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Là, su quilotte à li, li péci gnon ti tache,
Di poussière tout blanc, gros con gnon pistache, Li tiré gan à Gi, aussitôt li vouer ça,
El fou gnon chiquinotte 1à sur tache là,
Au coup, li tend soudain, gnon train con gnon tonnerre, Avec fouacas, vini faire trembler la terre,
Et gnon petit bonhomme, espèce di zombis, Soti dans tache là, en pétant des grands cris ; € Ta faire moé ben mal! Ta blessé moëé dans l'âme, Li hêlé tout en feu ; foulcamp con gnon flassame.” Pitit poussière là, bouge là té couché, C'était li papa-là qui voye effarouché, . Not’ hom là rété couac, quand l’aute disparaite, Con gnon voué concougaut ; et li trouvé li b'te, Quand il dit en li-même, avec l'esprit troublé : Mi moune; c’est poussière au vent qui qua volé ! rss Baupor, dit Foxpoc.
Traduction,
Un jour, après-midi, la-haut, dans le village de Mahaut,— Un jeune homme riche, cossuement vêtu, —$Se dandinsit en se mirant dans une glace.—Il était noble soi-disant et descendait d’une grande famille. —Il était fier, méprisant, rempli d'ambition,—Parce qu'il avait une petite situation. — Une petite montre au gousset, une vieille haridelle bonne pour l'équarrisseur,—Qu'il était fils de madame Champagne.—Pourtant son grand père était un nègre ibos,—Mangeur de caïmans, de coquillages et de grignogo.—Il avait ce jour là une belle redingotte, — Avec pagottes en beau velours noir,—Un gilet de piqué blanc. —- Pendant que ce beau monsieur—Fuisait le fier, tout comme un grand pacha,— Sur son pantalon, il aperçoit une petite tache —De poussière blanche, large comme une pistache. —Il tire son gant aussitôt qu'il a vu cela—Et finnque une chiquenotte sur la tache en question, —Au coup, il entend soudain un bruit de tonnerre, — Venant avec fracas, faire trembler la terre, —Et un
t Foxpoc.
Mahaut,— ndinsit en et descenmpli d'amne petite l'équarrisurtant son de coquilù ingotte, — iqué blanc.
ut comime betite tache Il tire son henotte sur n bruit de
à ,—Et un
petit bonhomme, espèce de zombi,—Sort de la tache en poussant de grands cris.—“Tu m'a fait grand mal! Tu m'a blessé jusqu’à l’âme !” — Dit-il en fureur ; et il disparait comme un éclair.
—Le brin de poussière que ce quidam avait touché, — C'était l'âme de son père qu'il avait effarouchée.
—Notre personnage resta coi, quand l’autre eut disparu— Comme on voit une coucouille (1).—Et il se trouva vain— quand il réfléchit dans son trouble :—“ Voilà bien l'homme ; un peu de poussière qu'emporte le vent...
On dirait que les noirs ont horreur du bon langage, car dans les colonies anglaises de longue date, comme la Barbade, par exemple, les nègres ont un patois anglais, calqué sur celui du français, et tout aussi inintelligible pour les étrangers.
Peu de pays, je pense, peuvent offrir une mosaïque aussi variée de population que Trinidad, car en addition aux espagnols, français, anglais, portugais, nègres et indiens qui forment la partie principale de cette population, il faut compter aussi les chinois, qui, importés comme cultivateurs, ont bientôt aban-
donné le travail des champs, pour se louer comme jardiniers ou
s livrer à diverses petites industries.
En disant “indiens,” j'entends les coolis ou habitants des Indes Orientales (2), car pour les indiens aborigènes, les anciens Caraïbes, ils sont entièrement disparus de Trinidad et de presque toutes les autres îles, à part la Dominique où il s'en trouve encore un petit noyau, comme je l'ai mentionné plus haut,
Par un acte d’humanite qui l’honore, l'Angleterre en 1834, (1) Coucouille, mouche-à-feu.
(3) Dans l’extrême Orient, comme au Japon, on entend par ooolis, des hommes de peine. !
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décréta l’affranchissement de tous les esclaves de ses possessions d'Amérique, et depuis cette époque, et même plusieurs années auparavant, aucunes nouvelles recrues africaines ne sont venues s'ajouter aux noirs qui s’y trouvaient déjà. La population actuelle est donc la descendance des premiers esclaves qui se sont multipliés entre eux et se sont plus ou moins alliés avec des coolis ou des chinois, car pour des alliances légitimes avec des européens, elles ont toujours été extrêmement rares. Je dis alliances légitimes, car du temps de l'esclavage, là comme partout ailleurs, les jeunes esclaves ont toujours offert un puissant appas au libertinage de leurs possesseurs, si bien que la population actuelle est presque entièrement composée de mulâtres, et compte peu de familles de race noire pure.
Ces alliances irrégulières ont été tellement fréqr 2ntes, qu'elles constituent encore aujourd’hui la plus grande plaie dans la moralité de ce peuple, d'ailleurs sobre, paisible, frugal, et certainement religieux ; et celà dans toutes les Antilles. Sur douze, quinze baptêmes qui se font à Trinidad, à la Martinique etc., à peine 4 ou 5 sont légitimss. (C’est à 3h. P. M. que se faisaient les baptêmes à Port-d'Espagne, Le prêtre en arrivant à la sacristie commence par enregistrer les noms. Il voit
4, 5 enfants qu'on présente, La première question est toujours
celle-ci: cet enfant est-il légitime ?—Non, mon Père, Celui-ci ? non, mon Père; celui-là ? nou mon Père ; cet autre ? Ouit mon Pèr, avec satisfaction, On n'en rougit pas ; on n’objecte pas à l’admettre. La chose est si commune, qu'il semble qu’elle n’a rien qui doive surprendre. Cependant, comme on est très avide d'éclat et d'honneur, les parents des illégitimes ont grand soin de ne jamais présenter leurs enfunts qu'en compagnie des légitimes, afin d’avoir les honneurs de la cloche. Quatre, cinq voitures, le plus souvent à deux chevaux, détalent sur la place, au bruit étourdissant des cloches en mouvement, reste aux curieux à deviner auxquels dans le nombre s'adresse ce carillon,
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Ce peuple est certainement religieux, pil en a le sentiment, et ne rougit nullement de sa foi. Voyez les églises s’emplir, non seulement aux offices du dimanche, mais même aux messes sur semaine, aux prières de l’archiconfrérie etc. Que de fois j'ai été étonné et édifié, en voyant de la fenêtre de ma chambre, ces noirs se découvrir en passant vis à vis la cathédrale, faire un grand signe de croix, et malgré le?soleil brûlant de ces latitudes, ne remettre leur coiffure que lorsqu'ils avaient dépassé les limites du temple saint.
=.Vous dites, mon Père, disais-je à un prêtre résident, que votre peuple est religieux ; mais comment accordez-vous cela avec sa coutume de ne faire bénir les mariages qu'après quinze, vingt et trente ans d'union? Le tiers de vos ouailles vit dans le concubinage ; où est leur religion ?
—C'est la grande plaie du pays, mais dans le fond, ces geus ont la foi et le sentiment religieux.
—Ne pouvez-vous pas parvenir à abolir cette abominable coutume ?
— Nous y travaillons de toutes nos forces, ?sans pouvoir y gagner grand'chose.
—Quelles raisons donnent-ils pour s’excuser dans de semblables écarts 1
—C'est toujours le manque de moyens qu'on fait valoir pour satisfaire aux exigences de la coutume, Comme on est ici très avide de démonstrations pour les mariages, baptêmes et funérailles, il ne fout pas moins de $150 à 8200 pour une noce ordinaire, Il faut couvrir la future de soie, la pourvoir de bijoux, s'habiller soi-même en drap fin, payer les voitures etc., et comme on n’a pas le gousset assez garni pour répondre à de telles dépenses, on remet la fête à une autre époque, *en cohabitant ensemble en attendant, ou plutôt l’on s’autorise de la coutume pour mettre ainsi de côté les lois de l'église,
—Mais pourquoi ne pas les marier sans cérémonies, secrè-
tement s’il le faut, même à leur domicile si nécessaire, pour mettre leur conscience en sureté ?
—Oh ! c'est ce à quoi nous ne pouvons les amener, malgré toutes nos remontrances et sollicitations.
— Hé bien, mon père, je pense qu’il y a au fond une autre raison que celle qu’ils allèguent. On en a vu, m’a-t-on dit, qui, ayant fait bénir leur mariage après trente ans d'union, ne sont pas demeurés ensemble ensuite plus de quinze jours, incapables de s'accorder, Ne voyez-vous pas là le manque de confiance réciproque dans les engagements de part et d'autre? et la large part qu’il faut faire au caractère de ces fils d'esclaves habitués à n’agir que sous le frein de la menace ? Avec cette union sans engagement, le mari se dit que s’il maltraite sa femme, elle s’enfuira ; et la femme de son côté, que si elle ne satisfait pas son mari, il la chassera. Mais du moment qu’ils savent que le lien est indissoluble, chacun veut faire valoir sa maîtrise, et l’accord n’est plus possible.
Je pense, en effet, d'après tout ce que j'ai pu connaitre, que c’est là la raison capitale de ces unions illégitimes,
Mais ces nègres sentent tellement la réprobation de ces
unions irrégulières qui avoisinent, avouons le, la promiscuité
des sexes, que chez eux on ne tient pas compte de sa filiation, et que la plupart, surtout parmi les femmes, cachent avec soin leur nom; on en a même trouvé qui l'avaient perdu complètement,
Un médecin se rend un jour dans une campagne, pour la vaccination des enfants, Il {rencontre une petite fille dans le cours de ses opérations, et s'adresse À celle qui l'avait amenée, Le conversation est en anglais,
— Are you this child's mother !
| —Ÿes, sir, is ms darter,
— What is your name!
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—(Avec impatience étant à plusieurs milles de sa résidence et étant pressé par la faim): Ves, I ask you what is your name ?
—(Avec hésitation): Dey does caal me Sal.
— Well, Sal what ?
—(Avec assurance mais avec un soupçonneux coup d'œil sur tous ceux qui étaient là): Dey does allus’ caal me Sal.
—(Avec colère): Oh ! botheration, will youtell me your proper name or not ?
—(S'approchant du docteur, avec répugnance, elle lui murmure dans l'oreille sur le ton le plus bas possible) : Delphine Segard.
— (Avec un dédain évident): Then why couldn't you say 80 !
Craignant que leurs noras n’évoquent qtelques fâcheuses réminiscences, elles préfèrent les taire, et voila comment il arrive que ces noms demeurent le plus souvent inconnus du plus grand nombre, et viennent parfois à se perdre complètement, Nul doute qu'avec une telle manière d'agir, bon nombre de mariages ne soient canoniquement nuls par des empêchements de parenté qu’on n’a pas pris soin de découvrir,
Non, me disait un jour, un homme qui connaissait bien ces nègres, ce n’est pas là un peuple religieux, il conserve une certaine religiosité apparente, mais pour le véritable sentiment religieux, il ne l’a pas. ,
Je n'oserais, quant à moi, souscrire à un tel jugement ; je sais que ce peuple-enfant réfléchit peu, résiste difficilement aux idées qui ont cours chez lui, la paresse chez lui est aussi inhérente aux opérations de l'esprit qu'aux mouvements du corps,
J'ai précédemment mentionné, en passant, quelques unes des productions naturelles de Trinidad, je veux ici — la liste des principales,
Bien que Trinidad ne possède aucune mine de métaux précieu:, elle renferme cependant des minerais qu'on pourra peut-être exploiter avec avantage plus tard. Le fer surtout parait y être très abondant. Des échantillons tirés de l’tle de Gasparillo dans le golfe de Paria ont donné 61.56 par cent de fer pur, et d’autres tirés de la vallée de Maracas 67.16 par cent !
L'or, l’argent, le cuivre, le mercure, l'étain, n'ont pas encore été signalés dans l'île,
Mais sa mine la plus précieuse et sa plus abondante est l’asphalte, qui s’y trouve en immense quantité, et dont la demande va toujours croissant tant sur les marchés d'Amérique que sur ceux de l'Europe. Les journaux de tous les pays ont mentionné tour à tour le lac de bitume ou d’asphalte de La, Bréa, . dans l’île de Trinidad, qui est une source abondante de revenu et qui parait inépuisable. On en tire chaque année des milliers de tonnes et toujours la surface demeure la même, Ayant fait la visite de ce lac, je. donnerai de plus amples explications sur ce qui le concerne, lorsque j'en serai rendu à le mentionner dans le journal que je poursuis de mes excursions dans l'le,
Il se trouve aussi des carrières de gypse très abondantes près de St-Joseph, mais on n'en a à peu près tiré encure aucun parti jusqu’à ce jour,
Peu de pays au monde peuvent égaler Trinidad pour la fertilité de sou sol et la variété des cultures dont il est susceptible, Toutes les productions des régions intertropicales peuvent y réussir : la canne à sucre, le cacao, le café, le coton, le mi.is, le riz, le tabac, l’indigo, les épices de tout genre. Même variété et même abondance pour les fruits, tels que : ananas, oranges, citrons, bananes, sapotilles, mangos, pastèques, pommes d’acajou, pommes de cythère, barbadines, ignames, grenades etc.
Et que d’autres cultures pourrait encore y faire propérer l'industrie ! Les céréales, par exemple ; il suffirait d’en tenter
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la culture pour être sûr du succès. L’avoine que l'on fait venir de New-York ou des Provinces Maritimes, s’y vend d'ordinaire 4 gourdes le baril de trois minots. Nul doute qu’une telle culture ne puisse être très remunérative si on la tentait,
Il en serait ainsi du blé,
On ne voit ni fraises, ni framboises dans ces tles. Le curé, de Roseau, dans la Dominique, fit venir l'année dernière des plants de fraisiers et en planta un carré de son jartin, et dès la première année il eut une récolte très satisfaisante.
Mais il en est ici comme partout ailleurs, la routine exerce un empire souverain qui paralyse tout progrès. La culture de la Canne à sucre a été autrefois très rémunérative, et on s'est voué presque exclusivement à la canne à sucre. Le cacao, le café, le coton, le riz, ont été à peu près abandonnés pour livrer tous les champs à la canne à sucre.
Ce n’est pas le nègre avec la paresse qui le caraotériià et son quasi mépris pour les aisances de la vie, qui cherchera à améliorer sa position par quelque industrie nouvelle. Pour lui, pourvu qu’il puisse se remplir le ventre, peu importe la qualité des aliments ; il fait sans peine le sacrifice de ses goûts, devant les labeurs nécessaires pour améliorer sa position. Et les blancs, propriétaires d'usines et de terrains, trouvant leur affaire—ils sont d’ailleurs tous riches—dans la culture de la canne, ne songeront nullement à porter leur vues ailleurs.
Mais voici que la betterave, qu’on cultive aujourd'hui sur une vaste échelle en Europe, menace de supplanter la précieuse canne. Le sucre a déjà subi une baisse considérable. Aussi commence-t-on à s’allarmer dans les îles. Et n'étaient les bas prix avec lesquels on s'assure le travail des nègres, la concurrence deviendrait impossible. Un propriétaire d'usine me disait que l’an dernier sur une expédition qu'il avait faite à Londres, il n’a pu obtenir que 82 par barril de 196 livres de sucre, Nulle culture ne peut devenir payante à ce prix. Aussi songe-t-on,
depuis quelques années, à faire une plus large part à la culture du cacao. Nul doute qu'on en fasse autant pour le café dont les produits de Trinidad jouissaient déjà d’une excellente réputation en Europe.
On a aussi tenté la culture du thé; mais était-ce dû à la préparation, bien qu'on eut des chinois pour l'opération, on n’a pas été satisfait du résultat. Les quelques pieds que j'en ai vus av jardin botanique paraissaient cependant forts et vigoureux.
Trinidad avec une population de 172,000 âmes, n’a cependant pas de gouvernement représentatif. Et ce qui est encore plus surprenant, c'est que le peuple ne veut pas en avoir.
Une commission royale, sur requête d’un certain nombre d'habitants, demandant cette forme de gouvernement, a siégé pendant le séjour même que j'ai fait dans cette île, et une très grande majorité des personnes entendues s’est prononcée contre, préférant l’état de choses actuel.
Le gouverneur qui est nommé directement par la reine, se choisit trois conseillers parmi les personnes les plus notables de la colonie pour former l'exécutif, Il y a en outre un conseil législatif composé de 14 membres. Tous sont nommés par la couronne, Ce conseil siège une fois par mois, et tous ceux qui ont des pétitions à présenter, sont admis à les faire valoir. Comme tous, gouverneur et conseillers, sont animés du véritable patriotisme, c'est-à-dire, veulent avant tout le bien du peuple et le progrès de la colonie, les affaires publiques sont conduites avec sagesse et une extrême économie, et l’on ne désire rien moins que le changement d’un tel état de choses,
On ne connait point là le favoritisme indu, les positions lucratives sont peu nombreuses, et petit aussi est le nombre des personnes qualifiées pour les remplir. Le mérite réel est le seul appoint pour les nominations aux emplois ; on ne connait là ni boodlage, ni entremetteurs, ni graissage. Il serait difficile de
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trouver un gouvernement plus économique. Cependant les améliorations publiques ne sont pas négligées ; le commerce, l'agriculture, l'éducation sont protégés. Sans viser au grandiose, les édifices publics sont convenables, des ponts nécessaires sont jetés sur les rivières, les routes sont en bon état. Le gouvernement possède nn chemin de fer de Port-d'Espagne à St-Fernando, 32 milles, et doit prochainement le pousser plus loin. L'exploitation du lac de bitume de LaBréa, donne de l'emploi à un grand nombre d'ouvriers en même temps qu’elle est un ressource précieuse pour la colonie, etc.
Comme j'exprimais ma surprise à l’un des témoins de la commission royale, de ce que l’on:préférait l'état actuel à un gouvernement représentatif, vous aimez done mieux, ajoutai-je, vous faire gouverner par un autocrate, qui vous impose sa volonté, plutôt que d’avoir voix au conseil de l'autorité qui vous régit ? :
—Votre surprise, repliqua-t-il, vient de ce que vous nous prenez pour un peuple homogène, comme le sont la plupart des habitants des autres contrées. Mais il faut compter ici avec les éléments hétérogènes dont se compose notre population. | Voyons quels sont ceux qui se partageraient l'autorité, si nous avions un gouvernement représentatif. Il va sans dire que n'ayant aucun attrait pour le communisme, il faudrait proscrire le suffrage universel. En exigeant une qualification foncière de la part des représentants, vous écartez du coup les trois quarts des nègres, qui ne sont pas propriétaires, resteraient les créoles avec les coulis ; or vous savez que les créoles sont très peu nombreux, et la plupart des coulis sont propriétaires. Car à l'expiration du terme de leur engagement de cinq ans, la plupart, d’après la convention stipulée d'avance, préfèrent rece- : voir la moitié du prix de leur retour aux Indes en argent et l'autre moitié en terres pour se fixer dans le pays. Ce sont donc ces derniers, les coulis, qui par leur nombre, au-
la Martinique, de la Guadeloupe et des autres colonies fran. çaises, se plaignent d’être à la merci des nègres par le suffrage universel, ce serait bien pis pour nous, nous serions à la merci des coulis, c'est-à-dire gouvernés par des mahométans, des boudhistes et autres payens.
—Mais sous une autocratie telle que celle qui vous régit, ne craignez-vous pas des abus d'autorité parfois ?
—Toute médaille a son beau côté et son revers, et, somme toute, nous pensons qu'il vaut mieux pour nous conserver l'état de choses actuel. Nous avons d’ailleurs recours à l'An. gleter lorsque nous nous trouvons lésés par l'autorité.
Il n’y a encore que quelques années qu’un conflit s'étant élevé entre le gouverneur et notre arpenteur général, M. Devenish, celui-ci fut sommairement destitué et mis à la retraite avec une pension de 8150 seulement par année, lorsque d’après la loi, il avait droit à 8800. Il porta aussitôt sa plainte en Angleterre; sa juste réclamation fut écoutée, le gouverneur fut aussitôt rappelé, et on répara l'injustice commise à son égard.
Sans doute que dans une colonie comme le Canada où nous jouissons d’une quasi indépendance, où le parlementarisme est depuis longtemps inféodé, il serait impossible de revenir À cet état de simplicité dont j'ai admiré le fonctionnement plus d’une fois ; d’ailleurs le nombre de notre population, son homo. généité quant à ses besoins et à ses aptitudes, et son degré de ci. vilisation, exigent des rouages beaucoup plus compliqués pour son gouvernement, mais sur plus d’un chapitre nous pourrions aller demander à cette colonie de nègres des exemples de sage administration, et surtout d’une économie réellement avants geuse au peuple. L'éducation peut nous en fournir un ex emple.
L'éducation tant supérieure que primaire et secondaire est sur un très bon pied à Trinidad.
Trinidad posède trois collèges pour l'éducation supérieur,
ment bérales, qui ma Ch des cor dlèves q concour:
pour all isen re en méd hauts ei britanni.
déploien trois an (1) L du Vénéz
lonies fran- dont le principal est celui que dirigent les Pères du Saint-Esprit, le suffrage comprenant d'ordinaire de 220 à 250 élèves. Le second est le s à la merci collège Bolivar, de langue espagnole ; la population parlant cette métans, des lsogue est assez peu considérable dans l’tle, mais, chaque année, un certain nombre d'élèves vient de la terre ferme se joindre à i vous régit DM œux de la colonie. (1) Enfin vient en troisième lieu le Queen's Royal College, de langue anglaise, qui donne aussi des cours classiques.
s, et, somme 18 Conserver Ce nombre de collèges pourrait être nuisible, sous un cu:irin ours à l'An. D mpport, eu égard à la population totale, si, comme en Cana, té. on était épris d’un certain engouement pour les études clussiques. Mais tous ces collèges ont des cours supplément: :es pour
‘ 2e l'éducation secondairs, qui peut convenir aux situations adm. : uistratives ou au commerce dans la colonie, et le ncinbre aite avec uns
près la loi, il d'élèves qu: poursuivent les cours jusqu'aux classiques latins et
1 Angleterre; M 87905 est toujours assez restreint,
fut aussitôt Mais les cours classiques ordinaires n'étant pas généralerd ment suffisants pour ceux qui aspirent aux professions li- > Canada où MR Wales, le gouvernement s'est encore astreint à pourvoir à ce lementarisme qui manquait sous ce rapport.
de revenir i Chaque année, d'après un programme connu d'avance, anement plus MR des concours ont lieu entre les trois collèges, et les quatre n, son homo. D ‘lèves qui ont obtenu le plus grand nombre de points dans ce n degré deci- D concours, sont gratifiés d’une pension de £150 pendant trois ans, pliqués pour JR pour aller suivre en Angleterre, les cours des hautes études ; pus pourrions D il en reviennent toujours avec les diplômes de docteurs en droit, nples de sage DE en médecine ou en génie civil, et peuvent aspirer aux plus ent avants BE hauts emplois civils dans toutes les possessions de l'empire rnir un ex britannique. Il faut voir qnel zèle et quelle application déploient les élèves pour ce concours annuel. Aller passer trois années en Angleterre aux frais du gouvernement, est
(1) Le collège Bolivar reçoit aussi une subvention du gouvernement du Vénézuéla.
e condaire est
n supérieur,
aussi un appoint bien capable de stimuler des jeunes gens MN rires ? pour s'appliquer à l'étude et l'emporter dans cette lutte, L'an dernier les PP. du Saint-Esprit fournissaient deux lan. réats sur Îles quatre. Si nos gouvernements parvenaient à s'affranchir de la quasi nécessité d'enrichir leurs supports pour se maintenir au pouvoir, c’est par dizaines qu’on pourrait porter les talents supérieurs, mais privés de fortune, à parfaire leurs études pour le plus grand: avantage de la communauté.
L'éducation des filles est dévolue aux Sœurs de Saint. Joseph de Cluny, dont j'ai déjà parlé plus haut. Confier l'édu. cation des personnes du sexe à des religieuses, c’est dire de suite qu’elle est éminement chrétienne, convenable, suffisante, et bien propre à faire reposer le plus grand espoir dans la gt. nération future pour le progrès bien entendu.
Les Sœurs dominicaines donnent aussi upe excellente édu-| cation aux orphelins dont elles ont la charge. À employai
Par
noir, leu phiques « Ne faut-i
lg, à un
L’orphelinat du P. Forestier, —Fruits nouveuux.—Chasse aux insectes. M. Devenish.—Chasse aux mollusques des plus faciles.—Excursion à S*-Fernando.—M, le curé Maingot; son personnel.—LaBréa ; le lat de bitume ; dîner de gourmet dans une hutte ; chasse aux mollur
ques ; un crustacée.—Les Sœurs de St-Joseph ; une liane étonnante. Mai —Jusectes lucifères, mollusques.—A la Pointe-à-Pitre avec M. Oser Le vrov da.—Une usine à sucre, ses diverses opérations.—M. Hawkins, P
résideace.—Une belle cigale.—Retour à Port-d’Espagne.
Mercredi, 18 avril.—Conduits par le P. Mannès, nou allons ce matin visiter l'orphelinat que tient le P, Forestier, avec un dévouement que rien ne saurait décourager.
—Combien avez-vous d’orphelins sous vos soins, demi dai-je au P, Forestier ?
—Le gouvernement, répondit-il, paye pour soixante, € j'en ai soixante-quatorze,
JX
Mais qui pourvoit aux dépenses de ces 14 surnuméjeunes geus MN nires ?
cette lutte, - Moi-même, avec mes industries à solliciter des secours, nt deux lau- Le bon Père, contre l’usage des autres dominicains, porte arvenaient à Mu barbe. Avec cette épaisse barbe blanche, par sa taille et uppOrtS pOur D même par quelques traits de sa figure, je lui trouve une ressemourrait porter DE bunce frappante avec le Frère Liévin, le franciscain de Jéruarfaire leurs EE giem qui dirige les pèlerins dans la visite des Lieux-Saints.
auté. Plus encore que ce dernier, c'est un type dans des allures qui rs de Saint. lui sont propres.
Confier l'édu- Par économie, il se fait instituteur de ses enfants. Nous
c’est dire de Msvons assisté à une leçon d’hindoustani qu'il donnait à ses élèves le, suffisante M de cette langue. Par dévouement, il s’est astreint, malgré ses dans la gBsixante ans, à apprendre cette langue difficile, pour sauver le
traitement qu’il était obligé de faire à un instituteur couli. Il a xcellente édu-MReu le bonheur de convertir au catholicisme, le boudhiste qu'il employait ainsi tant pour sa propre instruction que pour celle de ses élèves. Voyez-le, toujours armé de sa verge, et feignant ue sévérité outrée, entouré de ses marmots, près du tableau noir, leur faisant donner l'explication des caractères hiéroglyphiques déjà tracés, ou leur apprenant à en tracer eux-mêmes, Ne faut-il pas un dévouement sublime pour s’astreindre à son lg, à une besogne si ennuyeuse et si fatigante ?.....
Mais voici les 4 h. de l'après-midi arrivées, il faut aller x provisions pour le lendemain, il faut pourvoir aussi à un pantalon pour l’un de ses quatorze ou à une chemise qui manque dun autre. On ne parle pas des chaussures, car elles ont été mpprimées totalement,
Les enfants amènent donc le pacifique beaudet de l’établisxment dans les timons de la charrette. Cette charrette n'est ni crpheline ni veuve de ses ressorts, car elle n’en a jamais eus, Une simple planche en travers, appuyée sur les côtés, sans dossier ni coussins, forme le siège. Le Père, avec sa longue
5 aux insectes.
les.— Excursion LaBréa ; le lat sse aux mollur liane étonnante e avec M. Oser M. Hawkins, une.
Mannès, nou P. Forestier, er,
soins, demal-
soixante, €
barbe et son grand chapeau de paille, s’installe au milieu, et suivons-le sur ie marché, dont les chalands sont presque tous disparus. C’est d’abord au boucher qu'il s’adresse pour se faire céder des restes de viande qu’il n’a pu vendre, Ecoutons les dans la langue créole, qui paraît si bien convenir aux alterca. tions ; on les dirait en querelle, et ce n’est qu’un assaut dela part du Père pour solliciter une aumône, et une paisible résistance de la part du boucher rour s’y soustraire. Le boucher cède à la fin, et le panier commence à se garnir.
Puis passons à la marchande de légumes. Comme les femmes ont d'ordinaire la langue bien pendue, ce sont ici de véritables gros mots que l'on profère,
—Personne ne vient à mon secours, dit Ja marchande à l'air emporté, il faut que je gagne le pain de ma familles ; faitesen de même.
— Bien! ceci c’est pour moi ; mais mes pauvres enfants, les laisserez-vous mourir de faim ?
Tenez, prenez ce lot, mais que ce soit le dernier, que je ne vous revoye plus.
—Bien, merci ma bonne ; le bon Dieu vous tiendra compte de votre charité; et soyez sûre que vous ne me reverrez pas avant demain.
Et la bonne face noire de paraitre alors tout adoucie, et d’étaler les deux lignes de ses dents blanches par un sourire qüi semble dire : eh bien, demain, nous verrons.
Nous admirons la bonne tenue des enfants, et l'air de santé et de satisfaction que reflètent leurs figures. Tous sont simplement mis, mais propres. Les plus petits de 4 à 5 ans n’ont pas de pantalons, mais tous portent une modeste chemise, au lieu d'aller nus, comme on les voit partout dans les chemins.
L'orphelinat occupe un site magnifique, sur les confins de la cité et en élévation sur une hauteur ; ila vue sur toute
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‘la ville et le port. Ajoutons qu’il possède un vaste terrain que
cultive les enfants et qui constitue la principale ressource de l'établissement. .
Mais tout en admirant la bonne tenue de cet établissement, sous sommes étonnés du dénûment qui se montre partout, comparé avec l’ameublement de nos institutions similaires, La pauvreté n'est pas seulement théorique ici, mais elle est essentellement pratique. Nous passons dans le dortoir. On étend une natte de jonc sur les planches qui forment le fond de la œuchette, et avec un simple drap de serge rouge, le lit-est au complet, Durant le jour, nattes et draps sont enlevés, roulés dans un coin, et les couchettes sont converties en bancs. Ce manque de comfort est encore bien préférable à la terre nue des luttes ou au pavé pierreux et poussiéreux des rues qui étaient le partage de ces pauvres orphelins abandonnés à eux-mêmes,
Tout auprès de l'établissement du P. Forestier, se trouve, mais à un échelon d’une trentaine de pieds dans l'ascension de la colline, l’orphelinat des filles que dirigent des Sœurs dominicaines, Comme la chapelle commune aux élèves des deux sexes est adossée à ce dernier établissement, tous les matins, les garçons s’y rendent pour entendre la messe que leur ltle P. Forestier. C’est le seul office dont ce Père est chargé pour les Sœurs, car elles ont leur chapelain particulier.
Le P, Forestier m'ayant invité à venir célébrer sa messe de communauté le lendemain, j'accepte d'autant plus volontiers œtte invitation, que je vois dans les terrains qui avoisinent l'établissement un champ très promettant pour la cueillette des spécimens.
Je fuis dans l'après midi une chasse aux insectes dans le hrdin ; malgré les fréquentes visites que j'y fais, j'y trouve toujours quelque chose de nouveau.
Comme une partie de ce jardin est plantée en foin, je me pais souvent à fauchor à l’aveugle sur ce foin avec mon filet,
et toujours ce sont de nouvelles connaissances pour moi que je
recueille.
Malgré mes excursions en Floride et en Orient, je n'étais pas encore entièrement délivré de cette crainte exagérée que l'on se fait des animaux vénimeux habitant ces contrées. Comme je n'étais chaussé que de légères pantouffles, je m’imaginais chaque fois que quelque chose de résistant me touchait les pieds, devoir sentir bientôt un horrible serpent s'enroulant autour de ma jambe, ou se glissant dans mon soulier, l’un de ces affreux
myriapodes qu'on redoute tant ici, et contre la morsure duquel :
mon bas n'aurait pu offrir de protection suffisante, si bien que pour me mettre à l'abri de cette crainte je n’hésitai pas à monter à ma chambre pour revêtir des bottes plus résistantes.
Chaque coup de filet amène toujours de nouvelles sur prises. Parmi les nombreuses mouches, sauterelles, fourmis, coléoptères que l’on voit à chaque coup s’agiter dans le filet, je ne f18 pas peu satisfait d'y reconnaître une merveille de la création, non par sa taille et son apparence, mais par la singularité de sa conformation. C'est à tel point que ceux qui n'en ont vu que la figure dans des livres, hésitent à croire qu'il y ait réellement des êtres conformés de cette façon. Ce petit in. secte, qui appartient à l'ordre des hémiptères ou punaises, porte le nom de Cyphonie et se range dans la famille des Membracides. On sait que cette famille des hémiptères-homoptères se distingue d’une manière toute particulière par la singularité de ses formes; mais les Cyphonies l'emportent, je pense, sur tous les autres par leur forme anormale,
Le genre Cyphonia a été créé par Laporte pour des insectes de l'Amérique du sud, mais comme ma capture ne répond ni à la clavata, ni à la trifida qu’a décrites Fabricius, j'ai tout lieu de croire que c’est une espèce nouvelle et j'en donne ici la description (1).
(1) Cyphonie à-mauteau, Cyphonia chlamidata, sp. nov.
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A part les eucalyptus et les cocotiers qui bordent les allées principales du jardin, je remarque plusieurs autres arbres, de bonne taille et portant des fruits. L'un d’eux surtout était chargé de fruits de la plus belle apparence, ressemblant assez à des pommes de grosseur moyenne.
—Comment appelez-vous ces fruits, demandai-je au Frère jardinier là présent ?
— Pommes de Cythère.
—Sont-elles bonnes à mangvr ?
—Excellentes.
Comme ces fruits étaient fort élevés, je cherche sur le sol pour en trouver quelqu'un que je pusse goûter.
—Vous n’en trouverez pas, me dit le Frère, car les agoutis qui en sont très friands savent fort bien s’en emparer dès qu’elles tombent par terre. Mais je vais vous en faire tomber,
Et prenant une pierre, il vise un fruit des plus mûrs et le fait tomber sur le sol.
Je le goûte, et le trouve en effet excellent, bien qu’il soit assez pauvre en chair, le noyau en occupant tout le centre. Par sa chair tendre et son suc aigrelet, il me rappelle les nèfles que j’estimais tant en Europe.
Jeudi 19 avril.— Ce mutin, temps couvert et lourd, et à 10 b. pluie torrentielle, si bien qu’en moins de cinq minutes, les deux petits filets d’eau coulant de chaque côté de la rue, de-
Q—Long. .20 pce. Roussâtre avec le dos du thorax noir. Thorax en avant du milieu armé de 2 cornes en forme de celles des taureaux, vers le milieu, d’un fourche dont les branches se courbent légèrement en dedans, et se divisant postérieurement en un trident dont chaque branche porte une vésicule noduleuse terminée par une longue pointe plus ou moins courbée, la médiane atteignant presque l’extrémité des élytres ; celles-ci entièrement transparentes, laissant voir le eorps d’un verdâtre pâle. Pattes de la couleur du corps, les jambes et les tarses pâles terminés de noir. Son dos noir a toute l’apparence d’un manteau ou carapace ; tout le dessus porte de longs poils blancs épars.
viennent de véritables fossés, entraînant dans leur cours rapide tous les immondices obstruant leur passage.
Mais un quart d'heure a suffi pour faire fondre le nuage qui portait cette fraction de déluge, et le soleil de se remontrer aussitôt aussi pimpant, aussi miroitant et d'aussi bonne humeur qu'auparavant,
Grand dîner aujourd’hui au réfectoire gras, où l'archevêque avait été invité pour faire honneur aux deux visiteurs canadiens. Je dis réfectoire gras, pour le distinguer du réfectoire dominicain, où le silence et l’abstinence sont perpétueilement de rigueur.
Le vénérable archevêque a bien voulu proposer la santé des deux prêtres canadiens, en exprimant l'espoir que quelques uns de leurs compatriotes viennent répondre à la pénurie d prêtres qui se fait si vivement sentir dans ces îles, à moins, ajouta-t-il, que nos deux estimables visiteurs consentént, sans plus tarder, à se fixer ici et à devenir des nôtres hic et nunc.
Pour nous, ai-je répondu, des obstacles insurmontable: ne nous permettent pas de faire notre patrie de ce beau pays, qui nous plaît à tant de titres. Mon compagnon, qui est encore jeune, a voué ses aptitudes à une institution nouvelle qui lui ferait un crime de l’abandonner ; et quant à moi, le soleil est déjà trop bas sur l'horizon, pour commencer une nouvelle carrière devant duter trop peu. J'utilise les loisirs d’une retraite bien méritée après de longues années de services laborieux, en me livrant à l'étude des sciences ; mais bientôt je ne serai plus qu’un de ces vieux meubles inutiles qu’on relègue à l'écart, en attendant que le temps accomplisse son œuvre à leur égard. Tous ce que nous pouvons faire, c'est de promettre de diriger nos efforts pour engager d’autres prêtres, plus libres et en meilleure position que nous, à venir jouir de votre aimable hospitalité, pour répondre aux nombreux besoins que réclame le salut des âmes dont vous avez la charge.
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Vers les 2h., accompagnés du P. Hilaire, nous allons, avec la voiture des Pères, reconduire l’archevêque à sa résidence, et nous continuons de là chez M. Devenish à qui nous devions une visite depuis quelques jours.
M. Devenish, comme je l’ai déjà noté, est un type tout particulier. J’avoue que sa première entrevue ne m'en avait pas laissé une impression des plus favorables. 11 parle, il parle, il parle, de tout et de bien d’autres choses encore ; il chante, récite des vers italiens, anglais, français, fait des calembourgs, et ses discours qui n'ont ni queue ni tête ne m'avaient pas permis d'arrêter un jugement définitif sur lui. Je me sentais porté à le juger défavorablement. Il me faisait assez l'impression de ces bulles de savon, reflétant les plus vives couleurs, prenant parfois les formes les plus gracieuses, puis tout-à-coup, paf ! adieu forme, couleurs, charmes, la bulle est passée. Je croyais à tout instant voir mon Protée tomber dans l’insignifiance, et cette existence si promettante se terminer prosaïquement en queue de poisson. Cependant, me disaient les Pères, c’est un brave homme, un cœur d’or, qui a beaucoup vu, beaucoup lu, et sait beaucoup.
Comme une notice biographique avait paru tout récemment sur mon homme, je n'avais pas manqué d'en saisir et noter les points les plus saillants, et il me tardait de le rencontrer de nouveau, pour reconnaître la justesse des appréciations que l’on en avait faites,
Il vint nous recevoir sur sa véranda, avec force saluts et . civilités, chantant des vers de je ne sais plus quel poète dramatique,
—Vous m'avez trompé, lui dis-je, vous m'avez dit que vous étiez né sur mer, et c’est à Nantes, au milieu d’un bal que vous avez fait votre entrée dans le monde ; de là, sans doute, cette mobilité qui vous distingue,
—Je le veux bien ; car tant que l’homme se remue, qu'il
pirouette, gambade, sautille, avance ou recule, il se confirme lui-même qu'il vit et en donne aux autres la preuve ; du moment que tout mouvement aura cessé, ma foi, l’heure du dernier salut sera sonnée ; il y a soixante-quatorze ans que je m'agite pour convaincre tout le monde que cette dernière heure n’est pas encore arrivée pour moi, et j'espère bien continuer encore ainsi durant de longues années.
—Soixante-quatorze ans !...On vous en donnerait à peine soixante ?
Puis il nous introduit dans son riche salon, et nous présente à quelques amis qui se trouvaient là chez lui. C’est d’abord le Dr Léotaud, une célébrité de l’tle dont j'avais déjà entendu parler, puis un autre docteur, son beau-fils, et enfin un M. Thibo, un enfant du Danemark.
Il m'avait déjà dit qu'il avait exposé à Londres 235 espèces de bois provenant tous de Trinidad. Je tenais avant tout à voir ces spécimens, car je trouvdis vraiment extraordinaire qu’un si petit pays pôût contenir tant d’essences forestières, lorsque le Canada, par exemple, qui le décuple en étendue, en contient à peine soixante,
Mais avant d'arriver aux spécimens botaniques, il fallut subir l’histoire de toutes les gravures, bronzes, photographies qui se trouvaient exposés là. Plusieurs pièces dans l’ensemble, comme, par exemple, des cadres qui avcient orné les murailles de la Malmaison qu’habita la malheureuse Joséphinc, auraient mérité une attention toute particulière ; mais les moments étaient comptés, il fallait en venir sans tarder aux pièces les plus importantes à mon point de vue.
De ce premier salon, nous passons dans un second, non moins riche en objets d'art et en ornements de tout genre.
— Voyez-vous ce buste, nous dit notre hôte, en nous indiquant un plâtre sur une console ?.
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—Mais c’est vous-même, répondtmes-nous.
—]Imaginez-vous que l’an dernier m'arrive un visiteur qui se dit artiste mouleur, et.fait des instances pour prendre un masque sur ma figure.
—Ça ne me fera nullement souffrir ?
—En aucune façon.
—Tout à votre aise, pourvu que le procédé ne soit pas
trop long.
Il me fait donc fermer les yeux et m’applique sur la figure une pâte à demi liquide qui retient mes traits. Après quelques jours, mon homme m'’apporte une demi-douzaine de ces plâtres
et disparaît.
Ce mouleur avait trouvé que j'avais plus d’un trait de ressemblance avec Bismark ; ayant donc coulé, je ne sais, peutêtre des centaines de ces plâtres, il s’en alla à la Martinique, et les offrit là pour de véritables portraits du chancelier prussien. Quelques martiniquois se montrèrent assez disposés à faire un mauvais parti à ce marchand ambulant, qui venait ainsi les insulter en leur offrant le portrait du plus grand ennemi de la France; mais d’autres, mieux avisés, pensèrent que ce serait précisément donner de la vogue à la marchandise de contrebande en agissant ainsi, qu’il valait beaucoup mieux se cotiser pour débarrasser ce vendeur de sa marchandise et la livrer ensuite à la destruction. Ce qui fut fait aussitôt, Et bientôt on vit mon Bismark, mon portrait, sur tous les poteaux de l’île française, pour servir de points de mire aux balles des revolvers, ou de cibles aux gamins pour les souiller d’une ordure quelconque. C'est ainsi que ce masque en volant en éclats, ou en recevant des souillures, servit à satisfaire la haine des français pour les prussiens, et à garnir le gousset d’un pauvre diable. Et moi, comme Théodose après la révolte de Thessalonique, je porteis la main à mon front, et disais à mes amis: rassurez-vous, je ne suis point
blessé,
Allons, me dis-je, à part moi, nous ne parviendrons pas aux spécimens avant la fin du jour; cependant il a dit qu'il avait trois ou quatre rapports officiels à faire ce jour-là, peutêtre va-t-il se hâter davantage. j
Après divers épisodes au sujet de quelques autres biblots exposés là, nous voici enfin dans une cour intérieure qu'il nous faut traverser pour entrer dans une espèce de boutique où se trouvent ses spécimens,
Comme il y avait là un fort bel arbre sous lequel nous passions, oubliant la consigne, je commets la faute impardonpable de lui en demander le nom. Et sans plus tarder nous voici avec une leçon de botanique à n’en plus finir,
Nous pénétrons à la fin dans la boutique. Les spécimens sont là étalés. On n’a pas adopté un étalon commun pour leur préparation, leurs dimensions sont à peu près proportionnées à la taille des arbres qu’ils représentent, offrant des planchettes en parallélogrammes variant en longueur de 5 à 18 pouces et en largeur de deux à 15 pouces environ. La plupart montrent un bois à grain serré, à tissu superbe, à lustre brillant, pouvant faire dans la meublerie et l’ébénisterie des panneaux du plus bel effet,
M. Devenish m'avait déjà parlé des serpents venimeux qui se trouvent dans l’île et de la recette qu’il possède et qu’il prétend infaillible contre leur morsure. Comme en sa qualité d’arpenteur général il a exploré toute l’île, il est arrivé plus d’une fois que ses aides se soient fait mordre par des serpents
. dangsreux, et toujours il était parvenu à neutraliser l'effet du venin et à sauver ses hommes. ÆEcoutons-le un moment luimême.
“ Je m’entretenais un jour avec le gouverneur de la recette infaillible que je possède contre la morsure des serpents ; je pourrai vous en donner une preuve, ajoutai-je, quand vous le désirerez, car je garde chez moi vivant l’un de ces redoutables reptiles, le crotale muet, Lachesis mutus, Daudin,
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“ Quelques jours plus tard, c'était à la fin de mars, le gouverneur arrive chez moi.
—Faites-moi donc cette expérience du venin des serpents dont vous vous vantez de pouvoir neutraliser l'effet.
— Bien volontiers, j'ai ici tout ce qu’il me faut.
“ Avec un rasoir j'enlève, sur la cuisse d’une chèvre qui était dans ma cours, le poil de manière à laisser sur un petit espace, le cuir à nu. Puis, saisissant mon reptile des deux mains, je l’excite en le tourmentant, et lorsque je le vois fâché je lui approche la tête de la partie dénudée de la chèvre. Mais contre mon attente, le serpent se refuse à mordre ; je l’excite
davantage, et toujours inutilement, il ne veut pas ouvrir la bouche,
—C'est une blague que vons avez voulu me faire, dit le gouverneur, ce serpent n’est pas venimeux, car il ne se ferait pas prier pour mordre.
—Attendez, je vais vous expliquer la chose. Nous sommes en carême ; or mon serpent qui sait bien son catéchisme, ne voudrait pas manger de ‘viande devant un protestant. Revenez après pâques, et vous verrez qu'il en sera tout autrement.
“ Là dessus, milord de rire aux éclats, en admirant avec
quelle poRetane les lois de l’église étaient observées chez les catholiques. ”
M. Devenish nous exhiba les crochets de ce crotale qu'il avait conservés, Il avait fait passer un mince fil d'argent dans le conduit au venin que portent ces crochets. De même que dans les mandibules des araignées, ce conduit n’aboutit pas à l'extrémité du crochet, mais à quelque distance de sa pointe, On conçoit en effet que si le crochet était percé à son extrémité, le venin aurait peine à s'échapper lorsque la pointe s’enfoncerait dans les chairs, mais à quelque distance de la pointe, celle-ci peut facilement tracer son chemin, et comme elle est
courbée, elle laisse libre jeu au venin pour communiquer avec le sang de la victime.
Comme M. Syl Devenish, par sa position, son éducation, ses connaissances, ses liaisons avec les personnages les plus marquants de l’Europe, est sans contredit, la personnalité la plus en vue de la colonie, je glanerai, pour le bénifice de mes lecteurs, quelques traits des plue saillants dans la biographie qu'on en a publiée tout récemment. Je traduis librement de l'anglais.
Syl est l’ermite de l’opéra comique qui voit tout, entend tout, con-
nait tout, est partout, excepté là où vous croyez qu’il se trouve.
“Je puis certifier la présence de son chapeau et de son ombrelle sur la table de son bureau à midi; et il m'a appris lui-même que ce jour-là il avait, sans faute, cinquante rapports à déchiffrer, à corriger, à signer ; vingt lettres officielles à écrire età expédier; quelques programmes de concert, imprimés en lettres d’or, à mettre sous enveloppes, pour celui de Ste-Anne, ce qui n’était pas le moins embarrassant de ce qu’il avait à faire. Il avait une assemblée à la Zce house ; trois poëmes du baron Van Skalkuyck à annoter ; un engagement urgent au comptoir du père Ambard pour dette à acquitter, et tout le reste. Ce que dix têtes de calibre ordinaire ne pourraient faire pendant un mois, était pour lui affaire de vingt minutes ; car le voici à 2h. après midi à Maracas, au milieu de la vallée, à 12 milies de Portd’Espagne, et en quel accoutrement grand Dieu !
« Costume, tout merde d’oie, excepté le turban blanc roulé autour de son chapeau de liège.
“ Une bande de cuir blanc, avec une agraffe en cuivre plaqué d'argent de quatre pouces carrés portant ses armes en relief, ceinture sa taille. A cette ceinture est attaché un large coutelas, aiguisé jusqu’au manche, dans un fourreau de peau de
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“ Pendant à cette ceinture, d’un côté : une lunette de campagne dans un sac d'une peau de singe, contenant une cuiller, une fourchette, un tirebouchon, du fil, des aiguilles, des boutons d'os et de nacre, deux chandelles coupées en quatre, une boîte d’allumettes, une livre de sandwich, et une botte de copies de “ Corne Cabrite le Chaste”—sa dernière chanson—pour distribuer parmi ses amis en passant ; de l’autre côté, une boîte de cartouches, et une gourde pleine d’eau-de-vie.
“ Devant ‘ni, en guise de tablier, un sac de chasse ; et en bandoulière su. son dos, un Lefaucheux à double canon.
“ Je fus effrayé en le voyant. En croirai-je mes yeux ? Est-ce bien vous, m'écriai-je ? Quoi ! je viens de vous laisser en ville, avec une masse d'ouvrage sur les épaules ; j'ai poursuivi la route tout le temps sans m'arrêter, et vous voici devant moi ? Par où êtes-vous passé, et quel méchant coup vous proposezvous de faire, car ce n’est pas pour chasser des oiseaux-mouches que vous êtes ainsi armé ?
“ Mon cher Manacal, dit-il, j'ai lo fièvre. Regardant alors à sa montre—Juste deux heures! Par Jupiter! ei Laure qui m'attend. J'ai, voyez-vous, tous les plans de l’île dans ma tête ; i n'y a pas un seul petit sentier que je ne connaisse ; ainsi il n'est pas étonnant si, pendant que vous veniez par le grand chemin, j'ai passé par le sentier privé de Mamzelle Yeyette… Voyez, tout près d'ici, ce petit cottage sur le bord du chemin, c'est sa maison.
“En effet, repris-je, je vois le petit cottage parfaitement bien ; mais je reconnais aussi une autre chose : que nous n’avons pas passé les jours de Schéhérazad. Vous avez fait comme le prince de Perse, qui, monté sur un cheval de bois enchanté, ayant laissé le roi son père à midi, galoppa furieusement sur les montagnes et les vallées, les mers et les lacs, et arriva à minuit, au moyen
d'un coup de pied, dans le palais de la princesse du Bengale, Décidément Syl, vous avez le diable au corps.
“ Mon cher ami, répliqua-t-il, en clignant de l'œil, une admirable créature certaiuement. Et continuant sur le même ton : charmante, intéressante au suprême degré. Elle aime beaucoup à me voir, parce que je l’égaie. Chaque fois que je viens dans le voisinage, je lui raconte un lot d'histoires pour la faire rire, Voyez ce mouchoir dans la fenêtre ; elle l’agite pour nous dire adieu. Maintenant je m’envais chez Philippe Maingot, à Senta-Cruz ; il a de l'excellente bière et un certain fromage reçu d'Espagne par le Père Rancariolo qui est délicieux—non le Père, on le dit maussade — mais le fromage. Vous allez m'accompagner. Nous y rencontrerons probablement Maximilien Pampellone ; il vous donnera quelques nouvelles de son grand frère, le jockey. Je vous présenterai à Madame Philippe, qui sera charmée de faire la connaissance du baron de Manacal.— Vous lui donnerez quelques nouvelles, ce qui ne sera pas difficile puisque j'en ai plein mes poches, et après le lunch, pour retourner à la ville, nous passerons par La Silla et Moka pour cueillir du cresson. Notez-bien que Laure a pour dîner aujourd'hui, du Caviar, du Falerne et du vin du Père Danglade qui va très bien avec le cresson.—Ce brave Wilhelm! quel bon garcon, si plein d'attention pour moi. — Le Caviar vient de sa place ; il le tira de Sébastopol au temps du siège—Dieu seul sait si, au lieu d'œufs d’esturgeon, ce n’est pas de la moëlle anglo-française que ces coquins de Russes, pour se venger, ont salée et mise en pots pour nous la faire manger. A propos de russes, savez-vous que je ne sais que faire des conseillers ? Ah, l’exécrable institution. Toujours en opposition avec le règlement qu’ils ne comprennent pas. Et ce qu'il ya de beau, c'est que le gouverneur s’en repose sur moi pour le leur expliquer. Il pense que je peux le leur inculquer comme une lecon de catéchisme--bien, oui, ils ont le crâne épais ces conseillers ! Ma parole d'honneur, avec M. Jules, le beau
Bengale.
œil, une le même me beauje viens r la faire Our nous [aingot, à fromage UX—n0n lez m’acaximilien son grand , qui sera 1. — Vous s difficile ur retourr cueillir jourd’hui, de qui va bon garvient de Dre = Dieu as de la r se vennger. AN des conpposition qu’il ya i pour le r comme épais ces le beau
Léonard, et cet. animal de Hughes, la place n’est plus tenable ! N'en est-ce pas assez pour porter un home à jeter par la fenêtre son diplôme de maître-es-arts, sa médaille des bois de colonie, même sa commission de secrétaire du Bureau central de voirie ? C'en est assez pour porter un homme au désespoir, pour lui tourner la cervelle comme avec une cuiller,
“ En vérité ceux qui sont actuellement fous sont heureux, parce qu'ils ne peuvent plus le devenir—et ce qui me console— sans compter les éternels rapports qu’il me faut toujours faire pour l'information du chef et les plaintes qu’on lui porte continuellement contre moi— heureusement je suis toujours correct —et alors quelle belle humeur prend le chef, hein ! Qu'en dites-vous ? Par Jingo ! Si nous allions au concert ce soir? À propos, pendant que j'y pense, lorsque nous passerons par les Champs Elisés, faites moi penser à demander a Dr de Boissière un livre que lui a prêté Renan.....Les Mémoires de Casanova; ne connaissez-vous pas cela ? Oh, alors vous devez le iire— c’est curieux ; fin comme un abracadabra—J'’en ai eu pour la bibliothèque une copie, dont le juge Knox, après l’avoir examinée, .a pris sur lui d'en faire un auto-da-fé, sans respect pour la morale !...Que pensez-vous de cela ? Ne pouvant le pendre, étant du papier, il le fit brûler... Il a toujours été constant avec lui-même le juge Knox, Lorsque vous verrez Stollmeyer, demandez-lui ce qu’il pense de Casanova ? Une semaine entière, jour et nuit, les yeux de ce vieillard ne se détournèrant pas de ce livre. Il fut, je vous le dis, tellement électrisé par ce livre, que sa barbe, par un effet rétroactif, de blanche qu'elle était, redevint jaune. Par Jupiter ! lisez-le, Je vous l’enverrai—c'est à lire.
“ Son cheval se cabra, effrayé à la fin de ce discours, — Qui cherchez-vous ?
—Syl
—Où le cherchez-vous ?
—Ici,
—I]l n’est pas ici ?.
—Non. mèl —Où est-il donc ? Ver
— Partout — à la maison du gouvernement ; à la chambre ÿ f
de lecture ; chez lui tournant des coques de cocos ; à un pique- cipl nique ; à cheval; en voiture; à pied ; se cassant le cou dans rère D ave
les précipices de la Blanchisseuse à ia recherche des meilleurs
tracés possibles ; traversant un torrent en sautant d’un abris. dev seau à l’autre comme un singe ; faisant un chemin dans la sa- Date vane de Caroni; dormant sur un arbre au milieu d’un marais, à sus califourchon sur une branche au dessus d’un nid de fourmis pi- de quantes : entraînant Charles Warner dans les nuages au som. | G'* met du mont Aripo, pour lui montrer cinq plants de quinquina L qui étaient morts; marchant au fond de la mer, à 50 brasses de profondeur, près de Gasparil, avec un accoutrement de caout- affab chouc, tout seul avec deux boulets de canon aux pieds, sur le conn
pont de la frégate Appadocca, qui sombra là il y a un siècle, qu’o: Le soleil, la pluie, la grêle, le tonnerre, les éclairs, les monstres de l’abyme, l'impossible, ne peuvent rien sur lui, Il fait des contes, des calembourgs, des plans ; rapporte des anecdotes ; fait votre caricature ; parle de chimie, de combinaisons, de métaphysique, de boufonneries, d'histoire naturelle, de gymnastique, de menuiserie, de serpents, du choléra, des théatres, joue de la trompette ; il danse, improvise dix couplets, les chante sur trente-six tons ; il se fâche, rit, donne un coup de pied à son Æ avec chien, embrasse sa femme, mange et boit comme il fait toute autre chose, et tout cela en moins de temps que vous pourriez aecomplir un seul de ces actes, Cet homme, en un mot, est Æ pelle une nature exceptionnelle, incrustée de gaîté, exubérante d’éner- Æ vante gie—un corps d'acier bien trempé chargé d'esprit et de vif souta argent.”
Mes lecteurs me pardonneront cette longue citation lorsque je leur aurai dit qu’elle peint l’homme sur le vif, elle le photographie ; et de tels caractères méritent certainement d’être connus.
| la chambre à un piquele cou dans les meilleurs , d’un abrisn dans la sa- ’un marais, à e fourmis piages au S0mde quinquina 50 brasses de ent de caoutpieds, sur le y a un siècle.
les monstres il, Il fait des
, de gymnasthéatres, joue les chante sur de pied à son b il fait toute vous pourriez in un mot, est bérante d’éner-
elle le photod’être connus.
J’ajouterai, comme complément, qu’étant né en France, sa mère le rapporta presque aussitôt à leur résidence de Trinidad. Vers l’âge de dix ans, il fut de nouveau conduit en France pour y faire ses classiques, obtenant le premier rang parmi ses condisciples. Il passa du collège à St-Cyr, et ses talents lui assurèrent bientôt des promotions. Il allait partir pour l'Afrique avec le grade de lieutenant, lorsque ses rivaux, jaloux d’être devancés, soulevèrent l’objection de sa nationalité ; il n’était pas naturalisé sujet français. Il renonce donc à l’armée. Mais aussitôt il est présenté au roi de Portugal qui partait pour un voyage d'Orient. Attaché à la suite du monarque, il visite la Grâce, la Turquie etc., et parfait ainsi ses études par des v ;es dans les conditions les plus favorables.
A ses innombrables qualités, il joint une politesse, une affabilité, une loyauté qui fait qu’il compte autant d'amis que de connaissances, et que son souvenir ne se perd plus, une fois qu'on a eu l’avantage de le connaître.
Vendredi 20 avril.—-Tel que convenu la veille, je me rends le matin à l’orphelinat du P. Forestier pour y célébrer la messe à 6% h. Le bon Père, qui a toutes les aptitudes, est à l’harmonium, entouré d’un bon chœur d'enfants, qui exécutent des cantiques d’une manière très juste et fort édifiante. Tous les orphelins des deux sexes sont réunis dans la chapelle, les filles avec leurs religieuses du côté de l’évangile, et les garçons du côté de l’épitre.
Jomme dans toutes les communautés religieuses, la chapelle se distingue par sa propreté et sa bonne tenue. Les servants sont bien dressés, et quoique nu-pieds, sont revêtus de soutanes blanches et de surplis.
Après la messe, je passe dans une des salles du couvent pour y prendre la tasse de café.
Comme je l'ai déjà noté, ce sont des religieuses domini-
caines qui tiennent cet orphelinat de filles. La supérieure qui réside d'ordinaire au lazaret des lépreux à Cocorite, se trouvait là présente. Il y a ici aussi une mulâtresse parmi les Sœurs. Sa couleur ressort davantage sur le blanc de ses habits, du reste ses traits sont assez réguliers et ne se distinguent par aucun écart. :
Mais j'ai hâte de prendre congé des bonnes Sœurs pour mes livrer à mes chasses favorites, surtout avant que le soleil ait pris trop de hauteur.
Et tout d’abord, sur le bord de la pente qui conduit de la chapelle à l’orphelinat des garçons, je remarque un Ricinus palma-Christi, qui est un véritable arbrisseau, à tige ligneuse ne mesurant pas moins de 10 à 12 pieds de hauteur. Tout à côté, est un autre petit arbre de moi inconnu, de 12 à 15 pieds, à feuilles alternes, et portant des fruits épineux ou écailleux ressemblant assez à des concombres, bien que plus gros à la base.
— Quel est cet arbre ?
—C'est un corossol, me dit le P. Forestier, à la maturité
ses fruits sont excellents, mais je n’en vois pas de mûrs dans le moment,
J'en ramasse un tombé sur le sol, et je remarque que ce fruit est une baie, pulpeuse intérieurement, et ne renfermant qu'une graine dans chaque loge.
Tout auprès-se trouvent des cit-oniers, mais à fruits énormes. Bien différents de ces petits citrons ronds, à peau lisse, que j'avais vus à la Dominique, ceux-ci ont la peau raboteuse, comme boursoufflée et très épaisse. J’en apporte un à la maison et l'on en fait une excellente limonade,
Je remarque un superbe bulime sur la fenêtre du Père Forestier, le plus grand que j'aie encore vu ; il est de forme conique, à lèvre d’un beau rose, de même que l’intérieur sur les parties avoisinant la lèvre.
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—D'où vient cette coquille, demandai-je ?
—D'ici même, on l’a trouvée dans le jardin ?
—Vivante ?
—Vivante.
Que je serais heureux d’en rencontrer.
—La chose sera facile ; je vais recommander aux enfants d'y faire attention.
Mais l'heure du retour est arrivée, et je remets à une autre occasion la suite de mes autres investigations sur les productions naturelles de cet enclos.
Nous passons en retournant par la colline du Calvaire pour faire visite aux carmélites espagnoles qui habitent là une petite maison, en attendant le couvent qu'on est à leur construire,
En 1874, le Vénézuéla était à la merci des francs-maçons comme l'Equateur qui faisait un martyr de son président Garcia Moréno. Les carmélistes étaient dans leur couvent à leurs pieuses occupations ordinaires, lorsque arrive des sbires du gouvernement pour les mettre à la porte sans plus de cérémonies, On les jette sur un vaisseau pour les transporter à Trinidad où elles s’arrangeront comme elles le pourront, Trois prêtres, expulsés comme elles, se trouvaient sur le même vaisseau ; ils exercent encore le ministère curial dans Trinidad, Ces filles ne nous ont paru rien moins que des saintes. La supérieure n’a pas voulu nous parler, tout le temps de notre visite, autrement qu’à genoux. De douze qu’elles étaient, il n’y en a plus que huit, le ciel a ravi les quatre autres,
Je rencontre, par hasard, un M. V., qui veut bien me faire des compliments sur l'instruction que j'ai donnée dimanche dernier, Ce que j'ai dit surtout de la langue, de l’importance de conserver la sienne propre, a vivement fait impression dans l’esprit de ceux qui s'efforcent de réagir contre cette anglicisation que l'on poursuit si activement, et qu'on voudrait imposer aux habitants de toute origine.
Plus j'y réfléchis, et plus j'ai lieu de m’étonner que l’autorité religieuse ne voie ‘pas la sauvegarde de la foi de ce peuple, dans la conservation de sa langue.
Nous n'avons que trop d’exemples de ces apostasies dans nos frères de la république voisine pour nous confirmer dans cette croyance. Quand les enfants des Dubois, Boisvert, Lajeunesse, Lebrun etc., ne sont plus que des Wood, Greenwood, Young, Broum etc. et ne peuvent se faire comprendre dans la langue de leurs parents, ils ne tardent pas à prendre les idées et les croyances de ceux dont ils ont déjà le langage. Etiln'ya rien là de bien surprenant. Peu instruits, et ne pouvant comprendre les instructions que donnent les prêtres de leur nationalité, ils n’entendent que des propos contraires à nos croyances, et finissent bientôt par mettre de côté les dogmes qu’ils ne possèdent souvent qu’imparfaitement, et qui restent le seul obstacle à la communauté d'idées et de sentiments avec les amis au milieu desquels ils vivent.
Mais si les supérieurs ecclésiastiques donnent ainsi la main au pouvoir civil pour faire disparaître le français, j'ai pu constater avec plaisir que le clergé s’y opposait autant qu'il était en
son pouvoir de le faire. Si on ne parle que l'anglais à ue à l’église on n'entend que du français !
Mais parviendra-t-on à faire disparaître ce français ? Je ne le crois pas. Il y a près d’un siècle qu’on fait des efforts dans ce sens, et le peuple n’en persévère pas moins à conserver sa langue, On apprend aux enfants à l’école à lire, à écrire, à parler anglais—le français étant complètement mis de côté — mais dans la famille quelle langue emploie-t-on? Uniquement le français ; et cela à Trinidad, à Ste-Lucie, à la Dominique, dans toutes les îles qui furent autrefois possessions françaises. Ajoutous que les autres nationalités, chinois, hindous, espagnols, ne tiennent pas moins que les français à conserver leur langage propre, de sorte que l'anglais devient un langage medium pour la transaction des affaires, mais qu’à part soi, chaque nationalité retient sa langue propre.
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Je tenais beaucoup à faire provision de mollusques de ces climats équatorieux ; mais je n'avais encore pu à peu près rien trouver, la grève étant tellement vaseuse, qu’elle devenait presque partout inaccessible. Je ne voyais d’ailleurs dans cette
vase compacte et glaiseuse que très peu d'espèces qui pussent s'en accommoder.
Comme le gamin qui me servait la messe paraissait fort agile et avide, comme tous ‘es noirs, de posséder quelques sous, ne pourrais-tu pas, lui dis-je, m'apporter quelques coquilles ? Sais-tu où tu pourrais en trouver?
—Je vous en apporterai certainement, répondit-il avec satisfaction, et dès cet après-midi ; je sais où les prendre.
En effet, il m'apportait l'après-midi, huit individus tout vivants de la Melongena fasciata,, dont deux de dimensions comme je n'en avais encore jamais vu.
Il va sans dire que sa course lui fut généreusement payée pour l’engager à rapporter autre chose; mais ce fut en vain, il ne pouvait trouver que cela.
Je portai ces mollusques au cuisinier de la maison et lui demandai de les débarrasser de leur chair au moyen de l’eau bouillante.
—La chair de ces animaux est très bonne à manger, me dit le vieux nègre, on les fait cuir sur la braise dans leur
coquille ou bien en les couvrant d’eau dans un chaudron pour les faire bouillir.
—Et bien, je vous abandonne la chair, pour que vous me remettiez leurs coquilles intactes et bien nettes.
J’ignorais alors qu’en effet cette chair constitue un excellent mets.
J'avais presque perdu espoir de cueillir des coquilles ici, lorsque les Pères m'offrirent un moyen des plus faciles d'en faire ample provision.
Comme les bons Pères sont souvent appelés à aller faire des missions, ou remplacer des curés dans différentes parties de l’île, chacun a soin, lorsqu'il va sur la côte de l'Est, qui n’est pas vaseuse comme celle de l'Ouest, de faire provision des coquilles qui se trouvent là en grande abondance. Et tous, voulant m'être agréables et servir en même temps la science, s’em. pressèrent de mettre leurs paniers à ma disposition, les Pères Siméon, Thomas, Hyacinthe qui va faire des missions à Tobago, m'offrirent généreusement de choisir ce qui me plairait davon. tage dans leurs collections. Il va sans dire que j’usai ampiement de l'offre qui m'était faite.
Comme toutes ceË coquilles avaient été cueillies sur la grève où elles avaient été rejetées par la vague lors des gros vents, grand nombre étaient plus ou moins usées ou mutilées et impropres pour servir dans les musées, mais beaucoup aussi avaient conservé leurs caractères propres et n'avaient pas même perdu l'éclat qui les fait d'ordinaire rechercher. Je note entre autres les suivantes: Triton variegatum, de taille géante, Cypræœa exanthema dans ses quatre variétés, Voluta musica, Turbo undulatus, Donax denticulatus, Tellina radiata, Strombus gigas, Str. pugilis, Cassis testiculus, C. flammea, Cyprœa flaveola, Ovula gibbosa, Oliva reticularis, Conus mus, C. daucus, Fasciolaria tulipa, Murex elegans, Purpura patula, Columbella mercatoria, Sigaretus zonatus, Fissurella Barbadensis, Chiton squamosus, Strigilla carnaria, Venus cancellata, Arcu Helbingi, Spondylus americanus, Ostrea parasiticu etc. etc., etc.
Dans l’ensemble se trouvaient aussi quelques crustacées, des coraux, des débris d’oursins etc. Je cueillis parmi les premiers Balanus balænoides, le pou des baleines, Balanus tintinabulur:, Linné, vulgairement Gland de mer ; et parmi les coraux: Madrepora aspera, Caulastræa furcata, Porites clavaria, Mancinia Danai, Oculina diffusa, Astrangia Danæ, Tridacophyllia lactuca, Plerogyra sinuosa, puis ces Rhipidi-
aller faire parties de , qui n’est on des cotous, vouence, s'emles Pères 3 à Tobago, ait davonsai ampie-
lies sur la rs des gros mutilées et coup aussi vaient pas Tr. Je note de tuille tés, Voluta 8, Tellina sticulus, C.
reticularis, ex elegans, 8 ZONUTUS, igilla carlus ameri-
stacées, des es premiers tintinabules coraux:
s clavaria, Danæ, Tri-
gorgia flabellum qu'on prendrait si facilement pour une grande feuille de plante dépourvue de son parenchyme et ne conservant que ses nervures; cette charpente solide, foliiforme et ramifiée, avec son pied fixé à des cailluux, trouve partout des incrédules lorsqu'on leur annonce que c’est bien là une production animale et non une plante.
Mais quel est ce crin noir adhérent par l’une de ses extrémitée à une valve de Sfrigilla carnaria ? On croirait que l’on a employé du mucilage pour faire adhérer ce crin délié à la surface lisse et luisante de la petite coquille, la base en effet de ce crin paraissaut évasée pour fournir une plus grande surface d'adhésion. C’est encore un corail, le Xiphigorgia setacea, la matière spongieuse qui constituait l’ensemble du polypier, enlevée par le battement des vagues, n’a laissé en place que l’axe ou le rachis qui se montre ainsi comme un crin.
Mais serait-ce encore une production animale que ces glands ou franges, à rameaux articulés, flexibles, élastiques, réunis à la base et originant d’un réceptacle commun fixé aussi à un petit caillou ? Oui, c’est encore l’œuvre d’un polype, le Mopsa gracilis. Arraché de son support et jouet des vagues pour demeurer exposé à la lumière et privé d'humidité sur la grève, on prendrait ces débris pour des portions de franges de coton que la lumière a plus ou moins décolorées.
Que de merveilles lés bords de la mer n'offrent-ils pas à l'œil observateur, et surtout au scrutateur de la nature ! Il n’y a presque pas de caillou ou de débris de coquille qui ne présente quelque superfétation de corail, de vers tuniciers, d'algues, de parasites crustacées etc.
Aux spécimens zoologiques, je m’efforce de joindre aussi des plantes, mais j'éprouve une difficulté extrême à les dessécher ; air est si humide qu’il faudrait changer les papiers à dessécher plusieurs fois le jour, la moisissure avec le changement de coloration s’en emparant en quelques heures. Bien différentes
des plantes d'Orient, surtout de celles de la Palestine, qui sont pour ainsi dire désséchées sur leur tige et gardent si bien leurs couleurs, celles d’ici ne peuvent être amenées à faire de beaux spécimens d’herbier que par des soins minutieux et répétés.
Nous nous rendons au bureau de notre compagnie de steamers pour nous enquérir de la date de l’arrivée de celui qui doit nous ramener à New-York ; on nous dit que ce sera l’'Ayrshire qui est parti de New-York le 16, et qui par conséquent ne sera pas ici avant le 30 ; jusque là nous demeurerons encore sans nouvelles du pays.
M. Maingot, curé de San-Fernando, la seconde" ville de l’île, étant venu ici, nous avait fort invités à aller le voir, et comme nous tenions beaucoup à ne pas manquer de visiter le lac de bitume, cette merveille dont nous avions si souvent entendu parler, nous avions réglé qu'aujourd'hui même nous nous mettrions en route pour le sud de l’île.
San-Fernando est à 42 milles de distance de Port-d'Espagne sur la rive ouest de l’île. Le trajet se fait ou par bateau ou par chemin de fer. Nous adoptâmes ce dernier mode qui nous permettait de mieux connaître les localités et surtout de mieux juger des forêts que nous devions traverser.
A 4h. donc nous sommes à la gare où nous rencontrons M. l'abbé Osinda, vicaire même du curé de San-Fernando. Nous sommes d'autant plus enchantés de faire cette connaissance, que connaissant les lieux, ice monsieur pourra nous donner sur chacun les renseignements que nous pourrions désirer.
Les conducteurs et tout le personnel de la voie sont tous des noirs.
Les chars qui ont leurs entrées par les côtés, ne forment chacun qu’un seul appartement, les cloisons divisant les sièges n’atteignant pas le plafond. Comme cette ligne n’a que des embranchements de peu d’étendue et n’a aucune connexion impor- sa tante à opérer, elle n’est point tenue à une grande vitesse,
qui sont bien leurs de beaux étés.
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aussi pouvons-nous facilement nous rendre un compte satifaissant de toutes les localités que nous traversons.
Prenant donc la direction de l'Est, le premier objet qui attire notre attention à droite, est une grande construction en pierre blanche sur une éminence, c'est le magazin du gouvernement, où la poudre à canon et les autres matières explosibles sont gardées en dépot ; tandis que nous laissons à gauche la gracieuse colline de Laventille couronnée de sa chapelle que l'on voit de si loin en mer, et qui sert d’amarque aux navigateurs pour leur mouillage dans le port.
Plus loin, à gauche, nous passons le village de San-J'uan (I) qui forme une paroisse ayant son curé. L'église avec les quelques maisons qui l’avoisinent est en retraite sur la voie ferrée, et l’espace entre la station et le village proprement dit est occupé par toute une forêt de bambous de fort belle venue. A peu de distance sur la droite est l’hôpital pour les travailleurs des champs qui louent leur travail.
Nous laissons bientôt, encore à droite, Valsayn où se trouve une exploitation de canne où l’on n’a pas encore adopté le mode récent de procéder à sa culture. Au lieu de nettoyer le terrain, à peu près après chaque récolte pour y faire une plantation nouvelle, c’est le rebourgeonnement qu’on suit ici. Les
‘vieilles tiges, mûres, sont enlevées, et les rejetons de la souche
servent pour la récolte suivante. Il y a plus de cinquante ans que furent plantées les souches mères, et elles continuent à se reproduire toujours sans donner trop de marques de décroissance, On n’emploie point de coolis à gages ici, et bien que le procédé paraisse primitif, on ne laisse pas de produire du sucre de première qualité, Les deux fils du Prince de Galles visitèrent cette exploitation en 1881, et en rendirent compte dans leur récit de voyage. C’est dans le salon du propriétaire que fut
(1) Prononcez: saint Onen.
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signée, en 1797, par don Chacon, le. traité par lequel Trinidad devenait possession anglaise. Sir Ralph Abercrombie et l'amiral Harvey étant les hauts-commissaires représentant l’Angleterre. Plusieurs des arbres du verger de Valsayn furent plantés par des moins royales. Ainsi on montre aux visiteurs deux palmiers {chou-palmiste) qui furent plantés par les fils du Prince de Galles en 1881, et des orangers de Portugal que fixèrent là, en 1886, le comte et la comtesse de Bardi, cette dernière étant maintenant une princesse de Bragance.
Mais nous voici à St-Joseph, après avoir traversé l’une des branches de la rivière Caroni sur un beau pont en fer. St- Joseph qui, comme je l'ai noté plus haut, fut autrefois la capitale, a été fondée par Don José de Orunna qui légua son nom au distriet environnant. La petite ville sst située sur un terrain élevé formant les premières assises de la base de la chatne de montagnes qui partagent l’île dans toute sa longueur et qui en cet endroit se rapprochent de la rive Ouest du golfe.
C’est dans l'église de St-Joseph que reposent les restes de Mgr Farfan, le premier prêtre créole et appartenant à l’une des plus anciennes familles de l’île. Là se trouvent aussi les restes de Mgr Nicolas Gervais de la Bride et de ses deux chapelains moines franciscains, qui furent massacrés par les indiens en 1733. Une pierre tumulaire dans le cimetière porte l’inscription suivante, en langue espagnole : “ C’est ici la tombe de Dona Isabel Fermin y Pardo de Villegos, rt de ses héritiers, année 1682.” L'église qui est ornè de vitraux peints, offre dit-on un superbe doup d'œil, malherreusement nous ne pouvons la visiter sans faire ici un arrêt spécial, car la voie ferrée en est passablement éloignée. C’est là que se trouvent les plus anciens registres de l’île, remontant à 1644. Il y a toujours un détachement de troupes qui stationnent ici, on voit leur caserne à gauche du chemin et leur terrain d'exercice à droite.
A quelques arpents de St-Joseph la ligne fait une bifurcation, se courbant presque en angle droit pour prendre la direc-
Trinidad e et l'ant l’Anm furent ux visiés par les Portugal rdi, cette e.
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tion sud vers l'extrémité de l'ile, l’autre branche continuant en droite ligne jusqu’à Arima, en attendant qu'on la prolonge jusqu'à Munzanilla sur la rive Est.
Nous tournons donc à droite pour prendre une direction à peu près parallèle à la rive Ouest, sans la côtoyer toutefois, car aux nombreux champs de canne, au milieu desquels s'élèvent ça et là les hautes cheminées de leurs usines que nous avons à droite, succèdent parfois de vastes marais qui n’ont encore pu être livrés à la culture, et qui paraissent à peine accessibles aux piétons chasseurs ou explorateurs. Sur la gauche se montrent toujours les chaînes de montagnes plus ou moins rapprochées de la voie, presque toutes couvertes encore de la riche chevelure végétale qui les décore. On voit très souvent au milieu de cette verdure si bien fournie, des masses compactes de fleurs portées sur de grands arbres, entremêlant leurs bouquets géants jaunes ou rouges au vert continue du feuillage, ce sont le brillant Poui, Tecoma spectabilis, Don. et le splendide Bois immortel ; le premier, en outre du riche ornement de ses fleurs, fournit encore un bois tellement imprégné d’une certaine résine brune, que même tout vert on l’emploie à faire des torches ou flambeaux.
Nous traversons bientôt, sur un superbe pont en fer, la principale rivière de Caroni dont les bords sont presque entièrement bordés de plantations de cacao, et touchons peu après à la station qui avec le district porte le même nom que la rivière.
C’est dans le vaste marais qui borde ici la mer, ou dans un petit lac du nom de Bejucal que se rendent les amateurs de sport qui veulent chasser les alligators. Avec les alligators se trouvent aussi une foule d'oiseaux sauvages, et ces petits quadrupèdes si singuliers qu’on nomme tatous, qui ont échangé leur fourrure pour une couverture en bardeaux d'ivoire, diversement ciselés et en recouvrement les uns sur les autres, de manière à permettre à l'animal de se rouler en boule, où, queue, pattes et tête disparaissent sous l’armature osseuse.
Poursuivant notre route, nous passons à travers des champs où l’on a dévié de la routine ordinaire, en cultivant le tabac et les citrons au lieu de l’universelle canne à sucre. Les premiers essais ont fort bien réussi, et ont démontré qu’on a grandement tort de s’attacher à une seule culture, lorsque le sol pourrait se prêter à la production de presque toutes les plantes qui sont l'objet d’une culture quelconque. Ces essais donnent la preuve qu’il n’y a nulle nécessité de se rendre tributaire de Cuba pour le tabac, lorsqu'on peut en produire tout aussi bien et d’aussi bon qu’à la Havane. Je ne vois pas aussi pourquoi l’on ne tenterait pas la culture des céréales ; lorsqu'on vend l’avoine $4 le barril de 3 minots, comme c’est le prix ordinaire ici, il y aurait certainement profit à en produire.
Traversant la station de Cunupia, nous tombons dans la terre des crabs, ainsi nommée de la multitude de trous qu'y crusent ces crustacées, dont l'espèce ici paraît se plaire davantage dans ces terriers humides que dans l’eau pure de la mer. Avec les crabs se trouvent aussi des légions de cousins et autres mouches peu accommodantes qui font le désespoir des visiteurs.
Mais voici que nous touchons à une nouvelle station, et avant d'y arriver nous coupons un tramway venant de l’intérieur et conduisant à la mer, C’est le tramway de Chaguanas et la station de même nom. Ce tramway conduit à une prison (Convict Depot) ou pénitentier, Les convicts qui sont d’ordipaire au nombre de 150, sont employés à couper des billots et à les scier, à fournir des traverses pour les chemins de fer, à tracer des routes dans les forêts, à construire de nouveaux chemins ou à réparer les anciens, à cultiver des légumes etc. On y fabrique aussi une grande quantité de manches d'outils pour la culture, comme haches, fourches, pelles, rateaux etc. Il y a quelques années, on y planta 3000 pieds de mahogany, mais soit manque de soins d'entretien, ou procédé vicieux employé, le succès n’a pas été très satisfaisant,
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À quelques milles plus loin nous passons Carapichaima où un M. Cumming, le plus grand propriétaire de l’île, possède des terrains d'une étendue considérable qu’il n’a pas encore livrés à la criture, et dans lesquels on rencontre des troupeaux de bœufs sauvages. Il y a une quinzaine d'années, une douzaine de têtes de bétails s’échappèrent de Chaguanas, prirent les bois, et vécurent depuis en liberté. On estime qu'il n'y en pas moins aujourd'hui de 300, et dans le nombre, plusieurs pièces tout-à-fait remarquables.
La voie ferrée traversant bientôt le chemin public, nous touchons à ja station de Couva, où se montrent l’église catholique, une église protestante, une banque, une station de police, etc. Couva est un village des plus florissants et des plus promettants, vu surtout qu'il est environné d'excellentes terres appartenant à des propriétaires qui sont tous des hommes de progrès (1).
Faisant rencontre d’un char chargé de canne à sucre, qu'on transportait à uné usine pour l'exploitation, nous en détachons une, et nous nous amusons à en déguster la saveur qui est des plus agréables. On se contente de mâcher la pulpe pour en retenir seulement le jus, qui est sucré à un très haut degré, deux ou trois fois plus que notre sax d'érable, et qui possède une saveur qui plaît à tout le moade. Aussi a-t-on peine, comme il n’y a pas ici de clôtures, à conserver, dans le voisinage des villes et villages, les pe.:is champs de canne qu'on y plante, contre la gourmandise et la voracité des gamins nègres, qui exercent leurs déprédaiions dans ces plantations. On voit presque toujours sur les marchés quelques négresses qui vendent pour quelques sous de ces bâtons de canne qu’elles
(1) C’est à Couva que le R. P. Bouchard, ci devant curé de Benumont, fut nommé curé l’an dernier. Débarassé de la n.aladie qui le forçait à recourir aux climats chauds durant l'hiver, ii nous est revenu au printemps.
offrent à la gourmandise des gamins. Plus d’une fois aussi nous en avons vu figurer sur les tables en petites briques nettement taillées et débarrassées de l’épiderme qui les protége, et, à mon avis, ce n’était pas le mets le moins appétissant, L’'épiderme qui est quasi vitreuse et fort tenace, s’enlève facilement avec un couteau ; mais les gamins nègres qui sont loin d’aspirer au luxe du couteau de poche, surtout lorsqu'ils vont complètement nus, ont dans le ratelier de fines incisives qui leur pare la bouche, un instrument tout aussi efficace pour se débarrasser de l’épiderme et atteindre la pulpe.
Mais nous sommes de nouveau en mouvement, et traversons sur un pont de fer, le plus long de l’île, la rivière de Couva, dont les rives vaseuses me rappellent celles de la Memramcook dans le Nouveau-Brunswick, avec cette différence toutefois que la vase ici est en partie desséchée, tandisque dans notre sœur province, les fortes marées de la baie de Fondy, viennent deux fois le jour l’inonder pour lui conserver une demi-liquidité constante.
La voie ferrée prend ici une direction qui la rapproche davantuge du golfe, et à la station de Claxton où nous touchons bientôt, nous voyons un tramway qui conduit à une immense jetée, où les bateaux viennent prendre leurs charges de sucre.
Ici plusieurs résidences présentent un cup d'œil tout-àfait singulier, On a laissé de côté le peinturage pour donner aux maisons cet air de propreté qui plait toujours, et on a couvert les lambris d’une autre décoration moins dispendieuse que la première, et bien préférable suivant moi, sous le rapport de la richesse, du bon goût et de la recherche, On a reco':rru aux plantes parasites, et surtout aux orchidées, qui sont si nombreuses ici, pour couvrir les charpentes où le bois était laissé à nu. C'est au milieu d’un feuillage épais, et à travers des grappes de fleurs aux formes les plus étranges et souvent aux couleurs les plus brillantes, que se présentent les ouvertures pour donner le jour, et dans lesquelles se montrent souvent ces
faisce feuil] ont p puter racine
cheve chant foule ficelle aux a pourr.
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d'œil tout-àpour donner et on a coundieuse que e rapport de CO": TU AUX ont si nomtait laissé à travers des souvent aux ouvertures souvent Ces
. fleurs humaines qui pluisent toujours, parce que dans leurs
épanouissement elles reflètent éclat, fraîcheur, activité, avenir.
Il faut avoir vu cette luxuriance de végétation tropicale, surtout dans les endroits humides, pour s’en former une juste idée. La voie ferrée traverse en certains endroits des terrains marécageux où les plantes herbacées, surtout monocotylédones, prennent des proportions invsitées, et sont tellement pressées ls unes contre les autres, que la lumière ne peut pénétrer jusqu’à leur base. Les tranchées de la voie vous montrent près du sol une zône toute obscure, où les longues et larges feuilles se confondent sans vous permettre de distinguer les souches d’où elles originent, pendant qu’à leur sommet s’étalent des épis, des grappes, des corymbes, des cîmes, des ombelles de fleurs de toutes nuances et presque toujours du plus vif éclat.
Puis ça et là au dessus de cette prairie gigantesque, se dégagent les nobles stipes de palmiers majestueux ou les sommets de dicotylédones élancées, offrant dans leur ramure des faisceaux de feuilles de deux à trois pieds de long, mariées au feuillage divisé des arbres ordinaires ; ce sont des parasites qui ont pris naissance sur les grosses branches et semblent disputer, je ne dirai pas le terrain, mais l'écorce, pour y fixer leurs racines et y étaler leurs végétation.
Là
Impossible de se frayer un chemin à travers cette épaisse chevelure du sol, sans être muni d’une bonne serpe, bien tranchante, qu’il faut faire jouer presque sans interruption, car une foule de lianes, dont la tige n’est pas plus grosse qu’une bonne ficelle, viennent souvent unir et attacher ces plantes les unes aux autres, comme protection contre l'intrusion des pieds qui pourraient venir fouler les bulbes et racines qu'abrite cet épais feuillage, Et parmi ces lianes ou cordes de réunion, beaucoup, comme le palmier épineux, par exemple, sont munies de forts aiguillons qui déchirent vos habits et vous empêchent de les
* saisir de la main pour les rompre ou les écarter. Il m'est arrivé plus d’une fois de tenter de rompre ces tiges de palmier épineux en les appuyant sur mes habits pour ne pas sentir leurs aiguillons, et en tirant de toutes mes forces comme dans un collier, mais vains efforts, la tige, par l'effet de ma traction, rassemblait des gerbes de plantes et résistait toujours, il fallait mettre la main à la poche et tirer le couteau pour se rendre le passage libre.
C'est toui ès de Claxton que se trouvent des sources d’eau chaude, fr! ‘ummées pour les bains qu’elles présentent. Cette eau, ga: coule dirsctement du flanc d’une petite colline dans des bains en concret qu’on y a construits, est de 1000 à050 Fareuheit. On dit que cette eau se refroidit bien plus rapidement que l’eau ordinaire qui serait élevée artificiellement à la même température,
La voie touche bientôt à la rive dn golfe où nous avous une vue libre de la mer, et nous voyors s'élever devant nous la
Pointe-à-Pierre, sous forme d’un cap de médiocre hauteur, cou-
ronné de l’église catholique qu'il porte, et faisant saillie dans la mer.
La voie, pour ne pas suivre ici les sinuosités de la rive, coupe directemet la pointe en laissant l’église à droite.
M. l'abbé Osenda, comme il nous en avait prévenus, nous laisse ici pour certaines affaires qui ne lui permettront de se rendre à son poste que le lendemain, Nous continuons donc seuls, et après environ une demi-heure, nous sommes à San- Fernando, terminus actuel du chemin de fer,
Mais avant d'arriver à la ville, nous faisons un arrêt à la station de Marbe!lo, d'où part le chemin de fer de Guaracara qui conduit à Princes-Town. Les passagers se dirigeant à cette dernière place changent ici de voiture, mais pour nous, nous p’avons qu’à garder les sièges que nous occupons.
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San-Fernando, qui comme je l’ai déjà noté, est la seconde ville de l’île, est située au pied de la colline de Naparima, aussi l'appelait-on autrefois San-Fernando de Naparima. On fait dériver ce nom de Naparima du langage caraïbe Anap-Arima, qui signifie La place sans eau, par opposition à Arima, signifant une terre où l'eau abonde. D’autres au contraire veulent que son nom vienne plutôt de Annuparima qui signifie une montagne.
San-Fernando est à 32 milles de Port-d’Espagne par bateau, et à 42 milles par chemin de fer. Ilyatrois trains de chemin de fer par jour entre la capitale et la ville, et un voyage d'un bateau, qui, deux fois la semaine, se rend jusqu’à Cédros à l'extrémité sud de l’île.
Il était six heures et demie lorsque nous mîmes pied à terre sur le quai, ou plutôt dans la rue qui borde la mer à San- Fernando.
La vile, quoique peu considérable, présente une jolie apparence, étant située en emphithéâtre sur la base de la colline Naparima.
Comme nous ne voyons pas moins de cinq clochers, tout près les uns des artres, dans la partie élevée de la ville, nous prenons cette direction, comptant qu'il ne nous sera pas diffcile de distinguer l’église catholique parmi ces différents temples, Mais nous comptions sans le fanatisme des protestants de l'endroit, qui s’efforcent de singer les coutumes de l'église catholique autant qu’ils le peuvent. Leurs églises sont couronnées de la croix, et nous avons même rencontré un ministre affublé du collet romain et portant la soutane, Mais les allures de ce presbytérien trahissaient l’usurpation ; trouvant sans doute que le frottement de la longue robe sur les genoux était quelque peu gênant, il la portait ouverte du haut en bas, si bien que sa singerie n’en imposait à personne, et qu’il ne recueillait que ‘le ridicule de son irrationnelle supercherie.
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Nous avior: cru l’église à quelques pas seulement, et nous commençons à trouver la marche un peu longue, elle est surtout difficile par la chaleur qu’il fait, et la hauteur à laquelle il faut s'élever. Le gamin nègre qui porte notre bagage, nous dévance en montant toujours, si bien que nous voyons à quelque distance le groupe de clochers fuir derrière nous. C’est que, peur parvenir à l’église catholique, il faut s’avancer un peu au delà, les rues ne permettant pas d’y parvenir directement.
Après avoir tourué un angle, nous trouvons enfin le flanc de l’église longeant la rue que nous suivons, qui suit le sommet de la col'ine sur laquelle est assise la ville. Laissant sur notre g uch: .u superbe calvaire de grandeur naturelle, nous traversons devant la porte principale, et suivons une pente assez forte ;-ur F7 ‘°nir au presbytère qui est tout auprès de l’autre côté de l'église.
Le presbytère est une assez vaste construction en bois, dans laquelle on a utilisé la véranda du devant pour en faire un parloir et des chambres à coucher. Comme le terrain accuse une forte déclivité, la partie qui se trouve sous le niveau, est à jour et est utilisée pour les lavages, les réservoirs d’eau etc. ; la cuisine se trouve dans une petite construction à part,
M. Maingot, que nous connaissions déjà, nous fait l’accueil le plus bienveillant et nous fait les honneurs de sa maison avec une grâce charmante ; il nous mentionne plusieurs noms d’ecclésiastiques Québecois ses compagnons d’études théologiques à Rome, entre autres : M. l'abbé A. A. Blais, chapelain actuel du Bon Pasteur, M. l'abbé Dupuis, professeur au collége de Lévis, M. l'abbé Filteau, M. l’abbé Bruchési etc.
La résidence est vaste, mais elle ne manque pas d’occupants, car M. Maingot a un nombreux personnel, tant en hommes qu’en bêtes ; comptez, s’il vous plaît : un vicaire, M, Osenda, un instituteur pensionnaire qui se destine à l’état ecclésiastique, M. Achard, un mulâtre pour la table, un autre pour
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L'église qui est en croix latine a un fort bel aspect ; le maître autel est en beau marbre, avec le marche-pied en granite. La chapelle du côté de l’évangile, dédiée à la Sainte Vierge, est fort élégante, et possède aussi un autel en marbre. Cette église était dans le moment occupée par des ouvriers peintres qui mettaient la dernière main à sa décoration.
La ville de San-Fernando doit sa fondation au gouverneur Chacon, en 1792, cinq ans avant sa reddition à l’Angleterre.
En 1818, un incendie balaya complètement toutes les anciennes constructions. Rebâtie en 1830, elle élargit considérablement ses limites. Elle fut érigée en ville en 1846 avec un maire et un conseil municipal. Un nouvel incendie en 1883, vint faire disparaître la plupart de ses principales résidences et boutiques, aussi les constructions actuelles portentelles toutes un air de jeunesse et de fraicheur.
La High Street est celle où se trouvent réunis la plupart des boutiques et des bureaux d’affaires, et la Hurris Promemade, qui longe le flanc de l’église catholique, celle qui contient presque toutes les institutions civiles, comme églises, anglicane, presbytérienne, baptiste et wesleyienne, le couvent des Sœurs de St-Joseph, l’hôpital, le marché etc.
Je n'ai pas été peu surpris d'entendre mentionner ici, à plusieurs reprises, les ministres presbytériens canadiens qui, avec un zèle digne d’une meilleure cause, s'efforcent de semer l'ivraie de leurs doctrines parmi les catholiques. Ce sont eux qui s’affublent de la sontane, font tous les matins un office dans leur église, enrôlent des associations de jeunes filles, sur le modèle des enfants de Marieetc. Après explications, j'ai constaté que ces révérends, qui ne parlent que l'anglais, étaient des ilandais et écossais venus du Nouveau-Brunswick et de la
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Nouvelle-Ecosse, et qu’il n’avaient de commun avec les Canadiens-français que d’habiter un territoire qui fait partie du dominion canadien. Ils se targuent hautement de leur qualité de canadiens et proclament l’apostat Chiniquy comme l’un des grands hommes de ce siècle, répandant dans le peuple ses scandaleuses et cyniques brochures. (Comme ce triste personnage n’est pas connu ici, il ne nous a pas été difficile de donner une juste idée de la valeur morale de ce révolté, de ce dévoyé, que répudient même tous les protestants honnêtes.
Qu'on me permette donc ici une courte réflexion.
Comment des protestants honnêtes et sérieux peuvent-ils accueillir avec joie, et compter comme des conquêtes, ces dévoyés, ces rebuts de l'église catholique qui, de temps à autres, passent dans leur camp! Quelle immense différence entre la conversion des protestants, et l’apostasie de certains catholiques ! Jésus-Christ nous a enseigné que la porte du ciel est étroite, et que la route qui y conduit est dificile ; et le motif des catholiques qui passe au protestantisme est toujours d’avoir cette route plus facile et de trouver cette porte plus large. En a-t-on jamais trouvé un seul qui soit allé aux protestants pour mener une vie plus régulière, plus en harmonie avec les préceptes et conseils évangéliques..…, ? Jamais! Les pratiques de l’église catholique avaient quelque chose de gênant, on voulait s’en affranchir ; la confession, les jeûnes, la mortification n'ont rien d’agréable, on voulait s’en dispenser; ces prêtres vicieux, infidèles à leurs vœux, disciples de Bacchus ou de Cupidon, et peut-être des deux à la fois, ne sachant plus commander à leurs passions, avaient laissé la chair dominer leur esprit, ils sont allé à Luther demander une Eve pour leur faire oublier leurs serments et leur infidélité ; témoins les Hyacinthe, les Normandeau, les Chiniquy etc. La règle est générale : “ quand le Pape sarcle son jardin, a dit un spirituel auteur, il jette les mauvaises herbes par dessus le mur, chez ses voisins les protestants.”
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San-Fernando, samedi 21 avril 1888.—Les environs du presbytère m'offriront, je pense, de bonnes chances pour mes chasses entomologiques, et peut-être aussi pour les mollusques ; jardins à gauche, prairie à droite, haïes, amandiers, bananiers et autres arbres, il y a ici tout ce qu’on rencontre d'ordinaire de plus promettant. Mais je n’ai que le temps d'y jeter un coup d'œil, décidés que nous sommes de prendre à 9 h. le bateau venant de Port-d’Espagne, pour nous rendre à LaBréa visiter la merveille du lac de bitume qu’on nous a tant de fais vanté,
San-Fernando a l'avantage de posséder une jetée où le bateau peut accoster, ce qui ne se fait guère dans les autres ports de l’île.
M. le curé sachant que les hôtels sont plus que rares à LaBréa, nous a fait préparer un panier, pour ne pas nous laisser, dit-il, dans l'obligation de dîner par cœur aujourd'hui. Munis de nos provisions nous montons donc sur le bateËu à 9 h., et nous Voilà aussitôt en mouvement, La mer est des plus paisibles, l'air activé par le mouvement du bateau est des plus agréables, et la côte que nous longeons offre partout des points de vue ravissants. Aux pointes et baies qui découpent la rive en dentelures plus ou moins accentuées, succèdent en arrièreplan, de vastes champs de canne à sucre, où nous voyons percer par-ci par-là les hautes cheminées des usines, et où des files sans fin de hauts palmiers offrent l’ombrage de leurs gracieux parasols aux chemins de communications qu’ils bordent,
Nous passons bientôt devant le marais d’Oropouche, remarquable par la quantité d'oiseaux aquatiques qu'il recèle toujours, et nous stoppons quelques minutes près de la rivière Godineau, pour prendre ou laisser les passagers du village Ste- Marie qui se trouve en arrière.
C’est dans le marais d’Oropouche que des coolis libres cultivent le riz sur une assez grande échelle. Le riz de Trinidad jouit d’une réputation qui le fait préférer au meilleur des Indes
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