NOSSI-BÉ. — CANAL DE MOZAMBIQUE
Les vapeurs de la ligne British-India, qui font le service de la côte, suivent la rive africaine, mais par suite d’un contrat particulier, la British-India Company s'était engagée pour 12,000 francs à porter x Nossi-bé un arbre de couche destiné au steamer Colomba. Quittant alors la capitale des établissements portugais et naviguant vers l'Est, nous traversons le canal de Mozambique el passons en vue des Comores, îles restées jusqu'ici indépendantes sous le gouvernement de sultans arabes, malgré les efforts des Anglais pour y établir leur protectorat (1). Ce sont des terres très élevées, d’origine volcanique, fertiles, saines, sur lesquelles la canne à sucre commence à être large ment cultivée. L'esclavage y existe encore, el quelques planteurs français et anglais ont là de belles propriétés. C'est avec l'Arabie, et Madagascar, les seuls pays où l'importation des esclaves de la côte d'Afrique se fasse encore. Au coucher du soleil, on signale Nossi-bé. Quoique nous n'ayons pas de pilote, le temps est si beau, qu'avec l’aide de ses cartes le capitaine décide d'entrer de nuit dans le port. En approchant de terre la machine ralentit son mouvement, nous avançons lentement de façon à avoir le temps d'étudier le chemin. De chaque côté du navire, vers la passerelle du capitaine, sont placés des gabiers indiens, une ligne de sonde à la main : le plomb jeté à
(4 Voir la Revue Française, t. IV, p. 85. 180, 285: t. V, p.151, 315.—Le 2 août 1886, ont été nommés les premiers résidents français aux îles Comores comme conséquence du protectorat de la France sur ces îles. Le 30 novembre 1886, le Sénat a voté le premier crédit pour l’organisation du protectorat de ces îles.
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l'avant. décrit un quart de cercle, la ligne est relevée immédiatement de chaque côté, les gabiers annoncent dans leur langue étrange et sur un chant modulé la profondeur de l’eau. Nous voici enfin à l’extrémité de la rade, nous entrevoyons vaguement quelques barques, des maisons, des bouquets d’arbres sur les collines sombres qui nous entourent.
Nossi-bé (Helleville) : il est 10 heures du soir, nous tirons le canon, mais ne voyons venir personne. Enfin, attiré par nos signaux répétés, arrive le canot du port monté seulement par un Malgache. Chargé par le capitaine de notre navire de lui traduire notre demande de visa des papiers de bord, j'ai toutes les peines du monde à me faire comprendre de cet obscur représentant de mon pays. De notre côté, nous comprenons à grand'peine ses observations ; il nous explique que l’arrivée d’un steamer à pareille heure est tout à fail insolite; que le chef du port qui se promenait là il y a quelques instants et le médecin viennent de se retirer et que nos coups de canon ne les réveilleront pas. Force est d'attendre le jour pour communiquer avec la ville, el à notre grand regret, nous devons remettre au lendemain le plaisir de fouler le sol français. Heureusement de grand matin le docteur arrive, et, après vérification des papiers, nous sommes autorisés à débarquer. Le Capitaine met un canot à notre disposition, et dix minutes après nous descendons sur un petit môle construit avec des laves. L'île, montagneuse et d’origine volcanique, est extrêmement pittoresque ; elle est couverte d’une admirable végétation qui descend Jusqu'au niveau de la haute mer. Les maisons de la petite ville sont entourées de grands et beaux jardins, et l'aspect général est des plus agréables, Voilà certainement le plus ravissant port de mer où il m’ait été donné d'aborder, un vrai décor d'opéra-comique. Nossi-bé est un port franc, et le commerce avec Madagascar prend une grande extension.
Les articles d'exportation sont principalement : les graines oléagi-neuses, la gomme copal que l’on extrait d'arbres ensevelis dans le sol, un lichen que l’on recueille sur certains arbres dans le voisinage de la mer, et qui sert à fabriquer une belle couleur rouge, l’orseille. le quartz blanc ou cristal de roche, que l’on ramasse sur la grande île en galets roulés dans le lit des torrents. On récolte aussi des bois précieux : santal, ébène, et le caoutchouc. Les peaux de bœuf sont l’objet d’un commerce important d’exportation et la plus grande
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