‹ Une excursion aux climats tropicaux [microforme]Chapitre 3 sur 25 · ESS · texte numérisé non relu

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L'espèce en question, qui est assez commune à Ste-Lucie, est l’Zguana delicatissima, ainsi nommée de son nom spécifique pour la délicatesse de sa chaire qui est généralement fort estimée. Allons, dis-je au enré, il paraît que dans vos Antilles on prise fort les reptiles, à la Dominique on mange des crapauds, et ici des lézards, peut-être va-t-on en venir bientôt à manger des serpents.

—Mais la chose ne serait pas nouvelle ; les anciens caraïbes très souvent se nourrissaient de la chair des serpents.

— Est-ce que les serpents sont communs ici ?

—Très communs. Il n’y a encore que quelques jours, j'ai voulu faire préparer une pièce de terre, ici même, tout à côté, pour y faire une prairie, et en enlevant les herbes et broussailles qui s’y trouvaient, on n’a pas trouvé moins de trois beaux serpents qui y avaient leur refuge. On en découvrit d’abord deux qu'on tua aussitôt. Puis l’un des hommes ayant fait une botte de foin de ces herbes qu’on avait coupées, la plaça sur sa tête suivant leur coutume, et s’en allait ainsi par la ville, lorsqu'un

superbe serpent s’échappa de la botte et glissa dans la rue. Ce fut une alarme tout d’abord, mais on s’arma bientôt de bâtons et de balais et l’on tua le terrible animal.

—Est-ce que ces serpents sont dangereux ? Qu'elle en est l'espèce ?

—Très dangereux ; il ne se passe guère d'année sans que

: quelque nègre subisse leur morsure qui est presque toujours

mortelle. Ces serpents sont des Trigonocéphales, et vous savez que ces reptiles sont toujours à venin très prompt et le plus souvent mortel. ;

Mais revenons à notre iguane, Ce nom d'iguane a été emprunté aux naturels de l'Amérique du sud qui désignaient ainsi des lézards de grande taille, à queue fort longue, capable de s'enrouler comme organe de préhension pour sauter d’une branche à l’autre, portant sous la gorge un jabot ou fanon consi-

dérakle, et sur le dos une crête frangée depuis le vertex jusqu’à tout près l'extrémité de la queue. L'espèce en question mesure quatre pieds de longueur, dont la moitié an moins appartient à la queue, Ses yeux sont couverts de deux paupières à peu près égales, garnies d’écailles granulées ; le tympan est largement ouvert à la surface de la peau, sans organes de protection pour le couvrir. Tout le corps est couvert de très petites écailles minces, couchées, subverticillées, très peu consistantes. Sa langue est molle, fongueuse, et les dents petites, comprimées, aiguës, Ses doigts sont longs, grêles, simples, terminés par un ongle fort et crochu, bien adapté pour grimper dans les arbres où on les voit fréquemment à la recherche des œufs et des petits oiseaux qu’ils prennent dans leurs nids. Ils se nourrissent aussi d’insectes, sauterelles, cigales, de petits mollusques, et même de fruits. Ils habitent d'ordinaire le voisinage des eaux, et sans être aquatiques, ils savent fort bien nager. Ils pondent des œufs assez semblables à ceux des pigeons et les abandonnent, comme tous les autres sauriens, à l’incubation solaire dans le sable ou les feuilles sèches. Le corps est d’un vert grisâtre, jaunâtre, plus ou moins violacé, susceptible, vu la mobilité des écailles, comme dans les caméléons, de varier à chaque instant sa nuance de coloration. (1)

Les nègres sont très friands de la chair de l’iguane, qu'ils proclament excellente, et que plusieurs blancs m'ont dit aussi avoir trouvée de fort bon goût.

“ A beau mentir qui vient de loin”, dit le proverbe, et j'ajouterai que même en voulant être véridique, il est très facile aux voyageurs qui voient des choses étranges et nouvelles pour eux, de se méprendre et d’en faire de fausses représentations, surtout lorsqu'il s’agit d'histoire naturelle à l'étude de laquelle on n’a jamais prêté d'attention. Ainsi le fondateur de Québec,

(1) On peut en voir au musée de l’Universté-Laval un spécimen que jai apporté de Trinidad,

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Samuel de Champlain, raconte, dans son Voyage aux Indes Occidentales en 1599, au sujet des lézards qu’il avait pu voir à Portorico :

“ En laquelle île il y a grande quantité de caméléons, que “ l'ont dit qu’ils vivent de l'air, ce que je ne puis assurer, com- “bien que j'en aie vus par plusieurs fois; il a la tête assez “ pointue, le corps assez long pour sa grosseur, à savoir un pied “ et demi, et n’a que deux jambes qui sont devant, la queue “ fort pointue, mêlée de couleurs gris jaunâtre. ”

Le célèbre voyageur n’ose assurer que le caméléon vit de l'air, mais il ne craint pas d'avancer que ce lézard n’a que deux pattes, et pour faire ressortir toute l'originalité de cette anomalie il donne une figure ds l'animal avec seulement ses deux pattes antérieures.

Fig. 6.

Le trigonocéphale jaune, appelé aussi serpent jaune des' Antilles, Fer de lance, Trigonocephalus lanceolatus, est uu serpent assez semblable aux crotales, mais dépourvu de sonnettes au bout de la queue. Il mesure quelquefois jusqu'à 6 et 7 pieds. Ilest jaune ou grisâtre plus ou moins varié de brun. Il est très commun à Ste-Lucie, à la Martinique et dans

Fig. 6.—Le Fer de lance, Trigonocephalus lanceolatus.

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