D'AJACCIO A SARTÈNE
D'après le recensement de 1886, la Corse aurait une population de 278 501 habitants répartis sur une superficie de 874710 hectares, ce qui en moyenne donne 31,9 habitants par kilomètre carré, la population moyenne de toute la France étant 72,36.
Il résulte également de ce recensement que la Corse est le 4" des 10 départements dont la densité est la plus faible.
Si Ton examine la belle carte de la densité de la population française dressée par M. Turquan dans le système bichrome, on se rendra facilement compte et d'un seul coup d'œil de la répartition de la population en Corse. Sur cette carte, les régions laissées en blanc sont celles qui possèdent une population de densité moyenne. Celles qui sont plus peuplées sont teintées en
rouge et plus le rouge est foncé, plus la densité est forte; au contraire, les régions moins peuplées sont représentées par des teintes bleues, plus elles sont foncées, plus la densité de la population est faible.
On remarquera d'abord que presque toute l'île est teintée en bleu, ce qui indique que la densité de la population est au-dessous de la moyenne. Les teintes bleues les plus foncées recouvrent deux régions que nous savions déjà être peu peuplées; ce sont : la Balagne, dite Déserte, et la côte orientale de l'île dont le centre se trouve à Aléria. Au milieu de cette teinte générale bleue on voit quelques îlots rouges, par exemple les environs d' Ajaccio, de rile-Rousse, le cap Corse et le pays d'Orezza ; ce sont, par suite, les régions les plus peuplées de l'île.
La région de densité très forte, qui, partant de Belgodere, embrasse le territoire de Muro pour s'étendre j usqu'à rile-Rousse, explique parfaitement les progrès que fait cette dernière ville, située pour ainsi dire à l'embouchure d'un fleuve de population qui aurait sa source dans les montagnes environnantes, tandis que Galvi n'est que le débouché d'une région beaucoup moins peuplée, car on n'y trouve pas une seule tache rouge. On voit par là comment une représentation graphique fait immédiatement sauter aux yeux une des causes de la différence qui existe entre ces deux parties de la Balagne.
Les origines de la population corse sont très obscures, les documents historiques étant rares et peu explicites. On a donc essayé de jeter un peu de lumière sur les périodes anciennes de l'histoire de l'île en employant les moyens dont disposent les sciences anthropologiques ;
mais, les observations faites jusqu'à ce jour étant fort peu nombreuses, la question n'a pas encore beaucoup avancé.
Le D' Fallot a essayé en étudiant l'indice céphalique de voir si les faits justifiaient et confirmaient les quelques données historiques que nous possédions. C'est son mémoire que nous allons analyser dans les pages suivantes.
La configuration toute spéciale de l'île donne presque entièrement la clé de son histoire; en tous cas, elle explique comment les Corses n'ont jamais pu être soumis complètement et comment il se fait qu'il y ait eu fort peu de mélanges avec les peuples étrangers; de même, son morcellement territorial fournit la raison de ses divisions politiques et des luttes intestines qui Tont ensanglantée pendant de si longues années.
La période préhistorique est extrêmement obscure; on ne possède que de rares documents pour cette époque déjà si reculée. A propos des ossements découverts par M. Locardprès de Bastia, en 1871, le D*" Lortet écrivait en 1873 : «La présence de l'homme en Corse remonte- « rait donc à une époque beaucoup plus ancienne qu'on « ne l'avait supposé jusqu'à ce jour. » En 1878, le D' Cavaroz découvrit près de Saint-Florent des espèces de grottes creusées dans des escarpements calcaires. Elles contenaient des ossements et différents objets en pierre.
On sait en outre que M. de Mortillet a parcouru la Corse pour y rechercher et étudier les monuments mégalithiques qui sont surtout très nombreux dans
l'arrondissement de Sartène. Les dolmens portent le nom de stazzone et les menhirs celui de stantare. Les alignements de pierres levées sont répandus sur toute la surface de Ttle, Tels sont les rares faits qui nous font connaître la période préhistorique de Tîle. Ils nous amènent à la période proto-historique.
D'après une légende rapportée par les auteurs anciens, la Corse aurait été colonisée pour la première fois à l'époque de l'arrivée d'Hercule en Italie; ses navires dispersés par une tempête auraient été obligés de chercher un refuge en Corse et en Sardaigne. Cymus, fils d'Hercule, aurait donné son nom à l'île sur laquelle il avait débarqué le premier. Diodore de Sicile ajoute que l'Hercule dont il s'agit serait un conquérant phénicien. Jacobi admettait déjà qu'Ai éria avait été occupée par ce peuple de navigateurs. L'archéologie moderne a apporté un nouveau fait à l'appui de cette légende; d'après Perrot, le monument découvert dans l'Ile et signalé par Mérimée en 1840 serait bien d'origine phénicienne. Vers 550 avant J.-C, d'après Hérodote, les Phocéens seraient venus en Corse fonder la ville de Galeria. Ayant battu les Carthaginois et les Étrusques, ils seraient repartis pour aller fonder Marseille. Après le départ de ceux-ci, les Carthaginois se retirèrent, mais les Étrusques élevèrent dans l'île une ville qu'ils appelèrent Nicea et qui existait encore au temps de Diodore de Sicile.
Après les Phocéens, les Ligures auraient pénétré en Corse ; après eux seraient venus les Ibères d'Espagne, mais, selon les historiens eux-mêmes, ces occupations
étrangères n'auraient été que de simples établissements commerciaux. Comme en outre ces différentes nations n'avaient pas trouvé Tîle déserte et qu'elle était habitée au contraire par une race autochtone, sur laquelle les auteurs anciens ne nous donnent aucun détail, il en résulte que la Corse se trouvait être indépendante au moment où les Romains en entreprirent la conquête. La première expédition eut lieu en 494 avant J.-C. ; jusqu'en 389, date de l'occupation définitive de l'île, le Sénat n'y envoya pas moins de huit expéditions.
Mais, d'après plusieurs auteurs, la domination romaine se serait du reste réduite à une simple occupation de quelques points du littoral. En 360, Marins fonda Mariana, à l'embouchure du Golo, et en 373, Sylla envoya une colonie à Aléria. Les Romains prélevaient un tribut sur les indigènes de l'île, qu'ils considéraient du reste comme de fort mauvais esclaves, d'humeur indomptable. Il est peu probable qu'ils se soient jamais aventurés fort avant dans l'intérieur de l'île.
Après la chute de l'empire romain, la Corse fut successivement envahie par les Vandales, les Goths, les Lombards et les Byzantins. A partir du vni* siècle, elle fut également envahie par les Sarrasins.
A dater de cette époque, l'histoire de la Corse est remplie tout entière par des querelles et des dissensions intestines; pendant plusieurs siècles, on n'y trouve aucun fait digne d'être recueilli pour l'anthropologie. Etant données les luttes avec les Génois, il n'est pas permis d'affirmer qu'il y ait eu jamais entre la population insulaire et ses maîtres, les Génois, de ces mélanges et
constate que cette courbe est presque mathématiquement symétrique et tracée de la façon suivante : un plateau rigoureusement central (indices 75-78 inclus), subdivisé lui-même en deux étages, l'un supérieur, tout à fait dominant avec les indices 76 et 77, Tautre un peu inférieur, avec les indices 75 et 78, puis, partant de chacune des extrémités de ce plateau, deux lignes absolument égales en longueur, d'abord brusquement, puis lentement décroissantes et allant aboutir Tune et l'autre à Tunité avec les indices extrêmes de la série. Cette symétrie de la courbe est la preuve évidente d'une homogénéité craniométrique peu commune. Si maintenant on fait le pour cent de fréquence pour chaque indice, on constatera que les indices 75 à 78 inclus figurent dans la population corse, pour la proportion certainement remarquable de 54 pour 100; qu'au contraire les indices au-dessus de 80 ne s'y rencontrent que dans la proportion de 12,5 pour 100; qu'enfin pas une seule fois on n'a constaté un indice atteignant 86. Si maintenant nous calculons par la méthode ordinaire la moyenne arithmétique de tous ces indices, nous trouvons le nombre 76,58 qui, soit dit en passant, est presque rigoureusemont intermédiaire entre les deux indices 76 et 77 qui, d'après la courbe dont nous avons parlé, sont les plus fréquents. Il y a donc une concordance frappante entre les résultats fournis par Tétude de l'indice moyen et ceux que donne la méthode do la sériatioii ; ce fait doit être interprété comme une nouvelle preuve de l'extrême homogénéité craniométrique de la série étudiée.
En rosiimé, on peut dire que la population corse est