‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 43 sur 59 · MO UE · texte numérisé non relu

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sauvages et que le pied de l’homme n'a probablement pas encore foulées. A ja sortie, de hauts plateaux couronnent une immense

colonnade de grès rouge, dont les prismes réguliers descendent

jusque dans le fleuve. Quelquefois le courant trop rapide que nos

pagayeurs ne peuvent vaincre, nous oblige à mettre pied sur les rochers; nos hommes halent alors le canot malgré les plus grandes difficultés. Au sommet des rochers, au-dessus de nous, une bande de singes nous accompagne, enhardis par la distance.

Le nom de Lupata, quoique désignant plus particulièrement cette gorge, semble être, en Afrique, un nom par lequel les nègres désignent les gorges de montagnes. Dans le bas de la gorge, les roches sont des porphyres à beaux cristaux, des mélaphyres et des spilites. C'est probablement la venue au jour de ces roches érupüves qui a produit le soulèvement de cette petite chaîne de collines. Vers le haut de la sorge, on rencontre des grès quartzeux et feldspathiques d’une couleur rouge foncé, qui ont été soulevées par les porphyres, et qui semblent appartenir à l’étage du trias. Passé la Lupata le fleuve a changé d'aspect; son lit est neltement tracé, les nombreuses îles qui en obstruaient le cours ne se montrent plus, les rives sont plus élevées, nous naviguons en côtoyant la rive gauche, formée d'immenses blocs de grès blanc. L'aspect du pays est aussi différent ; la chaine de la Lupata semble arrêter l'humidité de la côte, la végétation n'est plus la même, l'aspect tropical a presque disparu, le pays est parsemé de baobabs, que nous n'avions vus que rarement jusque-là. Les mousliques aussi ont disparus. Nous campons le soir sur une presqu'ile sablonneuse ; des hippopotames viennent renifler autour du canot, et nous voyons au loin une femelle portant son petit perché sur son dos. Nous mettons souvent pied à terre, non que le fleuve soit difficile, mais la pagaye étant un instrument de propulsion insuflisant pour nos canots très chargés, nous devons toujours suivre la rive de près et franchir, à l’aide de la cordelle, les petits caps rocheux où le courant est rapide. Nous passons à Massangano, en vue de l'enceinte palissadée du fameux rebelle Bonga, qui à jusqu'ici repoussé les attaques des Portugais. Livingstone a beaucoup exagéré l'importance de cette construction qui, dit-il, commande le Zambèze. Mon compagnon étant malade, nous devons aborder près de la forteresse ; nos hommes un peu effrayés ne s'écartent pas des canots; bientôt une

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bande de noirs vient nous voir, accompagnée d'un grand jeune homme d'un type différent, qui en parait le chef. La conversation s'étant

engagée, je fais expliquer par mon domestique Gambetta (un Cafre

qui comprend le français), la raison de notre visite et j'apprends de mon côté que J'ai devant moi le fils de Bonga. Après les compliments, je lui fais demander s'il pourrait nous procurer quelques poulets ; et sur sa réponse aflirmative, je me décide, poussé par la curiosité, à le suivre dans son village. Je mets une petite pièce d’étofie sur l'épaule d’un nègre, et nous voilà partis. Au premier moment les domestiques refusent de m’accompagner, mais me voyant résolu à aller seul, l’un d’eux me dit simplement : «Où le maître mourra son domestique tombera aussi », et ils marchent tous en file indienne. Nous pénétrons par une toute petite porte dans une enceinte palissadée, fermée de 3 lignes de poteaux bruts plantés el terre, el de 8 ou 10 mètres de hauteur, unis ensemble par plusieurs lignes de liens. A chaque angle la palissade est flanquée de tours; au milieu des grands côtés, deux maisons crénelées, sont construites en saillie, En dedans de l’enceinte se trouvent le village et les magasins de Bonga. Je reconnais par les descriptions que j'ai lues, un plateau rocheux qui domine l’enceinte et d’où, lors de la dernière campagne, les Portugais ont canonné la forteresse. En visitant les cases du village, je remarque un outil ingénieux, employé pour débarrasser le coton de ses graines. C'est un bloc de bois poli, sur lequel le coton est placé par pincées. Le noir roule dessus un morceau de baguette de fusil qui enlève les graines ct laisse le coton nettoyé. Je savais que Bonga avait orné sa palissade des têtes des soldats tués lors de l'assaut, mais je n’avais rien aperçu lorsque mon noir vint me trouver et me dit très bas: «N’avez-vous pas vu les têtes? il y en à près de l'ouverture par laquelle nous sommes entrés ; je vous préviendrai lorsque vous serez à côté, mais n’ayez pas l'air de vous en apercevoir.» En effet en sortant je pus voir que nombre de poteaux étaient surmontés de crânes blanchis, que j'avais vus déjà, mais sans en reconnaître d'abord la nature.

Bonga, qui signifie chat sauvage, n’est qu'un surnom; Niaudé où Iniahaude dit Bonga est un métis de noir et d’Indien ou de Chinois. Îl occupait, dit-on, vers 1840, une petite situation officielle dans

la colonie; arrêté à la suite d’une accusation de vol de cartouches,

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il fut envoyé à Mozambique, où il mourut. Son tils se réfugia à Massangano, qu'il fortifia, où il réunit ses partisans, ainsi que des déserteurs, des esclaves échappés et les mécontents, si nombreux dans ces parages, totalement soumis à l'arbitraire. Ainsi soutenu, il put braver pendant de longues années le gouvernement portugais. La colonie envoya trois expéditions contre l’Ermga. Lors de la dernière attaque, un bombardement de trois jours et trois nuits ne fit qu’une faible brêche dans les palissades : les noirs remplaçaient les poteaux à mesure qu'ils étaient démolis, et tandis que lassaut final, par suite d'un contre-ordre intempestif, réservait un désastre aux forces portugaises, le fils de Bonga réussissait à surprendre et à brûler la ville de Tété. Aujourd'hui, la paix semble se faire lentement, les hostilités sont suspendues, et nous avons pu facilement visiter la petite forteresse. Par ses alliances, Bonga étend son influence sur la rive gauche du Zambèze, jusqu’au delà de la Lupata, et sur la rive droite Jjusqu'aux régions qui sont, à l'est, sous la domination de Lo-Bangulo, chef des Matebelés, et de Macombé. Depuis quelque temps, les territoires portugais, mieux gouvernés, ne lui envoient plus autant de recrues; 1l semble que sa puissance décline, et dernièrement notre ami Manuel Antonio de Souza, à la suite de quelques combats heureux a pu le déloger de plusieurs positions importantes. Immédiatement après avoir dépassé l’Erimga de Bonga, nous traversons l'embouchure de la Luenvya, large rivière dont l'eau très claire en ce moment court sur un lit sablonneux d'environ 100 mètres de largeur. Lors des crues, celte rivière roule un volume d’eau considérable et amène au Zambéze une immense quantité de sable fin. Son cours est presque inconnu. Nous la retrouverons lors de notre expédition sur le Mazoe, un de ses affluents,

Enfin, le 21 mai, dans l'après-midi, nous arrivons à Tété. Nos canots se rangent le long de la rive rocheuse, et nous sommes reçus pal le SUuuverneur, accompagné de quelques personnes, Nos noirs dé chargent les embarcations. La ville de Tété. d'origine assez ancienne. est bâtie sur la rive droite du Zambèze, en terrain élevé et dans une position relativement salubre. Autour de la ville. le sol es accidenté ; les affleurements des couches de grès et d'argile, qui se montrent par leurs tranches, courent parallèlement au fleuve et aux rues, et feraient croire que la ville est bâtie sur trois énormes sillons. Une forteresse carrée d’un bel aspect domine le tout. Derrière 1a forteresse, le sol s’abaisse sur une petite vallée fertile, bien cultivée, que le Lambèze couvre à l’époque des hautes eaux. isolant ainsi complètement la place. Au delà de la vallée, commence le massif montagneux de la Carroiera. Tété comprend plusieurs rues très larges, avec quelques maisons qu'habitent des blancs et des métis. Un mur d’enceinte, aujourd'hui en ruines, isolait autrefois la ville des villages, où demeure une population noire que l’on peut estimer à 10,000 ou 15,000 habitants. La population blanche ne comprend, avec le gouverneur et quelques officiers portugais, qu une douzaine de commerçants ou agents de maisons de Quélimane. Le commerce es restreint à très peu d'articles. Tété est, dans cette région, le quartier général d'où partent les expéditions commerciales qui portent à l’intérieur les produits européens. Nous assistons continuellement au départ et au retour des caravanes, Elles vont échanger des tissus de coton, de

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