‹ Une exploration française au ZambèzeChapitre 48 sur 59 · CE · texte numérisé non relu

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herbe les rues et les terrains de Tété, les noirs ne l'emploient pas: Autrefois cependant la province exportait de l'indigo, mais maintenant lorsqu'ils veulent faire dans leurs broderies des dessins de cette couleur, ils se procurent du fil coloré ou détissent des étoftes bleues. Les nègres cousent très bien et j'avais constamment à les approvisionner d’aiguilles. Aussitôt qu'ils ont reçu les étofles avec lesquelles on les paie, on les voit s’accroupir derrière les abris et coudre des pagnes. Rarement ils emploient les étoffes sans les réunir et les ourler convenablement. Ils font leur fil à coudre en défilant une lisière et tordant à la main les fils obtenus, comme: font nos cordonniers. J’ai été souvent étonné de voir des enfants de dix ans aller en journée, couper, tailler, coudre des chemises et des vêtements variés. Les noirs sont extrêmement précoces, plus vifs, moins paresseux et mieux disposés à travailler de 10 à 25 ans que plus tard. C'est ordinairement avec l’âge qu'ils deviennent ivrognes et indolents.

Nous voyons souvent le gouverneur de Tété, un excellent homme nommé Pinhiéra Bayao, ancien journaliste républicain, fort exalté dans ses opinions politiques et que le gouvernement portugais a probablement casé là pour qu'il ne publie pas à Lisbonne des articles trop avancés. Son traitement ne lui arrive pas très régulièrement, ce qui contribue encore à le retenir en Afrique. M. Pinhiero Bayao est très instruit : 1l parle sans le moindre accent le français et l'anglais ; il aime beaucoup notre pays et devient pour nous un véritable ami, Il met à notre disposition des armes qui viennent d'être capturées dans une récente expédition, et m'offre un beau bouclier cafre, que Je refuse à regret, en raison de la difficulté de transporter cette large machine. En ce moment, autour de sa demeure, campe toute une bande de femmes et de petits enfants qui sont dans la dernière misère. Ce sont des esclaves que par des sentiers écartés l’on faisait voyager vers le bas Zambèze, après les avoir enlevés à leurs villages ou achetés à des trafiquants de l’intérieur. Les propriétaires de cette bande d'esclaves se sont enfuis devant les soldats du gouverneur ; mais les malheureuses femmes rendues à la liberté, sont,dans une misère sordide, réduites, elles et leurs enfants, à l’état de squelettes. Avant leur libération elles avaient déjà voyagé deux mois presque sans provisions et par les sentiers les plus sauvages, lorsqu'elles ont été délivrées par les autorités portugaises. Les esclaves que l’on fait

ainsi voyager clandestinement ne sont plus destinées maintenant à être envoyées au dehors ; on les vend aux propriétaires des terres où la population n’est pas assez dense. Ces propriétaires se procurent ainsi la main-d'œuvre à bon marché, et des ménagères pour fixer leurs ouvriers ; car dans l’intérieur de l'Afrique la femme est surtout le butin désiré, le sujet habituel des guerres entre tribus ; pour arriver à la possession d'une femme les jeunes gens deviennent momentanément entreprenants et laborieux.

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