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Il résulte de ce tableau qu'on peut dire d'une façon générale que, dans la population corse, l'indice céphalique moyen va en décroissant à mesure qu'on s'éloigne du littoral pour pénétrer plus avant dans Tintérieur.
Si l'on recherche maintenant quelle est dans chaque région la proportion relative des sujets mesurant un indice égal ou supérieur h 80, on arrive à des résultats dignes d'être signalés ici.
Les deux régions Corte etleNiolo, qui se distinguaient déjà dans le tableau précédent comme donnant l'indice moyen minimum, occupent encore dans ce dernier cas une place toute particulière, en ce sens que la brachycéphalie y est absolument absente.
Mais, en revanche, c'est à Bastia qu'il y a le plus de brachycéphalie, soit 27 pour 100. Ainsi, à ce point de vue, cette région occupe encore une place tout à fait à part. Elle se trouve à l'extrême opposé de Corte et du Niolo. Comme d'un autre côté nous avons trouvé deux indices de 71 dans celte région de Baslia, on déduit de suite du rapprochement de ces deux faits que la population de cette région est la moins homogène de la Corse, et que co défaut d'homogénéité est dû à l'immixtion d'une notable proportion de Télément sous-brachycéphale très faible dans le restant de l'ile et nul dans les régions de Corte et du Niolo, comme nous l'avons vu plus haut. Cette conclusion apparaît avec plus d'évidence encore si l'on recherche la proportion d'après le lieu d'origine des indices supérieurs à 84. Ces indices ne se rencontrent que deux fois et les sujets qui les fournissent sont l'un et l'autre originaires de Bastia. Il semble donc que ce
soit par cette voie que Télément brachycéphale et sousbrachycéphale tende à pénétrer dans Tîle.
Par tout ce qui précède, on voit clairement que l'opinion de Reclus était exacte : c'est bien dans l'intérieur de rtle que se trouve le type corse le plus pur; avec plus de précision, on peut môme dire que ce type se rencontre inégalement dans la région centrale de Tile et que c'est dans l'arrondissement de Corte qu'il est le plus homogène.
Par son indice céphalique, la population corse se distingue d'une façon absolue des Ligures et des Celtes, mais, en revanche, elle se rapproche singulièrement des Ibères. Les Corses n'ont donc rien de commun avec ces célèbres Ligures qu'on leur a toujours donnés pour ancêtres et qui, en France, devaient s'étendre jusque dans le département de l'Yonne, jusqu'à Genève et même tout le long du versant sud du Plateau central. D'après les travaux du D' Topinard, la Corse serait le deuxième département de France qui aurait le plus de bruns : 80 pour 100 de bruns contre 15 pour 100 de blonds et 38 pour 100 d'intermédiaires.
Tel est, à grands traits, le résuméde nos connaissances actuelles en ce qui concerne l'ethnologie de la Corse.
Le 10 octobre, nous quittions Ajaccio pour nous rendre à Sartène parla route nationale n** 196, ouverte à la circulation dans toute son étendue dès 1846. Cette route, qui se détache de celle de Bastia, à une petite distance d' Ajaccio, traverse le delta formé par les dépôts de la Gravona ; cette région peu étendue et dont la fertilité est célèbre a reçu le nom de Campo delf Oro. L'araignée
venimeuse dite mahnignàtn y est abondante ; on sait que sa morsure est souvent mortelle.
Après avoir franchi les deux bras de la Gravona, on aperçoit près de Tembouchure du Prunelli une vieille tour en ruine, dans laquelle Bonaparte, encore tout jeune officier, subit un siège de plusieurs jours et dont il ne parvint à sortir que grâce à son éloquence. A Pisciatella, on franchit le Prunelli, dont le cours supérieur arrose la région de Bastelica, couverte de forêts et dont les villages sont entourés de magnifiques châtaigniers.
Les habitants de Bastelica sont les plus robustes et les plus énergiques de la Corse, ils sont réputés pour leurs aptitudes militaires. Pendant la guerre de 1870, ce petit canton, dont la population est inférieure à 6000 habitants, comptait 35 officiers dans Tarmée. Ce goût pour les armes n'a guère diminué depuis, car, en 1888, il y avait 30 officiers originaires de Bastelica présents sous les drapeaux.
En 1870, la Corse entière avait fourni 20 800 soldats, soit le douzième de sa population. Aussi un député pouvait-il dire à la Chambre, le 29 avi'il 1871, que, pendant la dernière guerre, la Corse était le département français ayant eu le plus de tués et de blessés.
En 1885, il y avait, dans Tarmée active, 815 officiers corses et 402 dans la gendarmerie.
Malgré les vertus guerrières des habitants de Bastelica, leurs voisins leur attribuent un certain degré de naïveté ; témoin le conte bien connu : les Bastelicacci à la recherche de la race des géants. Hâtons-nous d'ajouter que rien ne justifie cette réputation.
Il y avait autrefois à Bastelica une singulière coutume à propos des mariages. Ceux-ci, arrêtés au mois d'octobre ou en hiver, ne se célébraient que beaucoup plus tard, généralement en août ; aussi, à cette époque, la plupart des jeunes mariées étaient-elles enceintes et quelques-unes presque à terme, cependant il n'y eut jamais d'exemple delà rupture de ces unions libres avant la cérémonie du mois d'août.
Les curés n'avaient jamais osé attaquer ouvertement ces unions, par crainte des femmes très redoutables dans ce canton. Valéry raconte que l'enlèvement de la fiancée avait encore lieu au commencement du siècle. C'était un vague souvenir, une survivance de l'époque primitive où la femme n'était qu'une captive que l'homme ramenait à la suite d'une expédition guerrière contre une tribu voisine. Chez beaucoup de peuples primitifs, cette coutume existe encore ; ceux qui sont plus avancés en civilisation n'en ont plus que le simulacre qui, comme on vient de le voir, a existé jusqu'à une époque récente en Corse. Des rixes furieuses s'élevaient alors entre les femmes au sujet des nouvelles mariées que se disputaient les villages de l'épouse et du mari. On s'attaquait sur les ponts des petits ruisseaux qui séparent ces villages et les femmes sortaient quelquefois presque nues de ces combats.
C'est à Bastelica qu'est né Sampiero, le héros corse du XVI* siècle, dont la grande figure, comme un météore surgissant toutà coup dans les ténèbres, se lève, s'éclipse, reparaît et s*efface dans un nuage sanglant.
Devenu capitaine des gardes corses de François !•',
Sampicro s'illustre par des hauts faits. Le connétable de Bourbon disait de lui :
a En un jour de bataille, le colonel des Corses vaut à « lui seul dix mille hommes. »
De concert avec le maréchal de Thermes, il chassa les Génois deTile, qui fut réunie à la France par François II. Mais le traité de Cateau-Cambrésis la rendit h Gènes. Sampiero lutta alors tout seul contre les troupes de cette république ; à la journée de Vescovato, elles éprouvèrent un sanglant désastre, quoique les Corses fussent un contre dix; les Génois surpris furent assommés à coups de pierres et les cavaliers furent traînés dans les précipices par la queue de leurs chevaux. Ne pouvant arriver à le vaincre, les Génois eurent recours à l'assassinat.
Le 17 janvier 1567, Sampiero fut attiré dans une embuscade par les trois frères Ornano, Michel-Ange, Jean- Antoine et Jean-François. Malgré son grand âge, 69 ans, et sans tenir compte de leur nombre, il les attaqua avec impétuosité. Il avait déjà brisé la mâchoire à Jean-Antoine et il allait avoir bon marché des autres, quand il reçut par derrière un coup de feu que lui tira son écuyer Vittolo, acheté par Glanes. Du reste, ce nom de Vittolo est encore en Corse le synonyme de traître. Ce crime eut lieu près de Suarella, village situé non loin (le Cauro.
Sampiero avait épousé Vannina d'Ornano; à Tâge de 63 ans, il fît le trajet de Constantinople à Aix, pour venir l'étrangler de sa propre main parce qu'elle avait voulu traiter avec Gènes pour conserver le patrimoine
— gode ses'cnfants. Mais les Ornano qui assassinèrent Sampiero n'étaient nullement ses beaux-frères. La femme de Sampiero, la belle Yannina, était la fille unique de François d'Ornano. Bernardin, frère de celui-ci, eut cinq fils naturels. Un d'eux était le père de Michel- Ange et de ses frères. L'argent qu ils reçurent et les réclamations notoires qu'ils firent pour le toucher mettent hors de doute leur infamie.
Au delà du Prunelli, la pluie commença à tomber et elle dura jusque dans l'après-midi ; comme un voile gris couvrait toute la campagne, nous ne pûmes rien voir jusqu'à Petreto-Bichisano. Le son monotone produit par les gouttes d'eau tombant sur la capote de la voiture n'étaient interrompues que par le bruit cadencé que produisaient les chevaux en posant lourdement leurs pieds au milieu des flaques d'eau de la route. A Gauro, on aperçut quelques maisons voilées par un rideau de fine pluie et ce fut tout.
Au col de Saint-Georges qui domine de ses 700 mètres la vallée du Taravo et d'où, quand le temps est beau, on a un panorama admirable, la vue était aussi limitée; à 100 mètres, tous les objets étaient noyés dans une brume grisâtre qui leur donnait un aspect fantastique, car ce ton d'estompé était cause qu'on ne voyait pas où commence le ciel et où finit la terre. Un immense chêne vert, dont la partie inférieure du tronc se perd dans un trou sombre, a ses branches se dessinant finement sur un fond gris plus clair; en s'élevant, les petites branches se fondent insensiblement dans le ton général de l'atmosphère.
Inutile do dire que ce temps ne portait pas beaucoup à la gaieté et les voyageurs n'étaient pas d'humeur folâtre; mais si Bergerat était un peu triste, il n'en était pas de môme de Galiban qui fut d'une gaieté folle ; sa verve intarissable nous fit heureusement oublier les fantaisies d'une atmosphère inclémente. Au pont du Taravo, le temps commença à devenir meilleur; un petit ventquiremontaitlavallée chassait devant lui des masses de nuages qui, en vastes franges, glissaient le long du flanc des collines ; une « fenêtre » qui se produisit dans la masse nuageuse nouspermit môme, à un moment donné, d'entrevoir les premières maisons de Pctreto-Bichisano, gros village d'un millier d'habitants où nous devions déjeuner.
Non loin de là, on voit encore les ruines du château de SoUacaro, où résida autrefois Vincentello distria et d'où l'on découvre un majestueux panorama de mers et de côtes azurées. Un jour que Paoli séjournait en cet endroit, une femme accompagnée d'un jeune homme lui faitdemanderà le voir. Comme le général était à travailler et ne recevait point en ce moment, elle fut écartée par les factionnaires ; mais au bruit qu'elle faisait en insistant, Paoli sortit et lui demanda ce qu'elle voulait : « Général, répondit-elle, j'ai perdu l'aîné de mes fils « pour la défense de la patrie, et j'ai fait vingt lieues « pour vous amener celui qui me reste. » La réponse de cette femme corse est digne d'ôtre mise à côté de celles des héroïnes de l'antiquité.
Au col de Calaccia, le temps était tout à fait dégagé; seuls quelques gros nuages gris r.irculaient encore sur
le fond bleu pâle du ciel. La route qui serpente souvent en corniche au milieu des maquis, offre parfois de jolies échappées sur la charmante nappe d'eau du golfe de Valinco d'où émergent les têtes sourcilleuses de quelques noirs rochers, écueils dangereux redoutés des marins. Une ligne de maisons blanches rangées sur le rivage nous indique Temjflacement de Propriano, le port le plus important de l'arrondissement de Sartène. Près du môle, plusieurs bâtiments à l'ancre projettent dans l'air leur fine mâture. Un peu plus loin, un gros vapeur répand dans l'atmosphère des flots de fumée noire qui; montant verticalement, tourbillonne et semble chercher en hésitant le chemin qu'elle doit suivre pour aller se perdre dans l'azur du ciel. Les coups de sifflet stridents qui annoncent son départ montent jusqu'à nous au travers des couches d'air immobiles, en nous rappelant que ce vapeur qui d'ici a l'air d'une barque est l'une des puissantes créations de l'industrie moderne.
A Olmeto, village construit en amphithéâtre sur les flancs d'une colline granitique et qui jouit d'une vue étendue sur la vallée de Baracci, nous nous arrêtonsquelques instants chez M. Galloni d'Istria, qui nous fait goûter son excellent vin. Mais le temps presse, car il faut arriver avant la nuit à Sartène. Aussi sommes-nous obligés de quitter notre hôte plus tôt que nous ne l'aurions voulu.
La route, après avoir contourné le fond du golfe de Valinco, traverse la principale rue de Propriano, bordée de maisons neuves ; les nombreux bureaux qu'on y voit indiquent la prospérité de ce port, dont le grand développement ne date que d'hier.
C'est probablement pour cela qu'un ministre français, renouvelant la mésaventure du singe de La Fontaine, prenait Propriano pour un nom d'homme qu^il qualifiait de (( personnage bonapartiste influent ».
A partir du pont de TArène Blanche, la route longe le Rizzanèsc; on découvre bientôt Timposant massif de rincudine,puisce sont les aiguilles granitiques de TAsinao émergeant de la sombre forêt de Bavella. A un détour de la route, nous apercevons pour la première fois Sartène, superbement perché sur de puissantes masses rocheuses. Avec ses maisons en granit, capables de supporter un siège, Sartène rappelle immédiatement la vieille ville corse du moyen âge. C'est, du reste, l'arrondissement de Sartène qui, de toute l'île, est resté le plus profondément corse. De nos jours môme, de 1830 à 1840, les deux principaux quartiers de la ville furent en hostilité permanente.
C'est le 16 septembre 1830 que commença le conflit. Les habitants do Borgo ayant, sans lapermission du maire, organisé une garde nationale, allèrent bruyamment se promener dans le quartier de Sainte-Anne. Des coups do feu partirent do plusieurs maisons, le commandant et un garde national furent tués. Quelques jours après, les bergers, au nombre d'un millier, arrivèrent dans la villo pour prendre part aux luttes qui se préparaient. Le jury ayant naturellement acquitté tout le monde, les hostilités recommencèrent bientôt. Le 20 février 1833, deux hommes de Borgo furent tués par cinq habitants de Sainte-Anne, non loin du Rizzanèse.Le 20 juin 1834, deux hommes do Borgo furent encore tués à Propriano
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par des ouvriers de Sain te- Anne, travaillant sur le port. Pour que de pareilles mœurs se soient perpétuées jusqu'à nos jours, il a fallu qu'elles fussent bien profondément enracinées dans le cerveau des insulaires corses.
L'habitude de la vendetta, ce chien du doge, comme on disait autrefois, date certainement de la domination génoise. Gênes, qui craignait que la Corse, avec son développement de côtes, son excellente position dans la Méditerranée, ses inaccessibles montagnes et ses indomptables enfants, ne vînt un jour à rivaliser avec elle, n'avait qu'un but, semer la discorde parmi les braves et simples habitants de l'île.
C'est la raison d'État, cette raison monstrueuse et sinistre, qui fut cause que Gènes montra dans le gouvernement de la Corse une cruauté, un cynisme et une avarice qui ont dépassé les bornes qu'on peut imaginer à la méchanceté humaine.
Gênes, pour empêcher les Corses de penser à l'indépendance, fomenta des discordes intestines et des rivalités de clocher ; moyennant finances, elle pardonnait aux meurtriers, pourvu qu'ils eussent trempé leurs mains dans le sang des leurs. Pour sa sûreté, elle défendit le port des armes, mais il y avait des exceptions pour les Corses qui avaient tué des Corses. Les honnêtes gens étaient désarmés, mais les criminels avaient un permis de port d'armes que, du reste, ils payaient fort cher. Et quand les bons citoyens, pour se garantir des assassins et protéger leur famille, s'armaient, malgré ces lois iniques. Gênes était dans la joie, car les bons citoyens, devenus meurtriers par nécessité, se confondaient avec les scé-
lérats et devenaient bandits. Alors commença la vendetta qui, pendant plusieurs siècles, transforma la Corse en un véritable enfer. On s'entr*égorgea, on se dénonça, on se vendit, on creva de misère et de famine. Comme il n*y avait pas d'équité chez les magistrats, imposés de force par des usurpateurs étrangers, le Corse dut avoir recours à une forme élémentaire du droit, la loi du talion, que déplorait déjà le vieil historien Filippini en voyant les Corses toujours armés de l'arquebuse à rouet.
Au siècle dernier, la vendetta faisait souvent plus de mille victimes par an. Dans les villages, chaque maison était devenue une citadelle crénelée dans lesquelles les hommes vivaient enfermés pendant que les femmes circulaient librement. Elles étaient cependant les plus ardentes à exciter leurs enfants ou leurs parents à la vengeance ; quand Ton rapportait au domicile le cadavre de Tun des membres de la famille, elles se démenaient alors tout autour en récitant ou en improvisant ces célèbres voceri que tout le monde connaît.
Les vêlements tachés de sang étaient conservés précieusement pour que les parents n'oubliassent jamais les morts qu'ils avaient à venger.
C'est dans l'arrondissement de Sarlène que la vendetta fait encore de nos jours le plus de victimes; cela s'explique facilement par ce que nous avons dit plus haut.
Il ne faudrait cependant pas que le lecteur confondit banditisme et brigandage. Comme nous avons tâché de le faire comprendre, le bandit n'est qu'un révolté, mais non un voleur; en présence de l'injustice des hommes, il se rend justice lui-même et se retire dans le maquis.
Comme la Corse a toujours été depuis les Génois exploitée par les gouvernements qui s y sont succédé, d'innombrables dénis de justice s'y sont commis, et les habitants, ne s'y sentant pas impartialement protégés par la loi, sont entrés en révolte contre elle ; il y a certainement lieu de plaider les circonstances atténuantes en leur faveur, car on ne se débarrasse pas en quelques années d'habitudes séculaires que l'hérédité a profondément gravées dans les cerveaux.
Le 25, nous allâmes faire une petite course à Sainte- Lucie-dc-Tallano, gros village pi ttoresquement construit sur les collines aux pieds desquelles le Fiumicicoli roule des eaux bien plus abondantes à la fin de l'été. Tout autour, comme noyés dans un océan de verdure, s'élèvent de nombreux villages dont le toit des maisons dépasse à peine le sommet des arbres ; ce coin de vallée est un véritable cirque bordé de forêts. C'est dans cette même vallée que se récolte l'excellent vin de Tallano, qui n'a qu'un défaut, c'est de ne pas être toujours transportable. Non loin de Sainte-Lucie-de-Tallano se trouve la carrière où Ton exploite la célèbre diorite orbiculaire qui porta successivement le nom de Napoléonite et de Corsite. Valéry parle des grands yeux de cette roche, « dont les nuances et l'éclat constituent la parure des âpres montagnes du pays ». Si cette pierre, à cause de sa dureté, n'était très coûteuse à tailler et à polir, on pourrait l'utiliser pour des objets de prix. Elle a pourtant servi à construire une partie de la chapelle des Médicis à Florence.
Les plus beaux échantillons de cette roche ont des
orbes de 6 centimètres environ de diamètre à cercles concentriques de feldspath blanc et d'amphibole noir bien prononcés, et la roche est aussi régulièrement ocellée qu'une peau de panthère. Sous la Restauration, le général Morand avait établi un poste de soldats près du gisement de cette roche pour éviter qu'elle ne fût gaspillée. Cette diorite orbiculaire, dit M. deLapparenl, est constituée par une association d'environ 60 pour 100 d'amphibole et de 40 pour 100 d anorlhite, d'où il résulte une teneur en silice de moins de 45 pour 100. Les parties radiées des sphères sont presque exclusivement formées de feldspath, en fines aiguilles que les plus forts grossissements ne parviennent pas à isoler, et les zones radiées sont séparées les unes des autres par des enveloppes écailleuses d'hornblende associée à un pyroxène dichroïque.
C'est non loin de Levie que se trouve le village de Carbini qui, au milieu du xiv* siècle, vit surgir la seule secte religieuse qui ail jamais existé en Corse; ces pré- ' déccsscurs des Saint-Simoniens s'appelaient les Giovannali, et leur souvenir est resté assez sympathique dans le pays.
Les environs de Sartène renferment beaucoup de vignes produisant de bons vins. Ces vignes sont généralement entourées de murs en pierres sèches, dans lesquels sont percées des ouvertures munies de portes fermant avec une serrure entièrement faite en bois ; depuis quelque temps, cependant, ces vastes serrures sont munies d'une clé en fer.
Il serait à souhaiter que les bonnes méthodes de faire
le vin pénètrent bientôt en Corse, car, étant données les ressources du pays en raisins, je ne doute pas que, dans un avenir très rapproché, cette exploitation ne devienne une source de richesse considérable pour Tarrondissement de Sartène.