‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 25 sur 59 · DÉPART POUR L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

DÉPART POUR L'INTÉRIEUR

18 Avril : Nous sommes toujours à Quélimane préparant nos canols et engageant des rameurs pour monter dans l’intérieur. Nous, chassons beaucoup : le temps est beau, quelquefois couvert; les habitants se plaignent du froid; nous nous plaignons de la chaleur. En fait de

gibier nous ne. voyons que de la plume, et les pintades sauvages sont

rares. Nous avons bien aperçu quelques singes, mais jusqu'ici nous

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éprouvons une grande répugnance à les tirer. On rencontre fréquem-

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ment des villages nègres; ils sont composés de petites maisons en

roseaux. rondes OU carrées, de 2 à 3 mètres en tous sens. Nous

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voyant armés, les nègres sortent. nous entourent et dansent leur danse guerrière, Est-ce honneur où moquerie ? Ils prennent des airs furieux et nous chargent en brandissant leurs bâtons et leurs hachettes jusqu'à quelques centimètres de nous. Nous restons absolument impassibles mais nous ne comprenons pas bien le sens de cette démonstration. Ayant eu l’idée de jeter au loin quelques pièces de monnaie, nous voyons les danseurs se précipiter et se disperser en riant de l’heurcux résultat de leur petite représentation. Dans toutes nos courses à travers taillis et bois nous n'avons encore vu ni fauves ni serpents, ni aucun de ces insectes si communs dans les récits des voyageurs. Invités à une soirée chez un des principaux habitants, M. Veloce, nous arrivons vers 8 heures. Un haut perron donne accès à une vaste antichambre, occupée par des groupes de domestiques, des porteurs noirs et des servantes accroupies. D'un côté

s'ouvre un immense salon; en face est, la salle à manger. Le salon

est garni dx meubles européens : Piano, canapes, fauteuils, chaises,

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glaces. Le sol est en stuc et couvert de dessins à bandes, blanches, rouges, bleues et jaunes. Dans un des angles du salon, un groupe de dames, blanches, jaunes et noires, toutes élégantes, et portant des robes à queue. Dans l'angle opposé du salon, notre croupe de Francais, ne Sachant un traitre mot de portugais. Heureusement quelques Portugais veulent bien nous servir d’interprètes et transmettre nos invilations. Nous dansons quelques quadrilles avec une solennité extrême. Les assistants à tour de rôle chantent quelques romances, et nous devons nous-mêmes nous exécuter et épuiser notre répertoire. Nos hôtes semblent très heureux; ces gens-là ne sont pas blasés. De temps en temps de jeunes négresses passent des plateaux de rafraichissements et c’est un contraste piquant que de voir circuler au milieu des costumes européens, ces grandes filles les bras et les jambes couvertes d’anneaux de cuivre, et vêtues du pagne qui s'arrête aux genoux et que retient une ceinture au-dessous des seins. Le personnel est toujours très nombreux dans ces maisons : chaque invité amène avec ses porteurs quelques domestiques qui s'installent dans l'antichambre. L'effet général est très pittoresque.

Nous partons, les uns à pied, les autres en chaise à porteurs, précédés de porteurs de lanternes. L'impossibilité de causer avec la partie féminine de l’assemblée a quelque peu gâté le plaisir de cette fête; mais nous nous retirons néanmoins assez contents de notre soirée. Quelques jours après, nouvelle invitation à un bal qui suit le repas de noces d’une métisse d’une situation aisée. Sous la véranda qui entoure la cour intérieure on danse par groupes. Les danses ne sont plus exclusivement des danses européennes banales, mais aussi des danses locales portugaises et africaines, auxquelles tout le monde prend part et avec une animation qui les rend très intéressantes pour nous. Les négresses de la maison, réunies à celles des invitées, se livrent par groupes à leurs danses particulières et parfois bizarres; ainsi chaque assistant fait tour à tour, pendant plusieurs minuies, un cavalier seul. Dans certains groupes, la présence d'un blanc semble tout arrêter. Les danses des nègres sont en général conduites par un tambour qu'accompagnent les battements de mains et les chants des assistants. Les nègres, qui aiment beaucoup la danse, ne s’y liv£ent guère que la nuit et lorsque la lune brille. On entend alors dans Ja campagne retentir de tous côtés le tambour et les chants des danseurs.

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