‹ Une excursion aux climats tropicaux [microforme]Chapitre 17 sur 25 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Encore un rêve de ma vie qui a vu son exécution.

Dès mon enfance, je me suis senti un goût tout particulier pour les choses de la nature. Né et élevé au milieu des champs, le spectacle de tout ce qui m'environnait avait pour moi des charmes. Je n’snvisageais jamais les prés verdoyants, les moissons dorées, les forêts silencieuses, sans éprouver un sentiment de.satisfaction qui me rendait heureux, Et que de rêves pour l'aveuir ne formais-je pas dès lors !

Sur une certaine élévation, à quelque distance de r°tre résidence, la vue pouvait embrasser une nappe assez considérable de notre majestueux fleuve ; je m'y rendais souvent avec d’autres enfants de mon âge, pour avoir la chance de voir parfois passer des vaisseaux, de blanches voiles largement étendues, et quelquefois aussi, mais plus rarement, des cheminées fumantes qu’on voyait se mouvoir sans le secours du vent. Où vont-ils ces vaisseaux ?—A Montréal, à Québec, là-bas, loin, loin.—Mais qu'est-ce que Montréal, Québec ? — Des villes, disaient mes compagnons.— Et qu'est-ce qu’une ville ?— Enigme pour nous, aucun n’en avait vu.

J'étais loin de penser alors qu’un jour, moi aussi, je me promenerais sur le grand fleuve dans ces maisons flottantes, bien plus, que de ce fleuve je passerais dans la mer, que je traverserais l'océan, ct que je visiterais autant de villes que j'avais vu alors de résidences de familles.

Oui, j'ai pu satisfaire le désir de connaître cet inconnu que j'entrevoyais dès mon jeune âge ; j'ai pu trouver lasolution de ces mystères que les autres philosophes de mon âge ne pouvaient expliquer. J'ai traversé les eaux vertes de l'Atlantique, se soulevant parfois en vagues écumantes et terribles ; j'ai admiré l’azur de la Méditerranée, qui perd aussi parfois sa placidité pour tourmenter horriblement les vaisseaux qu’elle porte. Le beau ciel d'Italie m'a fait goûter ses charmes, et les sables des

déserts de l'Egypte m'ont montré leur atidité. Je me suis promené sur les plages de la Mer Rouge, admiré la désolation des Montagnes de la Judée qui portent cette malédiction qu'un peuple délirant et criminel demanda lui-même, au grand jour de la rédemption du genre humain. J'ai goûté l’amertume des eaux de la Mer-Morte, autre exemple de la justice vengeresse du Créateur contre des enfants conpables.

Mais là ne s’est pas encore borné l’accomplissement d’aspirations de mon jeune âge, auxquelles j'hésitais à me livrer, doutant qu'elles fussent légitimes et surtout raisonnables,

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Les grands mystères de notre sainte religion impressionnent vivement tous les enfants élevés chrétiennement, je me demanduis s'il n’était pas possible de visiter les lieux qui ont été le théâtre de si grands événements? Et, contre toute espérance, j'ai eu ce bonheur. ;

Oui, j'ai vu la grotte où est né le plus grand des enfants des hommes! Bien plus, j'ai pénétré dans la grotte de Bethléem où est né l’homme-Dieu même, le Sauveur des hommes. J'ai

! appliqué mes lèvres sur le rocher qui a entendu ses premiers

vagissemeuts, j'ai vénéré les traces de ses pas dans tous Îles sentiers qu’il a parcourus pendant les trente-trois ans de sa vie mortelle, au Jourdain où il a reçu le baptême de S. Jsan, à Nazareth, dans la boutique où il travaillait avec Joseph, à Tibériade où il a marché sur les eaux, à Naïm où il a ressuscité le fils de la veuve qu’on portait en terre, à Cana où il a opéré le pramier de ses miracles, au Thabor où il s’est montré à trois de ses apôtres, revêtu partiellement de cette gloire dont il brille dans le ciel ; j'ai vu Béthanie et le tombeau d'où il a fait sortir Lazare plein de vie ! Mais surtout, j'ai gravi le rocher du Golgotha qu’il a lavé de son sang en payant la rançon de ses enfants coupables, j'ai palpé la fente du rocher qui s’est ouverte à sa mort et qui demeure encore béante, comme témoin de sa puisssance ; enfin j'ai pénétré dans l’intérieur de son t :mbeau, d'où, le troisième jour, il s'est /"happé plein de vie ct triomphant, J'ai aussi vénéré sur ls mc. des Oliviers la trace de ses pieds qu’il à imprimée dans le roc en rnontant au ciel.

Le précieux souvenir de ces lieux si mémorables fait aujourd'hui le charme de mes vieux jours. Il y a une satisfaction que la piété ne saurait désavouer, à pouvoir dire : moimême j'ai prié dans la grotte où des rois sont venus rendre leurs hommages à l’Enfant-Dieu, Bien plus, moi, prêtre, j'ai offert le sacrifice de son corps et de son sang, sur le calvaire où il l'a consommé effectisement, et sur la pierre du tombeau où il a triomphé de la mort en donnant la confirmation de sa mission divine,

Si le spectacle de ls nature avait dés charmes particuliers pour attirer mon attention dès mon jeune lâge, de mon côté j'entretenais toujours un grand désir de pénétrer dans la connaïssancé de ses mystères.

Tout enfant je connaissais les noms vulgaires de tous les arbres et arbrisseaux de nos forêts et savais les distinguer, les foins de nos prairies et les mauvaises herbes des champs ne

m'étaient pas non plus inconnus.

Je me rappelle encore Fnprarion qu'avait produite sur moi la vue de fossiles bien distincts qu’on venait de tirer d’un terrain d’alluvion en creusant un puits à l’école que je fréquentais ; comme je me creusai le cerveau pour avoir la solution de ce problème, et comme j'interrogeai en vain les ouvriers et tous ceux à qui je pus les exhiber, c'étaient des Orthis testudinalis, en haut relief, Ce la formation de Trenton.

Plus tard, au collège de Nicolet, le terrain n'étant pas ménagé à la campagne, nous nous associions par quatre pour cultiver un carré de jardin qu’on mettait à notre disposition ; je réussis à avoir presque chaque année le premier prix pour succès en horticulture, Je me plaisais surtout à suivre le développement des plantes étrangères dont notre directeur, le bon et paternel M. Léprohon, nous fournissait des plants et des graines.

Un livre traitant incideniment de botanique m’étant tombé sous la main, je voulus dès lors m'initier à cette science, Mais comme dans ce livre d’horticulture il n’y avait ni classification ni même d'exposition des principes de cette science, je ne pus parvenir à en saisir les éléments, et, le croirait-on ? parmi tous les professeurs, je ne pus en trouver un seul capable de me donner les clefs de cette science, aucun en état de me faire retrouver dans des plantes diverses les parties diversement conformées de la fleur, pistil, étamines, calice, corolle, anthères, etc.

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riront de pitié devant cette ignorance ; tel était cependant l'état dés'études classiques il y a un demi siècle, Les professeurs pourtant étaient des hommes de talent et bien doués, c'étaient : MM. F. Dessaulniets, Pelletier, Harkin, Routhier, Nadeau, etc., mais on n'allait pas plus loin alors en fait de sciences.

Force me fut donc de renoncer à mes travaux scientifiques.

Ce ne fut que dix ans plus tard lorsque j'étais curé, que

je pus me procurer les livres nécessaires pour reprendre l'étude des plantes, L'université Laval avait eu alors son origine, en compagnie de l’abbé Brunet, son professeur de botanique, je parcourus les diverses parties de la province pour me former un herbier aussi complet que possible, je poussai même mes investigations dans Ontario et jusqu’au Michigan, l’Indiana et l'Illinois. Plus tard quelques mois de séjour en Géorgie et une excursion en Floride, me permirent de faire connaissance avec une foule de productions naturelles inconnues à nos climats; car je dois ajouter que j'avais alors joint à la botanique l’Entomologie, et quelques connaissances sur l’histoire naturelle en général.

Un désir insatiable s’empara alors de moi, pour connaître davantage les riches trésors que la nature réserve aux climats tropicaux. Je visitai l’Europe, je passai même en Afrique et en Asie, mais ce n’était qu’un passage précipité, d’ailleurs ce n’est pas dans les déserts de l'Egypte ni dans les monts dénudés de la Judée et de la Syrie que le naturaliste va chercher les productions tropicales. J'avais acquis beaucoup dans ces voyages, j'avais pu reconnaitre de visu une ‘rule d'objets que je n'avais connus jusque Jà que dans les auteurs. Mes désirs n'étaient pas satisfaits.

C’est la nature grandiose de la zône tropicale de notre riche Amérique que je désirais voir. C’est la terre des palmiers, des lianes, des ananas ; ce sont ces forêts si épaisses de productions diverses que les rayons même d’un soleil vertical ne peuvent pénétrer que je voulais étudier, ce sol aux insectes dorés, ces

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