DE LA FOCE DE VIZZAVONA A BASTIA
Le même jour, c'est-à-dire le 23 septembre, nous partions de la Foce vers 6 heures pour aller coucher à Vivario. Sur le col, la route est bordée de poteaux de 5 mètres de haut. Comme dans les Alpes, ces poteaux servent à indiquer le chemin quand la neige est profonde, ce qui arrive souvent en hiver : il y en a parfois jusqu'à 5 mètres d'épaisseur.
On traverse d'abord la grande forêt de Vizzavona, composée de hêtres et de pins. Elle a été brûlée plusieurs fois, comme toutes les forêts de la Corse.
Les traces de l'incendie de 1863 ont presque entièrement disparu, mais il n'en est pas de même pour celui de 1882; le long de la route on ne voit que troncs calcinés et noirs, branches tordues qui, au crépuscule, prennent des formes étranges et fantastiques. Ces
incendies sont une des plus grandes calamités de Vïle et, si Ton n'y prend pas garde, il arrivera un jour où il n'existera plus une seule de ces belles forêts dont la Corse est couverte.
Actuellement on peut évaluer de la façon suivante les forêts existantes :
A l'État 45 020 hectares
Aux communes 77 009 —
Aux particuliers 27 000 —
149 029 hectares
Soit un cinquième de la superficie totale de l'Ile.
Il faisait nuit noire quand nos voitures entrèrent dans Vivario, et comme les rues n'étaient éclairées que parles lueurs tombant des fenêtres des maisons, c'est presque à tâtons que nous trouvâmes l'auberge où l'on devait passer la nuit. Devant la porte se trouvait déjà la diligence d'Ajaccio à Bastia, que nous avions vue à la Foce avant notre départ.
Le lendemain matin nous faisons un tour dans Vivario, qui n'offre rien de bien particulier, si ce n'est son église et sa fontaine avec une statue de Diane ; aussi, à 7 heures, quittions-nous ce village, qui a donné naissance à un Pape, pour nous diriger vers Corte. Serragio di Venaco est le seul village important qu'on rencontre; au delà, on traverse une magnifique châtaigneraie dont les arbres sont énormes. La châtaigne a joué un grand rôle dans l'histoire des Corses : c'est grâce à elle qu'ils ont pu longtemps résister à l'invasion étrangère. Le Corse, étant très sobre, se contente de peu, et pendant les
Corse, étant donnée sa situation qui en faisait le centre de défense de Tlle. Après la bataille de Pontenuovo, elle tomba au pouvoir de Tarmée française. Dans Tavenir, grâce à sa position sur le chemin de fer, elle est encore appelée à rendre des services, au cas d^une invasion de nie.
Le temps n'étant pas assez sûr, nous renonçâmes à faire Tascension du Monte Rotondo, et nous nous décidâmes à aller visiter la haute vallée du Niolo, pour tenter Tasccnsion du Monte Cinto. Jusqu'au pont du Diable sur le Golo, la route est bonne ; ce n'est cependant qu'un chemin de grande communication. Il y a quelques années encore, celui qui voulait aller dans le Niolo était obligé d'abandonner les voitures pour prendre un chemin muletier qui, suivant la rive gauche du Golo, conduit jusqu'à Albertacce, localité principale du Niolo. Mais le décret du 20 mai 1863 a décidé qu'une route, partant de Ponte-Francardo, remonterait la vallée du Golo, traverserait le Niolo, puis, franchissant le col de Vergio (1464 mètres), irait rejoindre, dans la forêt de Valdoniello, le tronçon de roule venant de la marine de Porto.
Au moment de notre passage, les voitures pouvaient aller de Porto à Albertacce et de Ponte-Francardo jusqu'au pied delaScala de Santa-Regina; il ne restait plus que 13 kilomètres de route à faire dans les gorges sauvages du Golo, pour que les deux tronçons fussent réunis.
Quand cette route sera achevée, le touriste qui n'aime pas aller à pied pourra traverser en voilure la plus belle
Un soir la tempête
Ebranlait les cieux ;
Le vent sur la crête
Soufflait furieux;
La foudre éclatante
Grondait menaçante ;
Le flot ëcumeux
Montait sur la rive,
Et l'humble solive
Brisée aussitôt
Disparut bientôt.
Un voyageur se présente.
Rien ne rarrôte, il veut dépasser le torrent. Point de gué, point de pont I... Pour lui funeste attente ! Car il tient dans ses mains le sort d'un innocent ; Il cherche, mais en vain, pleure, se désespère; Il a devant les yeux son pauvre ami mourant.
Lui-même veut périr... « Arrêtez, 6 mon frère, « A crié Regina. Prions Dieu, la prière « Peut vous sauver encore, ayez un peu d'espoir : « Dieu n'abandonne pas à sa douleur amère f Qui se remet aux soins du souverain pouvoir. » L'inconnu n'entend rien, mais toujours il répète : « Il devra donc mourir!... Ne puis-je le sauver?... » Cependant Regina se trouble, s'inquiète, Se met à deux genoux et ne peut pas prier.
Dans son délire, alors, soudain elle s'écrie : « J'offrirais volontiers et mon âme et ma vie « Si, joignant les deux bords, un pont était jeté, « Mais avant que le coq une fois ait chanté. » A peine a-t-elle dit, devant elle se dresse Un inconnu. « Tiendras-tu ta promesse « Si je bâtis ce pont que tu désires tant? » — — « Certes, je la tiendrai, » dit-elle. Au même instant Des artisans nombreux sortent de terre. La foudre éclate et tombe avec fracas ;
autres torrents de I*lle, n'est jamais à sec. C'est au delà de cette scierie que le paysage commence à devenir grandiose, la gorge se rétrécit, de chaque côté les rochers s'élèvent en parois presque à pic, et, en plus d'un endroit, on a été obligé de faire de grands travaux de maçonnerie pour soutenir la moitié gauche de la route très élevée au-dessus du Golo. Les rayons du soleil, pénétrant par quelques anfractuosités des murailles granitiques, produisent des effets de lumière et d'ombre des plus extraordinaires au milieu de ces blocs de rochers qui revêtent alors des formes d'animaux fantastiques. Quelques rares arbres, situés sur des corniches accessibles aux aigles seulement, rompent la monotonie de ces murailles rocheuses, cependant si imposantes. Par endroits, on voit ces arbres, au feuillage sombre, se profiler sur le bleu du ciel, en donnant Tillusion d'une immense broderie flamande.
A droite et à gauche de profondes ravines amènent au Golo les eaux des régions supérieures. Peu de temps après notre passage, à la suite de pluies torrentielles, une maison, située sur cette route et où nous nous étions arrêtés un instant, a été emportée par un éboulement et s'est abîmée au fond du ravin avec tous ses habitants ; trois cadavres seulement ont pu être retirés des décombres. On n'a pu découvrir aucun vestige des autres victimes qui, au nombre de huit ou neuf, ont dû être précipitées dans le Golo et entraînées avec toutes sortes de débris. Si Ton avait mieux étudié le régime des eaux pluviales dans cette région, il est plus que probable que cet horrible accident aurait pu être évité.
C'est dans une des grottes de cette contrée que le bandit Arrighi, pourchassé par la gendarmerie, s'était réfugié et qu'il soutint un siège célèbre. Il avait toujours auprès de lui cinq ou six fusils chargés de façon à persuader à ses adversaires qu'il avait au moins sept à huit compagnons avec lui. Pour prendre cet homme seul, on lit venir deux cents soldats de troupes de ligne et vingt brigades de gendarmerie; le sous-préfet de Corte et le colonel de la 17^ légion étaient sur les lieux. Ne voulant pas faire tuer du monde inutilement et ne pouvant cependant pas monter la garde indéfiniment devant cette grotte défendue par un seul homme, ce qui aurait été la risée de toute la Corse pendant longtemps, les autorités se décidèrent à faire venir quinze sapeurs du génie pour creuser sous la grotte une mine qui la ferait sauter. Cet expédient n'ayant pas produit les résultats qu'on en attendait, on amena deux canons, mais il ne fut pas nécessaire de les utiliser, car Arrighi, blessé mortellement dans une sortie, fut achevé par un lieutenant de gendarmerie, qui pour ce haut fait fut décoré.
Ce simple récit donne une idée du courage des Corses qui, lorsqu'il est mieux employé, pour une cause plus digne et plus juste, mérite la plus grande admiration. A Austerlitz, les chasseurs corses, placés à la droite de l'armée française, soutinrent pendant plusieurs heures le choc des nombreuses colonnes russes, bien supérieures en nombre, qui devaient tourner la Grande Armée. Cette longue résistance permit à Napoléon d'enfoncer le centre des alliés.
La scala de Santa-Regina commence actuellement là
où la route cesse. C'est un étroit sentier de mulets tracé sur la rive gauche du Golo et qui monte, en serpentant, sur le flanc de la montagne. Cette montée sur les cailloux qui encombrent le chemin es tassez fatigante, mais, en revanche, on est bien récompensé de la peine qu'on se donne, car la vue est toujours très belle. Sur le versant opposé de la vallée, nous voyons toute une famille d'aigles tournoyer au-dessus d'une pointe de rocher; c'est probablement là que se trouve leur nid.
La chasse à Taigle est difficile, car c'est un animal très méfiant et Tobjet qu'il ne connaît pas lui inspire toujours une grande réserve.
En haut de la montée, une agréable surprise nous attendait. La population masculine des villages environnants était venue à notre rencontre. Au moment où la caravane apparut sur la crête des rochers, tous les hommes déchargèrent leurs fusils ; ce fut une fusillade qui dura bien dix minutes et qui fit retentir tous les échos de la montagne, endormis depuis longtemps. Nous remerciâmes tous ces braves gens de leur réception enthousiaste, puis ils nous firent cortège jusqu'à leur village.
La nuit était déjà tombée quand nous arrivâmes à Albertacce, les habitants étaient rentrés dans leurs demeures et ce ne fut pas sans peine que nous trouvâmes la maison du docteur Albertini, qui avait bien voulu nous ofl*rir l'hospitalité. Dans la nuit la pluie se mit à tomber et le lendemain matin toute la vallée était couverte de lourds nuages noirs, descendant très bas et traçant de longues lignes horizontales sur le flanc des
rien de gracieux ; quand la pointe était rabattue et assujettie dans le rebord ou retroussis, il prenait exactement la forme de l'ancien bonnet de police : c'est peut-être de là qu'est venue cette coiffure.
Ce bonnet était considéré comme essentiellement martial et l'écrivain Pierre de Corse dit qu'il n'était que l'imitation de la cervelière, espèce de casque que portaient les anciens insulaires.
Les patriotes, que le général Bonaparte envoya en Corse, sous le commandement du général Gentili, avaient des bonnets pointus; on les appela « Pinzuti » et depuis lors ce nom fut donné aux partisans de la France et aux Français en général.
hepelone était un grand manteau à capuchon, fait de drap du pays, en poils de chèvre bruns. Excellent pour l'hiver et dans les montagnes, il n'a d'inconvénient que par son poids. Au besoin il peut servir de tente et, raidi par la pluie, il se soutient de lui-même et ne charge pas les épaules de celui qu'il abrite. Les officiers anglais, qui vinrent fréquemment dans l'île au siècle dernier, recherchaient ces manteaux, qu'ils utilisaient pour leur usage personnel, après les avoir fait doubler de velours.
Les munitions étaient portées dans une ceinture dite carchera dont l'usage en Corse était très ancien. On y passait un stylet d'une forme toute particulière. C'est une arme très dangereuse et redoutable dans lo corps à corps. Quant aux provisions de bouche, on les portait dans un bissac sans coutures, appelé zaino, fait en peau de chèvre, de mouton ou de sanglier. Il était attaché par les pattes à un cordon qui servait à le porter. Rem-
les exploiter dans leur intérêt. Aussi le plus grand service à rendre à la Corse serait de lui donner une justice véritablement impartiale qui, au lieu d'exciter les passions par des jugements rendus sous Finfluence de certaines coteries politiques, qui font que les magistrats ne sont généralement considérés que comme les instruments d'un clan, calmerait les esprits par des arrêts ne s'inspirant que de Téquité. Par malheur, aucun gouvernement n'a jamais rien tenté do pareil. Un petit fait, pris entre mille, peindra bien cette situation. Un habitant de la commune de X... faisait paitre ses chèvres dans une propriété de TEtat. Un haut fonctionnaire de l'administration pénitentiaire passe, constate le délit, fait dresser procès-verbal et l'adresse directement au procureur de la République Le plus singulier de l'affaire, c'est que le Tribunal, après avoir reçu la déposition du fonctionnaire qui avait verbalisé et celle du délinquant cité comme témoin, qui n'est autre que le maire de la commune et suppléant du juge de paix, condamna un pauvre diable, témoin inconscient du délit.
Nous reviendrons plus loin sur les origines historiques de la vendetta et du banditisme qui en est la conséquence.
Le Corse, avec son esprit chevaleresque et son point d'honneur auquel il tient tant, est indolent et n'aime pas beaucoup à travailler la terre; il laisse cette besogne aux Italiens qui arrivent, chaque année, par flots de 12000 hommes. Ces Luquois, ainsi qu'on les appelle dans rilc, après avoir travaillé toute la saison pour les propriétaires corses, s'en retournent dans leur pays en emportant tout l'argent qu'ils ont gagné.
Malgré les relations forcées qui naissent du contact avec ces étrangers, le Corse n'aime pas s'allier avec eux.
Il a conservé très vivace l'amour des armes ; comme au temps de Thorrible oppression génoise, il voyage toujours armé de son fusil et de son stylet. Il n'est pas rare de rencontrer un berger surveillant son troupeau, assis et le fusil entre les jambes. Aussi y a-t-il eu un mécontentement très violent quand le port des armes fut interdit dans l'Ile. Le Corse rachète ses petits défauts par de grandes qualités; il est brave, il est foncièrement honnête, il est sobre et il a le culte du souvenir, n'oubliant jamais celui qui lui a rendu un service ni celui qui l'a offensé.
Par ces mœurs primitives et par la nature abrupte du pays qu'il habite, le peuple corse fut toujours essentiellement républicain et l'on se rappelle que déjà, au x*^ siècle, la Terre de Commune n'était qu'une confédération de communes autonomes.
Pendant la journée du 26, la pluie ne cessa pas de tomber un instant fine et serrée. Le lendemain matin les nuages étaient encore plus bas ; décidément le Cinto ne voulait pas se laisser aborder ; aussi dîmes-nous adieu à cette montagne peu aimable pour reprendre la route de Corte.
En descendant la scala de Santa-Regina, nous eûmes quelques éclaircies; des rayons de soleil réussirent à percer l'épaisse couche de nuages et vinrent nous inonder de leurs tièdes effluves.
Au pied de la scala se trouvait toute une famille qui se reposait avant d'entreprendre la terrible montée.
Le père et la mère étaient huches sur deux petits mulets au milieu d'un assemblage de paquets et d'objets les plus disparates. Quelles bêtes intelligentes que ces mulets ! Il faut les voir, longeant les précipices sans faire un seul faux pas, et, malgré la lourde charge qu'ils portent, ne jamais paraître fatigués. La famille revenait de Corte, où elle avait été porter un de ses enfants chez un docteur en renom. Le pauvre petit être que le père tenait dans ses bras avait Tair bien souffrant.
Près de la scierie, nous reprenons les voitures, qui en peu de temps nous transportent à Corte.
Le 28, de très bonne heure, nous quittions Corte, nous dirigeant vers Bastia. La route s'élève lentement jusqu'au col de San-Quilico au milieu d'un pays assez mouvementé. De chaque côté la vue est limitée par une rangée de petites collines ; leurs flancs, actuellement dénudés, laissent voir les traces de vignes qui furent, avant le phylloxéra, la richesse du pays. On laissa sur la droite le village d'Omessa, localité renommée pour ses vins.
En arrivant sur le Golo, on aperçoit les nombreux travaux d'art qu'a nécessités le chemin de fer de Bastia à Corte. La route longe le Golo qui, à cette époque de l'année, ne renferme que peu d'eau. Ponte-alla-Leccia, où nos voitures font une petite halte, n'est composé que de quelques maisons, parce que l'endroit est très malsain. Les miasmes, remontant la vallée du Golo, en rendent le séjour dangereux en été, car la fièvre palustre y règne en maîtresse absolue.
Une compagnie d'infanterie, venant une année de
La conquête de Capraja par les milices nationales donnèrent à réfléchir au gouvernement génois, qui songea, dès lors, à renoncer à une possession, telle que la Corse, qu'elle ne pouvait plus défendre. Une lourde faute que commit la République hâta cette décision.
La France ayant chassé les Jésuites, TEspagne demanda à Gènes de les autoriser à s'établir en Corse ; Tautorisation demandée fut accordée et Ton vit les hommes noirs débarquer dans Tile. Le gouvernement français, mécontent du procédé, ordonna à M. de Marbeuf de retirer ses troupes de Calvi, d'Algajolaet d'Ajaccio; à la suite de cette mesure, les patriotes corses occupèrent immédiatement Ajaccio en bloquant la garnison génoise dans la citadelle. Gènes, n'ayant plus rien en Corse, se décida à traiter et, le 15 mai 1768, elle vendait l'ile àla France en se réservant le droit de la reprendre le jour où elle serait à même de payer à la France les frais d'occupation.
Le gouvernement de Paoli, effrayé, fit des démarches auprès des gouvernements européens, en leur demandant de garantir l'indépendance du peuple corse ; mais les cabinets firent la sourde oreille, car ils n'étaient pas fâchés de voir disparaître avec un peuple de héros un dangereux germe de liberté et de démocratie.
Il n'y avait plus qu'à se préparer à la lutte. Chauvelin venait de débarquer avec 18000 hommes et d'occuper le Nebbio, mais le peuple le plus libre et le plus brave du monde lui infligea une sanglante défaite à Itorgo, le l*"" octobre 1768.
Au printemps de 1769, le comte de Vaux, qui avait été
après naissait Napoléon Bonaparte, qui, devenu chef du gouvernement français et n'oubliant pas la haine de ses compatriotes à Tégard de Gènes, détruisit la Sérénissime République et vengea ainsi son pays de plusieurs siècles d'iniquités et de tyrannie. Mais les Corses, battus à Pontenuovo, n'étaient que conquis, et au moment où éclata la Révolution française, ils étaient sur le point de se soulever de nouveau.
L'Assemblée nationale, en décrétant que la Corse faisait partie intégrante du territoire français et en rappelant Paoli et les exilés, gagna d'un seul coup toute leur confiance ; car, en même temps, ils voyaient triompher en France les idées pour lesquelles ils avaient combattu si longtemps. Aussi Paoli fut-il accueilli avec enthousiasme lorsqu'il vint devant l'Assemblée nationale, à la tête d'une délégation, assurer le peuple français de la sympathie et de l'attachement de ses compatriotes.
Mais ce qui acheva de transformer les Corses en véritables Français, ce fut la glorieuse fortune de l'un d'eux, devenu Empereur de la grande nation. En présence des événements du commencement du siècle, les Corses oublièrent leur indépendance et, après avoir versé leur sang sur tous les champs de bataille côte à côte avec les soldats français, ils s'unirent corps et âme avec leur nouvelle patrie, partageant ses revers et ses gloires.
Aucune cause, sauf la loi du plus fort, ne pourra jamais séparer de la France le pays de Bonaparte et, au moment du danger, la France pourra toujours compter sur le courage et l'abnégation de ses enfants corses, prêts à verser partout leur sang pour la patrie commune.
sons de la ville de Basiia, terme de notre course de la journée. Bastia est une ville d'allure moderne, elle ressemble beaucoup aux villes du littoral italien avec lesquelles elle est du reste en communications incessantes grâce à sa situation.
La création d'un nouveau port a accru considérablement son importance commerciale ; mais quand le vent du large souffle un peu fort, l'accès en est assez difficile.
Sous la domination génoise, Bastia fut la résidence des gouverneurs de l'île et pendant la guerre de l'Indépendance elle fut prise plusieurs fois par les patriotes corses.
Le cap Corse dont Bastia marque la racine est une vaste presqu'île rocheuse habitée par des pêcheurs qui sont les meilleurs marins de Tile. Ils ne craignent pas de traverser la Méditerranée dans des barques non pontées pour aller jusque sur la côte d'Afrique. Cette région est par suite, au point de vue du recrutement maritime, la plus importante de la Corse; pour ce qui est du recrutement militaire, elle mérite aussi d'être placée en première ligne. Le canton de Rogliano est celui qui fournit la plus faible proportion d'exemption pour défaut de taille. Le vin que produit cette région est célèbre dans toute l'île et au moyen âge on Tcxpédiait à Gênes pour de là être transporté en Allemagne et vendu comme vin d'Espagne.
Le col de Tcghimc fait communiquer le golfe de Saint-Floront avec la ville de Bastia.
Le peuple du cap Corse émigré beaucoup, surtout dans TAraérique du Sud. Le dernier recensement a montré que le pays étranger où il y a le plus de Corses
est Porto-Rico ; ils y forment les 90 centièmes de la population française émigrée.
Nous connaissons plusieurs de ces Corses qui sont revenus d'Amérique avec une belle aisance, et qui dans leur pays passent pour millionnaires. L'un d'eux a même failli devenir président de la république dans Tun des petits États de TAmérique équatoriale, mais il s'est contenté du grade de général.
Entre Luri et Pino se trouvent les ruines d'une ancienne tour que la tradition dit avoir été habitée par Sénèque; cette tradition est des plus contestables, car les Romains n'avaient pas beaucoup de relations avec le cap Corse. Toujours est- il qu'on lui attribue quelques vers peu flatteurs pour l'île et ses habitants, mais il est tout naturel de ne pas y attacher une grande importance, car Texilé doit toujours voir en noir le pays qu'il est contraint d'habiter; de plus, il n'est pas absolument démontré que ces vers soient de lui.