MOZAMBIQUE
Nous quittons Zanzibar et continuons à suivre la côte d'Afrique, nous dirigeant vers le sud. Nous passons devant nombre de petites villes qui ont joui autrefois d'une certaine importance commerciale, et qui se relèvent rapidement de leurs ruines. Elles communiquent avec Zanzibar par les barques arabes : boutres, dhow ou pangayes, petits navires non pontés, portant x l'arrière une construction très élevée, comme el portaient les anciens vaisseaux el pourvus d'une énorme voile latine triangulaire, d’une manœuvre difficile, (toujours employée vent arrière sans pouvoir gagner sur le vent; mais ces barques sont solides, tiennent bien la mer et peuvent s'échouer sans faire d’avaries. Dans l’océan Indien, le vent soufile six mois dans un sens et six mois dans l’autre; aussi la navigation à voile est extrèmement lente et les boutres passent une grande partie de l’année dans les ports. Le long de la côte nous rencontrons quelques petites barques munies de balanciers qui les empêchent de chavirer; quelques-unes sont très gracieuses et de formes très fines. Les Arabes aussi bien que les nègres sont en général très pauvrement! oulillés et la côte gagnerail beaucoup à être pourvue de soélettes pouvan! faire un cabotage actif, mais jusqu'ici la navigation est restée ce qu’elle était le siècle passé.
Quatre jours après avoir quitté Zanzibar, nous arrivons à MOozambique, qui est bâtie sur une langue de terre fermant une vaste baie. De loin on distingue une importante construction surmontée d’un phare; nous passons devant une forteresse el nous entrons dans la rade. Cette forteresse a été construite au xvi° siècle sur la forme des
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bastions modernes, avec des pierres apportées, dit-on, de Lisbonne. L’enceinte est bâtie avec des madrépores qui ressemblent aux calcaires répandus sur la côte. Sur la porte du côté de la ville sont sculptées les armoiries du Portugal. En 1608 les Hollandais assiégèrent Mozambique qui fut complètement dévastée; la population renfermée dans la citadelle échappa au massacre que les Hollandais firent de tous les prisonniers, pour contraindre les Portugais à rendre les déserteurs. Les Hollandais durent d’ailleurs abandonner le siège, Dans la forteresse sont déposés d'énormes canons de bronze, que l’on dit avoir été enlevés aux Turcs; des piles de boulets de pierre se {rouvent cà et là. Nous pûmes à loisir nous promener dans la citadelle. Il n'y a guère qu'aux États-Unis qu'on jouisse d’une telle liberté.
Mozambique, capitale de toutes les colonies portugaises de l'Afrique orientale est une petite ville bien bâtie et bien entretenue, Une jetée portée sur des piles en maconnerie s’avance dans la baie ; des escaliers construits aux extrémités permettent aux canots de débarquer leurs passagers. Les édifices publics sont nombreux et bien construits. Les maisons privées sont très vastes, les pièces ont des dimensions tout à fait inusitées. Malgré la grande chaleur, l’intérieur des maisons est assez frais. Les toits plats sont aménagés pour recevoir l’eau de pluie, car il n’existe que des citernes pour alimenter la ville et les navires. Aussi l’eau se vend-elle quelquelois très cher, et la santé publique en souffre beaucoup. Les maisons sont peintes, ce qui donne un aspect très gai à la ville; les magasins sont nombreux, mais ils sont loin d'être animés comme à Zanzibar; Mozambique est d’ailleurs bien moins important. Nous sommes admirablement reçus, surtout par nos compatriotes, qui sont à la tête du commerce de la ville. N’étaient les costumes modernes (nous ne parlons pas des nègres) on se croirait dans une ville du moyen âge, endormie depuis le xvi° siècle. La population blanche est assez considérable, mais le commerce est peu actif; l'isolement de la ville suffit à l'expliquer. La côte opposée ne fournit que peu de marchandises ; autrefois cultivée elle est retombée dans l’abandon et la barbarie. Des exploitations, qui pourraient être prospères, ont été abandonnées par les Portugais qui trop souvent préfèrent prendre dans la ville des emplois infimes dans l'administration, Ces fonctionnaires sont à la fois pauvres, ef luxueux dans leur mise,