‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 12 sur 59 · D 1 Î LE · texte numérisé non relu

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à l’aide de büchettes, les madrépores sont calcinés. Ces fours sont construits comme des meules de charbon de bois ; la cheminée centrale est formée de petites pierrailles très bien disposées. A l'extérieur une couverte semblable ne laisse passer que l'air indispensable. Cette couverte sera soumise à la cuisson dans une fournée suivante. En somme, le procédé, quoique peu économique, est curieux : la chaux est faite sur place, sans aucune construction de four ou travail préparatoire.

A côté de notre hôtel est un atelier où l’on répare les chaudières et les machines des bateaux; plus loin, une fabrique de glace, propriété du sultan Saïd-Bargash. En continuant le long du quai, nous rencontrons un grand bâtiment : c’est le sérail, avec jardin sur Île devant. Il communique par une passerelle couverte avec le palais. Les pièces du rez-de-chaussée sont grillées et occupées par des animaux de tout genre, notamment par deux beaux lions. Le sérail el le palais occupent les deux côtés d’une petite place carrée ayant vue sur la baie; c’est là que les troupes viennent à la paradè : les soldats réguliers sont des noirs, bien équipés, bien instruits et sont commandés par le capitaine Mathews, un Anglais. Ces hommes paraissent capables d’un très bon service. En dehors de ces troupes, le gouvernement entretient une foule d'irréguliers

des Béloutchis, des Afchans, venus de l'Asie

rmés de fusils et d'armes de (toute

provenance. On les voit passer sur les QUalis ell 5 LOUPES pittores-

ques, marchant au son de caisses qu'ils frappent de leurs mains.

Malgré leur aspect de forbans, nous nous mêlons à eux et ils nous laissent manier leurs armes, fort belles d’ailleurs. En véritables amateurs, ils paraissent très fiers de notre admiration. Leurs poignards, fabriqués à Mascate, sont merveilleux ; les plus ordinaires ne coûtent pas moins de 250 francs. L’artillerie est confiée à une compagnie de soldats persans vêtus d’habits à l’européenne, coiffés d’un haut chapeau en astrakan.

Le COrpPS de musique donne, à certains Jours de la semaine, des sérénades devant le Palais. Toute la colonie européenne se rend sur la place pour assister au concert ; le Sultan y prend souvent part du haut de son balcon. Ces musiciens, dirigés par un chef d'orchestre allemand, sont des Goanais indo-portugais et jouent vraiment assez bien.

Du quai partent à angle droit quantités de petites rues très peu-

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plées, pleines de mouvement, où l’on voit courir les nègres portant des ballots sur de longues perches. Les hommes sont vêtus de chemises blanches de calicot (gandouras), les femmes, d’indiennes enroulées autour du corps et maintenues par deux ceintures, l’une sur les seins, l’autre autour des hanches ; sur la tête elles portent un tout petit turban, retenu par une mentonnière de crêpe noir. De gros anneaux d'argent repoussé, très travaillés, ornent leurs poignets et leurs chevilles.

De grands Arabes minces se promènent gravement dans cette foule, c'est l'aristocratie du pays : ils sont superbement vêtus de chemises blanches en. crêpe très fin et de grands manteaux de belle laine ; dans leur ceinture de soie brodée de fils d’or et d'argent sont passés un ou deux beaux poignards. Leurs sandales sont agrémentées de lanières entrelacées de cuir blanc et vert. Leur turban blarfc ajoute à leur grand air. Ces Arabes se plaignent de la politique et de l'influence anglaise qui, en interdisant le commerce des esclaves, a enlevé à cette classe peu travailleuse sa plus grande source de profits. Ils dépensent beaucoup, aiment les beaux costumes, les armes de luxe, les chevaux de race, les nombreux esclaves. Ils se visitent et se traitent magnifiquement les uns les autres. Aussi vont-ils en s'appauvrissant ; la plupart ont déjà vendu ou hypothéqué leurs propriétés à des Indiens ; presque tous sont à la solde de ces derniers, qui leur confient des marchandises pour les vendre dans l'intérieur. Ce sont, en effet, d'excellents voyageurs ; grâce à leur sobriété, 1ls peuvent ne pas s’encombrer de provisions, et la polygamie leur a permis de se faire une famille partout où 1ls passent, source féconde d'influence. Ils emportent de la côte des cotonnades, du fil de cuivre, du sel, de la poudre, des armes ; ils échangent ces produits contre de l’ivoire, du caoutchouc, de la gomme copal, de l’orseille, des graines oléagineuses ou alimentaires et enfin des esclaves.

Les Anglais défendent l'exportation des esclaves, et il est interdit très sévèrement aux Européens et aussi aux Indiens sujets anglais d'en posséder. Malgré cela, par tolérance, ou plutôt sous de faux noms, ces derniers en possèdent un certain nombre. En général, les blancs louent des Arabes les esclaves qui leur appartiennent. Quoi qu'il en soit, malgré la grande influence des Anglais à Zanzibar, on voit encore à

chaque instant passer par escouades des esclaves des deux sexes enchaînés

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par le cou, les femmes souvent chargées d'un enfant à la mamelle.

Un blanc peut maltraiter un noir impunément el il n'encourt aucune punition, à moins que la victime ne puisse montrer une blessure grave. Sur notre steamer, le haut personnel d’origine anglaise s’enivrait parfois aux relâches : le docteur tout le premier ; il assomma même un jour un domestique goanais el rossa ceux qui accouraient à son secours ; le capitaine le consigna dans sa cabine, Le lendémain, sur la plainte des battus, il fallut bien aller chez le consul anglais : en dépit des preuves manifestes de brutalité, le docteur fut renvoyé de la poursuite ; il lui suffit d'alléguer l'impertinence du domestique.

Pendant les relâches, il n’est généralement pas possible de rester à bord, les bateaux sont envahis par tous les colporteurs et les désœuvrés qui y élisent domicile. Sur notre bateau on esi moins coulant avec ces intrus, mais le roulement des chaînes, la manœuvre des treuils, la vapeur qui empeste les cabines rendent le navire inhabitable. Sur les navires français, il y a pendant les relâches une discipline et un ordre plus rigoureux. Les chargements et l'arrimage sont surtout l'ouvrage d'ouvriers étrangers aux navires. À Zanzibar, ce sont des noirs qui sont chargés de ces manœuvres. Les blancs ne leur donnent aucun outil, on leur montre à peine ce qu'il y a à faire ; ils doivent charger sur leurs épaules nues des fardeaux écrasants et des colis qui souvent les blessent. Mais si les Européens qui dirigent les travaux ne s'occupent pas de diriger leurs hommes, en revanche ïls les injurient et les frappent.

Vu de la mer, Zanzibar se présente bien. La forteresse qui sert de prison, est une vieille construction qu'on attribue aux Portugais, longtemps possesseurs de ce pays ; les créneaux sont ombragés de beaux palmiers qui égayent par leur verdure la longue ligne de bâtiments. La vue de la forteresse est gâtée du côté de la mer par un grand hangar où est logée la douane et où se trouve une batterie armée de fortes pièces, mais qui n’a actuellement aucune force défensive. Il est question de reculer la douane. Espérons que la vieille forteresse, le monument le plus intéressant de la ville, échappera à la pioche de ceux qui projettent d’haussmanniser Zanzibar. Nous gardons une bonne impression du pays et des habitants. Le gouvernement semble soucieux des intérêts publics. L'honneur en revient au Sultan,

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Saïd-Bargash, et aussi au résident anglais le docteur Kirk, maintenant sir Kirk. Les douanes, dont les droits sont peu élevés, environ 5 0/0, produisent la ressource la plus importante du budget. Elles sont affermées généralement à un Parsis de Bombay, qui se charge des perceptions. Les bénéfices sont, dit-on, très considérables, mais on emploie un très nombreux personnel indien que des Européens ne pourraient pas facilement surveiller ou remplacer. Nous parcourons la ville à l'aventure, Dans une petite rue, derrière le Sérail, nous voyons une salle basse où est installé un atelier de meunerie. À terre sont placées de petites meules ; la meule dormante placée sur le sol est convexe : la meule courante, posée dessus, est percée d'un trou au centre ; elle est mue à l’aide d’un petit bâton vertical servant de manivelle et fixé dans un trou près de la circonférence. Ces meules, taillées dans des laves poreuses, sont absolument semblables aux meules romaines que l'on voit dans nos musées. Elles ont certainement été importées, car lon ne les trouve que là où les Européens ou les Arabes se sont fixés ; dans l’intérieur du continent. les noirs broyent leurs grains avec des appareils tout différents. Le grain est mis dans le trou central de a meule tournante et un linge placé dessous reçoit le grain qui tombe transformé en farine ; cette farine est tamisée à la main si elle est destinée aux Européens. Ce procédé de mouture est peu appliqué au froment, qui est expédié de Trieste mouturé et arrive à Zanzibar en barils. Le décorticage des grains est très pratiqué en Afrique ; on l’exécute en mouillant légèrement les graines et en les écrasant dans un mortier de bois à l’aide d’un pilon de même substance. Le grain décortiqué donne des farines et des gruaux que l’on n’a pas besoin de blûter, ce qui est très important dans l’intérieur où les tamis sont inconnus.

Le pilon et le mortier de bois, ainsi que la pièce plate à faire la farine. sont les objets les plus répandus en Afrique. Les négresses passent une grande partie de leur vie à piler. Ce spectacle frappe tous les voyageurs et on pourrait peut-être attribuer au ballottement violent produit par cet exercice la déformation des seins qui arrive si vite chez elles. Ce sera sans doute un des premiers progrès de la civilisaüon que d’affranchir les femmes indigènes de ce travail quotidien extrêmement fatigant. Dans l'atelier de mouture, une femme indienne, étendue sur un sofa, surveille le travail : elle est armée de la cra-

vache de peau d’hippopotame, signe habituel du pouvoir domestique ; elle porte dans sa narine percée un bijou d’or émaillé, dans les bourrelets de ses oreilles de nombreux petits boutons en or. Plus loin, sous d’autres abris, nous trouvons des orfèvres el des bijoutiers indiens ; ils fabriquent les objets les plus variés en argent, en Or repoussé ou en filigrane. Des tisserands travaillent à orner des écharpes, ils déli-

lent une portion du tissu el, avec les fils de chaîne qui restent, ils reconstruisent un tissu riche et varié, qui formera une bordure à l'étoffe primitive laissée intacte. En cénéral, ils tissent ainsi à chaque extrémité d’un pagne une bordure et une frange très ornées, Le métier qui sert à ce travail est de la plus extrême simplicité, il ne se com-

pose que de deux lisses qui servent à séparer les fils ; l’ouvrier assis par terre manœuvre ces lisses avec les mollets.

Le peigne et le battant, destinés à serrer les fils, sont remplacés par une sorte de couteau en corne polie. Une petite chaîne d'une centaine de fils. montée entre deux clous à crochets, formera le fond du nouveau tissu.

Plus loin, sous un hangar, sont installés des moulins qui écrasent et pressent les oraines de sésame pour en extraire l'huile,

Ces moulins se composent d'un fort billot de bois dur planté en terre et évidé à la partie supérieure en forme de cuvette. Un pilon en bois très lourd tourne obliquement dans la cuvette ; il est maintenu par une flèche équilibrée el plus ou moins chargée, à laquelle est attelé un chameau. Le sésame est brové et pressé avec addition d’eau :; à l’aide d'un chiffon on éponge le mélange d'eau et d'huile qui se forme au fond de la cuvette, et, par le repos, les deux liquides se séparent.

Les animaux qui tournent ces manèges sont d’horribles chameaux, hors d'âge, graisseux et absolument chauves ; tout l’établissement est misérable et sale. Mais le travail y es poussé activement. Dans le voisinage, plusieurs détaillants offrent aux consommateurs l'huile fraiche, très employée pour les usages culinaires.

Zanzibar est dans une île d'environ 70 kilomètres de long sur 30 de large ; les côtes sont peu élevées. une ligne de collines d'environ 50 mètres de hauteur court du nord au sud : le sol est très fertile, saut quelques petites parties sablonneuses. L'ile est presque entièrement

couverte de girofliers et. dans le moment de la récolte, tous les steamers

en emportent de pleines cargaisons. C'est par milliers de tonnes que ce produit est exporté. En 1879, l'ile fut dévastée par une tourmente de vent, les girofliers furent presque tous détruits ainsi que les cocotiers,

Sur la côte ouest, Unguga est le port principal. IT est séparé de la terre ferme par un canal de 30 kilomètres semé d'écueils et de coraux. La population comprend environ 4,000 Arabes provenant de l’Arabie du sudset de Mascate, un millier de Banians, 3,000 Hindis des environs de Cutch, et des nègres libres d’une nation appelée Souahili dont la langue a été fixée par un évêque anglican, M. Steere. qui a recueilli les principales légendes et poésies du pays. Les esclaves venant de l’intérieur représentent les diverses races africaines, Toute cette population noire compte environ 200,000 âmes, La ville elle-même en compte 60,000.

La ville, d'origine très ancienne, a été possédée par les Portugais, qui, vers la fin du siècle dernier, l'avaient presque complètement abandonnée. Aussi, l’Iman de Mascate a-t-il pu s'en emparer sans grandes difficultés. Après la mort du premier possesseur, qui se fit proclamer Sultan, ses deux fils se disputèrent le pouvoir. Les Anglais Intervinrent et installèrent Saïd Bargash à Zanzibar. sous la condition de payer annuellement une rente de 200,000 francs à son compétiteur resté à Mascate, et différentes autres conditions assurant l'influence anglaise. En même temps, ils établissaient un conseil et un résident: plus tard, afin d'obtenir du Sultan la suppression de l'exportation des esclaves, les Anglais consentirent à la suppression de la rente de 200,000 francs. Ce serait donc le compétiteur malheureux qui aurait payé la concession obtenue du Sultan. Afin d’être à même de surveiller efficacement les bateaux négriers, les Anglais ont tout une flottille à vapeur à Zanzibar.

Un ancien vaisseau à trois ponts, en bois, le London. qui était au siège de Sébastopol, est amarré dans le port et contient dans ses flancs des logements spacieux et une garnison anglaise de 300 hommes, un hôpital, des ateliers de réparation bien organisés, enfin un véritable arsenal et des magasins.

Dans ces derniers temps, le résident anglais a pu obtenir du Sultan l'autorisation d'établir un chantier pour réparer les bateaux dans une le, à peu de distance de la Capitale, et d'y débarquer quelques canons pour sy protéger. A force de persévérance, les Anglais parviendront

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peut-être à en faire un point d'appui pour étendre leur influence,

L'importance de Zanzibar ne remonte ouère à plus de trente ans; les Américains y sont venus les premiers y faire le commerce, c'est ce qui explique que beaucoup de marchandises sont cotées en dollars el que sur toute la côte les nègres connaissent et distinguent par le nom d'Amériki les cotonnades des États-Unis, AR de meilleure qualité et plus solides que les produits anglais et surtout que les cotonnades de Bombay. Ces dernières sont très rép: andues maintenant sur cette côte et se vendent à des prix inférieurs qui excluent presque complètement les cotonnades anglaises. Un ancien matelot français s'est fixé à Zanzibar : il a fait une grande fortune, qui serait encore plus considérable s’il avait su l’administrer. C’est très certainement le plus ancien habitant blanc. Il a possédé nombre de maisons ; maintenant, 1l est boucher et boulanger et fournit les navires. Comme il arrive d’ailleurs des blancs isolés, la vie africaine l’a conquis; il est devenu un véritable Souahili, et il répondait au consul français qui lui demandait ce qu'étaient toutes ces négresses qu'il logeait : ces négresses, cest ma femme! Outre ce compatriote, qui est une des curiosités de Zanzibar et un des gros bonnets du pays, l'élément français est très bien représentéetla plus aimable hospitalité es toujours offerte aux nouveaux venus,

Il y a aussi à Zanzibar un consul franc ais, M. Ledoulx, qui accueille ses nationaux avec une grande affabilité, les appuie auprès du Sultan, parle la langue du pays et a su toujours entretenir les meilleures relations avec les autorités locales et les consuls étrangers. Fait assez rare et que nous tenons à noter.

La côte orientale de l'Afrique fut colonisée vers le xv° siècle par des Arabes du rite Schéite et des villes prospères existaient déjà lorsque les Portugais y abordèrent sous la conduite de Vasco de Gama. À son retour de l'Inde, cet explorateur tenta de s'emparer de Momphaza, et fut repoussé; mais il fut très bien ceeitl à Mélinde, ville un peu plus rapprochée de l'équateur. Aussi, sur un rocher escarpé s'avançant dans la mer, les Portugais érigèrent une colonne comme ils le firent partout en Afrique, pour rappeler leur prise de possession. Mais à Mélinda, elle porte au sommet les armes du roi de Portugal et de Mélinda. Le roi de Mélinde, allié dévoué des Portugais, a été célébré par Camoens. Le territoire est maintenant aux mains des Gallas et est retombé dans la plus complète barbarie.

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À Monbaz où Mombaza se trouvent d'importantes’ ruines portugaises; sur une porte, une inscription rappelle que Pemba et Zanzibar dépendaient de cette ville. Un des principaux ports des Arabes, et le meilleur de la côte, était Quiloa. François de Almeida s’en empara en 1505. La conquête de la côte Est de l'Afrique donna aux Porlugais le monopole d’un trafic, qui auparavant ne se faisait que par Caravanes, à des prix très élevés. Mais la prospérité de leurs colonies décrut par suite de la découverte de l'Amérique et du Brésil, surtout après l'établissement de la domination espagnole sur le Portugal. Dans ces pays, les Portugais furent ce que les blancs ont été presque partout: injusies et inhumains vis-à-vis des indigènes. A Pemba, si un Chrétien, en passant devant Ja porte d'un Maure, se heurtait ou tombait à terre, le Musulman devait payer une amende ; lorsqu'un indigène venait réclamer une poule ou une chèvre eutrée dans l’enclos d’un Chrétien, celui-ci refusait de la rendre et répondait que la bête s'était faite Chrétienne. Au commencement du siècle, les colonies portugaises à peu près abandonnées par la métropole retom:bèrent aux mains des Arabes et reprirent leur commerce avec le golfe d'Oman. Achmed-ben-Saïd les réorganisa, et ses vaisseaux de guerre apportèrent à Mascate les esclaves et les riches produits du pays. En souvenir des anciennes persécutions, les blancs n'étaient pas tolérés dans le pays, et les habitants des côtes, qui jouissaient du droit d'épave, faisaient prisonniers les naufragés. Néanmoins, des navires fréquentaient Zanzibar, surtout pour acheter des esclaves. En 1822, ce commerce ayant été absolument interdit aux Européens, les relations devinrent très rares avec l’Europe, et se développèrent au contraire avec les nègriers américains qui trouvaient dans ces îles un abri pour leur infâme trafic. Sur les marchés de Zanzibar, un nègre adulte se vendait 200 à 250 fr.; arrivé aux États-Unis, il en valait 3 ou 4,000 ; on voit quels étaient les profits du commerce de bois d’ébène qui à fait la fortune de nombre de maisons de commerce de l’autre côté de l’Atlantique.

Vers 1850, un navire négrier fut surpris par un navire de guerre, Le capitaine, voyant la fuite impossible du côté de la mer, craignant d'être gêné dans ses mesures de salut par ses nègres, cloua fortement tous les panneaux du navire et s'échoua sur la terre ferme. L'équipage gagna la rive à la nage, abandonnant le navire et les nègres enfermés

à une houle violente. Lorsque les libérateurs arrivèrent, sur 800 noirs la moitié étaient noyés ; on eut grand’peine à sauver les survivants, qui gagnèrent la côte à la nage. On organisa alors la chasse des négriers ; la plupart furent tués et le reste périt de misère dans les terres. Un des derniers épisodes du commerce des esclaves causa, en 1582, la mort du capitaine du stationnaire anglais le London à Zanzibar. Avec un canot à vapeur et quelques hommes armés, ce Capitaine poursuivait une barque de négriers arabes, qui pour masquer leur commerce avaient arboré le pavillon français. La barque se voyant prise s'arrêta ; mais au moment où l’on croyait toute idée de. résistance abandonnée, les Arabes firent à bout portant un feu terrible sur les Anglais. Pas un de ces derniers n’échappa ; puis les Arabes se réfugièrent dans une ville voisine. Aussitôt l’attentat connu à Zanzibar, une expédition fut envoyée contre les négriers, qui furent capturés et immédiatement exécutés.

Le commerce de Zanzibar a aujourd’hui une très grande importance ; on exporte à pleins navires les clous de girofle pour New-York, pour Londres et pour l'Allemagne. On exporte aussi l’ivoire. Les dents d’éléphants sont très souvent débitées sur place, et les diverses parties sont choisies pour les destinataires en raison de leurs habitudes commerciales. Les plus beaux morceaux sont envoyés aux États-Unis, le reste est expédié à Londres, à Hambourg, à Bombay. Les belles dents et les morceaux de choix sont en général cousus dans des toiles. Les cornes de rhinocéros doivent être également citées comme article d'exportation ainsi que les caoutchoucs, la gomme copale, les graines oléagineuses: sésame, arachides, le coprah ou l'intérieur de la noix de coco brisé et séché au soleil, la cire, le beurre. Les importations sont considérables ; les droits de douane sont peu élevés et les marchands de Zanzibar, riches, actifs, sont aidés, pour les transports dans l'intérieur, par les porteurs noirs de race Souahili, qui travaillent très volontiers. Aussi le commerce de Zanzibar alimente l'intérieur du continent jusqu'au Congo et vers les sources du Zambèze. Les cotonnades écrues forment le principal article d'importation, C’est à tort que l’on considère comme général le goût des nègres pour les couleurs voyantes ; les noirs de la côte orientale préfèrent les teintes sombres ; leurs cotonnades sont souvent noires ou bleu foncé, ou

noires et rouge foncé, avec peu de couleurs claires, très peu de

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Jaune, jamais de vert, de rose, ni de bleu clair. Les produits alimenlaires sont aussi un article d'importation : riz, farines , produits variés, Conserves pour l'alimentation des blancs et l’approvisionnement des navires. On importe aussi des liqueurs, quoique les noirs de Zanzibar en consomment très peu. La poudre, le fil de cuivre ou de fer, la quincaillerie, les armes, les vieux habits militaires arrivent enfin en très grande quantité, ainsi que les métaux bruts et le pétrole raffiné.

L'importance des verroteries diminue beaucoup : les nègres leur préièrent les étoffes. Quant à l’article de bazar : bijoux faux, petits miroirs, couteaux, etc., il n’est, l’objet que d’un commerce de très peu d'importance. |

Le commerce des vêtements confectionnés, des chaussures, des chapeaux communs , de la mercerie est encore considérable et presque en entier aux mains de Portugais. De grands dépôts de charbons sont en mesure d'alimenter les navires : ces charbons viennent de Cardiff. les divers gisements exploités autour de l'Océan Indien ne donnant jusqu'ici que des produits trop impurs pour la navigation. Nous assistons Journellement au chargement des chalands devant les Magasins ; les manœuvres, hommes ou femmes, chargés de leur sac de charbon, entrent dans l'eau jusqu’à la bouche et viennent présenter leur charge au niveau du bordage.

[l'y a sur la côte un certain nombre de marchands, habiles et riches : on y trouve aussi les Souahili, race très supérieure aux autres races, africaines. Ces hommes bien conduits sont honnêtes et dévoués ; ils s’engagent sans difficulté pour de longs voyages et tiennent fidèlement leurs engagements. Avec eux on peut aller facilement jusqu'aux grands acs; ils tranportent fréquemment les marchandises de la côte à Tabora où nombre de commerçants ont des magasins, On trouve encore près des lacs des tribus dont les noirs s'engagent assez facilement pour les longs voyages. Au contraire, les noirs recrutés dans les autres parties de l'Afrique sont, après un mois de voyage, fatigués, découragés ou effrayés; 1ls veulent retourner à leurs villages, et ni augmentation de solde, ni menaces ne peuvent les décider à continuer. Si on veut avoir recours à la force, ils désertent. abandonnant leurs charges et même ce qui leur est dû. En général, les nègres ne volent pas les charges qui leur sont confiées, mais il n’est pas prudent de

leur confier une dame-jeanne de liqueur sans l'avoir pourvue d’un

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cadenas. Cest principalement la facilité de se procurer à Zanzibar des noirs dévoués qui fait que cette ville est si souvent choisie comme point de départ par les explorateurs.

Lorsqu'une expédition est en préparation, les marchandises choisies selon le goût des districts à traverser sont divisées par charges d'environ 25 kilogrammes ; elles sont bien arrangées en petits ballots et attachées avec des toiles communes de jute ou des nattes de feuilles de palmier. Les noirs sont engagés directement ou mieux par l'intermédiaire des chefs arabes, dont ils sont les clients et qui reçoivent une certaine somme pour accompagner l’expédition et mettre au service des voyageurs leur influence, leur connaissance du payset de la langue. La charge destinée à chaque porteur lui est remise; il l'emporte sur son dos pendant une journée, s’en rend compte, la reporte le lendemain et l’accepte ou la refuse définitivement, S'il l’accepte, on lui fait une avance immédiate d'environ 100 francs, qu’il remet généralement à sa famille, et l’on peut compter qu’il sera exact, au jour dit, au rendez-vous fixé. Au jour du départ, chaque homme attache sa charge entre deux branches d'environ un mètre de longueur, ou dans la fourche d’une branche, de façon à ce que, ayant la charge sur la tête, il puisse, en s’inclinant, faire toucher à terre l’extrémité des branches et se trouver ainsi déchargé; d'autre part, en portant la main aux branches, il maintient la charge ferme sur sa tête. En route, les hommes marçhent à la file indienne, mettant un pied devant l’autre lorsque le sentier est très étroit ; ils sont fort à leur aise là où les blancs qui marchent les pieds en dehors avancent avec difficulté. Outre les marchandises, les noirs portent dans de petits sacs en peau leur farine, et dans des sortes d'étuis en feuilles de palmier, une petite provision de fil, d’aiguilles, de sel, quelques condiments, amulettes et médieaments; ils ont, en général,un grand poignard attaché sur la poitrine, et à la ceinture un petit couteau très pointu qui leur sert à enlever les épines qui se logent dans leurs pieds nus. Ils sont armés de hachettes

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en Îer, d'un arc, de quelques flèches, ou d’une lance. Beaucoup ont

des. fusils à pierre en mauvais état ; alors ils ajoutent à leur accoutre-

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ment une poire à poudre presque toujours vide ou une cartouchière.

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Ils emportent un sac s’ouvrant sur le côté, tissé en feuilles de palmier (fumba), qui leur sert de lit et un oreiller en bois sculpté. Le matin du départ, le nègre attache sur sa charge tous les objets

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lui appartenant, pose la charge sur un coussin et s’accroche autour du corps tous les objets d’usage habituel. Lorsque l’on parcourt des pays habités, il emprunte dans les villages les marmites en terre avec lesquelles il va chercher l’eau et fait cuire sa farine: lorsque cela est nécessaire, il porte une marmite dans un filet à larges mailles. Un seul noir porte, d’ailleurs, une marmite qui suffit à huit ou dix hommes, chacun étant d'ordinaire muni d’une assiette en bois.

À Zanzibar, la chaleur est intense en été; le climat est humide. énervant, sans être meurtriers des Européens y vivent avec leurs enlants. A la longue, la chaleur, le manque d'appétit produisent l’anémie, et un voyage en Europe est de toute nécessité : mais, malgré la fièvre qui y règne, un Français bien portant ne doit pas redouter ce séjour. L'éau de bonne qualité est abondante, les fruits. les légumes, les viandes fraiches, la volaille et le poisson sont à bon marché, ainsi que le pain qui est bien fait. La ville a certainement un grand avenir orace aux qualités de son port, à la fertilité du territoire, à la valeur de ses commerçants. et de la population du pays, ainsi qu’à la sagesse de son gouvernement. Quelques grandes maisons françaises ont des agences à Zanzibar ; mais il y a certainement place pour de nouvelles entreprises agricoles, commerciales où manufacturières. Il y aurait surtout profit à entreprendre des voyages à l’intérieur pour placer les produits européens et rapporter les marchandises recueillies par les

indigènes.

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