison avec un sans gêne qui lui gagne d'emblée, toutes les sympathies.
Nous n'avons pas été peu surpris de la voir nous offrir à baiser un bébé de quelques mois qu'elle portait dans ses bras. C’est probablement la coutume du pays.
Pendant qu’on nous offre des gâteaux avec des vins des plus recherchés, je reconuais jouant à la poupée sur le tapis, les
deux fillettes blondes que j'avais remarquées le matin au couvent,
Répondant à mes questions, M. Hawkins me dit que son exploitation l’an dernier a produit 2600 tonnes de sucre, qu’il a vendues à New-York et à Montréal. ‘ent livres de canne donnent d'ordinaire, 7 à 8 livres de sucre. Ce brave monsieur voulait nous retenir an moins une quinzaine de jours, disait-il, pour nous promener dans les villiges environnants. C’est partout la même politesse, les mêmes prévenances, la plus obligeante hospitalité,
Il passait 8 h. lorsque nous primes congé de nos charmants hôtes, et nous revenons par un clair de lune comme je n'en avais pas encore observé. Une bonne vue pouvait y lire assez facilement, cependant la lune n'était pas encore alors dans toute sa force.
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J'ai oublié de mentionner qu’au dîner nous avions aujourd’hui compagnie extraordinaire. C'était d’abord l'inspecteur d'école, M. Robertson, qni était en tournée officielle, puis l’instituteur même, M. Berryn, danois, gradué second dans la marine, qui a habité Calcutta, l'Angleterre, etc. Il parle français, anglais, danois, allemand, italien et hindoustani.
Les inspecteurs d'écoles ne font ici qu’une seule visite par année, mais cette visite est sérieuse et le plus souvent très efficace. Ils passent d'ordinaire une journée dans chaque école, pour se mettre bien au fait de la capacité de l’instituteur et de ses aptitudes pédagogiques, dont font preuve les élèves mêmes. D’après le programme fixé d’avance, l'inspecteur doit déterminer combien d’élèves, dans chaque école, obtiennent le nombre de points voulu sur chaque matière, et le prix de l'instituteur, pour l’année qui doit suivre, est fixé d’après cet examen. Rien de plus propre à exciter l’émulation ; aussi voit-on souvent à l'approche de la visite de l'inspecteur les instituteurs retenir leurs élèves jusqu’à 5 et 6 h. du soir, pour s'assurer, par le résultat de l’examen, un salaire supérieur pour l’année suivante,
Le prix des ivstituteurs est d'ordinaire de $40 à 850 par mois, et celui des institutrices de $25 à $30.
Mardi, 24 avril— San-Fernando.—Tel que réglé la veille, nous allons encore ce matin célébrer au couvent, et nous y prenons le café.
À 10h, nous faisons nos adieux à M. Maïingot et nous nous rendons à la gare avec M. Osenda, qui doit nous accompagner jusqu’à la Pointe-à-Pitre, Nous renouvelons nos plus sincères remercîments au brave curé pour sa si cordiale hospitalité et toutes ses prévenances, glissons quelques pièces de monnaie dans la main des serviteurs, et laissons définitivement San-Fernando.
Le lac de bitume de LaBréa est le point le plus méridional que nous ayons atteint, si bien que dès maintenant nous nous
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le visite par ouvent très haque école, ituteur et de èves mêmes.
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. SÉJOUR A TRININAD 257
considérons sur la route du retour. Que nous désirerions tous deux pouvoir la: poursuivre sans interruption ! Ces déplacements continus, la lassitude, un besoin de repos, et une espèce d’ennni commencent à nous dominer, Ajoutez que la chaleur qui nous écrase ravive encore en nous le désir de revoir nos climats.
Tant que j'ai des chasses à faire, le zèle me soutient, mais dans des villes, nulle localité pour les chasses, et les chaleurs incessantes que nous avons nous otent toute énergie.
Oh! avant tout vive notre Canada, répéterai-je avec M. Huart! Que la nature déploie ici avec profusion ses ornements les plus éclatants ; qu’elle livre en abondance ses fruits les plus savoureux ; que les coolis étalent leurs cuisses étiques avec leurs couches aux reins; que leurs femmes parent leurs bras noirs, tant qu’elles le vendront, de cercles d’argent ; qu’elles s’enfilent des anneaux d’or dans les narines, à la facon de nos bœufs vicieux ; que leurs enfants se promènent nus, sans pouvoir mettre les mains dans leurs poches ; nous préférons, nous, à tout cela, nos neiges et nos gelées, avec nos coutumes et nos jouissances,. Nos froids hivers, en condensant l'oxygène dans notre atmosphère, infiltrent dans tout l’organisine un surcroit de vie, une impulsion à l’activité, dont on sent l'absence partout ailleurs. Nul pays au monde ne jouit de plus de liberté, de sécurité et de paix ! De tout cœur nous répétons donc: Vive notre Canada !
Nous repassons aux mêmes stations que nous avons vues en allant, Claxton, Couva, Chaguanas, Caroni, etc.
Caroni est le cours d'eau le plus considérable de l’île, Comme les bords, à son embouchure, sont fort bas et humides, ils constituent un marais où abondent les alligators, les iguanes, les tatous, et une foule d'oiseaux sauvages. C'est surtout vers le Caroni que les chasseurs d’alligators dirigent leurs embarcations dans leurs excursions, On sait que deux fils du Prince de Galles visitèrent les ‘Antilles en 1880. Voulant chasser l’alligator, ils se rendirent en chaloupe à vapeur dans le
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Caroni. Comme les rives marécageuses sont toutes couvertes de mangliers, sur les racines à nu desquels on’ va cueillir des huîtres, les chasseurs s'avançaient lentement sans rien découvrir, lorsque l’embarcation frappant sur une grosse racine, détacha d’une bifurcation du tronc un alligator qui tomba précisément dans le trou du charbon pratiqué dans le pont. Qu'on juge de la frayeur du chauffeur en présence de ce visiteur. inattendu. Conservant cependant son sang froid, armé de son tisonier, ilen eut biontôt raison, sans que les balles des princes pussent réclamer l’honneur d’une telle victoire. On peut dire que pour cette fois ce ne sont pas les chasseurs qui ont découvert le saurien, mais bien l’alligator qui a découvert les chasseurs.
A 1h. P. M. nous rentrions au presbytère, où nous étions accueillis par les Pères comme des amis dont nous aurions été depuis longtemps séparés. Et nous, de notre côté, enhardis par des procédés si fraternels, nous nous considérions comme chez nous. Il nous tardait d'occuper de nouveau nos chambres, d’être encore témoins de cette vie si bien réglée et si édifiante que mènent ces bons religieux.
Il n’y a pas jusqu'aux frères lais qui ne nous édifient, Combien de fois j'ai trouvé de ces frères, après leur rudes labeurs, en adoration devant le Saint-Sacrement, dans la chapelle intérieure, durant leur heure de récréation !
Nous voyons dans l’après midi M. Legrand, curé de Chaguanas, et M. Mailleux, curé de Mayaro. Le premier porte fort bien son nom, car il a plus de six pieds; il porte une longue barbe, il a habité Haïti avant de venir à Trinidad. Le second est un petit brun fort aimable,
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Histoire d’un: conversion.—Une seconde visite au jardin botanique; M. Hart le directeur ; le caoutchouc ; livoire végétal ; le giroflier.-—Une excursion en dehors de la ville.—Mélipones sur des bananiers.—Les orphelins du P. Forestier ; un Cheval-bon-Dieu ; araignées argentées ; ampullaires. — Les lépreux de Cocorite; le R. P. Etienne ; coolis, leur Brahman ; oranges sur une plante herbacee — Le marché.—La tortue au dîner du vendredi; fruit de l'arbre à pain. — ti Excursion à Arima; M.le curé Daudier ; cigales, bulimes, cacao; une piqûre de scorpion.—Un serpent monstre. — Insectes ; mouches- ft à-feu.—Excursion à Laventille; le ver palmiste ; rare mollusque terrestre ; fatigue excessive.—Excursion à Maraval ; les Carmélites Vénézuéiiennes; superbes coquilles terrestres ; M. le curé Alvarez ; un oranger monstre; papillon extraordinaire. — Les Amantes-de- Jésus.—Cuisine dominicaine ; nouvelle excursion à Laventille ; belle capture.—Une puce redoutable.—Chasse au scorpion.—M. Devenish, M. Macarthy.— Une journée à Cocorite ; un naufrage dans la vase ; mollusques.— Excursion à San-Juan ; de nouveau le Bulime oblong. —L’évêque de Curaçao ; préparatifs du départ.
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Mercredi, 25 avril.— Nous venions, pour ainsi dire, de hisser San-Fernando, qu’on me raconta l’histoire d’une conversion opérée là tout récemment, dans de telles circonstances et avec des marques si évidentes de l’action surnaturelle de la grâce, que mes lecteurs me sauront gré, j'ose le croire, de leur remettre sous les yeux un récit si intéressant.
difient. omudes labeurs, hapelle inté-
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une longue
Le agoond parterre, il arrive parfois qu’il s’en trouve quelques unes brillant
d'uu tel éclat, répandant un parfum si suave, qu’elles semblent sortir de leur classe pour former un ordre à part, ainsi en est-il 11 parmi les âmes. Les effluves de la grâce divine surabondent quelquefois tellement dans certaines âmes, qu’on les dirait pri- | | vilégiées du Ciel pour surpasser toutes leurs semblables par l'éclat de leurs vertus, et u'appartenir à ce parterre du monde |
Comme parmi les fleurs de même espèce qui ornent un l | |
que pour l’embaumer pendant quelques instants, avant que les anges ne viennent les cueillir pour les transplanter dans le jardin du Paradis, leur véritable patrie.
Ainsi en est-il de Minie Philip, cette leur de Trinidad qu’on admirait encore à San-Fernando il n’y a que deux ans à peine.
Comme le prêtre qui a été acteur dans le drame de cette conversion, littérateur aussi distingué que parfait religieux (1), a lui-même livré à la presse le récit émouvant de cet événement, j'empruntersi souvent ses paroles mêmes, pour parvenir plus sûrement au but que je me propose ; intéresser et édifier ceux qui me liront.
“ Minie Philip naquit à San-Fernando de parents écossais et presbytériens. Jeune encore elle perdit son père. La mère, laissée dans l’indigence, éleva néanmoins sa fille avec le plus grand soin. (Cette mère était une presbytérienne fervente, c'est-à-dire remplie d’aversion et de haine contre l'église catholique. Elle commuuiqua ses sentiments à sa fille qu’elle conduisait régulièrement au temple chaque dimanche, lui recommandant bien d’être bonne, honnête, vertueuse, mais de ne jamais devenir catholique.
“ Jusqu'à l’âge de 11 ou 12 ans, elle n’avait connu la sainte église que sous le faux jour de l’éducation maternelle, et jamais l’idée ne lui était venue qu’il pût en être autrement.
“ A San-Fernando les presbytériens n’ont point d'école, et leurs enfants doivent aller chez les anglicans ou chez les catholiques, ou bien encore aux écoles sans Dieu du gouvernement. Après bien des hésitations, la mère de Minie se décida à mettre sa fille en pension chez les religieuses. Ce n’est pas qu’elle sentit la moindre inclination pour elles ; au contraire, elles lui inspi-
(1) LeR. P. Bertrand, prieur actuel des dominicains de Port-d’Espagne.
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raient une espèce de répulsion dont elle ne se rendait pas bien compte, mais qui provenait de ses préjugés.
“ Elle voulait avant tout que sa fille fût bien élevée, et son coup d'œil juste lui avait fait découvrir qu’il existait une immense différence entre l'éducation du couvent et celle des autres institutions localés. Une autre considération ne fut peutêtre pas étrangère à sa décision: les Sœurs, la sachant pauvre, se montrèrent tout-à-fait faciles pour le prix de la pension, si faciles que lorsque la position réelle de la mère fut connue, la fille fut gardée à peu près gratuitement.
“ En entrant au pensionnat, la jeune Minie trouva des maîtresses qui avaient pour elle des sentiments tellement maternels, qu’elle s’attacha tout de suite à elles et les aima comme elle avait aimé sa mère. Elle trouva des compagnes si aimables, si pieuses, si heureuses dans la pratique de leur religion, qu'immédiatement le désir de partager leur foi et leurs pratiques de piété s’'empara de son âme naturellement droite et bonne. Elle trouva une telle différence entre la religion froide que lui avait enseignée sa mère et cette autre religion qui épanouissait les âmes et remplissait les cœurs d’une sainte joie et de si pures délices, qu’elle n’hésita pas longtemps à prendre sa résolution “ Puisque la religion catholique est ce que je la vois, dit-elle un jour à l’une de ses compagnes, je deviendrai sûre-
ment catholique. J'ai même déjà cessé d’être protestante.”
“ De plus en plus Minie faisait donc ses délices de vivre en catholique avec ses compagnes, d'apprendre le catéchisme, de prier avec elles; elle éprouvait chaque fois, disait-elle, un bienêtre surnaturel qu'elle préférait à tous. La première fois qu’elle assista à la sainte messe, elle fut comme dan: une espèce de ravissement devant tout ce qu’elle voyait ; elle dit ensuite à l'une de ses maîtresses : “ J’ai cru passer une demi-heure en paradis. ”
Minie sentait s’accrottre tous les jours en elle le désir de
devenir catholique. Mais que d'obstacles elle voyait pour le réaliser, Comment s’en ouvrir à sa mère, à sa mère qu'elle aimait tant et qu’elle savait lui causer par là la plus grande douleur de sa vie. Qui sait aussi si sa mère ne la retirerait pas aussitôt du couvent, de ce couvent où elle se trouvait comme dans un paradis. ‘“ Jour et nuit, disait-elle au prêtre confident de ses luttes intérieures, j'entends une voix qui me commande d’entrer dans la véritable église de Jésus-Christ, je sens une main qui me pousse pour parvenir à ce but ; et cette voix et cette main me font comprendre que je ne puis reculer, Mais comment y parvenir ? ” Et la pauvre enfant fondait en larmes. Le jrêtre la consolait autant qu’il le pouvait, lui faisant entendre que Dieu tient entre ses mains et les cœurs et les volontés, et qu’en priant beaucoup elle obtiendrait certainement ce qu’elle désirait si ardemment. Qui sait aussi si ses paroles ne toucheraient pas le cœur de sa mère pour l’amener à partager sa nouvelle foi ?...…..
Cependant Minie priait et priait beaucoup. On la trouva une fois au pied d’une statue de la Sainte-Vierge fondant en larmes ; son regard tout enflammé avait une telle expression de douleur et de résolution qu’une de ses maîtresses en fut alar. mée, et voulut connaître la cause de son chagrin. Mais la timide enfant laissa plutôt deviner qu’elle n’exprima le sujet de sa douleur.
Arriva le mois de Marie, le mois de la Reine des anges, Minie redoubla ses instances auprès de la mère de Jésus pour qu’elle lacceptât parmi ses enfants. Aussi reçut-elle une surabondance de grâce. Aucune de nos croyances ne lui offrait de répugnance. Elle avait du plaisir à croire, disait-elle. La confession, oh ! la confession, mais c’est un besoin de l’âme. Comme il y a des combats à soutenir dans son cœur, disait-elle ! et comment faire face à tant d’ennemis ? Où chercher des aides dans cette lutte ? Mais il y a des dieux sur la terre qui sont des généraux pour remporter la victoire dans ces combats.
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Quel bonheur d’aller leur faire nos confidences, d’aller leur découvrir les secrets les plus cachés de notre âme, pour recevoir d'eux la consolation, le courage et la force ! Aussi cette confession, que les presbytériens surtont détestent tant, voulut-elle la faire même avant de devenir enfant de l’église catholique. Et la présence réelle, quel bonheur de pouvoir être tous les jours avec le Dieu de la crêche de Bethléem, le créateur et le rédempteur de nos âmes. Et le recevoir dans son cœur!.....Oh! aurai-je jamais ce bonheur! Et en parlant ainsi sa figure s’illuminait et des larmes d'espérance et d’amour perlaient dans ses yeux.
Comme un jour l’une de ses compagnes lui demandait si tout ce qu’elle voyait dans nos pratiques, comme nos cérémonies, nos processions etc., si différent de tout ce qui se fait chez les protestants, ne lui paraissait pas étrange ? Oh! non, répondit-elle, tout ce que je vois faire dans l’église catholique me plait, me touche, me paraît divin.
Mais non seulement la croyance à nos dogmes ne souffrait aucune difficulté chez Minie, mais même avant d’être catholique, elle voulait déjà pratiquer les conseils évangéliques. Elle disait un jour à l’une de ses maîtresses : “ Mère, j'espère être bientôt catholique, et, avec la grâce du bon Dieu, un jout je serai comme vous, consacrée corps et âme au Seiyneur Jésus.”
Comme ces plantes exotiques qu’on retient captives en pots dans nos appartements durant la saison rigoureuse, n’attendent que leur liberté dans le parterre pour s'épanouir dans le grand air et se parer de leurs plus riches ornements, ainsi cette fleur d'élection, retenue dans un terroir sans sucs et sans vigueur, n’attendait que le parterre de l’église catholique, pour prendre son parfait développement, et produire ces fleurs et ces fruits de vertus dont les germes se montraient si nombreux en elle.
“ La dévotion envers la reine du Ciel la charmait, dit son biographe. Son plus grand plaisir pendant ce mois de Marie,
était de cueillir un Leau bouquet de fleurs, qu’elle déposait avec amour aux pieds de la statue de sa mère du Ciel, comme elle se plaisait à l'appeler. Qu'elle était édifiante pour ses compages, cette chère enfant, lorsque, à genoux devant l’image de Marie, elle priait ou chantait avec cette ferveur et cette expression de joie indicible qui frappait tous les assistants. Ses grands yeux se fixaient alors sur le visage de la statue, sa figure prenait üue expression céleste, on eût dit que tout avait disparu autour d'elle, et qu’elle contemplait une vision de l’éternité.”
Il y avait déjà plus d’un an que Minie habitait le couvent, suivant partout ses compagnes, priant avec elles, se récréant avec elles, et leur servant de modèle par son exactitude aux exercices et son application à l'étude. Cependant on la voyait souvent triste et abattue. Un jour que l’une de ses maîtresses lui en demandait la cause ; “ comment, dit-elle, pourrais-je être toujours gaie, lorsque je me vois séparée des autres. Mère, ajouta-t-elle, je ne puis plus rester seule sur mon banc, lorsque mes compagnes vont recevoir le pain des anges, ça me fait trop souffrir.”
Mais le grand obstacle était toujours là devant elle ; le consentement de sa mère à ce qu’elle devint catholique. “ Ç’en est fait, dit-elle, un jour, ma résolution est prise ; je vais aller chez ma mère, et lui poser sans detour la question.” S’étant donc fortement recommandée aux prières de ses maîtresses et de ses compagnes, elle se rendit chez sa mère pleine de courage. Mais, oh ! faiblesse du pauvre cœur humain, la force lui manqua encore pour faire sa révélation. La seule pensée de contrister sa mère qu’elle aimait tant, fit évanouir toutes ses bonnes intentions, et la plongea dans un tourment inouï, On la vit revenir au couvent triste et découragée ; inutile de lui demander la cause de sa tristesse, on la lisait sur sa figure.
Cependant le regard perspicace de la mère de Minie avait lu dans le cœur de sa fille, et y avait découvert une maladie qu’eile ne s’expliquait pas. Elle remarquait bien qu’elle deve-
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nait toujours dé plus en plus affectueuse, plus sérieuse, plus aimable, mais la pensée qu’elle pouvait abandonuer sa foi presbytérienne, ne pouvait entrer dans son esprit. Elle résolut donc d'aller au couvent pour demander aux Sœurs le secret du chagrin de sa fille.
Laissons encore parler le biographe.
“ Lorsqu'oû annonce à Minie que sa mère la demandait, sa résolution fut prise en un clin d'œil. Elle sentit en ce moment, dit-elle plus tard, comme une force d’en haut qui s’emparait d'elle, si grande, ajoutait-elle, qu’elle eût été capable de donner tout son sang pour sa foi, si «1 le lui eût demandé. C’est le moment, dit-elle, de faire ma demande; elle murmura une prière fervente au fond de son cœur, et descendit rapidement voir sa mère. Après l'avoir embrassée et avoir répondu aux premières questions: “ Chère maman, dit l'enfant, avec l'accent de la plus vive tendresse et de la plus ardente supplication, que je suis heureuse de vous voir, car j'ai un secret qui me pèse trop, il faut que je vous le dise aujourd’hui; j'ai une permission à vous deinander, et j'espère que vous me l’accorderez, car je sais que vous m’aimez, chère, chère maman.” La pauvre mère était surprise et prise d'assaut. Les pensées les plus diverses durent se croiser dans son esprit. Elle répondit à sa fille : “ Mais, mon enfant, pourquoi cette façon mystérieuse d'agir avec moi ? Pourquoi aurais-tu des secrets pour ta mère ? Tu sais bien que je t'aime au point de t’accorder tout ce qui est en mon pouvoir.”
— Mon secret, chère maman, (et si je ne vous l'ai pas dit plus tôt c’est que j'ai craint de vous faire de la peine) mon secret, c’est que... depuis longtemps déjà... je suis résolue de devenir catholique, par ce que j'ai appris d’une manière certaine que l’église catholique est la seule et véritable église de Jésus- Christ, Le plus grand plaisir que vous puissiez me faire, chère maman, c’est de m’accorder la permission de réaliser mes
désirs,
“ La pauvre mère avait soupçonné le secret qui pesait tant à sa fille, et cependant la connaissance certaine qu’elle venait d'en acquérir, était pour elle une si terrible révélation, qu’elle fut comme abasourdie et resta quelques instants sans pouvoir répondre. Minie, qui suivait sur le visage de sa mère l’impression qu’elle avait produite dans son âme, vit s:s yeux se remplir de larmes; alors elle l’embrassa tendrement et murmura à son oreille : “ Chère, chère maman, dear, dear mamma, que ce que je vous ai dit ne vous fasse pas de la peine ; oh ! n'ayez pas peur de m’accorder cette permission ; vous verrez qu'étant catholique je serai bien meilleure que je n’ai été jusqu'ici. Je vous aimerai cent fois plus! Je serai si heureuse que j'aurai du bonheur pour verser dans votre âme souvent si triste.
“ La mère répondit en essuyant ses larmes: “ Minie, ma fille, je ne te refuserai pas ce que tu me demandes avec tant d’instances ; mais sachant mes convictions, comment peux-tu blesser mon cœur en un point si sensible ? Tu es mon unicue enfant; tu sais que ton père repose au cimetière à côté des presbytériens ses frères, c'est près de lui que je veux être déposée (et peut-être bientôt), et j'avais l'espoir que toi aussi tu aimerais un jour d’être réunie à ceux que tu prt.ends aimer en cette vie. Je me suis donc trompée! Dans tous les cas rien ne presse. Réfléchisencore et plus ta, nous verrons.”
Là dessus elle se lève et sort incontinent,
La permission était donc accordée, et Minie comprit que ces réserves et ces reproches n'étaient que pour la forme. Quelques mois plus tôt, Mad. Philip eût de suite retiré sa fille du couvent. Mais par ses conversations avec les religieuses, elle eu était venue à les aimer. Elle les voyaient si différentes de l'idée qu’elle s’en était toujours formée, Elle savait aussi apprécier la :harité qui les portait à se charger de sa fille presque gratuitement, ‘“ Après to: se disait-elle, qu'importe que Minie soit catholi ue, si elle devient bonne comme ses maîtresses.”
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Minie allait voir sa mère presque chaque semaine, et à chaque visite, on parlait ouvertement de la grande affaire. Mais la conclusion était toujours : attends encore. $Sollicitée ot
pressée de nouveau, sa mère lui dit un jour: “quand tu voudras, ça m'est égal.”
Minie s’en revint au couvent toute joyeuse et fit part à ses maîtresses de la grande nouvelle. Le directeur, pour répondre à ses désirs, lui dit que ce serait pour la semaine suivante, Elle s’y prépara de son mieux par la prière et le recueillement, et le jour arrivé elle prononcça son abjuration d’une voix forte et résolue, et fut ensuite baptisée sous condition.
Elle alla ensuite devant l'autel de la Sainte- Vierge pour se consacrer à MARIE.
Revenue parmi ses compagnes, son émotion était si grande, qu’elle ne pût rien répondre aux différentes questions qu’on lui posait, “ De ma vie, disait-elle à son directeur, je n’ai éprouvé un si grand bonheur; il ine semble que mes chaînes sont brisées et que je suis à présené libre.” Et elle ajoutait: “ mon Père, priez pour moi pour que je persévère et que je pisse accomplir d'autres désirs que le Seigneur a fait naître en moi. ”
—Qu'avez-vous demandé au bon Dieu aujourd’hui, lui dit le directeur ; il semble qu’il ne pourrait rien vous refuser en pareil jour ?—Je lui ai demandé deux choses, mais je n’ose presque pas vous les dire. —Si, dites-les moi, mon enfant.—Je lui ai demandé de n’«voir jamais dans mon cœur d'autre amour que l'amour divin, et la conversion de ma mère.”
Et ces deux pensées vont désormais absorber toute l’existence de cette honne enfant: être toujours fidèle à Dieu, jusqu'au sacrifice de son cœur sur l'autel de la vie religieuse, pour obtenir la conversion de sa mère.
Mais le complément de la vie catholique manquait encore à Minie, c'était de faire sa première communion. On attendit quelques mois pour la bien préparer à cette grande action.
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Sa mère qui la trouvait de jour en jour plus affectueuse, plus aimable, voulut assister à la cérémonie, elle qui avait refusé d’être témoin de son baptême.
Laissons encore parler le biographe.
‘ Plus de 80 enfants recevaient ensemble leur Dieu pour la première fois. Cette imposante cérémonie impressionna profondément la mère dont les yeux étaient perpétuellement fixés sur sa fille. Elle la vit si recueillie, si pieuse, si heureuse qu’elle en fut profondément émus Lorsqu'elle la vit revenir de la sainte table, elle surprit des larmes furtives qui glissaient le long des joues de l’enfant et elle-même pleura aussi. Qui sait ce qui se passa en ce moment dans l’âme de la pauvre mère? En récompense de ces larmes que recueillirent les anges, ne tombat-il pas dans son cœur une grâce de conversion ? ”
Minie l’espérait; ce désir sera désormais la passion de sa vie et on verra qu’elle le poursuivra jusqu’à l''éroïsme,
Minie avait donc fait sa première communion ; elle continuait à croitre en sagesse et en vertus, se nourrissant du pain des anges aussi souvent qu’on le lui permettait, et à chaque fois avec un extérieur de dévotion qui édifiait ses compagnes et ses maîtresses, Ses deux grandes dévotions étaient pour la Très-Sainte- Vierge et le Sacré-Cœur de Jésus,
“ Mon père, disait-elle un jour à son directeur, quand on prie, n’est-ce pas ? on sent que l’âme est tellemant proche du bon Dieu, tellement unie à lui, qu’elle ne fait plus qu'une seule chose avec lui? Comment donc le bon Dieu pourrait-il refuser quelque chose quand on le lui demande pour de bon ?”
Tout porte à croire en effet que le Seigneur écoutait et exauçait la prière fervente de cette âme innocente. Son père directeur rapporte une conversion qu'il attribue à l'efficacité de ses prières. Mais laissons-le parler lui-même,
“Je suis un jour appelé auprès d'un malade qui allait mourir, C'était un pauvre français échappé du bague de
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Jieu pour la nna profonnt fixés sur euse qu'elle venir de la glissaient le . Quisait ce , mère? En s, ne tomba-
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Cayenne, qui avait vécu un demi-siècle dans le crime et l’éloignement du bon Dieu!
“ Il allait infailliblement mourir et cependant il n’y avait dans son cœur aucun resret pour ses fautes, sur ses lèvres aucun aveu. Le désespoir était peint sur son visage. Mes exhortations renouvelées, les plus pressantes et les plus tendres, n'ayant eu aucun effet, je crus devoir lui parler des sévères jugements de Dieu, de l’enfer béant sous ses pieds... Ce malheureux prit alors une expression si épouvantable que je crus voir devant moi un démon sorti de l’abîme, et il me dit ces paroles dont je suis encore tout effrayé: “ Æh ! bien, si je vais en enfer, tant mieux ! je n'y serai pas seul. Je veux aller en enfer !
“,... d’allai le soir au couvent conter ma puine aux vonnes :«'igieuses et à leurs élèves. J’avais à peine eu le temps de raconter le fait que Minie s’écriait: “ Mais nous allons prier la Très-Sainte- Vierge avec tant de ferveur, qu’elle sera bien obligée de lui obtenir sa conversion.” En effet dis-je aux sœurs et à ces chères enfants, priez avec ferveur, et demain je retournerai voir le malade.
“ Le lendemain après avoir célébré la sainte messe, j'allai voir mon malade, La première parole qu’il m’adressa fut celleci: * Mon Père, j'ai changé d'idée, je veux me confesser et me préparer chrétiennement à la mort... Il montra des dispositions si excellentes que je crus devoir lui donner la sainte communion qu'il n'avait pas recue depuis cinquante ans. Après l’aveu de ses fautes, de grosses larmes roulaient sur ses joues et étonné de lui-même, il me disait en les essuyant : Voyez, mon Père, il y a plus de quarante ans que je n'ai pas pleuré et je pleure aujourd’hui! Qu'est-ce que cela veut dire ? ”
Le directeur attribuuit cette conversion à la prière de ces innocentes enfants, et celle qui avait prié avec plus de ferveur,
était Minie. Elle ne s'était pas contenté de la récitation du rosaire en commun, elle avait laissé se retirer ses compagnes pour aller se prosterner aux pieds de la statue de Marie, et là la solliciter de toute la puissance de son être. Anssi cette conversion la remplit-elle d’une sainte joie, car elle voyait en elle un prélude de la conversion de sa mère, qu’eile ne cessait de demander.
Un jour que Minie était allé chez sa mère, elle y rencontra le ministre presbytérien auquel sa mère témoignait un très grand respect. “ Voici, dit le ministre, en regardant Minie, la brebis infidèle qui a làâchement abandonné la bergerie. C’est très mal de votre part, mon enfant, il faut vivre et mourir dans la religion dans laquelle on est né.”— Vraiment, monsieur ? dit-elle timidement. — Vous ne devez pas en douter, — Mais quant on s'aperçoit que la route que l’on suit ne nous mènera pas au but que l’on désire, est-ce qu’il ne faut pas en prendre une autre ? Si vous-même étiez né dans l'Inde, seriez-vous obligé de garder la religion Ges Coolis ?
Le ministre fut fort irrité de cette réponse à laquelle il était loin de s'attendre, et qu’il qualifia d’impertinente. Mad. Philip gronda aussi sa fille et lui dit qu’il fallait toujours se montrer polie envers son pasteur.—Je consentirai à n'être plus impertinente, dit Minie, à condition qu'il ne me parle plus de religion, — Je n'accepte pas la condition, reprit le ministre, je suis venu précisément dans le but de vous faire abondonner la superstition papisie que vous avez embrassée, — Monsieur, dit vivement Minaie, vous ne pouvez pas me faire plus de peine qu'en appelant superstit’on papiste la religion catholique dans laquelle je veux vivre et mourir.
C'est là de l’endurcissement, dit le ministre tout irrité, Puis parlant bas à Mad. Philip, Minie entendit les mots de religieuses, de couvent, il faut la retirer de se lieu infâme.
Lorsque le ministre se fut retiré, Minie voyant sa mère
ation du ropagnes pour
et là la solette converit en elle un xssait de de-
le y rencongnait un très ant Minie, la rgerie. C’est re et mourir it, monsieur ?
uter, — Mais nous mènera 1 prendre une rous obligé de
à laquelle il nente. Mad.
t toujours se à n'être plus parle plus de ministre, je abondonner la .— Monsieur, plus de peine holique dans
triste, alla l’embrasser avec tendresse et lui dit: Chère, chère maman, oubliez tout ce que M. N... vient de vous dire comme je l'ai déjà oublié moi-même. Si vous saviez comme je suis heureuse au couvent, comme mes maîtresses sont bonnes et mes compagnes aimables !—Oui, j'ai connu à des signes certains que tu étais heureuse au couvent ; jouis de ton bonheur, ta mère ne veut pas te le ravir.
Au commencement de l’année 1886, on remarqua que Minie devenait plus sérieuse, plus pensive. Elle priait toujours pour la conversion de sa :.ère. C'était 1à le seul chagrin de sa vie. Mais je l’obtiendrai, dussè-je donner ma vie pour cette fin. Oui, mon Dieu, s’exclama-t-elle, comme elle en fit l’aveu à son directeur, mon Dieu que j'aime uniquement, convertissez ma mère, c'est l’unique grâce que je vous demande, c’est la récompense de ma foi; et s’il faut l’acheter au prix de ma vie, oh! prenez-là cette vie. Faites-moi mourir maintenant que je suis toute à vous, et que je puis espérer d’être mise au nombre des vierges qui suivent l’agneau partout où il va!”
Ce sont là sans doute des sentiments héroïques et qui auraient lieu de surprendre, si l’on ne savait que les plus chauds rayons de la grâce étaient tombés sur cette âme privilégiée, pour y produire des merveilles de sainteté. Elle avait à peine goûté à la coupe de lu vie, et elle était déjà mûre pour le Ciel,
Il y a lieu de croire que le généreux sacrifice de cette enfant fut agréable au Seigneur. Elle fut prise subitement d’une fièvre légère. On crut d'abord que ce n'était qu’une indisposi- | tion passagère. Mais en quelques jours seulement son état s'aggrava notablement, et elle comprit la première que sa dernière heure était proche. Aussi dernanda-t-elle à recevoir les derniers sacrements, et avec quelle foi et quelle ferveur elle reçut son Dieu pour la dernière fois. Sa mère, écrasée par la douleur, était toujours autour de son lit, Minie jetait sur elle des regards suppliants, et deux ou trois fois elle lui dit: r à man, j'ai quelque chose d'important à vous dire. Mais crai-
gnant de contrister davantage cette chère mère, elle n'eut pas la force de révêler son secret. Mais il était connu ce secret, et sans doute que sa mère l'avait aussi lu dans les yeux de sa fille. sé
Enfin, après une lente agonie, cette chère enfant, ayant déposé un tendre baiser sur son crucifix et sur l’image de sa bonne mère du Ciel, comme elle l’appelait, remit sa belle âme à Dieu.
C'était le dernier jour du mois de Marie, un an jour pour jour, où, au nom de toutes ses compagnes, elle prononçait, d’une voix pleine d'émotion, la consécration à la Reine du Ciel.
On lui fit des obsèques comme jamais la ville de San- Fernando n’en avait vu de plus solennelles, Toutes ses compagnes, vêtues de blanc, allèrent prendre sa dépouille mortelle pour la conduire à l’église qui était remplie de fidèles comme dans les plus grandes solennités.
Elle repose maintenant dans le cimetière catholique, en attendant que sa mère aille reposer à ses côtés.
Ceux de mes lecteurs qui trouveraient la digres:.,n un peu longue, reconnaîtront cependant que c'était une fleur bien digne d’être cueillie en passant.
Mercredi, 25 avril—Port-d’Espagne. — Je vais avec M. Huart, ce matin, visiter de nouveau le jardin botanique que j'avais déjà parcouru seul.
Nous faisons la connaissance du directeur, M. Hart, qui nous accueille fort courtoisemers., nous montre son herbier, ses préparations, nous donne plusieurs brochures, et parcourt avec nous presque tout le jardin, pour nous donner une foule d’explications sur différentes plates qui s’y rencontrent, caféier, cannellier, muscadier, poivrier, cacao, thé ete., etc.
Voyons encore parmi les palmiers : le Chou-palmiste, Oreodoxu regia, que j'ai déjà mentionné, le Cocotier, Cocos nuci-
fabi don
den qui de] noil zôn tiss:
Sap poir des Mi hau un Sap nett piri peu
> n'eut pas e secret, et yeux de sa
, ayant dénage de sa à belle âme
n jour pour prononçait, Reine du
lle de Sanses COMpa- Ile mortelle èles comme
ique, en at-
ja un peu r bien digne
ais avec M. anique que
. Hart, qui herbier, ses court avec bule d’expliaféier, can-
miste, Oreo- Jocos nuci-
fera, le Grougrou, Acrocomia sclerocarpa, Mart., bois très fort, pesant, de 20 à 30 pieds sur un diamètre de 12 pouces ; on s’en sert pour faire des cannes, ses fibres noires prenant un très beau poli Unautrer er, une espèce de Bactris, de la taille du Grougrou, donne ua bois si dur qu’on s’en sert pour éprouver les hache: et les coutelas. Le Palmier royal, Œnocarpus bataua, Mart., croissant en taillis dans les plaines humides, de 20 à 25 pieds sur 6 à 8 pouces de diamètre. Le Cocorite, Maximiliana insignie, Mart., de 20 à 30 pieds, bois d’une couleur rougeâtre, le Pirijao, Gulielivia speciosa, H. et B., de 20 à 30 pieds sur 4 à 5 pouces de diamètre, à bois très dur, ce palmier est cultivé pour ses fruits, qu'on mange après les avoir fait bouillir. Le Timite, Manicaria saccifera, Gaert., dont les fibres de la spathe, qui mesure souvent jusau’à 8 pieds de long, servent à fabriquer des s&es, une toile grossière ; la graine de ce palmier donne un ivoire végétal ; tournée au tour, elle prend un beau poli et devient aussi dure que l’i,vire même. Citons encore parmi les arbres les plus remarquables : le Poui, Oliganthes condensata, Schultz, qui appartient à la famille des Composées, et qui fournit un bois dur, formant des plançons de 12 à 15 pieds de long sur 8 à 10 pouces de large. Les Mangliers, dont le noir, Avwicemua nitida, Linné, donne dans son tronc, trois zônes de Lois séparées les unes des autres par une bande de tissu cortical. Le Sapotillier, Sapota achras, Mill, famille des Sapotacées, de 15 à 25 pieds, qui fournit les sapotilles, espèces de poires à chair brunâtre et très tendre qu’on mange d'ordinaire avec des cuillers a tné. Le Balata, ce bel ornement des montagnes, Mimusops globosa Gaertn., de 1 à 4 pieds de diamètre su une hauteur proportionnée, qui en outre de ses belles fleurs, donue un excellent fruit. Le Contrevent, Lucuwma multiflora (Fam. Sapot.), grand arbre commun dans les montagnes. La Savonette, Sapindus saponaria, Lin. (Sapindacées), dont le fruit piriforme, en s’ouvrant par le bas, donme un petit vase qu’on peut employer à divers usages. Le Bois flot, Ochroma lage-
pus (Bombacées), le bois le plus léger que l’on conuaisse ; on s'en sert pour faire flotter les filets pour la pêche et pour garnir le fond des boîtes à insectes dans les collections. L’Acajou, Cedrela odorata, Lin., Cédrélacées, bois connu de tout le monde, prenant d'énormes proportions, jusqu'à 8 et 10 pieds de diamètre sur 80 à 100 de hauteur; ce bois est aussi variable dans son grain que le Mahogany, mais ne noircit pas avec l’âge. L’Avocatier, Persea gratissima, Gaert., Laurinées, que j'ai déjà mentionné, très commun dans les plaines et sur les collines. Il arrive souvent qu’un avocat, le fruit de cet arbre, s'arrête en tombant dans la bifurcation d’un autre arbre. Sous l’action de l'humidité la graine se développe là même et envoie vers le sol des bourgeons jusqu’à la distance de 5 à 20 pieds pour y prendre racine. Entremêlez des lianes dans ces tiges anormales, et vous avez de ces massifs inextricables, comme on en rencontre souvent ici, que les fauves mêmes ne réussissent pas toujours à franchir.
Mentionnons encore le Bois canari, Hirtella silicéa, Gaert., Chrysobalanées, petit arbre dont la fibre contient une quantité extraordinaire de silice. On l’emploie pour faire des cannes. J'avais remporté l’une de ces cannes, que j'ai eu le malheur de perdre en août dernier aux îles de la Madeleine ; quoique de faible dimension, elle était extrêmement raide, et servait de manche à mon filet-fauchoir ; l'écorce, en séchant, s'était partagée en plaques presques régulières lui donnant une apparence qui aurait pu faire croire la canne entière fondue de quelque métal. Le coton, Gossypium, Malvacées ; avant l'émancipation des esclaves (1833), le coton était cultivé ici su une vaste échelle, mais la main d'œuvre devenant trop chère, on abandonna le coton pour la canne à sucre et le cacao. Ces champs de coton ainsi abandonnés à eux-mêmes, ne tardèrent pas de se couvrir de broussailles, parmi lesquelles le coton continua à croître, si bien qu’aux bouches du Dragon, on va encore en faire de bonnes récoltes sur ces plants redevenus sauvages.
nuaisse ; on he et pour collections, Junu de tout et 10 pieds ussi variable it pas avec urinées, que s et sur les fruit de cet autre arbre, là même et e de 5 à 20 nes dans ces inextricables, ss mêmes ne
licéa, Gaert., ne quantité des cannes.
> malheur de ; quoique de t servait de hant, s'était nt une appae fondue de ks; avant l'éultivé ici sur rop chère, on e cacao. Ces ne tardèrent le coton conon va encore us sauvages,
Le coton devient ici tout-à-fait ligneux ; nous en avons vu de 7 à 8 pieds de haut sur un diamètre de 2 à 3 pouces.
Mais voici un arbre qui réclame une attention toute particulière, c’est le Caout-chouc, Hevea Guyanensis, Aublet, Euphorbiacées, qui produit la fameuse gomme élastique. L’écorce est lisse et peu résistante, — Avez-vous un couteau, demande M. Hart?—Voici mon canif. Ii fait une fente dans l'écorce d’où s'écoule un suc laiteux très abondant. Prenant de ce suc entre son pouce et son index, il le bat pour l’exposer à l'air, et nous le voyons passer aussitôt à l’état de pâte élastique. Mais en voici en plus grande abondance. Sur un arbre voisin, l'écorce par quelque accident avait été blessée, et le suc s'était écoulé par la fissure ; adhérent à l'écorce, j'en vois un filet atteignant presque le sol. Nous en détachons des parties et sommes tout étonnés de constater leur extrême élasticité ; un petit bout de 2 pouces sur environ un demi pouce de largeur, donnait un fil de plus de deux verges de longueur. Les arbres pouvaient mesurer de 20 à 30 pieds sur un diamètre de 8 à 10 pouces. Ces fentes, nous dit M. Hat, n’attaquant que l'écorce extérieure, ne causent aucun dommage à l’arbre. Dans la Guyane et le Brézil, on entaille ainsi ces arbres et on en laisse couler le suc dans des moules en terre où il se dessèche graduellement, lorsque le moule est rempli et la gomme parvenue au degré de consistance voulu, on brise le moule et l’on en retire les boules de caout-chouc que l’on livre au commerce.
Nous admirons encore le Guayac, Guayacum officinale, Lin., en si grand usage pour là gravure sur bois ; ici on préfère son écorce qu’on emploie comine tonique, Le Carapaud, Carapa Guyanensis, Aubl., qui fournit une excellente huile à brûler La Réglisse, Entada polystachia De Cand. La Liane. Tasso, Schella excisa, Gri., Légumineuses, dont les tiges sont singulièrement tordues et qui se couvre de fleurs à parfum délicieux etc., etc.
Un petit ruissau, à sec dans le moment, traverse le jardin ; comme il devient un torrent dans la saison des pluies, descendant de la colline dont le jardin empiète sur la base même, on l’a tout pavé de cailloux, tant le fond que les bords, pour empêcher que l’eau n’endommage les berges.
Au moyen de tiges de bambous, on fabrique des dalleaux pour transporter l’eau d’une source au pied de la colline dans toutes les parties du jardin. Que de fois je me suis dit, en voyant ces bambous aux tiges creuses et effilées : si l’on avait en Canada des tiges de blé d'inde de 30 à 40 pieds, creuses, raides, résisantes, quel parti n’en retirerait-on pas? Je vois qu’on sait aussi les utiliser ici. Car dans la pépinière du jardin, on fait encore un grand usage de ces tiges pour la multiplication des plantes par le bouturage. La bouture mise en terre est couverte d’un entre-nœuil de bambou et pour peu qu’elle soit arrosée, elle continue presque aussitôt sa végétation dans ce cylindre,
Comme nous étions à examiner les différentes boutures que l’on prépare ainsi, j'aperçus un petit Orthoptère, une espèce de petit criquet, sautant sur la terre des pots à fleur. Nous nous mîmes aussitôt, M. Huart et moi, à tenter d'en saisir quelques uns, mais la chasse était fort difficile, par ce que tout en poursuivant nos insectes, il fallait se garer de faire dommage aux plantes à travers lesquelles ils se rangeaient. Nous pûmes à la fin en capturer quelques uns. C’est un joli petit criquet, tout habillé de noir et galonné de blanc aux bords du prothorax, des élytres, des cuisses, des segments abdominaux, etc., très agile et très prompt à sauter. La conformation de son prothorex le range dans les Acridites, mais par ses pattes privées d’épines, il devrait, je pense, former une nouvelle section,
Nous remarquons parmi les plantes herbacées, l’Arrowroot, une espèce de Maranta, de la famille des Cannées ; le riz,
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se le jardin ; uies, descense même, on ds, pour em-
des dalleaux , colline dans suis dit, en si l’on avait ieds, creuses, as ? Je vois re du jardin, la multiplimise en terre : peu qu'elle étation dans
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l'indigo, qui ont quelque ressemblance avec notre avoine, le Manioc, Jatropha manihot, espèce d’igname qui fournit, au moyen de certaines préparations, une farine excellente et abondante, entre autres celle connue dans le commerce sons le nom de tapioca. Notons encore les pistaches de terre, Arachis hypogæa, pea-nuts des américains, la plante faible ressemblant assez à une tige de pois, enfonce ses gousses en terre après la floraison pour leur maturation etc., etc.
Nous ne fûmes pas peu étonnés de remarquer dans le bureau de M. Hart, une écorce d’arbre d'environ deux pieds de long sur 7 à 8 pouces de large, percée d’un trou à une extrémité et accrochée à un clou ; à cette écorce ainsi exposée à l'air, adhérait une orchis émettant une grappe de fleurs d’au moins 18 pouces de longueur, fleurs des plus singulières, à couleurs variées simulant des papillons.
M. Hart nous exhiba son herbier qui est de grandes dimensions pour contenir les fleurs des arbres monocotylédonnés. Les plantes sont peu pressées ; pour les dessécher, il a fallu un soin extrême, nous dit-il, changer les papiers très souvent, et pour les conserver il faut encore veiller constamment pour ne pas les laisser prendre par la moisissure.
Nous revînmes enchantés de toutes les nouveautés merveilleuses que nous avions pu examiner, nous promettant bien de renouveler nos visites si possible,
Dans l'après midi, M. Huart se sentant fatigué, je pars, en voiture, avec les Pères Thomas et Marie-Joseph, le premier voulant me montrer l'église du Sacré-Cœur dont il est chargé. Cette église n’a rien d’extraordinaire, cependant elle est très propre et fort convenable. Le service se fait ici exclusivement en langue anglaise. Le Père Thomas qui est anglais, mais qui possède aussi très bien le français, peut tout à son aise, s’exprimer ici dans son idiome maternel.
Le Père Marie-Joseph, qui s’en allait confesser à l’église
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du Rosaire, voulut bien me conduire en dehors de Ja ville pour me permettre de chasser à ma fantaisie. Après avoir parcouru un grand nombre de petites rues tortueuses et détournées, le Père me laissa en me disant de continuer sur la colline, que j'atteindrais bientôt la fin des habitations.
—Mais n'y aurait-il pas quelque mésaventure à redonter en m'aventurant sur des propriétés particulières ?
—Ne craignez rien ; s’il arrivait qu’on voulût se montrer exigeant, vous n'aurez qu'à faire connaître que vous êtes prêtre catholique, et l'on n’aura pour vous que des égards.
Il faut remarquer qu’à part le collet romain que je portais constamment, la petite blouse de toile grise qui me couvrait les épaules était guère propre à faire reconnaître un ecclésiastique,
Je poursuis donc la route seul, je marche et je marche, et toujours des cases de coolis à droite ou à gauche.
Comme j'avais mon filet-faucheur à la main, ça intriguait fort les enfauts qui me voyaient passer, L’un d'eux, de 5 à 6 ans, dans le costume de notre premier père, à l'exception toute. fois d’un grand scapulaire qui lui pendait au cou, voulait absolument que je lui remisse l'instrument aux mains,
— Catholique, toi ?
—Oui, catholique, fit-il en me montrant son scapulaire,
Comme j'entendais chanter de nombreuses cigales : es-tu capable d’en attraper lui dis-je ?
— Moé, capabe t'aper cigales.
—Eh! bien, attrapes-en, je te les payerai ; ce n’est toujours pas ta chemise qui te gênera pour grimper dans les arbres. Et là dessus je le laisse.
Ennuyé de suivre toujours la route, je m'aventure à la fin dans un sentier à travers les bois sur ma droite, Je trouve tout près deux femmes noires lavaut du linge à une source qui coulait là.
de Ja ville près avoir et détour- : la colline,
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se montrer êtes prêtre
e je portais ou vrait les lésiastique.
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oulait abso-
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La plus vieille est à frotter son linge, ayant la tête enveloppée du mouchoir à carreaux d’ordonnance ; la plus jeune, d'une vingtaine d’années environ, est assise dans le moment, mais elle se lève pour répondre aux questions que j'adresse à la vieille, au sujet du sentier que je poursuis et qui va me conduire je ne sais où. J’admire surtout le pittoresque de son costume, jupe à mi-jambe, tête nue mais chargée d’une épaisse toison de crin crépu, mantelet en forme de scapulaire, laissant les côtés à peu près libres. Quant à la chemise, elle était peut-être dans la cuvette pour le blanchissage, du moins on en voyait aucune trace.
Comme mon intrusion n'avait paru nullement les offenser et qu’elles s'étaient empressées de répondre à mes questions, je poursuis ma route sans plus rien craindre, et je me trouve bientôt dans un petit champ de canne à sucre auemilieu du bois. Voyant quelques bananiers, qu’on avait plantés là, je trouve leurs fleurs fréquentées par une foule de petites guêpes noires que j'ai assez de peine à saisir pour ne pas m'exposer à leurs piqûres. J'ignorais alors que ce fussent des Mélipones, car je les aurais sans crainte saisies de mes doigts.
J'avais d’abord le dessein de traverser la colline, pensant que je pourrais trouver quelque sentier qui me ramenerait à une autre rue de la ville. Et pour être plus sûr de ne pas m'égarer dans la direction que je poutsuivais, je me décide à aller demander des informations à une maison que je voyais sous les arbres, La maison"était certainement occupée, car il y avait un chien à la porte, et selle-ci tout ouverte me permit de voir crtains ustensiles à l’intérieur, mais personne ne répondit à mon appel.
Il y avait bien un sentier se dirigeant de l’autre côté de la colline, mais ne pouvant savoir où il m'aurait conduit, je me décide à couper à travers tuillis pour rejoindre le grand chemin que j'avais suivi en allant. Je me trouve bientôt dans une
petite prairie où je vois un homme armé d’un fusil et tenant de l’autre main la corde d’une vache qu’on faisait paître là, Je
. l’aborde et lui demande si j'allais bientôt rejoindre la grande route. Tout près, me dit-il fort poliment, à quelques pas seulement. ÆEn effet, je retombe bientôt dans la route que je reconnais,
Comme j'avais mon filet à la main, le promenant sur les herbes du chemin, voilà que les gamins intrigués par une telle chasse, se mettent à me suivre. Je prends devant eux un papillon, les voilà tous aussitôt éclatés de rire et se pressant autour de moi, les uns voulant avoir ce papillon, et les autres me priant de leur prêter le filet pour en user à leur tour, Inutile d'ajouter que tenant à conserver mon instrument intact, leur requête fut impitoyablement rejetée. (Ces enfants noirs étaient tous gras et avaient véritablement bonne mine, bien que leur costume ne fût pas tout à fait complet. J’admirais surtout l'air de confiance avec lequel ils m'abordaient et l'absence de cette timidité craintive qu’on rencontre souvent dans les enfants,
A quelques pas plus loin, je pus être témoin d’une particularité des bouvreuils que j'avais vu constatée plusieurs fois dans des récits, mais que je n’avais encore jamais observée moi-même. C’est que ces oiseaux se posent sur le dos des vaches pour faire là l& chasse aux mouches qui viennent poursuivre les paisibles bêtes. L'un de ces oiseaux était posé sur le dos d’une vache q''on tenait à l’attache, et voltigeait à tout instant pour gober
les mouches attaquant l'animal, il revenait après chaque capture,
reprendre son poste d'observation.
Comme je passais devant l'orphelinat du Père Forestier,
fatigué, épuisé, j'y rentre un instant pour m'y reposer, Mais voici que le Père m'avait préparé une surprise en engageant ses enfants à me prendre des insectes, Les voici qui rentrent, chacun avec quelque pièce dans les doigts, des poiistes, des araignées, des taupins, etc, En voici un qui arrive tout triomphant :
UX
| et tenant de aître là. Je ire la grande 1es pas s«uleoute que je
enant sur les par une telle vant eux un t se pressant et les autres à leur tour.
‘ument intact, enfants noirs nine, bien que mirais surtout t l'absence de ns les enfants.
d’une particueurs fois dans ée moi-même.
hes pour faire les paisibles s d’une vache nt pour gober aque capture,
poser. Mais engageant 568 rentrent, chates, des araitriomphant :
ère Forestier,
cest moi qui ai le plus beau, dit-il—Qu'est-ce ?—C'est un Cheval-bon-Dieu, et il me présente tout vivant une superbe Phasmide, de trois pouces et demi de longueur, Les Phasmides sont des Orthoptères à corps grêle et allongé, presque linéaire, à ailes courtes, lorsqu'elles ne manquent pas tout-à-fait. Celle qu'on m’apporta, qu’on appelle ici Cheval-bon-Dieu, avait la tête transversale dans la forme de celle des mantes, les antennes sétacées, très courtes, les élytres et les ailes opaques. ces dernières à couleurs vives des plus agréables, les bords étant largement teints de brun violacé, et le milieu d’un beau jaune citron avec une tache brune au milieu de ce jaune en forme de coin dont la base touchait au bord antérieur. ‘loutes ces couleurs se nuançaient diversement suivant les rayons de lumière auxquels on les exposait. C'était certainement une pièce rare et superbe, Je n'ai encore pu au moyen de mes auteurs en déterminer ni le genre ni l'espèce.
On donne généralement aux Phasmides le nom de Spectre, mais si toutes les espèces étaient aussi remarqubles et aussi patées que celle qu’on me présenta, on reconnaîtrait aussitôt que l qualification seraït totalement imméritée.
Les enfants apportaient toutes ces bestioles dans leurs doigts, sans redouter leurs piqûres.
En voici un qui me présente deux araignées de bonne taille et d’une richesse de coloration comme je n’en avais encore jamais vu. Le céphalothorax et la partie antérieure de l'abdo=: men sont couverts d’un duvet soyeux à reflets argentés les faisant paraitre comme une belle argenture à la colle, solide et brillante. L'abdomen qui est peu convexe est tronqué à l’ex: trémité et porte sur chaque côté une projection arrondie qui lui donne une apparence toute particulière. Ne pouvant en trouver la description nulle part, je lui ai drnné le nom de Epeira argentata, car elle appartient au genre Epéire.
Après m'être reposé et rafraichi, je me retirai en donnant
quelques pièces aux chasseurs les plus zélés, ce qui ne manqna pas de les enthousiasmer encore davantage. J’allais sortir du jardin lorsque je remarquai un fossé et une citerne avec eau. Le fossé était presque partout tapissé de cresson. —Mais il doit y avoir là quelques petites coquilles, dis-je aux enfants ?—Oh! non, il n’y en pas.—Vous ne savez pas les voir, leur dis-je, et écartant les herbes de ma canne, je leur en montre une toute vivante, Aussitôt les voilà tous dans le fossé et m'en font une cueillette d’environ 40 spécimens de deux espéces différentes, Jugez de ma satisfaction. Je reconnus que l’une était l’Ampullaria vwrceus, Müller, et l’autre Ampullaria (Marisa) cornu-arietis, Linné.
Comme pour opérer mon retour la course était encore assez longue, je me rends au premier tramway, et m'installe sur un banc, pour me reposer en me rafatchissant.
Jeudi, 26 avril.—Le temps est lourd et à la pluie, ce matin, Cependant je monte en voiture avec M. Huart et le Père Siméon, pour Cocorite, environ trois milles de distance pour visiter la léproserie qui se trouve là. Les patients sont au nombre de plus de 500, hommes et femmes, L'établissement est magnifiquement situé au nord du chemin, en retraite sur la grande route, en étant séparé par un pré portant de grands arbres offrant une ombre considérable, Cet établisse. ment, tenu par des religieuses dominicaines, se compose de trois corps de logis principaux, celui d'avant destiné aux hommes, celui du milieu aux religieuses, et celui des femmes en arrière, attenant presque au pied de la chaîne de montagnes qui longe l'ile.
Le chapelain, le Rév. Père Etienne, est un savant linguiste, occupé principalement de l'étude de l’hébreu, du chaldéen de l’hindoustani etc.
J'ai bien vu des lépreux en Orient, mais je n'avais jamais vu de monstruosités telles que celles qui se trouvent ici, Les
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uns ont perdu tous les doigts des mains et des pieds, les autres les oreilles, le nez, le menton ; d’antres ont des éruptions telles qu'ils conservent à peine la forme d’une face humaine. Et c'est depuis des enfants de 3 ans, jusqu’à des vieillards de 60 qu’on en voit d’ainsi affligés. Cependant ils paraissent tous gais et bien résignés à leur triste sort, et à part ceux qui touchent à la dernière période, ils ne paraissent pas souffrir sérieusement. Remarquez que parmi tous ces malheureux, il'n’y a pas une seule face blanche, ce sont tous des nègres, des coolis, des mulâtres
DE ou des chinois,
M, l'abbé Babineau, chapelain du lazaret de Tracadie dans dans la Nouvelle-Ecosse, qui a fait le pèlerinage de Terre- Sainte avec moi, a cru pouvoir constater, par tous les lépreux qu'il a examinés au Caire, à Jaffa, à Jérusalem etc., que c'était absolument la même lèpre que”celle de la Province Maritime, du moins les symptômes ne paraissaient pas différer d’une senmanière sensible. Mais je pense que c’est une autre branche de la redoutable maladie qui sévit aux Antilles, car à Tracadie hlèpre ne se déclare qu'à 12 ou 15 ans, et les patients dé. passent rarement la cinquantaine, tandis qu'ici il y a des enfants qui viennent au monde avec la lèpre, et on peut voir plusieurs patients actuellement au dessus de 60 ans.
Comme nous sommes ici tout près de la mer, je n’ai pas voulu manquer l’occasion d'y faire une courte excursion pour fire une chasse aux mollusques qui pourraient se trouver sur ks bords.
Un petit quai qui sert au chargement du sucre des usines, n'en offrit tout d’abord un certain nombre, c’étaient toutes des coquilles vides, mais en bon état de conservation. Trouvant but près un fragment de calebasse, je l'emplis de Tritons, de Mélongènes, de Littorines etc.
La grève est aussi vaseuse ici comme à Port-d’'Espagne, Mais à un moindre degré, et je revins avec la conviction qu'en
traversant le banc de vase, on pourrait au delà faire peut-être DR ds une bonne récolte de mollusques vivants, C'est partie remise, DB 9"! me dis-je à moi-même. È n
ec
Vers les 3h., nous reprenous la voiture pour notre retour, Æ enchantés de notre excursion, et vivement frappés de toutes les M ; pi misères humaines qne nous avions vues étalées là. teni
Comme tout le parcours de la route est en grande partie D petit bordé de cases de coolis, je ne puis me rassasier de suivre leurs RE coch allures et d'admirer leur costume, Presque tous les enfants M dant sont nus, à l'exception toutefois des petites filles. Nous les M arbri voyons jouer à la balle sur la route même. J'en remarque un D min, qui porte aux reins une superbe feuille de vigne en argent. Æ ait t Nous rencontrons quelques femmes avec une belle plaque d'or, BE en êt accrochée au cartilage du nez qui sépare les deux narines, et JE natut terminée par une frange aussi d’or des plus élégantes. l'écla
Nous faisons aussi la rencontre de l’un de leurs prêtres. ligno Il porte absolument le même costume que les autres, à l’exception toutefois que sa couche lui descend un peu plus bas vers les genoux, et que ses habits sont plus nets. Un grand collier le par ou chapelet lui pend au cou. Son église, couverte en feuilles de palmier, ressemble assez aux étables de nos colons dans les parlé,
endroits nouveaux, v+ | Sur plusieurs points, j'ai déjà eu occasion de remarquer “à
que ces climats chauds sont aux antipodes des nôtres, surtout té d' en fait de plantes ; chez nous les plantes herbacées sont toutes de très petite taille, ici on en voit, comme les bananiers, qui atteignent jusqu’à 18 et 20 pieds ; chez nous les fougères sont toutes harbacées, ici elles prennent la taille des arbres ; nulle monocotylédone chez nous n’est à tige ligneuse, ici elles forment de grands arbres, etc., etc.
Voici que nous voyons dans un pacage, près du chemin, un nouvel exemple de ces contrastes, Ce sont des sous-arbrisseaux, de la taille des pieds de ronce, portant même comme et
coin de qu'apri Allons, tient
tivemer
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aire peut-être partie remise,
notre retour, s de toutes les à.
grande partie le suivre leurs us les enfants les. Nous les n remarque un ne en argent, lle plaque d'or, >ux narines, et ntes.
e leurs prêtres.
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plus bas vers n grand collier rte en feuilles colons dans les
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rès du chemin, des sous-arbris-
des épines, tout couverts d’oranges du plus vif éclat, Je dis oranges, par ressemblance surtout de la couleur et du volume du fruit, Nous envoyons notre cocher en chercher quelques uns de ces fruits, ils sont à peau lisse, résistante, comme des petites citrouilles en forme de poires, ils portent au gros bout 3, 4 ou 5 protubérances qu’on dirait destinées servir de pieds pour se tenir debout. J'en ouvre un, il est tout rempli d’un amas de petites graines brunes semblables à des graines de rave. Notre cocher nous dit qu’il est vénéneux, on pourrait en douter, cependant les animaux ne l’attaquent pas ; un massif de ces sousarbrisseaux, tout chargés de leurs fruits d’or, tout près du chemin, offrait un coup d'œil magnifique aux passants, et paraissit totalement intact, quoique perdu dans un pacage. Il peut en être de cette plante comme de bien d’autres sujets dans la sature chez lesquels la beauté l'emporte sur les qualités ; de l'éclat, de l'apparence, et rien au delà. Quel est ce fruit ? je l'ignore ; n'ayant pu m'en procurer des fleurs pour l'étudier botaniquement.
Nous passons dans une rue où nous pouvons admirer, dans l parterre d’une résidence, deux palmiers de Madagascar, Ravanela Madacascariensis, ou arbres du-voyageur dont j'ai déjà parlé, mais d’un port et d’une régularité tout-à-fait exceptionnel, Les feuilles alternes, régulièrement placées de chaque té du tronc, sont si étroitement serrées les unes contre les autres, qu’elles forment un immense éventail aplati de chaque côté d’une tige colossale.
Revenu à ma chambre, je dépose mes coquilles dans un œin de la véranda pour les faire sécher ; mais ne voilà-t-il pas qu'après quelques minutes elles se mettent toutes à marcher ? Allons, me dis-je, quel diable peut ainsi les promener, car elles ftaient bien mortes certainement ? En examinant plus attentivement, je reconnais que ce n’est pas en effet l'animal de la coquille qui se meut, mais bien un intrus, un Bernard l’ermite (Pagurus) qui en a pris possession. Il va sans dire qu une hignade dans l'eau bouillante, leur ote radicalement toute
envie d’ainsi vagabonder, et me permet d'extraire l’intrus de sa cachette.
Vendredi, 27 avril.—Les journaux annoncent ce matin que le prochain steamer de la ligne canadienne qui arrivera à Port-d’'Espagne, est le Ayrshire, qui a laissé New-York le 16, et qui devra être ici dimanche soir, le 29, Unutile d'ajouter que nous l’attendons avec impatience, car bien que nous voyons tous les jours des nouveautés pleines d'intérêt pour nous, nous souffrons de l’absence de toutes nouvelles du pays, nous avons hâte d'apprendre, si, par hasard, il ne serait pas surgi quelque événement extraordinaire depuis notre départ.
J’ajouterai que quant à moi, mes désirs de naturaliste se trouvent en partie paralysés par l’absence d'auteurs pour me permettre de me renseigner exactement sur toutes les productions naturelles que je rencontre tous les jours. Nulle flore complète, nulle zoologie de ces contrées dans les bibliothèques, ce n’est qu'après des recherches sans fin que je parviens à pouvoir connaître les noms exacts des plantes, insectes et autres animaux que je rencontre, et très souvent je n’obtiens ainsi incidemment que des noms douteux, lorsque je n’échoue pas complètement.
Je vais avec M. Huart faire, ce matin, une étude sur un champ nouveau, le marché.
Quelle mosaïque de figures, de costumes et d’allures! et quel langage aussi, car partout ne retentit à nos oreilles que le patois, et ce patois ainsi entendu ex-parte pour ainsi dire, nous n’en comprenons encore fien.
Le plus grand nombre des vendeurs sont des femmes; bien qu'il y ait des tables au milieu pour l'exposition des produits, la plupart sont assises par terre, ayant leurs effets à côté d'elles, et très souvent des bébés nus sur leurs genoux ou accro-
chés à leurs épaules, Les femmes coolis paraissent l'emporter
'intrus de sa
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par le nombre. Petites, grassettes, aux yeux vifs, aux mouvements précipités, nous les voyons presque toutes brillamment enbarnachées, je veux dire parées de nombreux ornements plus ou moins riches, bracelets aux bras, aux jambes, pendeloques aux narines, aux oreilles, à le bouche etc., quelques unes ont en outre, les bras et la poitrine tatoués, mais il va sans dire que Je bleu sur un tel fond si sombre n’est que médiocrement apparent. Les musulmanes en Orient qu'on rencontre partout voilées, en Egypte, en Syrie, en Palestine, paraissent avoir soin surtout de se cacher la bouche, et je remarque que les tatouages des coolis sont aussi, le plus souvent, destinés à orner cette partie de la figure humaine. La bouche, cet orifice d’où découle, d’après le philosophe grec, et les meilleures et les plus mauvaises choses, n'est-elle pas en effet le miroir le plus fidèle des sentiments de l’âme ? La bouche parle, même sans émettre des sons ; vous y lisez la joie, la tristesse, la mauvaise humeur, le dédain etc., par sa seule inspection.
Le dîner ne nous voit d'ordinaire au réfectoire dominicain que le vendredi, car ce jour là, nous sommes astreints au maigre comme les religieux. Mais pour moi, c'est tout un régal que ce dîner maigre du vendredi, par ls tortue qu’on nous y sert. Ce n’est ni le poulet, ni la dinde qui l'emportent dans mon goût sur le délicieux amphibie ; et ici les tortues sont très communes, et de fort belle taille encore, atteignant souvent au poid de 100, 200 livres et même au delà. Voici quel était le menu de notre dîner aujourd'hui : soupe (bouillon je ne sais de quel jus avec gros morceux de pain) ; morue salée avec huile et beurre, très bonne ; tortue, excellente ; salade, coussecouche, fromage, fruits de l'arbre à-pain confits, bananes, oranges, et vin avec glace à notre disposition. Il faut avouer que pour une fois par semaine, il faudrait être plus qu’exigeant pour ne pas se contenter d’un tel menu.
Samedi, 28 avril.—Voulant faire connaissance avec les lieux environnants, nous partons à 84 h, M. Huart et moi,
pour Arima, distance de 16 milles par chemin de fer. Nous sommes très bien accueillis par M. l'abbé Daudier, cnré du lieu, qui fait même des instances pour nous retenir pendant quelques jours.
Comme Arima est une paroisse ordinaire, n’ayant qu’un village peu considérable près de l’église, j'en profite pour faire des chasses aux environs. Je prends plusieurs papillons, des sauterelles, des hémiptères, ete. Parmi les orthoptères je crus , avoir pris notre criquet, Caloptenus femur-rubrum, quoique de plus petite taille, mais en l’examinant attentivement, j'ai vu qu'il en différait aussi par la coloration. Sa taille l'aurait rapproché de notre C. parvus, mais il en différait encore. par la conformation de la plaque sousanale du mâle qui n'était ni tronquée, ni échancrée, mais prolongée en un cône assez pointu et recourbé ; j'ignore si cette espèce a été décrite quelque part.
Pour peu que nous voyagions dans l'île, nous allons en venir à nous croire en Canada. Les ecclésiastiques semblent être chez eux dans tous les presbytères, tant les curés se montrent empressés de nous offrir l’hospitalité et nous font les honneurs de leur maison avec une sympathie toute fraternelle,
M. l’abbé Daudier est un ancien prêtre, il a habité Saint- Domingue avant de venir ici. Il a épuisé ses vingt ans de service et aurait droit à sa pension de retraite, mais il est encore fort et veut bien continuer à suppléer au manque de prêtres qui se fait si vivement sentir ici.
Après le dîner je prends quelques Polistes en frais de se construire des nids au plafond de la véranda, puis je m'échappe un instant pour faire quelques chasses dans un bois tout voisin. Quatre ou cinq gamins ne manquent pas de me suivre, Le mieux habillé de la bande n’avait pour tout habit qu’une courte chemise, et s'agissait-il de s'assurer quelque chose, il n’hésitait pas à s'en servir comme d’un tablier. Mon filet-fauchoir excitait surtout leur convoitise ; mais inflexible sur cet article, je tenais à conserver mon instrument intact,
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Ce bois où je portais mes pas bordait une petite rivière ou large ruisseau ; aussitôt sous le feuillage, j'engageai les gamins à fouiller dans les feuilles mortes à la recherche de coquilles terrestres. Mais ce jeu ne leur allait pas, il leur fallait plus de mouvements, Eh ! bien leur dis-je, attrapez des cigales. Il y en avait une telle quantité qu'elles faisaient une musique des plus étourdissantes. Je remarquai toutefois que c'était sur une autre note que celles que j'avais entendues à Port-d’Espagne. C’est probablement une espèce différente, pensai-je.
Mes chasseurs partent aussitôt et je continue à remuer les feuilles. Je trouve d’abord des débris de coquilles très intéressants, tant par leur conformation que par leur coloratic:; Puis voilà que j'en tronve une parfaitement intacte, puis une autre vivante, puis une autre et encore une autre ; j'en prends ainsi 3 autres d'espèce différente. C'étaient tous des Bulimes, non pas des géants comme à San-Fernando, mais de non moins intéressants, surtout par leur conformation. Les premiers étaient le Bulimus auris-sciuri, Guppy, et les seconds le B. aurisleporis.
Me relevant du sol où j'étais courbé pour remuer les feuilles, voilà que j'aperçois un fruit, de la grosseur dun moyen melon, mais pointu à chaque extrémité, accroché au tronc d’un arbre près de moi, à environ 3 pieds de terre. Tout d’abord je crus que quelqu'un a vait attaché ce fruit à cet arbre. Je m'approche, et quelle n’est pas ma surprise de constater que ce fruit était réellement produit par l'arbre même. Je le soulève, et je vois un court pédoncule qui a surgi à travers l'écorce. IL faut toujours bien, me dis-je, que je me rende compte de la nature de ce fruit, et que je voye ce qu’il recèle à son intérieur. Je le saisis et tiru fortement, mais la queue résiste toujours, je le roule pour tordre cette queue et elle cède à la fin. Prenant ce fruit de mes deux mains, je le frappe fortement sur le tronc; il se fendille alors et je vois tout l’intérieur rempli de rangées de grosses graines plongées
dans une pulpe blanchâtre. Ces graines avaient une odenr fort agréable, mais je n’osai les goûter de crainte d’avoir affaire à quelque fruit vénéneux; d’ailleurs tout le fruit quoique de belle apparence n'offrait rien de bien appétissant.
Allons, me dis-je, encore un écart de dame nature, voici que les fruits au lieu de naître à l'extrémité des rameaux où sont les fleurs, vont surgir à travers l'écorce même du tronc.
J'examine les autres arbres à l’entour, et je vois en effet des fleurs, des fruits plus ou moins avancés, suspendus au tronc, aux grosses branches, et même à des racines hors de terre. Les fleurs, très petites, sont par bouquets de 4 à 5 et d’un beau rose vif.
= Comme je reprenais le chemin, fier de mes captures et étonné de mes découvertes, voilà que mes gamins s’en viennent tout triomphants m'apporter les cigales qu'ils avaient prises, 3 superbes Cicada gigas, intactes celles-ci, et deux autres plus petites, vertes, à ailes étendues presque horizontalement, Cicada passerculus, Walt.
Revenu au presbytère, je raconte au curé et à M. Huart mon étonnement à la découverte que j'avais faite, d'un arbre rapportant des melons et ceux-ci surgissant à travers l'écorce de son tronc.
. —Mais oui, dit M. Daudier, c’est ma plantation de cacao.
—Pardonnez, ce n’est pas dans un champ que j'ai vu cela, mais dans le bois, ex pleine forêt,
—Près de la petite rivière, n'est-ce pas ? Précisément mon champ de cacao, qui me donne d'excellents revenus.
—Mais ces cacaos vous ne les plantez pas en pleine forêt, je suppose ? C’est au milieu de grands arbres que j'ai vu ceux-là.
__ —Parfaitement : nous plantons Jes cacaos souvent dans des champs, mais comme il leur faut do l'ombre, nous plantons
e odenr fort par-ci par-là des Immortels, qui croissent très vite et s’élèvent )ir affaire à à une grande hauteur, de sorte que, après quelques années, le quoique de tout ressemble à une forêt tout à fait inculte.
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Nous logeons 900 pieds de cacaos dans un arpent, et on estime d'ordinaire à 20 cents le produit annuel de chaque arbre,
Fig. 15—Le Oacao, Throbroma cacao.
ce qui fait $180 par arpent sans aucun frais de culture ; comme vous le voyez, ce n’est pas un rendement à dédaigner.
Le Cacao, Theobroma cacao (fig. 15) est un petit arbre de 12 à 15 pieds, de la famille des Byttnériacées, et les Immortels qu'on plante pour lui donner de l’ombrage sont des Erythrina, de la famille des PAR IRTES ces arbres croissent très vite et viennent très grands.
, Le Bulime sreille-d'écureuil, dont je pris trois spécimens sous les feuilles, en bon état, est une. superbe coquille de 1.40 pouce de longueur, à ouverture ovale, aussi longue que la spire, ombiliquée, à lèvre réfléchie, la columelle dont la callosité s’efface dans la partie supérieure, porte un gros pli en forme de dent aplatie dans le bas ; variable dans sa coloration, cette coquille est tantôt d’un blanc jaunâtre avec l'extrémité de la spire un peu plus sombre et laissant voir des stries obliques plus claires bien prononcées, et tantôt d’un beau rose sur fond de‘corne, avec la columelle noire et des stries pâles obliques, irrégulières et irrégulièrement distribuées, dans l’une et dans l’autre la lèvre avec l'extrémité de la dent sont d’un blanc pur, brillant,
Parmi les insectes capturés, je remarquai un très intéressant hémiptère, c'est le Rhaphirhinue phosphoreus, Linné, c’est une espèce de Tettigone avec la tête pos en un filet grêle qui se recourbe en dessus.
.. Mais voici qu’on vient demander M. le curé pour un enfant qui venait de.se faire piquer par un scorpion. M. le curé s’y rend aussitôt, et nous avons hâte de savoir quelle issue aura eue l’accident, “ Ce ne sera rien de grave, nous dit le curé en arrivant, l'enfant, âgé de 7 ans, a vomi, et dès lors il est sauvé.”
—Mais est-ce que la piqûre d’un scorpion peut causer la mort ? ®
—Pas aux adultes ; mais des enfants faibles y ont quelquefois succombé. Je dois dire toutefois qu'il est assez rare que Y'on se fasse ainsi piquer par ces bestioles,
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. J'ajoutersi que malgré toutes mes recherches sous les feuilles, les copeaux, les écorces, je n'ai pu rencontrer un senl scorpion à Trinidad,
Comme je remarquais une grosse masse noire dans l’un des boulins du mur de l’église que l’on n’avait pas rempli à l'extérieur, je demande au curé ce que cela pouvait être.
—C'est un nid de petites guêpes noires qui ne piquent pas, répondit-il ; plusieurs fois je l’ai détruit, et elles l'ont aussitôt reconstruit, Vous allez en prendre tant que vous voudrez, ajouta-t-il, et prenant une gaule, il fit tomber par terre une bonne partie du nid. Dans un instant nous sommes couverts de ces petites abeilles noires, que je reconnus être ls mêmes que celles que j'avais observées sur les bananiers à Port-d’Espagne. Ce sont des Mélipones, très communes surtout au Brézil ; elles fabriquent un miel noirâtre que les gens du pays tiennent en grande estime. J'en distinguai deux espèces différentes, et les ayant trouvées différant toutes deux des descriptions des auteurs, je leur imposai les noms de Melipona Trinidadensis et M. paupera ; elles construisent leurs nids de terre qu'elles aglutinent au moyen d'une liqueur qu’elles produisent,
M. le curé voulut bien faire amener sa voiture pour nous conduire lui-même à la station, et à 5 h. nous entrons dans nos chambres, enchantés de notre excursion, et tout triomphants de nos nouvelles conquêtes.
Nous voyons au souper M. l'abbé Rouillet qui s'en retourne en Europe vivre de sa pension de retraite que ses services de vingt ans lui assurent, Le R, P. Mannès doit partir en même temps que lui, Ce Père emporte une superbe peau de Boa anaconda, ne mesurant pas moins de 22 pieds de longueur, sur une largeur de 2 pieds. Malheureusement elle a été gâtée comme spécimen pour un musée, elle manque de sa tête, et ne peut par conséquant être montée.
Dimanche, 29 avril.—Je vais, comme le dimanche précé-
dent, célébrer à 6 h. à l’église du Rosaire, où je donne la sainte communion à plus de 100 personnes ; je remarque que dans le nombre il y a plus de personnes blanches que d'ordinaire. Les blancs forment à peu près ici le 15e de la population totale, Je suis toujours édifié de la bonne tenue qu'on observe à l’église ;
l'extérieur seul des assistants dénote que ce n'est pas à un exercice ordinaire qu’ils prennent part.
Vers les 3h. nous allons présenter nos excuses au Dr Lota pour avoir fait défaut à son invitation de diner le dimanche précédent, “ Et moi, dit le Dr, qui avais tait mettre à la broche des pintades pour vous régaler !” Cependant il accepte nos excuses et nous reçoit fort courtoisement. Il nous montre le portrait de sa fille qui est religieuse à Lyon, et nous présente ses petits enfants qui ne parlent que le patois et ne peuvent nous comprendre. .
La maison du Dr qui est en retraite sur la rue est. précédée d’un parterre où s’étalent un grand nombre de plantes tropicales des plus intéressantes. Je remarque surtout près de la barrière, deux énormes cierges, Cereus, d'au moins 25 pieds de hauteur avec des boutons à fleur au sommet,
Lundi, 30 avril, — Nous avons grande-hâte de savoir ce matin si notre vaisseau est arrivé, aussi dès les 8h. je me rends au bureau de la compagnie avec M. Huart; mais quel désappointement ! Oui ! le Ayrshire est arrivé, et doit repartir à 34h. cet après midi, mais il ne prend pas de passagers. Comme c’est un vaisseau loué pour ce voyage seulemont, et qui n'appartient pas à la compagnie, il n’est pas aménagé pour le transport des passagers. ‘“ Vous ne pourrez retourner, nous dit l'agent, que par le Bermuda, qui a laissé New-York le 26 et qui ne sera ici que le 5 ou 6 mai.”
C’est donc encore huit jours qu’ilnous faudra attendre ; si du moins nous puuvons avoir par ce steamer des lettres du Canada ? Mais le facteur de la poste arrive, et rien encore.
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Nous commençons à croire que le service de la poste est très mal fait quelque part par cette ligne, on s’en plaint partout.
Mardi, 1er mai.—Ce matin je dis la messe à 5 h. pour allér aussitôt après au pèlerinage de N. D. de Laventille, sur une colline du voisinage. C’est une course d'environ un mille. La voiture vient nous conduire, lé P. Siméon, M. Huart et moi jusqu’au pied de la colline, qui est assez élevée et fort raide ; nous continuons à pied jusqu’au sommet où se trouve la chapelle. Le P. Hilaire était parti avant nous pour y célébrer la sainte messe et faire une-exhortation aux nombreux assistants qui ne manquent jamais de s’y rendre.
Nous venions à peine de laisser la voiture que nous voyons un homme à sa porte occupé à fendre une buche ; “ je parie dit le P. Siméon, que c’est un tronc de palmier qu'il débite là pour ÿ cueillir le ver palmiste.” Nous nous approchons, et de fait, c'était une cueillette de ces vers que l’on opérait. La buche, plus ou moins cariée, pouvait avoir environ 4 pieds de long, et à chaque éclat que la hache faisait partir, pas moins de 10 à 12 vers se trouvaient à découvert. Une jeune fille les recueillait aussitôt dans une tasse à thé. Une tasse de ces vers se vend jusqu’à $1, car c'est un metde gourmet fort apprécié de tout le monde,
Ces vers que tout étranger hésiterait un moment à déguster, ont certainement une superbe apparence ; de la grosseur du petit doigt, ils mesurent plus de deux pouces de longueur; d’un beau blanc jaunâtre sans aucune tache, ils paraissent véritable-
| ment succulents, On sait que ces vers sont les larves d’une
eurculionide, la Calandra palmarum, Fabr,
Comme toutes les larves des coléoptères, ils portent 6 petites pattes, à peine perceptibles, à leur partie antérieure. Mais ce qui m'étonne vivement c’est la taille qui les distingue ; il n’y a véritablement pas de proportion entre cette larve et son insecte parfait, Après cette inspection, nous continuons notre toute, et nous atteignons la chapelle où le Père Hilaire, nn terminé sa messe, en était à l'instruction.
La chapelle était toute remplie de pieux pèlerins, parmi lesquels nous avons le plaisir de renouveler connaissance avec Mad. Parrock que nous avions connue à bord du Muriel, en venant de la Guadeloupe à Trinidad. ;
Fatigués par la marche, nous acceptons volontiers un verre de vin et une tasse de café pour tenir compagnie au P. Hilaire, et pour nous tenir lieu de second déjeûner.
Située à l'Est de la ville, Laventille par son élévation et son isolement est sans contredit le point de vue le plus pittoresque de tous les environs. La colline toute couverte de bois, est très escarpée du côté de la ville, et permet une vue libre sur presque tout l'horizon.
Une maison rustique, ombragée par un énorme citronnier chargé de fruits, sert de résidence à un gardien qui veille à ] bonne tenue de la chapelle,
Mais je laisse M. Huart bourrer sa pipe pour faire des spirales de fumée tout en s’exerçant aux calembourgs avec les Pères Hilaire et Siméon, et je m’en vais chasser dans les t'iilis du voisinage. Je prends plusieurs beaux papillons, mais ce qui m'intéresse le plus, c'est une toute petite coquille, à spire irrégulière et comme désarticulée que je trouve sur le sol. Je crois d'abord avoir affaire à une difformité accidentelle, mais voici que j'en trouve 2, 3 et plus, toutes semblables. Je me rappelai alors la description et les figures du Streptaxis que j'avais vues dans les auteurs. C’est le Séreptawis deformis.
Le P. Siméon et M. Huart qui étaient venus me rejoindre, m’appelèrent pour prendre dans mon filet un lézard, riche comme
je n’en avais encore jamais vu, et qui tout près sur le tronc d’un "arbre, semblait défier les attaques, Mais le filet était à peine levé que le vif animal avait disparu.
Mais il est déjà 11h., il faut songer au retour, et nos estomacs nous font une obligation de ne pas manquer l'heure du
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SÉJOUR A TRININAD 297
Nous prenons une descente par l’autre côté de la colline, pour visiter en passaut le fort Preston qui a été construit sur une pointe du rocher, dès l'établissement de la colonie, et qui est abandonné depuis longtemps ; des soldats gardent ici quelques pièces de canon. On nous fait remarquer tout auprès un trou dans le roc qui, à en juger par le bruit que font les pierres qu'on y lance, ne doit pas avoir moins de 30 à 40 pieds de profondeur ; on dit qu’il aboutit à une caverne souterraine d’une assez grande étendue.
Ayant voulu cueillir une fleur près du sentier, je touchai à une ortie douée d’une causticité sans pareille ; pendant blus d’une demi-heure j'eus toute la main brûlante du seul attouchement de l’irritable plante,
Nous poursuivons la descente par un sentier à travers le
bois. Nul air de vent, et il fait un soleil à nous rôtir debout, malgré nos ombrelles que nous tenons toujours tendues,
Parvenus sur la grande route, c'est encore pire par le macadam blanc de la voie qui nous réfléchit à la figure des rayons brûlants.
A midi sonnant nous rentrons au couvent, brûlés, cuits, épuisés, dévorés de faim et de soif. De ma vie je n'ai eu si chaud ; tout mon corps ine semblait un tison ardent.
Il eut été prudent de nous reposer nn peu avant que de prendre de la nourriture ; mais nous en sentionstrop vivement le besoin pour attendre davantage, et nous passons de suite au réfectoire, Imaginez si le vin à la glace, la soupe, le bœuf les fruits, oranges, ananas, bananes passèrent mal leur temps.
Nous ne crûmes pas devoir entreprendre d’autres courses l'après midi, nous le consacrâmes à nous rejioser. Je me contentai de faire quelques chasses dans le jardin. Nous eûmnes aussi pour nous distraire la visite de M. Daudier, M. Osenda, M. Alvarez curé de Maraval, et de M. Massey curé de San- Juan,
J'étais revenu tellement fatigué et échauffé de Laventille, que j'en craignais un peu les suites, malgré l’abondante transpiration que j’éprouvai tout l’ayrès midi. Je ne pus que difficilement me livrer au sommeil durant la nuit, et deux fois je dus me lever pour me laver les pieds et les jambes afin d'appaiser l’excessive démangeaison que j'éprou vais,
Mercredi 2 maï..— M. le curé Alvarez nous ayant gracieusement invités à aller lui faire visite, le R. P. Hilaire nous propose d’y aller aujourd'hui même; c'est une nouvelle campagne que nous allons. voir, à 4 milles de la mer en arrière de Port-d'Espagne.
Comme le P. Hilaire avait à faire une courte visite au nouveau couvent qu'il fait construire pour les Carmélites près du Rosaire, il donne ordre au cocher de nous conduire d’abord au Calvaire, où se trouvent actuellement ces recluses Vénézuéliennes, compatriotes du curé que nous allions visiter, et comme Jui victimes de la franc-maçonnerie qui dirigeait alors la république voisine.
Le Calvaire est une petite colline au sud-est de la ville, sur le penchant de laquelle on a érigé un chemin de la croix en plein air, et dont la mison actuelle des carmélites occupe le sommet. Les tableaux de ce chemin de la croix sont coulés en bronze. On les avait d’abord fait mouler en plâtre, mais ils étaient à peine en place, que la plupart étaient mutilés, non par des ennemis d:s catholiques, mais par des dévots mual inspirés dans les élans de leur dévotion. ‘“ Quoi, s’écriaiert ces nègres, c'est toi infime Pilate, qui as eu la scélératesse de condamner notre Sauveur à mort! Gare à toi!” Et les pierres de voler, lesquelles, tont en enlevant le nez de Pilate, mettaient en même temps le tableau entier en cent pièces, On fait tous les vendredis le chemin de la croix aux stations du Calvaire, ét il y a toujours affluence considérable,
Le P. Hilaire qui est le directeur d2s Curmélites fit
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deux fois je es afin d’ap-
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demander au parloir la Supérieure, qui vint avec une de ses sœurs, Nous ne fûmes pas peu surpris de voir ces deux religieuses s’agenouiller et persévérer à garder cette posture tout le temps que dura notre entretien, malgré nos invitations réitérées de s'asseoir.
La Supérieure a une véiitable figure d’ascète et me parut réellement une sainte, Ces religieuses étaient dans lenr couvent au Vénézuéla, suivant tranquillement leur règle, lorsqu’arrivèrent subitement les sbires du gouvernement franc-maçon qui régnait alors, leur enjoignant d’avoir à les suivre sans plus tarder; puis on les conduisit, au nombre de douze avec trois ou quatre prêtres, à un vaisseau dans le port, qui les jeta sur la côte de Trinidad sans plus de cérémonies. De douze qu'elles étaient brs de leur émigration, il y a une dizaine d'années, il n’en reste plus que six, la mort ayant moissonné les autres, et le local temporaire qu’elles occupent ne leur permettant pas de prendre des novices. Leur directeur a espoir qu'une fois dans leur œuvent, elles se recruteront de sujets nouveaux. Je le lui souhaite, mais j'ai peu de confiance dans cet aveuir. Les nègres ne sont certainement pas aptes à la vie contemplative, et la population blanche est si peu considérable ici, que les vocations ue pourront être qu'excessivement rares.
Du Calvaire nous passons au Rosaire où le P. Hilaire avait quelques mots à dire à l'ouvrier qui poursuit ses travaux. Cet
mutilés, non lévots vual inss'écriaierit ces ratesse de conles pierres de e, mettaient en n fait tous les Calvaire, et il
ouvrier qui est très poli, est un juif, mais je n'ai jamais vu personne plus respectueuse pour les prêtres. Comme je lui faisais quelques observations sur la solidité de sa construction qui est bute en concret, murs, piliers, cadres des ouvertures etc., knous sommes sûrs du succès, dit-il, car le P. Hilaire a béni estravaux.” Paroles qui peuvent surprendre dans la bouche d'un Israélite,
Pendant que M. Huart s'amuse là avec le P. Hilaire, je
his la revue de la cour à la recherche des insectes. Mais jugez & ma joie lorsque j'aperçois trois superbes Orthalicus attachés
Curmélites fit
à l'écorce d’un grand arbre qui setronvait là. J'ai quelque peine à les enlever, tant ils adhéraient à leur support, Comme la saison de la sécheresse, depuis décembre à mai, est la saison de repos pour les insectes et les mollusques, ils adhéraient à l'écorce de l’arbre au moyen d’un épiphragme crustacé qu'is s'étaient fabriqué, et n'étaient pas sortis de leur retraite probablement depuis le mois de décembre.
Les Orthaliques sont des espèces d’hélices,à coquilles lisses, à ouverture aussi longue que la spire, dont le dernier tour est ample et orné de dessins persistants. Je possédais déjà cette espèce dans ma collection, mais je n'avais encore jamais eu l’occasion de la voir vivante. C'est l’Orthalicus fasciatus, Müller.
Enfin nous laissons la ville en tournant le dos à la mer pour nous enfoncer directement à l’intérieur. La route est des plus agréables, suivant une petite rivière qui a tracé sa course à travers les collines qui forment la base de la chaîne de montagnes qui partagent l’île dans presque toute sa longueur.
À environ deux milles de Maraval, nous nous arrêtons au réservoir qui alimente l’aqueduc de la ville. (C’est la petite rivière même qu'on a interceptée pour emprisonner son eau dans des réservoirs en pierre de taille d’une très grande propreté, Le gardien entretient un grand nombre de fleurs en pots qui, activées par l'humidité et la chaleur de ce vallon resserré, forment un petit Kden dans ce lieu désert.
L'église de Maraval s'élève sur une colline qui domine tous les environs, et le presbytère est tout près du chemin au bas de la colline. On est tout surpris de rencontrer ces constructions lorsqu'on se croirait encore en pleine forêt, car la route suit toujoure la petite rivière dont les bords sont tout occupés par des plantations de cacao ct d’orangers.
M. Alvarez nous fait les honneurs de sa maison avec une grâce charmante. Ancien professeur de théologie avant son
UX
J'ai quelque ur support, re à mai, est ues, ils adhégme crustacé leur retraite
oquilles lisses, rnier tour est lais déjà cette ore jamais eu us fasciatus,
à dos à la mer route est des tracé sa course , la chaîne de sa longueur.
ous arrêtons au C'est la petite onner son eau rande propreté.
s en pots qui allon resserré,
ne qui domine s du chemin au ontrer ces Consne forêt, car la bords sont tout
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maison avec une ogie avaut 60)
expulsion du Vénézuéla, nous trouvons en lui un type de l’homme bien élevé et un modèle du véritable pasteur ; il parait dévoué tout entier au bien spirituel de ses ouailles,
Occupant une vaste résidence tout à côté de l’église, il l’a cédée aux religieuses pour l'éducation des enfants et s’est bâti le presbytère actuel qui est à deux étages et de construction toute récente. (Comme il est au bas de la déclivité, on monte au deuxième étage pour se rendre à l'église.
Le souvenir de la patrie est toujours cher à toute âme bien née, aussi M. Alvarez, bien que fort maltraité par les siens, ne manque pas, tons les deux ou trois ans, de faire une visite à sa famille sur le continent, et à chaque fois il en rapporte quelques oiseaux des plus remarquables, si bien qu’il s’est construit une volière où il n’a pas moins d’une quarantaine de pièces aujourd'hui, toutes plus ou moins remarquables par leur riche plumage et leur chant varié.
Les plantations de cacao de l’autre côté de la route trouvant l'humidité sur le terrain fertile de la petite rivière, ont pris un tel développement qu'ils semblent plus encore qu’à Arima une véritable forêt. Et par dessus leur tête, on voit, du presbytère même, des orangers s'élever à la taille des grands arbres, ne mesurant pas moins de 30 pieds et portant des fruits équivalents au moins à trois oranges ordinaires.
Je ne manquai pas de pousser une petite reconnaissance dans cette luxuriante plantation, et je fus assez heureux pour trouver sous les feuilles deux beaux exemplaires vivants du même bulime que.j'avais trouvé à Arima, le Bulimus aurissiurt, Guppy. Mais la rencontre la plus extraordinaire que j'aie faite, est celle d’un papillon monstre, arrêté sur l'écorce d'un arbre, ne mesurant pas moins de 6 à 7 pouces d'envergure ; malheureusement je n’ai pu réussir à le saisir, même avec mon filet,
Nous allons après le diner visiter l’église et le couvent qui
l'avoisine. Les enfants, presque tous noirs, avaient une très bonne tenue et montraient des fignres bien intelligentes.
Plus je me répands dans l'ile, et plus je suis frappé de la
similitude d'allures, de la même manière de juger les choses, de I la même pratique des règles théologiques, entre le clergé de Tri- a nidad et celui du Canada. Si jamais le hasard pousse quelque d prêtre de cette chaude contr‘e vers nos régions boréales, je c pense qu'il n’hésitera pas à confirmer l'oyinion que j’émets ici. l Nous reprenons la voiture à deux heures, et trois quarts J d'heure après nous étions à nos chambres, !
Nous ftmes la rencontre sur la route de plusieurs femmes a coolis se rendant au marché avec leurs denrées, Je suis ., toujours étonné du poids qu'elles portent sur leur têt: sans paraître fatiguer. Voyez celle-ci ayant dans son panier 22 4 couples de volaille, des épis de maïs, des gousses de je ne sais] quel légume, trois coussecorches, ignames de la grosseur des pe plus forts navets, et avec cela elle va d’un pas accéléré, malgéE j; le vent debout qu’il lui faut repousser ; une main au dessus del qu la tête pour conserver l'équilibre à sa charge, et l’autre sur la qu hanche pour faire contrepoids, elle va alerte et légère comme si elle n’était embarrassée de rien. Purfois ce sont les deux mains qui s'appuient aux hanches, les mouvements du cou devantM °° seuls conserver l'équilibre au panier ; les anneaux de verroterie de
que le soulèvement du bras avait refo'lés à l'épaule, reviennent alors au poignet, et sans aucun souci de sa mise, que le vent souvent vient mettre en désurdre, elle chemnine toujours avec l même assurance, tantôt en suivant la ligne droite, et tantôt se portant à gauche ou à droite pour éviter des rencontres.
Rendus à nos chambres pour le repos de la nuit, M. Huait se sentit une fièvre brûlante avec un point de côté qui lu génait la respiration. C'était là sans doute le résultat de l fatigue excessive que nous avions éprouvée la veille. Ja craint un moment que cette iudisposition ne devint sérieuse