‹ Une excursion aux climats tropicaux [microforme]Chapitre 8 sur 25 · CRE EE · texte numérisé non relu

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Orientales. Sur les hauteurs on cultive aussi le cacao et le tabac, surtout dans le voisinage de Siparia qui forme une paroisse avec un curé résident.

Mais nous apercevons bientôt une pointe s’avançant dans la mer, c'est la Pointe d'Or, où se trouvait autrefois une exploitation de canne à sucre qu’on a abandonnée et qui est toute plantée aujourd’hui en cocotiers.

La Pointe d'Or n’est qu’une corne de la pointe même de LaBréa qui n’en est éloignée que de quelques arpents.

Il était près de 11 h. lorsque le bateau s'arrêta en face de LaBréa.

Brea, en espagnol, signifie bitume, et son abord seul suffit pour justifier l’apportunité de ce nom. Sur le pont même du bateau nous viennent de fortes émanations de la poix qui se trouve partout ici Nous descendons dans une chaloupe et nous accostons au rivage, sur des bancs durcis de bitume, qui surgissent en masses considérables sur la plage, et qui s'étendent aussi sous l’eau où nous pouvons les suivre aussi loin que la limpidité de la mer peut nous permettre de le faire.

Les chaloupiers sont de forts gaillards noirs, bien faits à leur métier; comme nous ne pouvons toucher à la rive même, ils nous prennent dans leurs bras, sans paraître plus gênés que s'ils portaient de jeunes enfants, et nous déposent sur les bancs de bitume.

Le lac de bitume est une merveille que tout étranger passant à Trinidad ne manque jamais de visiter, Vaudrait autant passer à Niagara sans voir la chute, ou à Pise sans remarquer la Tour penchée. Mais LaBréa, pour posséder une merveille unique au monde, n’en est pas moins un village de la plus chétive apparence. Son église et les quelques maisons qui l'entourent sont plus que modestes.

Comme nous voulons sans plus tarder nous rendre au lac, nous cherchons une maison où nous pourrons déposer notre

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panier de provisions, car pour d'hôtels il n’y en a pas. On nous indique la maison d’une veuve où nous pourrons être accueillis, et sans plus tarder nous y rentrons.

Laissant donc là notre panier, nous avisons aux moyens de nous faire transporter au lac, car il ne nous sourit que peu de faire plus d’un mille à pieds, sous la chaleur qui nous accable, et en ne respirant qu’une atmosphère empestée de bitume que les poumons ont peine à supporter.

Comme nous n'avons à choisir ni entre le carosse et le coupé, ni même entre le cab ou le cabrouet, nous nous montrons tout-à-fait accommodants, bien décidés à sacrifier l’élégance et le comfort, pourvu qu'on nous dispense de marcher. Après divers pourparlers, nous acceptons à la fin l’un de ces

grossiers et malpropres tombereaux avec lesquels on transporte le bitume.

—Mais vous serez très bien, nous dit la face noire qui tient les guides de la paisible bête ; nous allons mettre deux chaises dans la voiture, et vous pourrez vous asseoir à volonté.

—Pour très bien, non pas ; mais essayons toujours ; nous nous sentons peu disposés à faire le trajet pédestrement,.

Nous voilà donc instailés dans le tombereau sur nos chaises, le conducteur est assis sur la barre qui clôt le devant

avec un gamin à son côté; un autre gamin se tient debout derrière nous, et nous voilà partis.

N'allez pas croire toutefois que nous ayons à nous gâûrer des parois du véhicule qui pourraient, par leur contact, souiller 208 habits ; non, le bitume que l'on transporte est parfaitement

æc, et ne peut laisser échapper qu’une poussière également sèche lorsqu'il est froissé.

Installés et escortés comme nous le sommes, avec nos ombelles tendues sur nos têtes, nous aurions pu figurer avanta-

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