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la petite île de Boquia, près de St-Vincent, mais ne se rencontre pas dans les autres îles de l'archipel des Caraïbes ; on dit même que des essais d’acclimation tentés dans ces îles n’ont pu réussir.
Comment se trouverait-il ainsi dans quelques tles et nullement dans les autres ? Voici ce que le P. Dutertre rapporte à cet égard.
“ Quelques sauvages nous ont assuré qu’ils tenaient, par une tradition certaine de leurs pères, que les serpents de la Martinique venaient des Arrouages, nation de la terre ferme, auxquels les Caraïbes de nos îles font une guerre cruelle. Ceuxlà, disent-ils, se voyant continuellement vexés par les fréquentes incursions des nôtres, s’avisèrent d’une ruse de guerre non commune, mais dommageable et périlleuse à leurs ennemis, car ils amassèrent grand nombre de serpents qu’ils enfermèrent dans des paniers et des calebasses, les apportèrent à la Martinique, et là leur donnèrent la liberté,”
On a essayé différents moyens de destruction contre ces serpents à différents temps, mais toujours sans succès, par ce que l’on n'employit pas les précautions nécessaires pour les faire réussir,
L'abbé Legault qui habitait Trinidad en 1820, suggéra de transporter à la Martinique le Vautour-corbeau qui se trouve là, et qui fait la guerre à tous les petits animaux qu'il rencontre. On en prit donc une dizaine de couples et on les y transporta. Mais on les tint renfermés dans des paniers avec si peu de précautions, qu'ils périreut en partie dès leur arrivée, et le reste disparut sans s’y multiplier. Une importation du Serpentaire ou Messager du Cap, rapace qui fait aussi la guerre aux serpents, n'eut pas plus de succès, par ce qu'on n’en prit pas non plus plus de soin, Le moyen le plus efficace de res-
treindre leur multiplication, ce sont des primes offertes à tous ceux qui en tuent ou apportent leurs œufs.
Presque tous ceux qui habitent des contrées, où ne se ren-
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contrent pas de serpents venimenx, et notamment les dames, s'imaginent facilement qu’il leur serait à peu près impossible de demeurer dans des pays infestés de ces redoutables ennemis. Et j'avoue que pour ma part, je n'étais pas étranger à ce préjugé avant mon voyage en Floride ; mais c'est là exagérer outre mesure un danger qui n’est qu'éventuel et dont il est assez facile de se garer.
Qu'on n’aille pas croire que les Trigonocéphales, de même que les Crotales (serpents-à-sonnettes), courent après le mondepour faire des victimes. (Ce sont des serpents à mouvements en général lourds et peu rapides, et l’on peut dire que c’est toujours pour se défendre, qu’ils infligent leurs morsures ; comme lorsque sans les voir on met le pied dessus, ou lorsqu'on les poursuit,
Les Trigonocéphales se nourrissent de souris, de rats et autres petits animaux qu’ils tuent de leur venin avant de les avaler ; voilà pourquoi on les rencontre souvent dans les champs de canne à sucre où il vont chasser aux rats. À première rencontre en général ce serpent prend la fuite,et si vous le laissez aller, vous n'avez plus à vous en occuper, mais si vous les poursuivez, ou si l'ayant surpris de trop près, vous n'êtes pas prompt à le frapper avant qu’il se dresse la tête, gare à vous, car d’un bond il sera sur vous,
“ J'étais un jour dans un champ de cannes qu’on coupait, me dit M. de Pompignan, avec mon fusil pour la chasse ; voilà que tout à coup un nègre s’écrie : Un serpent ici ! —Fort bien, dis-je, je vais le recevoir, , Je me rends à l'endroit ; mais rien ne paraissait. Il est certainement là, dit le nègre, nous allons le cerner en coupant les cannes, Bien ! à la besogne ; et je les suis mon fusil au bras prêt à faire feu. Toup à coup un nègre crie : ici, ici. Je m’y rends à la course. Déjà le serpent avait la tête à plus d’un pied au destus du sol.—-Ote-toi, dis-je au aègre qui se trouvait devant moi.—Non, je veux le tuer, moi.
Et comme il s'éiance sur la bête avec son coutelas à couper la canne, le serpent le prévient par un mouvement subit et vient lui engueuler la cuisse en lui enfonçant ses crochets dans les chairs. Malgré tous nos soins, le malheureux expirait une heure après.
C'est surtout lorsque les serpents sont excités par la colère que leur venin est plus subtil. Mais lerrs morsures ne sont pas .tonjours mortelles, et l’on a aujourd’hui des moyens de traiter ces accidents qui réussissent le plus souvent. J'en reparlerai plus loin.
A propos du Fer-de-lance, qu'on me permette de rapporter ici ce qu’en disait dernièrement un journal de Paris,
‘ Cet être immonde et redoutable n'existe que dans les deux îles de la Martinique ct de Suinte-Lucie, ces édens où tout est brise et rayons, fleurs, verdure, parfums—venin |
La Martinique lui appartient. C'est son laboratoire sinistre ot inviolable. Avec une étonnante audace, il entre dans les cités et les villages, se glisse ot se cache duns les maisons, se blottit derrière les meubles, s'allonge, syburite abject, dans les lits,
‘“ Sa longueur atteint parfois 8 pieds et sa grosseur est celle du poignet. L'effet de son poison est foudroyant. L'homme mordu s’uffaise et meurt, C'est le fléau irrémédiable de la Martinique. Comment, en effet, pourrait-on atteindre le Foer-de-Lance duns les retraites inaccessibles des forêts vierges, où sa fomelle élève 61 toute sécurité quatre-vingt petits serpents ?
“ Le serpent corail trahit sa présence par l'éclat éblouissant de sa robe; le crotale s'annonce en fuisant sonner, comme un glas de mort, ses sinistres écuilles, avant de s’élancer sur sa victime ; le cobra indien se coiffo de son lugubre cupuchon; le giboya colossal fuit entendre des miaulements affreux; enfin l'horrible cracheur de venin avertit le passant, par les miusmes empestés qu'il dégage.
4 Tout colu est comme un “qui vive” de la prévoyante na ture, Prévenu, l’homme se gare.
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“ Le Fer-de-Lance, lui, ne se trahit par aucun signal; il surprend, il mord, il tue La teinte terreuse de sa robe lo confond avec lu couleur du sol, et c’est toujours embusqué au bord d'un chemin que ce bandit ramipunt guette sa proie. Aucun serpent ne s’élunce aussi vite ct aussi haut que le Fer-de Lance. C'est une flèche vivante qui part du milieu dos herbes et qui tue en frappant. Sa tête hideuso se dresse jusqu'à cinq picds de haut ; et son crochet mortel s'attaque presque toujours à lu fuco de la victime.
‘“ Sa puissance de reptation est prodigieuse. Lo Fer-de-Lance glisse sur les surfaces les plus verticales ot les plus nues avec autant de rapidité que sur le sol. Sa fureur est telle, qu’il abandonne souvent un de ses crovs empoisonnés dans l’objet qu'il a mordu, et la blessure que produiruit, au bout d'un an, ce crochot desséché est mortelle,
“ Un jour, le savant Duëffer vout étudier la dent d'un Fer-de- Lance qui trempe depuis neuf mois duns do l'alcool ; il se blesse, et mourt,
# L'habitant des Antilles ne s’aventure jamais dans les forêts sans un couteau énorme et tranchant comme un razoir, S'il est mordu par un Fer-de-Lunce, il n'hésite pas à s’amputer lui-même, en coupunt le doigt, la main, le bras atteint par le reptile.
“ À Saint-Piorre, à Fort-de-France, dans les villages, il n’est pas rare de rencontrer des invalides qui n'ont échappé au venin du Trigonocéphale qu’en se muiilant,
“ Un jour, un Fer-de-Lance est surpris et décapité dans un villâge do la Martinique, Su tête mourante et baveuse gît depuis quatre houres sur le suble. Lu gueule horrible et toujours menagante répand dans un affreux builemont nn mélange infect de sang noir et empoisonné. Tout-à-coup un dogue monstrueux arrive, fluire lo reptile du museau, pousse comme une ordure cette tête sanglante.
‘ La bête so réveille, la gueule s'ouvre et mord le dogue qui s'enfuit en gémissant, Quurunte minutes après, le chien meurt en poussant des hurlemonts affreux,
“ Duns ses écrits sur les serpents de la Martinique qu’il
habita pendant dix ans, le docteur Rufs de Lavison, membre de l’Académie de médecine de Paris, rapporte une histoire émouvante.
‘ Le fait se passa vers 1840, dans un village de Sainte-Lucie,
‘“ Une nuit d'orage, une nourrice négresse 8e réveille avec l'intolérable impression d'un grand poids sur la poitrine. Elle ouvre les yeux, regarde et reste pétrifiée en apercevant un Fer. de-Lance enroulé sur sa couverture.
‘“ Bouger, crier, c'est mourir. Avec un sang-froid admirable, elle reste immobile et muette, attendant, respirant à poine.
L’affreux reptile s’agite lentement sur le corps tremblant de la négresse, tantôt disparaissant sur ses épaules, s’arrondis sant sur son ventre, allongeant ses anneaux glacés le long des reins, dardant sa large tête aplatie vers la gorge, vers le visage de la nourrice affolée.
‘“ Elle ferma les yeux; muis aussitôt elle éprouve au sein une sensation étrange, mystérieuse, et la malheureuse comprend que l'effroyable reptile, attiré par l'odeur du lait dont il est si friand, s’est mis à téter,
‘“ Ce supplice horrible et nouveau dura environ dix minutes, Enfo le Trigonocéphale, repu, se glisse hors du lit en balançaut sa tête visqueuse avec une volupté gourmande, et disparaît par la porte laissée la veille imprudemment entr'ouverte.
“ Une heure après, on découvrit et tua le terrible serpent, engourdi au pied d'un mur, La négresse était sauvée, mais elle devint folle, voyant toujours dans ses hallucinations la gueule immonde et glacée de son formidable nourrisson.”
En faisant la revue des objets exposés dans le salon, je trouve sur une corniche, une masse blanchâtre, informe, granuleuse, de quatre à cinq pouces de longueur sur un et demi de diamètre à peu près, paraissant comme un corps refroidi après qu'il aurait été mis en fusion. Qu’est-ceci, demandai-je au curé?
—Sentez-le et vous allez le deviner,
— Mais c'est de l’encens ?
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— Précisément, un encens que nous trouvons ici. L’arbre exsude cet encens de son écorce, comme les cerisiers laissent échapper leur gomme.
Cet encens, jeté sur le feu, répand une odeur des plus agréables.
L'arbre qui le produit est l’Zcica heptaphylla, Aublet, l'Iriquier à-sept-feuilles, vulgairement arbre à l'encens, Aroucou. C’est un petit arbre de quinze à trente pieds de hauteur, sur un diamètre de huit à douze pouces. Il produit un fruit à peine charnu et devenant coriace par la dessication, à deux ou quatre valves, et renfermant deux, quatre ou six osselets monospermes enveloppés d’une pulpe rouge, d’un goût très ugréable, dont les nègres surtout sont fort avides. Ce fruit mûrit en septembre.
Si l’on entaille l'arbre ou coupe quelque branche, il en sort un suc abondant qui en s’évaporant produit la résine blanche qui constitue l’encens.
Je ne manque pas de faire une revue minutieuse du jardin qui avoisine le presbytère ; mais ce sont à peu près les mêmes plantes que j'avais vues à la Dominique, Crotons en quantité, des Palma-Christi qui deviennent des petits arbres, des Géraniums, Chèvrefeuilles etc. Je trouve en plusieurs endroits des larmes de Job, Coix lachryma-Christi, toutes chargées de leurs graines pierreuses, et qui m'ont l'air à pousser ici sans aucun soin ; le P. Tapon me dit que c’est presque une mauvaise herbe ici, qui croît partout,
Nous allons avec le curé visiter son couvent qui se trouve tout auprès. Les sœurs, au nombre de douze, dont une mulatresse, sont ici co que sont partout les religieuses, des femmes d'ordre, d’une extrême propreté et d’un dévouement sans bornes pour l'instruction et l'éducation de leurs enfants, Les classes sont très propres, et toutes ces petites figures noires ne
paraissent pas dépourvues d'intelligence. Comme dans tous les autres couvents, il y a ici jardins avec fleurs à profusion.
Au milieu du parterre se trouve un tertre artificiel surmonté d’une belle statue de la sainte Vierge. Les gradins qui servent de base à la statue sont tous chargés de fleurs plus ou moins attrayantes et toutes fort intéressantes par leur nouveauté pour novs, leur port étrange, la coloration de leur feuillage etc. Nous retrouvons encore ici la passiflore qui produit la barbadine, ce fruit si délicieux, et l’on nous fait remarquer un géroflier tout en fleurs embaumant l'air de leur arôme. Le géroflier, Caryophyllus aromaticus, est un petit arbre de dix à vingt pieds, à branches et feuilles opposées, à fleurs roses assez petites, mais fort élégantes et à odeur suave, rangées en corymbes formant une panicule. Le calice est très allongé et les étamines fort nombreuses. Ce sont les fruits mûrs que l’on vend dans les épiceries sous le nom de clous de girofle; le plus souvent le fruit qui forme un drups à une ou deux graines est adhérent au tube du calice desséché et retenant encore ses divisions. Le géroflier appartient à la famille des Myrtacées, il est originaire des Moluques et ne se rencontre aux Antilles que dans les jardins.
Les sœurs qui donnent ici l'éducation aux enfants, sont les mêmes qu’à la Dominique, des sœurs de St-Joseph de Cluny.
En face du presbytère, n'en étant séparé que par la largeur de la rue, se trouve une place publique, pour le moment en fort mauvais état. Les arbrisseaux en partie rongés par les animaux, dénotent qu’on n’a pas veillé avec assez de soin à fermer les barrières ; les allées demanderaient aussi des visites plus fréquentes de la part des sarcleurs. Des herbes, des arbres, des broussailles, des gazons négligés, allons, me dis-je, il y a ici à faire bonne récolte d'insectes ; mais c’est d’une pauvreté décourageante ; les feuilles sont partout sans parasites ; je lève une quantité de copeaux, de grandes feuilles pourrissant sur le
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Nous examinons dans ce parc plusieurs individus de choux-palmistes, mesurant une trentaine de pieds de hauteur et d’un fort diamètre à la base, Vous pouvez voir, me dit le P. Tapon, à quelle hauteur vont parvenir ces palmiers, puisque leur croissance va se poursuivre jusqu’à ce que la tige prenne le mème diamètre dans toute sa longueur. Ces palmiers n’atteindront certainement pas moins de 60 à 80 pieds avant de montrer leurs fleurs.
Comme je voyais des trous nombreux sur une platebande du jardin, je demande à un travailleur qui était là qui creusait ces trous là ?
—Ce sont des crabes, me dit-il,
—Des crabes sur la terre, dans les jardins? mais ces animaux ne vivent qu'à la mer.
—Dans l’eau et sur la terre, me dit-il; venez ici la nuit avec une lumière et vous en verrez en quantité,
—Je serais très curieux d'en voir; ne pourralt-on pas en atteindre en piochant ces trous ?
—Oui, si vous voulez piocher de trois à quatre pieds dans cette terre compacte.
—Mais n’y aurait-il pas danger de faire la rencontre de quelque serpent en creusant ainsi sur ces trous ?
—Oh! ne craignez pas ; ce n’est pas dans les trous des crabes que se retirent les serpents, ils savent trop bien qu'ils y seraient fort mal reçus. Ces redoutables bêtes préfèrent guetter des proies qui ne peuvent leur offrir, comme chez les crabes, une croute où se briseraient leurs dents sans pouvoir exercer l'action de leur venin,
—Vous est-il quelquefois arrivé d'en rencontrer de ces
serpents, des Fers-de-lance ?
Lu
—Plusieurs fois.
—Et vous avez su éviter leur morsures ?
—Toujours. Le plus souvent, si le serpent n’est pas surpris de trop près, il prend la fuite pour se mettre à l'abri. Mais s’il fait mine de résister, il n’y a pas une minute à perdre, il faut le frapper incontinent sur la tête avec un bâton ou encore mieux avec un coutelas, car s’il a eu le temps de s'élever la tête de 2 à 3 pieds avant qu'on le frappe, la morsure est presque inévitable, parce qu’alors d’un seul bond il est sur vous. Mais en se tenant attentif quand on marche dans le bois ou les broussailles, on peut toujours résister à leur rencontre.
—Je préfère vous laisser cette chance, et ne pas m’exposer à une telle visite.
On nous régale encore ici avec la délicieuse barbadine ; on nous fait aussi manger des sapotilles, epèce de poires du pays, et autres fruits nouveaux pour nous.
En faisant ma revue du jardin, j'avais remarqué un certain clapotement dans une cuve qui se trouvait là ; je m’en approche, et je vois deux jolies tortues de mer, de dix à douze pouces de longueur, que l’on garde ainsi vivantes, pour les sacrifier les jours maigres, car leur chair est excellente.
La langue du peuple ici est le français, mais un français que nous avons beaucoup de peine à comprendre, tant on l’a défiguré et transformé. (Cependant nous estimons comme un grand avantage de pouvoir être compris de ces gens, si nous ne pouvons pas toujours les comprendre, Mais nous voyons avec chagrin qu'on fait des efforts de tout côté ponr glisser l'anglais partout et faire perdre le français ; c'est surtout dans les écoles, qui sont soutenues par le gouvernement, que cette anglicisation est poursuivie plus activement et plus efficacement. Aussi presque tous les Jeunes gens préfèrent-ils, surtout iorsqu'ils s’adressont à des étrangers, employer l’idiome anglais.
Enfin à 4 h., nous prenons congé de nos charmants hôtes,
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faut Aussitôt sur le pont de notre Muriel, les amarres sont core lâchées et nous sommes en mouvement. L’enfoncement de la tête baie où nous nous trouvons ne nous permet pas de juger de que l'état de la mer, mais le vent du S. S. E. qu'il fait nous fait pré- Mais sager que nous pourrions bien avoir du mouvement pour nous ous- rendre à la Barbade. Eu effet, à peine sommes-nous en pleine mer, que la houle nous soumet à un tangage assez fort pour OBer obliger plusieurs à faire de nouveau connaissance avec le mal de
mer, Je me garde bien cette fois de donner le mauvais exemple à M. Huart, et je rentre complètement dans mes allures de
; on ca vieux marin, méprisant les attaques du redoutable Neptune, et ÿ laissant mon compagnon sans prétexte pour se livrer ainsi à des 3 . combats si peu glorieux.
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Nous suivons la côte de très près jusqu’à l'extrémité S. O. de l’île, et nous pouvons ainsi admirer tout à notre aise les points de vue magnifiques qu'elle nous offre, avec ces montagnes boisées, ses vallées en culture, d’où se détachent par-ci par-là de hauts palmiers ou des cocotiers plus humbles cachant leurs
énormes fruits sous le large parasol de leur feuillage au vert jaunâtre,
Ste-Lucie, comme toutes les autres Iles-du-Vent, n’est qu’un volcan éteint. La Soufrière, qui est tout près de Castries, en offre encore parfaitement la forme. On dit cette montagne toutà-fait intéressante à visiter ; elle s'élève de 4,000 pieds au dessus du niveau de la mer.
Il me tardait d'atteindre l'extrémité S. O. de l'île pour voir ces fameux Pitons dont on m'avait si souvent parlé. Je à craignais qu'avec l'allure de notre lent Muriel, nous ne pussions
les atteindre de jour; mais à ma grande satisfaction, il n’était pas encore 6 h. que nous étions en face. Ce sont deux magnifiques montagnes ou plutôt deux pics isolés, à peu près à un mille de distance entre eux, s’élevant de la plaine tout près de la mer, et ne paraissant nullement liés aux collines élevées qui se trouvent en arrière. Le paysage est ici des plus pittoresques. Ces cônes gigantesques dont l’un mesure 2,680 pieds et l’autre 2,710, sont tout couverts de verdure jusqu'au sommet, A mesure que nous avançons nous voyons leurs ctmes qui se confondaient d’abord, s’écarter peu à peu, en même temps que leurs bases se déploient graduellement sur les riches plantations qui les entourent et s'étalent surtout en arrière.
Les marins qui ont d'ordinaire des expressions caractéristiques pour tout ce qu'ils rencontrent, qualifient ces deux pics, eu égard à l'apparence qu'ils présentent de la mer, du nom d'oreilles d'âne, sans respect pour la majesté de leur port et le pittoresque de leur aspect ; mais la géographie plus respectueuse leur a réservé la simple désignation de Pitons. Leurs flancs boisés de toute part indiquent assez que leur isolement n'est pas dû à des érosions qui les auraient séparés des montagnes voisines, qu'ils dépassent d'ailleurs en hauteur, mais que ce sont bien des roches éruptives, qui ont été soulevées de l’intérieur ; quelles magnifiques chandelles devaient présenter ces deux cônes lorsque leurs sommets étaient couronnés de flammes,
Comme nous passons près des Pitons, nous voyons à notre gauche trois baleines qui font jaillir, tout près de nous, l’eau de leurs évents, à une hauteur de douze à quinze pieds. On dirait des pompes à incendie lançant en l'air leurs jets vigoureux pour le plaisir de les voir s’émietter en gouttelettes en retombant. Mais qui sait si ces rois des eaux ne venaient comme nous admirer la scène que l’île offre ici aux regards des pas sants ?
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Ste-Lucie mesure trente cinq milles de long sur douze de large. Sa population est de 32,000 âmes.
En laissant Ste-Lucie, nous mettons le cap sur la Barbarde qui est de toutes les Petites-Antilles celle le plus à l’est; elle semble même écartée du cordon qui se poursuivant en ligne courbe continue depuis la pointe sud de la Floride jusqu’au Vénézuela, formait peut-être, dans les âges géologiques, une méditerrannée du golfe du Mexique. L'étroite bande de terre furmant cette méditerrannée à l'est, toute semée de cratères plus ou moins élevés vomissant des flammes, se serait égrenée par suites d'éruptions répétées et de l'action des vagues sur les débris, en ne laissant que les jalons actuels de ce demi-cercle ; Cuba, St-Domingue, Portorico, les Bahamas élargissant cette bande au nord, comme Trinidad, Tobago, Ste- Maguerite la dii:taient semblablemet au :ui
Malgré le vent debout que nous avons, le tangage est assez modéré pour nous permettre encore une agréable soirée sur le pont, moins toutefois M. Huart et Mad. Parrock, retenus dans leurs cabines, et M de Pompignan que nous avons laissé à Ste- Lucie.
Bien que M. de Pompignan eût un catholicisme quelque peu frelaté, qui dans la pratique probablement s'élevait guère au-dessus de zéro—conséquence, il est probable, de ses accointances dans les camps français— ce n’était certainement pas un athée, ni un libre-pensenr, et on trouvait en lui un homme bien élevé, un voyageur qui avait vu beaucoup, etun conteur fort aimable, Aussi est-ce avec chagrin que nous lui serrâmes la main en le quittant à Ste-Lucie, et serait-ce avec plaisir que nous le reverrions s’il nous était donné de le rencontrer.
Bridgetown, île de Barbade, mercredi, 11 avril. —A 6 h. nous montons sur le pont. Les matelots sont à jeter l'ancre dans la rade de Bridgetown, capitale de la Barbade, au milieu de nombreux vaisseaux mouillés là, frégates, steamers, voiliers, il n’y a pas moins de 40 à 50 vaisseaux de tout genre.
La ville a uns bien belle apparence ; nous y distinguons de très grandes bâtisses, un pont sur un canal, et une grande activité dans les rues.
Nous descendons dans la première chaloupe venue, et mettons le pied sur la terre. Nous sommes en face d’un tramway, mais refusons de le prendre, ne sachant où il nous conduira. Comme nous demandons l’église catholique, un gamin noir s'offre de nous y conduire, nous disant que le trajet n’est pas long.
La chaleur est intense et de temps en temps il tombe quelques grains de pluie, pas assez cependant pour nous obliger à nous couvrir de nos ombrelles.
Nous remarquons que les rues sont partout fort belles, empierrées, tirées au cordeau, et bordées de boutiques et de résidences fort convenables. Nous voyons que nous sommes ici au milieu d’une population dense, car même à cette heure matinale, les rues sont partout fréquentées.
Nous commencions à trouver la course un peu longue, et regrettions de n'avoir pas pris une voiture, lorsque notre négrillon nous fait entrer dans un grand jardin dans lequel nous voyons la petite église, au milieu d'un véritable parterre, et tout auprès la résidence du curé.
Nous montons les quelques degrés d’une galerie couverte, faisant véranda sur toute la face de la bâtisse, et sonnons. Un jeune homme blanc vient nous ouvrir et nous invite à entrer.
Nous demandons à voir le curé, lui disant que nous sommes deux prêtres du Canada.
—Le Père n’est pas bien, nous dit le jeune homme, il est retenu au lit depuis plusieurs jours, je vais aller l’avertir.
Il revient aussitôt en nous disant que le Père nous priait de monter à sa chambre,
Nous gravissons l'escalier et trouvors le Père souffrant
aller me trouverez saire. Et prendre le —Tr vos habitu nous trouv malaise, Le P.
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sur son lit, avec un peu de fièvre et retenu par un lumbago qui lui interdit presque tout mouvement,
—Mais quelle bonne fortune, dit le Père Strickland, car tel est son nom, m’amène deux braves prêtres du Canada, moi qui n'ai pas pu faire mon office dimanche dernier, et qui ne sais pas encore si je pourrai le faire dimanche prochain. Vous allez passer ici au moins une quinzaine.
= Ce sera affaire à régler plus tard; pour le moment, si vous voulez nous le permettre, nous allons aller célébrer si la chose peut se faire ?
—Mais certainement, et avec grand plaisir, puisque vous aller me remplacer. Veuillez-vous rendre à la sacristie, et vous trouverez là un servant qui vous donnera tout ce qui est nécessaire. Et à votre retour vous me trouverez debout, j'espère, pour prendre le café avec vous.
—Très bien, mon Père, mais ne vous gênez en rien dans vos habitudes. Nous serions très fâchés si, en passant ici, nous nous trouvians en quelque sorte une occasion d'augmenter votre malaise,
Le P, Strickland, qui appartient à la Compagnie de Jésus, est d’une forte stature et n’a pas encore atteint la soixantaine. Il est unglais d’origine, mais ayant étudié en France, il parle très bien le français, bien qu’il ait rarement occasion de le faire ici où la langue anglaise est presque la seule en usage. Il est le seul prêtre catholique de l’île, et sa congrégation ne dépasse pas 500 nous a-t-il dit.
Nous nous rendons à l’église, où nous trouvons quelques personnes qui y priaient. Un sacristain noir nous présente tout ce qui est nécessaire pour la sainte messe, et je me rends aussitôt à l'autel,
L'église, la sacristie, les lingos, les ornements, tout est ici dans une grande propreté. Cependant il n’y a pas de religieuses ici, comme dans les autres tles que nous avons visitées. On voit
que le curé est un religieux qui sait donner aux choses saintes 1e soin qu’elles commandent,.
M. Huart, malgré son malaise, célèbre aussitôt après moi Pendant son action de grâces, je pousse une petite reconnaissance dans un bosquet qui avoisine la sacristie et qui confine au cimetière qui se trouve aussi dans le même enclos. La plupart des arbres me sont inconnus, et je trouve aussi de nombreuses fleurs que je ne connais pas. Plusieurs tombes du cimetière en portent de superbes et bien soignées.
Le petit bulime, Bulimulus marielinus, que j'avais ren. coutré à la Dominique, se trouve ici aussi en quantité. Il va sans dire que j'en augmente davantage ma provision.
Revenus au presbytère, nous retrouvons le P. Strickland debout et en soutane ; il se met à table avec nous, bien que les douleurs lancinantes qu’il éprouve le forcent de temps à autres à certaines crispations des traits de sa figure.
Nous sommes enchantés de la conversation du bon Père,
“Il est anglais et né en Angleterre; sa famille en est une de ce petit nombre qui a su subir les avanies et les persécutions des Henri VIII, Elizabeth, Cromwell, sans broncher dans foi. Religieux, quoique vivant seul, tout est réglé chez lui comme s’il habitait un couvent. Sans aspirer au luxe, il est monté fort convenablement,
Chose assez singulière, tandis que Ste-Lucie relève de l'é vêché de Trinidad, ia Barbade, qui se trouve entre les deux, appartient au vicariat apostolique de la Guiane anglaise, sur ls terre ferme,
En mettant le pied sur la vérauda du presbytère, j'avais été frappé des superbes échantillons de mollusques, coraux, crustacés etc., étalés là comme dans un musée, Ce sont tous des spécimens des productions de notre île, nous dit le bon Père, ils sont à votre disposition,
—Je me garderais bien de vous en priver, répondis-je
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d'autant plus que je vois là certains échantillons très remarquables, sinon par leur rareté comme espèces, du moins par leur qualité comme spécimens. Je vois là des Strombes, des Casques etc, de dimensions hors lignes, et de conservation parfaite.
— Prenez, prenez, dit le Père, il me sera très facile de m’en pourvoir de nouveau.
Mais, reprit le Père, nous avons ici un M. Belgrave qui tient un magasin de tous ces objets, vous serez intéressés en visitant ses collections, je vais vous y faire conduire.
Et dix minutes après, son groom était à la porte avec la voiture. Nous montons dans le carosse et enfilons les rues de la ville en nous dirigeant au nord-est pour atteindre le bord de la mer. Le trajet nous parut passablement long, malgré les nouveautés qui frappaient partout nos regards, palmiers, caroubiers, cierges (cactus) gigantesques de 20 à 30 pieds de hauteur, agaves, fleurs de toutes sortes dans les jardins, sur les galeries, étalées partout, etc. Nous nous trouvons à peu près aux limites de la ville, et la voiture nous arrête à une muison en retraite sur la voie publique et devant laquelle nous voyons quelques singes à la chaîne, certains oiseaux etc.
Nous sonnons, et en attendant qu’on vienne nous ouvrir, nous lisons sur une pancarte : Museum open from 9 to 4 ; admission 1 shelling. Singulier magasin, dis-je à M. Huart, où il faut payer pour la seule inspection des marchandises,
Le propriétaire, un tout jeune homme encore, vient à la fin ouvrir et nous invite à entrer.
Les spécimens, sinon très nombreux eu espèces, sont tous remarquables par leurs dimensions, leur éclat, la symétrie dans laquelle ils sont rangés, et la constante propreté où on les tient. Quelques questions posées au propriétaire me confvainquent de suite que nous avons affaire ici à un industriel, de maigre
savoir, et qui attend meilleute aubaine des badauds étrangers visitant son étalage, que des homes de science désireux d’ajouter à leurs connaissances ou d'augmenter leurs collections. Très peu de spécimens portaient leurs noms, et j’ai pu remarquer que plusieurs mollusques.en avaient d’erronnés. Il va sans dire qu'il n’y avait aussi que des coquilles remarquables par leur éclat, strombes, porcelaines olives, casques, tellines, etc. L
A part les mollusques, il y avait aussi de nombreux coraux, des tortues, des serpents, des poissons volants, tous bien montés. On nous montra un coralliaire nouveau, pêché à la Barbade même, et de forme très singulière; mince, délié et très long, il avait l'apparence d’une tige de gr..minée, montrant des espèces de nœuds de distance en distance. M. Belgrave nous dit que l'ayant envoyé en Angleterre, on avait constaté que c'était une espèce nouvelle, encore innommée. On lui en avait offert £12, mais il n'avait pas voulu le céder à ce prix.
Le groom a le soin de nous ramener au presbytère par des rues différentes de celles que nous avions suivies en allant, afin de nous donner une connaissance plus parfaite de la ville, C’est à peu près partout le même aspect, rues propres et bien allignées, arbres superbes par-ci, par-là, couvrant les maisons de leur ombre, arbrisseaux à fleurs abondantes et du plus vif éclat, et partout sur les galeries, ravissants étalages de fleurs en pots, où nous distinguons surtout une très grande variété de bégonias, des géraniums, des fougères, etc., etc.
Revenus au presbytère, je ne manque pas de faire une minutieuse revue tant des étalages de la galerie, que du jardin et d’un petit champ qui se trouve auprès. Comme il y avait là de vigoureux bananiers, dont la plupart laissaient pendre leurs énormes régimes de fruits charnus, je remarque, ce que je n'avais pas encore observé, que le régime, à son sommet, a toujours un plus ou moins long espace du rachis dénudé, et se termine par
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une masse en forme de toupie, de cinq à six pouces de long sur trois à quatre de diamètre, et d’un beau violet presque sanguin. Le régime étant toujours pendant, ou dirait que cette masse est destinée à lui servir de poids pour letenir dans sa position. Je saisis l’un de ces poids, et je reconnais de suite sa nécessité et l'emploi qu’il a à remplir. Cette masse violette n’est rien autre chose que le bouton qui renferme les étamines, les pistils se trouvant plus haut à la suite des fruits. En soulevant les feuilles violettes de ce bouton géant, je trouve sous chacune les larges étamines jaunâtres, toutes gonflées”"de pollen. Le bouton se dépouille de ses enveloppes, pour permettre aux étamines de s'ouvrir, à mesure que les pistils placés plus haut sont prêts pour la fécondation. Aussi remarque-t-on que lorsque les bananes de la base du régime sont mûres, celles du sommet sont encore toutes petites ou à peine formées, C’est une inflorescence indéfinie.
Voyant sur la véranda dss écailles des cocos ouvertes qui émettaient de grandes feuilles vertes de leur intérieur,
—Mais ce ne sont pas là les semences du coco même qui ont germé et se mettent à pousser, demandai-je au P, Strickland.
— Non, ce sont des avocats ; il suffit de leur donner de l'ean pour entretenir leur végitation.
—Heureux pays où les avocats se contentent de l’eau claire ! ceux de chez nous sont beaucoup plus exigeants,
— Ceux-ci, voyez-vous, ne fréquentent jamais le palais, et se laissent volontiers manger, loin de manger eux-mêmes les gens. Mais nous avons aussi des avocats discipies de Thémis, et ici comme chez vous, leur boisson n’est pas toujours l’eau claire, et il n’est pas rare d'en voir qui, après avoir dévoré la.
subsistance de plusieurs familles, ne végètent encore que misérablement.
Les avocats dont il est ici question sont les fruits de l’Avo. catier, Persea gratissima, Nees, arbre de 36 à 45 pieds, de la fa. mille des Laurinées, qui renferme aussi le Camphrier, le Cannellier, le Sassafras, le Benjoin, le Laurier, etc. Les feuilles caduques, sans stipules, atténuées aux deux bouts, sont réticulées à leur face inférieure qui est pubescente et glauque. Les branches dans le jeune âge sont anguleuses et cotonneuses-blanchâtres.
Le fruit, qu'on appelle avocat ou poire-avocat, est une baie monosperme, de la grosseur du poing, portée sur un long pédicelle ; sous une écorce consistante, verte ou violette, il renferme une chaire butireuse, fondante, presque sans odeur. Sa saveur a quelque chose qui la rapproche de la noisette et de l’artichaut, Ce fruit est très estimé dans l'Amérique tropicale, mais les étrangers qui en mangent pour la première fois, le trouvent fade et l’assaisonnent avec du sucre ou du jus de citron. Les animaux en sont très fiiands. La graine ou noyau contient un suc laiteux qui rougit à l'air et tache le linge d’une manière durable,
Continuant mon inspection des pièces du musée de la véranda, je trouve des mollusques de plusieurs espèces et 4e très fortes dimensions, des éponges de différentes formes, des Atingas ou hérissons de mer desséchés, mais malheureusement déterriorés, ayant été rongés par des blattes, des groupes de coraux r«mifiés d’un blanc pur et de très fortes dimensions, des pierres, des fruits tropicaux, etc., etc.
—Je vais, me dit le P. Strickland, puisque la chose vous intéresse, vous préparer une caisse de ces spécimens ; de quelles dimensions la voulez-vous ? Celle-ci serait-elle suffisante, dit-il, en me montrant une caisse vide d’au moins quatre pieds carrés
—Mon Père, puisque vous poussez la générosité jusqu'à ce puint, ne vous donnez pas tant de peine, Je veux bien profiter de la bonne aubaine que je devrai à votre bienveillance, mais comme nous aurons le plaisir de vous revoir en retournant,
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—J raliste, m celles su toujours provision utilement mes spéci port, ont si attraya,
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je ferai moi-même le choix des pièces que je n'aurais pu me procurer à Trinidad, pour ne pas trop m’embarrasser en faisant double provision, et ne pas trop mettre votre musée au pillage. Je me contenterai de prendre, pour le moment, quelques petits mollusques avec ces deux petits échantillons de coraux, me promettant bien, au retour, de mettre amplement à contribution votre bienveillante générosité.
—Je ne suis pas, malheureusement, dit le Père, un naturaliste, mais les formes étranges des productions naturelles, de celles surtout qu’on a rarement occasion de rencontrer, m'ont toujours fortement intéressé, c'est pour cela que j'en fais une provision, et rien ne m'est plus agréable que de pouvoir servir utilement la science, lorsque j'en trouve loccasion, en offrant mes spécimens à ceux qui, mieux partagés que moi sous Ce rapport, ont pu donner plus d'attention à l'étude si intéressante et
si attrayante de l’histoire naturelle. Donc à votre retour.
Des deux spécimens de coraax où zoophytes que j'avais retenus, l’un était ramifié, à protubtrances nombreuses et scabres, d’un beau blanc pur. J’en possédais déjà quelques échantillons qui me venaient de Cuba. C’est le corail le plus commun que que l’on voit fréquemment, en branches ou masses ramifiées plus où moins considérables, sur les corniches des salons, dans certaines vitrines, etc.
On sait que les Polypes, les petits animaux qui produisent ces masses calcaires, appartiennent à l’embranchement des Radiés en histoire naturelle, c'est-à-dire à cette classe d’animaux dont les raembres rayonnent régulièrement d’un centre vitol, réduit, chez ceux-ci, à un simple sac couronné d’une bouche, On sait aussi que les bancs de récifs qui bordent les côtes du Brézil et de presque toutes les îles de l'Océanie, sont uniquement composés des masses de coraux que ces animalcules ônt entassées les unes sur les autres. Fig, 7.
Chez ceux-ci, comme chez les insectes et les autres ani. maux plus élevés, c'est le nombre, c’est la légion, qui l'emporte en puissance sur la valeur individuelle.
Let
Les polypes où animaux qui forment ces bancs de coraux, sont, comme je viens de le dire, très simples dans leur conformation, ne consistant qu’en un sac renfermé dans un pédicule plus ou moins consistant, couronné par une bouche autour de laquelle rayonnent des bras ou lanières qui sont les seuls organes mobiles de l'animal. Ils sont tous de très petites dimensions,
Fig. 7. Madr, pora asperu, Lana.
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les plus grands atteignant rarement un demi-pouoe de diamètre. Rien ne peut en donner une plus juste idée que les astères ou marguerites de nos jardins. Mettez une bouche à la place du disque central de l’astère en lui laissant ses rayons marginqus, et vous avez la forme exacte d’un polype.
On les appelle quelquefois animaux composés, par ce que les masses de carbonate de chaux qu'ils secrètent ne sont pas les écorces calcaires d'individus isolés qui se sont plus tard aglutinées en de telles masses, mais sont le produit d'individus sans nombre qui ont travaillé en commun à secréter ces masses arborescentes ou sphériques qui composent le banc. La tige centrale ou l’axe du polypier est quelquefois pleine et d'autrefois alvéolée, maïs toujours sans vie après avoir atteint une certaine dimension. Il n’y a jamais plus d’une à deux lignes d'épaisseur de la surface ayant la vie et donnant naissance à de nouveaux individus pour augmenter la croissance. Chaqne polype avec sa bouche et ses bras, émarge de cette enveloppe animée sous forme de bourgeon, ou se multiplie, dans d'autres espèces, par fissiparité, c'est-à-dire en se partageant en deux.
Dans les Actinies, le sac du polype est sans divisions à l'intérieur, mais ces polypes ne produisent pas de secrétions calcaires, tandis que chez les vrais polypiers, le sac porte de 4 à 8, ou le multiple de ces nombres, de divisions ou semi-cloisons, car le milieu est toujours libre dans leur intérieur.
Dans les Madrépores, auquel appartient la branche arborescente que j'ai mentionnée plus haut, la croissance du polypier a lieu comme suit. Le premier polype donne naissance à un bourgeon de l’un de ses côtés, et ce bourgeon continue sa croissance pour se couronner de son polype qui en produira d’autres de la même manière, de sorte que l’ensemble forme comme un arbre vivant, plus ou moins ramifié, qui va toujours en se développant tant par le sommet de l’axe principal, que par celui de chacune des branches,
Le nom de celui en question est le Madrépore hérissé, Madre-
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pora aspera, Dana, fig. 7, ainsi nommé par ce que les bourgeons qui portent les polypes sont très nombreux, piquants quoique non terminés en épines, et assez petits pour n'être considérés que comme des aspérités, relativement à la masse principale, Ce Madrépore, dont l'axe principal est poreux ou à loges cloisonnées, est un des plus communs, et avec son blanc pur et ses nombreuses ramificatiens, il présente souvent un ornement de corniche trés agréable.
Le second spécimen de corail que je prends a une toute autre apparence que le premier, et de fait, sa croissance et sa multiplication sont aussi bien différentes. Ainsi, tandis que dans le premier les nouveaux polypes originent de la surface du polypier, comme des bourgeons adventifs se faisant jour à travers l'écorce d’un arbre, dans celui-ci, les polypes, qui sont beaucoup plus volumineux, n'occupent que le sommet de chaque ramification. Lorsque le moment de se multiplier arrive pour le polype, la bouche commence par s’allonger à gauche et à droite, et bientôt une cloison se forme au milieu pour former deux bouches différentes, et dès lors chaque bouche continue sa croissance séparément en allongeant et élargissant le stipe ou tige qui la porte. Ainsi dans la fig. 8, on voit à gauche un polype isolé, et à droite un autre qui est en voie de se partager en deux. L'ensemble du polypier n'offre jamais de ramifications arborescentes comme dans les Madrépores, mais présente des faisceaux ou gerbes de tiges cylindriques, toujours tronquées au sommet et couronnées chacune de son polype vivant qui lui donne la croissance. Le nom de cette espèce est la Caulastrée fourchue, Caulastræa furcata, Dana, dont la forme présente un aspect tout à fait insolite et fort agréable.
Quoique chaque individu soit seul pour la croissance de son support dans cette espèce, il prolonge souvent ce support jusqu’à plus d’un pouce en lui conservant la vie avec plus d’un demi pouce de diamètre pour chaque support.
La base de ce polypier est toujours alvéolée, et chaque po-
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lype vivant présente à l'intérieur un grand nombre de lamelles rayonnantes, qui semblent se faire jour à l'extérieur en partageant le stipe en arètes longitudinales jusqu’à sa base. Les lamelles intérieures qui sont beaucoup plus larges, ont la marge interne unie, tandis que les extérieures plus étroites, c’est-àdire moins saillantes, sont crénelées et denticulées. Le polype dont l'enveloppe est d’un beau blanc au sommet, prend une teinte verdâtre à sa base à l'endroit où il se sépare de la masse sans vie qui lui sert de support, et l’on voit aussi vers le milieu du stipe une bande d’un verdâtre moins accentué, dans un léger étranglement, ce qui ne contribue pas peu à lui donner l’apparence d’une tige de plante florifère se renflant au sommet pour produire sa fleur.
Fig. 8.
Inutile d'ajouter que le polype de cette espèce, a la même forme que celui des Actinies, c'est-à-dire, que l'animal vivant qui occupe la cavité du réservoir pierreux qu’il secrète, se compose uniquement d’un petit sac sans autre ouverture que la bouche au sommet qui est entourée d’un grand nombre de ten- * Fig. 8,—Caulastræa furcita Dan»,
tacules ou lanières qui s’étalent à la manière des pétales d’une fleur, ét se referment aussi à la volonté de l'animal.
"Les polypes ont toujours été jusqu’assez récemment considérés comme des productions végétales. Il n’y a guère plus d’un siècle qu’on a reconnu que c’étaient de véritables animaux.
N'est-il pas”réellement surprenant aussi que des animaux svient privés de locomotion, attachés à des rochers, et sans forme rigoureusement déterminée, qu'ils forment ici des arbres, là des boules hémisphériques, mileurs des faisceaux de tiges florifères etc! Et ce qui pouvait confirmer davantage dans cette opinion, c'est que, retirés de l’eau, on ne voyait qu’une masse pierreuse, percée de trous nombreux, sans reconnaitre d'êtres vivants jouissant de sensibilité. Car retirés de l’eau, c'est à peine si des fragments de polypier laissent voir les animalcules renfermés dans chacun de ces trous, l’eau en se retirant semble avoir entrainé avec elle toute la matière gélatineuse constituant les hôtes vivants de chacune de ces petites loges. Aussi, pour observer les polypes et bien juger de leur forme, faut-il ne les voir que sous l’eau dans la mer ou encore bien mieux dans des bocaux de verre où l'on peut les garder vivants.
Qui aurait pu croire en effet que des arbres, mais à tronc pierreux, croissant.sous l'eau, se partageant eni branches et en rameaux qui se couvrent de fleurs nombreuses ét de couleurs très diversifiées, rouges, jaunes, violettes etc, pouvaient être soustraits au règne végétal pour être rangés parmi.les animaux ?
Mais on avait déjà reconnu dans quelques animaux, comme les poulpes, une certaine tendance à s'éloigner du système bipaire ; à part les yeux rangés de chaque côté, on ne voyait aussi dans le poulpe qu’un sae terminé par un bec formidable et couronné de dix bras ou lanières de très grandes dimensions, De là au sac encore plus simple du polype, la distance est assez rapprochée.
Mais c'eet surtout par les Actinies qu'on est parvenu à bien reconnaitre les polypes. Du moment qu’on constata que les Anemones de mer, jusque là aussi considérées comme pro-
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Les coralliaires ne sont-ils pas une preuve des plus concluantes, entre bien d’autres, de la puissance quasi illimitée des infiniment petits ? Voyez ces animalcules si petits, si peu consistants qu’on ne peut distinguer leurs formes qu’en les surprepant pour ainsi dans leurs retraites, dans leur logis sous les eaux ; qui, ramenés à ‘’:ir libre, ne laissent voir que leurs demeures, les occupants 4. mblant s'être enfuis avec l’eau qui s’est écoulée des pores criblant la masse pierreuse qui constitue leur maisons ! ce sont cependant ces êtres si faibles, si pauvrement organisés, qui n’habitent que les profondeurs des abtmes, incapables de se détacher du roc où ils ont pris la vie, ces êtres que pendant tant de siècles on a, d’un commun accord, exclus du règne animal, qui élèvent du fond des eaux ces constructions gigantesques qui constituent de véritables barrières à la navigation des puissants vaisseaux qu'on possède aujourd'hui. Ces chaînes de récifs qui protègent les côtes du Brézilet de la plupart des nombreux archipels de l'Océanie, ne sont rien autre chose
que des bancs de coraux, que les constructions de ces animalcules.
Voici le mode d'opérer de ces êtres quasi microscopiques.
L'animalcule en se séparant en deux, a d’abord produit un être à lui semblable, ceux-ci en ont agi de la même manière, en se multipliant toujours de la même façon ; chacun, en secrétant le carhonate de chaux pour constituer sa cellule, a ajouté à la masse commune, qui s’est allongée en dôme, en arbre, en ramifications de tout genre. Tout ce travail s’est opéré au fond de la mer, à des profondeurs que ne découvrent jamais les plus forts reflux, La.maase en ajoutant toujours à sa construction, a
vu ses habitants de la base s’éteindre ; un accident quelconque, un vent de tempête par exemple, activant les flots, a renversé l'édifice et dispersé ses débris; sur ces débris de nouveaux ani. malex!cs ont érigé à leur tour d’autres constructions, et ces nouvelles érections s'ajoutant toujours ainsi aux anciennes, l'édifice est parvenu à toucher à la surface de la mer, et aïnsi se sont formées, petit à petit, les chaînes qui aujourd’hui bordent les côtes des terres tropicales.
On a remarqué que les récifs de corail bordent toujours les côtes ou entourent les îles à une certaine distance des rives ; c'est que l’action des flots dans le ressac, surtout lors des tempêtes, n’a pu favoriser l'érection des constructions en dedans de ces limites.
Que d’autres objets intéressants se trouvent encore dans ce musée ! mais je remets au retour à en faire une plus ample connaissance, car voici le moment qui arrive de retourner à notre vaisseau,
Le bon P. Strickland toutefois n’a pas voulu nous laisser partir sans se donner le plaisir, disait-il, de nous faire faire une promenade en ville.
A l’aide de son groom il parvint à se hisser dans sa voiture et nous invita à y prendre aussi place, et, conduisant lui-même sa superbe bête, il nous fit voir l’autre partie de la ville que nous n'avions pas encore visitée. C’est à peu près le même aspect que dans la première, maisons superbes, fleurs à profusion sur les vérandas, faces noires partout et surtout très nombreuses dans les rues, résidences princières en certains endroits, etc., etc,
Revenus au presbytère, nous allons à quelques pas seulement, de l’autre côté de la rue, prendre une chaloupe qui nous ramène à notre bateau. Nous n'avions pas remarqué en venant le matin ; que nous suivions une direction à peu près parallèle au bord de la mer du côté sud, etque l’église catholique, quoique un peu distante du port, se trouve encore tout près de la mer.
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Strickland, en ne lui marchandant pas les remerctments pour tant de bienveillance, et en lui promettant bien une nouvelle visite au retour, puis, sautant dans la chaloupe, un quart d’heure après nous sommes de nouveau sur le pont du Muriel qui était tout prêt pour le départ.
Tous nos compagnons sont aussi de retour, et chacun se plait à raconter ce qu’il a pu observer de nouveau.
Madame Parrock ne vante guère la galanterie des faces poires de la Barbade, Comme elle se rendait à Trinidad pour y demeurer, elle avait tout son ménage avec elle, et de plus, une fort jolie petite chienne qui la suivait partout. Ayant voulu prendre place dans un tramway, le nègre conducteur lui en défendit l’entrée, bien qu’elle portât sa favorite dans ses bras. “ Ces nègres, ajoutait-elle, feraient bien mieux de se montrer plus exigeants sous certains rapports, et moins sévères lorsqu'il s'agit de convenances dont l’omission ne peut offenser personne.”
La Barbade est la plus orientale de toutes les Antilles, aussi est-elle la dernière terre que touchent les Steamers en
route pour l’Europe, et la première où ils abordent en revenant,
Elle est située par les 13° 5’ de latitude nord, et 62° de longitude ouest de Paris.
La Barbade est après la Chine le pays du monde le plus densément peuplé eu égard à son étendue. Elle compte 162,000 habitants, et n’a que 162 milles carrés en superficie, ce qui donne 1000 habitants par'mille carré. Sur ce nombre de 162,- 000, les blancs ne comptent que pour environ 12,000, les 150,- 000 autres étant tous de race colorée.
La Barbade est essentiellement anglaise, ayant été possédée sans interruption par l'Angleterre depuis 1625, Dépourvue de hautes montagnes, l’île offre moins de vues pittoresques et grandioses que ses autres sœurs du Vent, mais elle présente de superbes plaines pour la culture de la canne à sucre surtout, eu égard au manque presque complet de rivières pouvant donner des vallées humides se prêtant mieux à d’autres récoltes,
Nous voilà enfin en route pour notre dernière étape. Comme la Barbade est l’île la plus orientale, nous suivons une direction exactement sud-ouest.
Le vent qui nous vient directement du sud, pourrait nous nuire s’il était plus fort, maïs c’est à peine s’il imprime à notre bateau de lents balancements que nous sommes habitués maintenant à supporter sans nous plaindre. Nous avons plus à lui reprocher les chaudes haleines qu'il nous apporte de l'équateur, que l'agitation qu'il produit sur les vagues.
Trinidad, jeudi 12 avril.—Tout le monde se plaint ce matin sur le pont, de la nuit chaude qu'il a fallu passer dans les cabines, cependant, malgré le mauvais sommeil qui a été le partage du plus grand nombre, on voit la joie éclater sur toutes les figures, c'est que bientôt, dans quelques heures, nous serons au terme de notre course. Déjà se préparent les opérations du débarquement ; les écontilles sont ouvertes, les cabestans sont montés, et le gros bagnge tiré de la cale sur le pont,
Vers les 9 heures, nous nous amusions à observer des légions de ces petits poissons volants qu’on appelle titiris, nous novs plaisions à noter comme souvent quelques uns filaient une longne course avant de se remettre à l'élément liquide, lorsque tout-à-coup nous distinguâmes une terre à gauche, assez éloignée encore, cependant déjà bien distincte, C’est l’île de Tobago, nous dit le capitaine, dans quatre heures au plus nous serons ancrés devant Pcrt-d’Espagne.
Ainsi soit-il, dis-je à M. Huart, car malgré les nombreux sujets d'étude que m'a offerts cette navigation, j'ai grande hâte de pouvoir me livrer, au moins pendant quelques jours, à des observations plus attentives, sans être contrôlé par des ordres de départ qui sont venus tant de fois interrompre les jouissances dans lesquelles je me complaisais.
Et moi donc, fit celui-ci ; je vous le répète, les plaisirs de la navigation sur mer ne se compteront jamais chez moi que par du négatif, ce sera toujours un désagrément plus ou moins
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plaisirs noi que moins
prononcé ; si jamais je suis à même de jouir du far niente, ce ne sera certainement pas sur mer que j'irai le prendre.
Mais bientôt nous voyons les hautes montagnes qui couronnent l’extrémité nord de l’île de Trinidad se dessiner devant nous, avec des flots distincts qui se confondant dans la perspective, semblent liés à la terre ferme du Vénézuela dont ils ne sont séparés ici que par un passage de vingt à vingt-cinq milles de largeur. Or c’est dans ce passage qu’il nous faut entrer, car c'est
sur la côte ouest de l’île que se trouve Port-d’Espagne, sa capitale, où nous devons prendre terre.
Poursuivant toujours notre course, nous nous engageons bientôt dans le passage qui sépare le premier îlot de l’île principale, pr ge assez étroit, n'ayant guère plus d’un mille de largeur.
Les montagnes qui sont ici fort escarpées, sont comme toutes celles des autres îles, tout couvertes de végétation
jusqu'au sommet, d’où nous concluons qu’ellss appartiennent aussi à la même formation.
Mais déjà nous venons à peine de laisser derrière nous l'ile qui, à notre droite, formait le passage où nous sommes engagés, et nous sommes tout étonnés de ne plus distinguer au delà la terre ferme que nous voyions auparavant. C’est que nous nous trouvons dans le golfe de Paria, qui se creuse fort avant dans l’intérieur du Vénézuéla, et se termine par une pointe vis-à-vis chaque extrémité de l’île de Trinidad, Imaginez un immense fer à cheval de trente lieues de longueur qui rapproche les branches de sa base de chacune des extr'mités de l'île, nv laissant qu’un étroit passage de cinq à six lieues à ces deux extrémités entre l’île et la terre ferme. Dans les temps de gros vents, ces passages deviennent presque infranchissables, resserrés que sont les vents entre ces montagnes de part et d'autre, Heureusement pour nous que le vent, quoique debout, est assez paisible, cependant nous sentons que la mer est beaucoup plus agitée à mesure que nous avançons ; le temps est aussi couvert, et tout nous annonce que nous allons avoir un grain.
Nous suivons avec curiosité la côte à notre gauche qui n'offre que par. ct par-là quelques établissements, et bientôt nous nous trouvons dans la rade de Port-d’Espagne. La ville, qui s'étend sur une plaine basse au pied des montagnes, n'offre que peu de points saillants de l’endroit où nous sommes, à part une certaine construction que nous voyons sur une colline, droit en face, construction que nous prîmes d’abord pour un phare, mais que Mad. Parrock, native de l'endroit, nous dit être la chapelle de l’Aventille, chapelle dédiée à la Ste- Vierge sous ce titre,
A mesure que nous avançons, le vent semble augmenter d'intensité, et commence à nous amener quelques grains de pluie.
Nous jetons l'ancre à deux bons milles du rivage, dans le voisinage de quelques autres vaisseaux qui se trouvent là, parmi lesquels il en est un dématé, plus grand que les autres, qui sert comme dépôt pour le charbon,
Aussitôt arrêtés, nous descendons dans la première chaloupe venue et nous dirigeons vers la terre.
La houle est passablement forte, et nos parapluies que nous sommes obligés de tenir tendus, offrant encore plus de résistance au vent, rend fort pénible pour les deux vigoureux nègres qui sont aux rames, la lutte qu'ils ont à soutenir contre ces obstacles réunis.
Je commençais à craindre à part moi, en voyant la sueur qui ruisselait sur leurs figures, qu'ils ne vinssent à bout de forces avant d'atteindre le rivage, lorsque je les vis se diriger derrière un vaisseau ancré devant nous, pour faire une halte en se tenant à son gouvernail.
Nos matelots remis; nous poursuivons notre lutte contre les éléments, et atteignons bientôt le quai.
Notre menu bagage réduit à une simple formalité pour nous l'inspection de la douane.
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n'offre Nous montons dans la première voiture couverte qui se is noce trouve auprès, et, fouette cocher, chez les Pères Dominicains. s'étend Nous traversons un bloc, et tournant à droite, nous nous +48 trouvons en face de la cathédrale, que précède une vaste place pu de publique, ornée de deux rangées d'arbres’ gigantesques faisant jroit en ils à v.ute au milieu.
harelle La voiture s'arrête droit au flanc de la cathédrale, en face ie d'une vaste résidence, le couvent des Révérends Pères, le Fr pouëbytè, comme l'appelle notre automédon noir. Nous entrons, gmenter et cinq minutes plus tard nous nous croyions chez nous, tant rains de l'accueil qu’on nous fait paratt cordial et bienveillant.
Nous voici donc rendus au terme de notre course. Quelle , dans le distance nous sépare de nos foyers ! calculez. Québec est à vent là, 47048’ de latitude, et Port-d’Espagne à 10°, c’est donc en tout 3 autres,
37 degrés, multipliez par 25, et vous avez 925 lieues ; ajoutez à présent les degrés de longitude, vous avez plus de 1300 lieues entre ces deux villes.
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