‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 47 sur 59 · LL RS · texte numérisé non relu

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Nous profitons de cette excursion pour remonter un peu les ravins et explorer quelques placers que les Portugais travaillaient encore vers le commencement du siècle. Christovan nous fournit pour cela

des machillas et des porteurs. Ces derniers courent dans les sentiers d’un pas allongé, ils secouent très peu la machilla. Mais leur métier est extrêmement fatiguant, et demande des hommes vigoureux et de taille à peu près égale. Pour les longs voyages, on prend par machilla vingt-quatre porteurs, qui se relayent toutes les demi-heures. Malgré

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cela après un mois de voyage tout le personnel est sur les dents. Lors-

que les sentiers le permettent, ce qui n’est pas trés fréquent, toute la

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bande court, chacun cherchant à dépasser les autres, surtout à l’entrée des villages dans lesquels les noirs aiment arriver en faisant le

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plus de tapage possible avec force cris, tambours et trompettes, etc., etc.

Les porteurs ne consentiraient pas à ce moment, à laisser mar- Ï

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cher le maître à pied; on les blesscrait en refusant de se laisser porter et prendre ainsi part à l'entrée triomphale. Dans d'autres cas, si le blanc veut marcher par fantaisie ou en raison de la difficulté des sentiers, il a souvent ensuite grand peine à retrouver ses porteurs. Ces gens se relayent et sans suspendre la course; ceux qui ne son pas employés, se reposent en courant et portent les armes et les objets des compagnons. Le porteur d'avant a la besogne la plus dure. C’est lui qui subit surtout les déchirures des ronces et des épines encombrant les sentiers; il doit ouider ses compagnons qui ne peuvent voir le sol, Aussi chante-t-il constamment en langue cafre de manière à indiquer l'état du chemin; sil monte ou sil descend; s’il faut se garer de quelque grosse pierre, ou d’une branche qui barre le chemin; s'il faut tourner à droite ou

à gauche; la manière d'indiquer la route est assez originale; le porteur désigne le pays du côté duquel ik faut incliner, et il ne se borne pas à nommer des villages, il cite même des noms de province. Les noirs ont une telle facilité de s'orienter que ce procédé leur paraît plus simple. Toutes ces indications s'entremêlent dans leurs chants aux réflexions personnelles inspirées par les circonstances

du voyage. Certaines personnes ont pris ces chants pour des poésies

cafres. Le voyageur chargeant lourdement la machilla, les porteurs

n’y admettent avec lui d'autre objet que sa gourde; aussi mon fusil est-il porté par un noir, mon pliant par un autre; le pliant est

indispensable, car il est difficile de s'asseoir constamment sur les talons,

Les noirs emportent attachés autour d'eux, toutes sortes d'objets dont quelques-uns sont parfaitement inutiles ; on en voit tout fiers de porter une arme quelconque et même un fusil privé de sa batterie. Les armes qu'ils possèdent sont de provenances très diverses, 1ls ont surtout des vieux fusils, rejetés par. l'armée anglaise ou amér caine, comme l’indiquent les marques des arsenaux. Ces fusils, de

fabrication ancienne. sont très lourds. ils sont tous transformés de

facon à produire linflammation de la poudre à l'aide d’un silex et

éviter l'emploi des capsules. Is sont souvent réparés de la façon la plus bizarre, mais parfois très ingénieusement. La poudre, fréquemment de fabrication française, est très chère et presque partout la vente en est prohibée ; aussi les noirs en ont-ils rarement. Ceux de nos por- (teurs qui ne sont pas assez heureux pour avoir un fusil, ne voyagent pas sans un arc et des flèches, ou tout au moins une lance. Notre troupe a parfois l'air d’une mascarade : les nègres accoutrés de costumes indescriptibles, chargés d'objets hétéroclites, lancés à la course à travers champs, poussent les cris les plus bizarres, jouent de toutes sortes d'instruments. Mais lorsque Le VOVare Se prolonge et surtout si les vivres deviennent rares. cette turbulence se calme, la marche se ralentit, les arrêts se multiplient, chacun recherche l'ombre, et nous passons notre temps à exciter les trainards.

Le 4% juin nous rentrons à Tété, et M. d’Andrada s'occupe des préparatifs d'une expédition aux gisements d'or de Machinga. Pendant ce temps j'explore les environs et visite les villages groupés autour de la ville, où s’exercent quelques industries primitives. Les femmes sont presque exclusivement chargées de la culture des terres et des soims du ménage, Les hommes sont porteurs, mariniers, pêcheurs, chasseurs ou exercent diverses industries. Le travail des métaux leur est familier. Ils forgent nettement de belles lames de couteaux ou-des fers de lances. Ils ne connaissent pas l'acier, et donnent à leurs lames une certaine raideur en les cannelant. Ils savent faire les fils de cuivre et de fer à l’aide de la filière et confectionner les filigranes. Ils filent et tüissent des tissus de coton très solides, qu'ils teignent en noir à l’aide d'une plante nommée gonogo, et de la gousse d’un mimosa (chs1a).

Quoique la plante qui contient l’indigo couvre comme une mauvaise

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